22 septembre 2019

La Fabrique de l’écrivain national

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« La Fabrique de l’écrivain national », d’Anne-Marie Thiesse : la littérature, clé de voûte de l’idée nationale

Dans un essai ambitieux, l’historienne raconte comment certains écrivains, à partir du XVIIIe siècle,
ont pu incarner la construction des nations, dans l’espace européen et ailleurs - Roger Chartier, Le Monde 20.09.2019
https://www.lemonde.fr/livres/article/2019/09/21/la-fabrique-de-l-ecrivain-national-d-anne-marie-thiesse-la-litterature-cle-de-voute-de-l-idee-nationale_6012521_3260.html


3 thèses :

1 - Le génie singulier de certains écrivains fait de la littérature un lieu privilégié
où se reconnaissent la conscience d’appartenance et le principe spirituel qui définissent la nation

2 - La publi­cation du patrimoine oral fut la condition de possibilité d’une ­littérature nationale
     (chants d’Ossian, cycle arthurien...)

3 - « Toute littérature, si et seulement si elle est authentiquement nationale, par­ticipe de l’universel »

 

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19 juillet 2013

La hantise des origines

 

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Les Origines de la France. Quand les historiens racontaient la nation,
Paris, Le Seuil, collection L’Univers Historique, 2013, 430 p


Le mythe de la nation française
- La Vie des idées, 12.07.2013
Lecture de l'ouvrage de Sylvain Venayre par Anne-Marie Thiesse
http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-nation-francaise.html

« La monarchie française avait été pensée en instrument de la Providence... Le siècle post-révolutionnaire cultive intensément la recherche des origines (du langage, des nations, du christianisme, des espèces) qui doit éclairer - sur leur nature, leurs droits et leurs devoirs - des sociétés désormais vouées à la liberté ».

Pour vanter la nation, les monarchistes inventent « la fille aînée de l’église », les républicains lui opposent « la fille chérie de la nature » (cf la géographie).
« Un agrégat inconstitué de peuples désunis » : l’historiographie dégage des origines multiples pour la nation France, mais cette diversité est présentée comme ayant vocation à l’unité. Pour Michelet, la France est une personne, elle est « l’esprit de la liberté qui s’est incarné dans une nation auto-engendrée ». La raciologie est convoquée jusqu’en 1870 ; elle est ensuite récusée comme science allemande. Renan illustre ce revirement dans son célèbre discours de 1882 : « L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie ».
http://classiques.uqac.ca/classiques/renan_ernest/qu_est_ce_une_nation/qu_est_ce_une_nation.html
http://fr.wikisource.org/wiki/Qu'est-ce_qu'une_nation_?
http://mjp.univ-perp.fr/textes/renan1882.htm

« Bannie depuis longtemps des colloques et des thèses, la hantise des origines a bien prospéré en d’autres territoires. L'idole règne aujourd’hui sur un vaste et rentable marché de films, jeux, spectacles, publications de vulgarisation ». Face à la persistance des conceptions essentialistes, le métier de l’historien est la meilleure des réponses.


Egalement,
Edward Baring, The Young Derrida and French Philosophy, 1945-1968, Cambridge : Cambridge University Press, 2011, 326 pp.
http://www.laviedesidees.fr/Derrida-un-intellectuel-marginal.html


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29 novembre 2011

Une brève histoire de la modernité

 

Dans Les Lundis de l'histoire du 28/11,
Michelle Perrot a invité deux historiens :
Christophe Charle pour Discordance des temps. Une brève histoire de la modernité , Paris, Armand Colin (2011)
Anne-Marie Thiesse pour Faire les Français. Quelle identité nationale ? Paris, Stock (2010)

L'émission au format mp3

courbet-atelier

Gustave Courbet, L'atelier du peintre, 1855 - Musée d'Orsay - 359 x 598 cm
source : The Web Gallery of Art

- 20e minute : Courbet, L'enterrement à Ornans, L'atelier du peintre

CC vante le rôle de Courbet dans l'invention de la modernité, à côté de Manet.
Ornans, c'est pour lui le scandale d'un tableau de grande dimension qui met au centre des gens ordinaires, pas des grands hommes. 
L'atelier du peintre : c'est une réponse à l'autocélébration de Napoléon lors de l'exposition de 1855, Courbet louant un pavillon face à l'exposition officielle. CC y voit le sacre de l'artiste (au centre, à la place de Napoléon 1er), la femme (modèle ou allégorie de la vérité), un jugement dernier (les amis du peintre parmi les élus, ses adversaires parmi les réprouvés).

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- vers la 27e minute, Christophe Charle distingue 3 modernités

. Le moment 1830 : retour de la révolution, convergence entre phénomènes esthétiques, politiques et sociaux - les utopies, le romantisme comme un potentiel de relecture de l'avenir

. La modernité classique (pour la France), 1850-1890, naissance de l'art moderne, industrialisation,  lutte en faveur de la démocratie et de la république, 3 éléments au fondement de notre modernité, espoir d'un progrès indéfini

. La modernité problématique, retour critique et doute vers 1900. La modernité n'a pas tenu ses promesses, le grand soir n'arrive pas, le peuple se laisse séduire par des démagogues, le progrès social n'efface pas les inégalités, la guerre n'a pas été abolie, mais les conquêtes coloniales installent les Empires et la concurrence entre pays européens mène à la Grande Guerre.


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10 mars 2011

Le roman national et ses nuances


L'extrait précédent tiré de la leçon d'Ernest Lavisse sert en général à illustrer et déconstruire le roman national attribué à l'historien et à ses contemporains.

Le roman national désigne une lecture très idéalisée d'une histoire franco-française. Dans une France qui existerait de toute éternité, l'histoire aurait faite surtout par des 
« grands hommes », héros guerriers, souvent vaincus (Vercingétorix, Jeanne d'Arc, Napoléon)... Cette vision de l'histoire aurait submergé les manuels d'histoire de l'école primaire, dans une Troisième République hantée par la Revanche.

Cette lecture nationale, voire nationaliste et chauvine, a été vivement critiquée et déconstruite au milieu des années 1980. Pierre Nora a dirigé une étude sur Les Lieux de mémoire, et Suzanne Citron a revisité ce qu'elle appelle « Le mythe national ». cf  Le « roman national » peut-il être remis en question ? Diasporiques, mars 2010 


Cette déconstruction d’une histoire mythifiée semble cependant à nuancer :

- Anne-Marie Thiesse a étudié « La création des identités nationales en Europe - 18°-20° siècle ». La France n'est pas le seul pays concerné, ni 1880 le seul temps fort ; à l'échelle de l'union européenne actuelle, la tentation du mythe est encore forte.

Pour Annie Bruter, le roman national ne date ni de 1880 ni de la Révolution.
« Il est couramment admis que c’est l’école qui a forgé le sentiment national chez les petits Français grâce à l’enseignement de l’histoire nationale mis en place par la IIIe République, elle-même héritière de la Révolution française. Or l’examen des textes officiels sur cet enseignement montre qu’il s’agit là d’une généalogie mythique. La Révolution n’a pas souhaité faire enseigner l’histoire de France à l’école primaire ; en revanche, la création de cet enseignement est dûe au Second Empire (l’HG est obligatoire au primaire depuis la loi du 10 avril 1867) et non à la IIIe République, dont l’œuvre propre consiste dans la suppression de l’histoire sainte. On est ainsi conduit à relativiser le rôle de l’école dans l’édification du sentiment national ». De plus, la création d'une instruction civique et morale a pu permettre la rupture avec une vision édifiante de l'histoire : l'histoire est tirée 
du côté de la science (en cours d'élaboration), des disciplines scolaires intellectuelles destinées à former le jugement et l'esprit critique. L’attrait pour les grands hommes peut venir des manuels et de la pratique de la classe.

Une intervention à l'INRP lors du séminaire Ecole et Nation ( 1er avril 2009) à écouter en mp3 ou en avi

ou à lire dans la revue Histoire de l'Education, n° 126 - http://www.inrp.fr/editions/revues/histoire-de-l-education/
Il 
en coûte 18 euros pour l'ensemble du numéro imprimé, ou 5 euros l'article en ligne (cela porte la version numérique de la revue à plus de 35 euros, une conception toujours surprenante des prix et de l'économie appliquée au numérique :-) )


- Le Petit Lavisse est souvent pris pour cible. 
On peut comme ce site web en dénoncer le chauvinisme en 1919. 
Olivier Loubes rappelle que ce 
n'était pas le seul manuel utilisé, ni le plus vendu à certaines dates. Il montre, à travers six exemples, l'évolution de la pensée des auteurs. Ainsi, 1884 met l’accent sur la revanche, 1919 met en exergue la SDN (qui ne figure pas au programme) et vante la France comme patrie porteuse de paix. Lavisse, l'instituteur national, dans 1500 ans d'histoires de France, L'Histoire, coll n° 44, jt-sept 2009

 

lavisse1887

source : http://www.faurillon.com/Marius_Bonnelle.htm

 [ ajout 10/04/2011 : 
- Olivier Loubes, Lavisse, l'instituteur national, 
dans 1500 ans d'histoires de France, L'Histoire, coll n° 44, jt-sept 2009
 
Egalement dans ce numéro de L'Histoire
Alain Demurger, Nos ancêtres les Troyens
Laurent Avezou, Francs ou Gaulois ?
 
Patrick Boucheron, Michelet, prophète de la nation
Olivier Loubes, Ernest Lavisse, m'instituteur national
Philippe Joutard, Ce qu'on apprenait dans les écoles catholiques
Maurice Agulhon, La République a besoin de grands hommes (242)
 
Michel Winock, Révolution : la querelle du Bicentenaire (220)
http://lecercle.histoire.presse.fr/index/2_numero.php?revue2=44&cat=coll
- Christian Goudineau, Le mythe gaulois, colloque de l'INRAP, cours au Collège de France
 http://clioweb.canalblog.com/archives/2010/02/28/17063934.html
 

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