1940-1944 : la France occupée face aux persécutions
http://www.franceculture.fr/emission-repliques-1940-1944-la-france-occupee-face-aux-persecutions-2014-05-10

La violence de ton, la recherche du mot qui tue sont difficilement supportables, surtout venant d'historiens de métier.
Le débat enregistré le 28 juin 2013 à Cluny entre Robert Paxton et Jacques Sémelin est plus serein et sans doute plus intense.
La Fabrique de l'histoire, vendredi 12.07.2013
prise en vidéo : http://www.dailymotion.com/video/paxton-semelin2013


La question posée par Jacques Sémelin dans ce dernier ouvrage :
« Comment 75% des juifs en France ont échappé à la mort ? ».
Vers 1985, l’accent était mis sur les déportés assassinés par les nazis, avec la complicité active de Vichy.

Les juifs (dit « étrangers ») qui avaient fui l’antisémitisme de l’Europe orientale ou de l’Allemagne ont été les principales victimes. Mais JS souligne que « les juifs se sont d'abord sauvés par eux-mêmes » : ils ont beaucoup bougé, ils ont mis sur pied des politiques d’entraide.
L’attitude des Français est contradictoire. La délation a envoyé à la mort, mais elle ne touche pas seulement des juifs. La solidarité des petits gestes a aussi sauvé des juifs.
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article314
http://www.la-croix.com/Actualite/France/Jacques-Semelin-75-des-juifs-vivant-en-France-ont-echappe-a-la-deportation-_NP_-2013-03-21-923518
http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/culture/article/debat-entre-robert-paxton-et-39983

3 citations :
Vers la 36e minute - Stanley Hoffman : « dans mes mémoires à moi, le souvenir du professeur âgé de 76 ans est toujours vibrant. Il m'enseigna l'histoire de France, il me donna de l'espoir dans les pires jours, il sécha mes pleurs quand mon meilleur ami fut déporté avec sa mère, il nous fabriqua de faux papiers à ma mère et à moi pour que nous puissions fuir Nice, une ville infestée par la Gestapo, où la complicité des amis et des voisins n'était plus une protection suffisante. Cet homme efface tous les mauvais moments, les humiliations et les terreurs. Sa douce épouse et lui n'étaient pas des héros de la Résistance, mais s'il existe un Français moyen, c'est cet homme-là qui représentait son peuple et pour cette raison, la France et les Français mériteront toujours notre hommage ; je ne cesserai jamais de les aimer ».

Vers la 31e minute : « Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux …
À lire dimanche prochain [23 août 1942], sans commentaire … »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Saliège

vers la 33e minute - AF : « mon père juif étranger apatride a été déporté de Paris, son frère est allé en zone libre, ses parents veulent le rejoindre, ils ont été dénoncés par un passeur. Ils ont été déportés depuis Bordeaux par un des convois Papon, je l'ai su en écoutant Me Zaoui au procès Papon »


Ces derniers mois, nous savons que les affrontements politiques ont quitté le terrain rationnel. A écouter cette émission, sur le terrain intellectuel, les clivages peuvent être aussi violents entre l’histoire dominante et les autres. La vigueur de la polémique semble avoir cheminé de la radio au forum Aggior.

Laissons les spécialistes se prononcer sur l’ouvrage de Jacques Sémelin et sur l’histoire des mémoires de la 2GM.
De mémoire de prof, Klarsfeld mettait vers 1985 l’accent sur les juifs déportés et massivement assassinés,
avec la complicité active de Vichy. Ce n’est que plus tard que le regard a intégré aussi ceux qui ont échappé à la destruction par les nazis.

Le discours de Chirac en 1995 a été porté aux nues pour
« La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux ».
L’accent a beaucoup moins été mis sur l’autre France, la « vraie » France des gaullistes …
« Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n'a jamais été à Vichy. Elle n'est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à Londres … ».
Wikisource : http://tinyurl.com/chirac-1995-veldhiv
Henry Rousso y ajoute la place faite aux Justes en 2005.

« La France, nous le savons tous, n'est nullement un pays antisémite » dit Chirac.
Au temps de Sharon, le contraire a été affirmé : la France a condamné le capitaine Dreyfus. C'était faire le silence sur tous ceux qui ont combattu pour que son innocence soit reconnue en 1906. En 2006, lors d'un colloque, Epstein avait  présenté le parcours de dreyfusards devenus vichystes et collabos.
 

Deux observations
- Quand vers la 28e mn, Sémelin évoque trois facteurs (le christianisme, l’héritage républicain, l'esprit patriotique), que retient et commente l’animateur ? La seule dimension religieuse et le choc des confessions. Rien sur les deux autres aspects.

- Le réac en habit vert semble avoir des comptes à régler.
Il s'abrite derrière la citation de Bédarida : « vous n'avez pas vécu cette période, vous ne pouvez pas comprendre » !
A qui profite une telle négation du métier de l’historien ?
Que penser du travail des historiens de la Rome antique ?
Faut-il avoir été bourreau nazi ou victime des nazis pour avoir une légitimité à écrire une histoire de la barbarie nazie ou de ceux qui l'ont combattue en Europe ?

En 2006, au micro de l’INA, Wieviorka (Annette) aborde ce rapport de l’historien au témoin
(le témoin n'est-il pas aussi un acteur ?).
http://clioweb.canalblog.com/archives/2010/04/07/17491914.html

Jacques Sémelin, Persécutions et entraides dans la France occupée. Comment 75% des juifs en France ont échappé à la mort. Les Arènes - Le Seuil, 2013
Pierre Laborie, Le chagrin et le venin : la France sous l'Occupation, mémoire et idées reçues, Bayard, 2011
Henry Rousso, Eric Conan, Vichy, un passé qui ne passe pas - Gallimard, 1996
Henry Rousso, La dernière catastrophe : l'histoire, le présent, le contemporain, Gallimard, 2012

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