12 décembre 2012

Le brouhaha écoeurant

 

L'école dans le monde qui vient, Répliques . 08.12.2012
avec Michel Serres, philosophe
http://www.franceculture.fr/emission-repliques

Pour ceux qui ne sont pas encore allergiques à la componction du prédicateur qui s'écoute parler ... assister au choc de deux visions du monde radicalement opposées.

AF parle du « brouhaha écoeurant des échanges formatés et stériles » entre adolescents qui s'enferment dans leur chambre et « se vautrent sur leur canapé »
Que de haine ! commente Michel Serres qui a réussi à garder son calme devant celui qu'il désigne seulement comme un « grand papa ronchon ».

Les ados ne lisent plus (de roman) (Le Monde des Livres)
Par la suite, Le Monde 09.12.2012 a titré : A Noël, les enfants délaissent les jouets. Dès 9 ans, ils se tournent vers la high-tech. Les professionnels s'inquiètent d'un recul des ventes

Le chantre de la détestation de la modernité a amassé beaucoup de poncifs.
Il convoque tour à tour :
Fumaroli
Mara Goyet
le prof du secondaire
le prof de fac,
Paul Ricoeur
le copier-coller,
Impossible bien entendu d'échapper à Nicholas Carr, la référence de tous les technophobes
(Is Google Making Us Stupid ? - encore plus bêtes renchérissait Books)

Pour Michel Serres, la technique  libère l'homme. Elle permet de donner davantage de place à l'intelligence, à l'inventivité, à l'imagination. Elle oblige à repenser la relation pédagogique, à passer d'une présomption d'incompétence à une présomption de compétence (cf le patient chez son médecin). La mutation en cours déstabilise ceux qui s'accrochent au monde d'avant hier, comme les sorbonnards devant l'oeuvre de Rabelais.

Michel Serres, Andromaque, veuve noire, Herne, 2012
Michel Serres, Petite Poucette
Faire coopérer les générations pour inventer un monde nouveau, celui d'une société immatérielle librement connectée qui prend la place d'une société du spectacle à sens unique...


- 2 réactions sur le web :

. Pourquoi les jeunes n’aiment plus les livres. La culture expliquée à Finkielkraut
André Gunthert - L'atelier des icônes - 09.12.2012
http://culturevisuelle.org/icones/2572
« Le duel Alain Finkielkraut/Michel Serres a suscité des réactions de sympathie dans mon cercle d’amis. Résistant à la paranoïa décliniste de l’animateur de France Culture, le vieux philosophe s’est tenu ferme au schéma des Anciens et des Modernes. Obligeant son hôte à endosser le costume du « grand papa ronchon », Serres n’a pas hésité à lui balancer in fine une bombe à fragmentation: tout le raffinement intellectuel de la nation la plus cultivée du monde n’a pas empêché l’Allemagne de sombrer dans la barbarie nazie…»

. Loys Bonod, celui qui se vante d'avoir pourri le web
« Une posture bien simpliste et manichéenne, qui interdit tout débat : un bel exemple de terrorisme intellectuel, puisque Michel Serres s'arroge la modernité et la jeunesse. Lui qui vante tant la place des jeunes, que prend-il encore la parole à 82 ans ? »
http://www.laviemoderne.net/forum/viewtopic.php?f=43&t=558&p=21


.

Posté par clioweb à 07:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,


18 avril 2012

Apprivoiser le numérique - 1

 

gentillesse


Internet fait place nette dans la pédagogie
- Le Monde Opinions, 14.04.2012
Aux institutions d'inventer de nouveaux exercices, 3.0. Enseignants, encore un effort.
Par Emmanuel Jaffelin, agrégé de philosophie au lycée Lakanal (Sceaux)
auteur d'un Petit éloge de la gentillesse, 2011, Editions François Bourin.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/12/internet-fait-place-nette-dans-la-pedagogie_1683888_3232.html

extraits :

« … La galaxie Gutemberg n'est plus [la seule]. Le savoir est immédiat, disponible en permanence et dynamique. Il vient non du prof, mais des tuyaux d'internet. Qu'on le déplore ou non, c'est un fait. L'enseignant n'est plus ni le garant ni le conservateur d'un savoir graalisé et son flicage des élèves qui surfent sur internet vire au chant du cygne d'une pédagogie révolue et ne voulant pas faire sa révolution ».

« L'idée qu'il faille apprendre à l'élève à réfléchir avant de se servir d'internet va non seulement à l'encontre de ce que nous constatons, mais elle suppose naïvement que la pensée est indépendante de son médium. A ce compte, autant reprocher à Socrate d'avoir pensé dans un monde essentiellement oral ou à Descartes d'avoir inventé une méthode scientifique dans un monde livresque !
Les enseignants ont toujours traqué les tricheurs, avec plus ou moins d'appétence. Le problème pédagogique est désormais d'une autre nature. La traque sur internet n'a pas plus de chance d'améliorer les connaissances que le bonnet d'âne n'en avait autrefois de convertir l'ivraie en bon grain. Les enseignants ne doivent pas s'inquiéter de voir leur savoir concurrencé par l'apparition d'un nouveau medium : ils doivent l'apprivoiser avec la complicité des élèves s'ils veulent penser avec les nouveaux moyens du bord. Ce n'est pas le numérique qui doit s'adapter aux exercices rhétoriques de l'école, du lycée et de l'université, mais les institutions qui doivent inventer de nouveaux exercices 3.0. Enseignants, encore un effort ! »


jaffelin

Entretien avec Emmanuel Jaffelin
réalisé par Pascale Arguedas en avril 2011 (à lire sur le blog Calou, l'ivre de lecture)
http://calounet.pagesperso-orange.fr/interview/jaffelinexclusivite.htm


.
.

Posté par clioweb à 07:30 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

26 mars 2012

Comment il a pourri le web, suite

 

bonod-f2

Loys Bonod (lycée Chaptal), France 2, JT 20 h, samedi 24.03.2012
http://jt.france2.fr/20h/


- Les élèves doivent penser par eux-mêmes ;
- Internet n'apporte rien en Lettres ; c'est une source de dévastation.
C'est Loys Bonod (Lycée Chaptal) qui l'affirme sur France 2 et au micro de France-Culture.
De nombreux profs sont prêts à le suivre dans ce jugement abrupt.


- Sur Neoprofs
 après une mention peu amène sur l'édito du Café, qui serait "A côté de la plaque"
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/03/26032012Accueil.aspx#edito

et un renvoi vers le blog de Remi Mathis, l'actuel président de Wikimedia
http://alatoisondor.wordpress.com/2012/03/25/eduquons-a-lesprit-critique-pas-au-mepris-du-travail-des-autres/

je lis ce commentaire :
"Luigi, dès que vous lisez "éduquons" dans un post, c'est un pédago". :-):-)
http://www.neoprofs.org/t45429p375-comment-j-ai-pourri-le-web


Le clash cherché est donc bien politique au plein sens du terme,
entre les néo-cons (qui se baptisent abusivement "républicains")
et ceux qu'ils stigmatisent comme des "pédagos", en fait des militants d'une pédagogie active.

Pour les néo-cons, et pour tous ceux qui ne supportent plus les excès des discours de promotion du Tout Numérique, la seule perspective, c'est de "Débrancher l'Ecole".
Pas de se soucier de mettre en place des usages pertinents d'outils disponibles, anciens ou nouveaux, avec ou sans numérique.
un détail : Internet se révèle une arme redoutable entre les mains de ses détracteurs, avec le soutien des médias grand public.


Courage à ceux qui ne désespèrent pas de faire bouger les lignes ...


--------------------

- Loys Bonod sur Europe 1, dans l'émission Des clics et des claques
http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Des-clics-et-des-claques/Sons/Des-clics-et-des-claques-26-03-12-1007453/

- Saboter Wikipedia, ou l’école vengée -  André Gunthert, Culture visuelle - 25/03/2012
Pourrir le web, comme pourrir la vie, l’arme des vaincus ?

- Loys Bonod, “Retour sur un petit maelström médiatique“, La vie moderne, 25/03/2012

.
Marie-Anne Paveau a rassemblé 25 réactions critiques, dont

- Damien Babet (Sarcelles) :
« L’Ecole soumet les élèves à des injonctions contradictoires :
pensez par vous-même, répétez ce qu’on dit ».

- François Jarraud :
« Ce n'est pas sur la méfiance et le piège qu'on construit une relation pédagogique… le plus troublant dans cette histoire c'est l'écho médiatique que rencontre cette perversion du rapport pédagogique... »

- Notes sur la socialisation des profs

Denis Colombi, sociologue, blog Une heure de peine, 25.03.2012 (source SN)

« Chacun est sommé de se situer : pour ou contre »


« ... L'image qui ressort de cette littérature est celle d'une profession encerclée, cernée de toutes part par les ennemis. Et cet encerclement, ou du moins le sentiment d'encerclement est le produit direct de la dite littérature : c'est que les enseignants peuvent d'autant plus croire ce genre de chose qu'il y trouver un moyen de "généraliser" leur propres expériences singulières. Il y aurait en tout cas beaucoup à apprendre de la contribution de la circulation numérique de l'information à la socialisation professionnelle des profs. Plutôt que de croire qu'Internet n'affecte que les élèves ».
http://uneheuredepeine.blogspot.fr/2012/03/notes-sur-la-socialisation-des-profs.html

--------------------

Un commentaire perso posté un temps sur Néoprofs :

Est-il possible, sur ce forum, d'être entendu en formulant un point de vue davantage nuancé,
en n'oubliant ni les enjeux concrets, ni les visions divergentes sur la modernité ?

- Le web, ce ne sont pas seulement des cours payants en ligne,
c'est un moyen de faire connaître un point de vue sur l'école et le numérique (comment j'ai pourri..)
et d'accéder aux médias nationaux

c'est un support exceptionnel dans de très nombreux domaines (3 ex  : débattre en ligne, écouter F-Culture en différé,
ou pour Histoires de peintures, utiliser le Web Gallery of Art pour voir les tableaux commentés par le regretté Daniel Arasse ... )

L'expérience de Weblettres, les sites accompagnant l'étude des Métamophorses d'Ovide ou celle des Confessions de Rousseau (JC Cau en 1998)
incitent à penser que le web peut être utile aussi en Lettres.


- La question du plagiat est posée depuis plusieurs années.
Cf Pascal Lardellier en avril 2006 dans Libération : "Google pillé-collé, l'arme fatale des étudiants"
http://clioweb.free.fr/debats/plagiat.htm


- La difficulté nouvelle mise en avant par Loys, c'est plutôt celle de l'accès instantané qui pourrait dispenser de toute forme d'effort (et permettrait la triche lors d'un examen). Nuançons encore. Allez dans une classe de maths. Face à un exo, certains élèves (pas tous) auront la réaction d'attendre que le voisin trouve la bonne réponse.

Avant le web, en Lettres, j'ai souvenir d'une prof préparant un devoir.
Elle avait soigneusement vérifié qu'un poème de Baudelaire était absent des annales de bac.
Par la suite, elle a découvert que Nathan venait de publier une histoire de la littérature
où le poème était commenté. C'était en cédérom au CDI.


Plusieurs questions pour terminer :

- En première, l'année du bac, qu'attend un correcteur ?
Un lycéen qui pense par lui-même  ? ou qui a profité du travail mené en classe ?

- La notation des devoirs rédigés à la maison se pose surtout en Lettres et en Philo.
Il existe des solutions simples (coeff différents, contrôle surveillé... soutenance
orale lors d'un TPE)
Quel horaire de Lettres serait nécessaire pour échapper à ce type d'externalisation ?

- Où placer la césure entre la culture et le plagiat ? Où commence la différence entre le commentaire et la paraphrase ?
(cf Montaigne ou Rousseau sur l'éducation ) ?

- Le savoir scolaire peut-il vivre en circuit fermé ?
  Les collégiens et les lycéens vivent dans un monde hypermédiatisé.
 N'est-il pas préférable de repenser leur formation intellectuelle et de leur donner des outils efficaces ?


.

Posté par clioweb à 07:55 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

22 mars 2012

Comment il a pourri le web ...

 

dissert-pas-reseau

source : Loys - Laviemoderne.net

- Comment j'ai pourri le web
Petite expérience amusante sur l'usage du numérique en lettres

Une démonstration de Loys (laviemoderne.net) en première, classe de Lettres, à propos d'un poème d'un poète obscur du XVIIe

http://www.laviemoderne.net/lames-de-fond/009-comment-j-ai-pourri-le-web.html

Le buzz marche à la perfection :
Posté mercredi 21 mars à 11h14, relayé par Rue89, Arrêt sur images..., JT de France 2 samedi soir.
4000 références sur Google le jeudi soir, 6000 le samedi soir.
Les commentaires suggèrent une nouvelle guerre entre néo-cons et pédagogues.


- Un prof trolle ses élèves sur Internet, la belle affaire !
La réponse longue et très argumentée de David Monniaux :
« Mon propos n'est bien entendu pas de dénigrer qui que ce soit, mais de remettre les choses à leur place : l'expérience menée par ce professeur n'a rien de bien étonnant. Le problème, le vrai problème, n'est pas que l'on puisse tromper le public sur des sujets dont ils n'ont absolument rien à faire, c'est plutôt l'abondance d'information médiocre mais qui n'avoue pas sa médiocrité ».

http://david.monniaux.free.fr/

 

- Eric Delcroix, Pourquoi le prof saboteur de Wikipédia n’a rien compris sur l’usage du numérique ?
Et si un enseignant n’avait pas la maturité pour tirer profit du numérique ...
http://leszed.ed-productions.com/et-si-les-enseignants-navait-pas-la-maturite-pour-tirer-profit-du-numerique/


- Le point de vue des élèves, d'après la documentaliste
"Contrairement à ce qui a été écrit, cela ne les avait pas du tout amusés et ils se sentaient humiliés. Ce n’était pas des élèves médiocres et l’un d’eux avait cherché dans une encyclopédie des auteurs littéraires avant de se rabattre sur Internet, car il n’avait rien trouvé lui permettant de développer son introduction et sa conclusion".
"Aurait-on traité de la même manière un public adulte ?"
.
http://leszed.ed-productions.com/le-prof-saboteur-de-wikipedia-qui-soffusque-du-plagiat-suite/


- Comment j'ai nourri le web,
La lecture d'un autre prof de Lettres, dans un collège de Bar sur Aube :

« Je suis donc en présence d’un article pour lequel l’auteur va consacrer toute son intelligence à vouloir démontrer une chose : l’école meurt, et le numérique est son virus... On a là tous les poncifs de la pensée réactionnaire ...

... Depuis cinq ans, je m’efforce de nourrir internet, d’y apporter tout ce qui permettrait à mes élèves d’apprendre, de comprendre, de se documenter, d’obtenir de l’aide, de s’entraîner, de réfléchir, etc. Ma démarche est exactement l’inverse de celle prônée par l’auteur de cet article. Je veux que mes élèves n’aient pas à s’inscrire ni à payer pour obtenir une information qui plus est erronée »
.

http://www.ralentirtravaux.com/le_blog/?p=1497


- Les enjeux du plagiat et la question la notation des dossiers constitués en dehors de la classe avaient été posés en 2006, par Pascal Lardellier (U Bourgogne) dans un article publié par Libération.

Un essai de réponse, dans la version 2008 :
En résumé, le problème se pose surtout pour les travaux externalisés à la maison (la dissert de philo, la dissert de français, le croquis en géo).
L'essor de la culture du rapport a fait le reste (cf les TPE où le dossier l'a emporté sur toutes les autres formes).
Dans tous ces cas, l'essentiel, ce sont les consignes données par l'enseignant, en vue d'une recherche limitée, précise et rigoureuse. Une question vague posée à la cantonade incitera au copier-coller sans souci de chercher à comprendre.

Le problème central, c'est moins le jeu de piste que l'assimilation de ce qui est lu. Prendre appui sur les auteurs étudiés en classe, c'est l'attitude souhaitable. Un détail : dans un temps scolaire aussi restreint, ne faut-il pas donner plus d'importance aux auteurs majeurs qu'à C. de Vion ?

Le web a un énorme avantage : un lien permet de rediriger vers la source, et donc donner accès au texte intégral. L'équivalent de la note de bas de page.

Enfin, la notation chiffrée est une question soluble. Si c'est bien l'assimilation qui est évaluée , un entretien oral, un contrôle écrit surveillé, en temps limité sont une solution simple et efficace.

http://clioweb.free.fr/debats/plagiat.htm



24.03.2012, suite :
Le buzz continue.


- Comment il a pourri le web
sur le blog de Cyrille Borne, prof de maths au Lycée Agricole le Cep d'Or de Clermont L'Hérault, cité par L.B.
http://www.cyrille-borne.com/index.php?post/2012/03/23/

- dans les 260 réactions Néoprofs (22*12),
cette Petite mise au point de L. Bonod, prof de Lettres classiques au lycée Chaptal :
Message par Luigi_B le Mer 21 Mar 2012 - 18:20

« Je ne veux pas jeter la pierre à ceux qui, dans leur discipline, trouvent une utilité aux NTIC. Je suis bien certain qu'on peut faire un usage raisonné et pertinent des NTIC dans certaines disciplines. Je recommande moi-même certains sites validés à mes élèves et j'ai créé un site avec un forum à leur disposition pour préparer le bac de français. Je ne suis donc pas un affreux réactionnaire.
Mais je voulais tirer un signal d'alarme. Car pour ce qui est de ma disciplines, les lettres, après avoir pesé le pour (peu d'avantages) et le contre (d'immenses inconvénients), c'est avec lucidité que je me suis forgé ma propre conviction : il faut entrer dans le web le plus tard possible. A mon sens l'éducation au web n'est pas nécessaire : nous en sommes, nous les autodidactes du numérique qui appartenons aux générations précédentes, les meilleurs exemples.
Je tire profit du numérique parce que l'école m'a donné des capacités de raisonnement, une culture personnelle et par conséquent la distance critique nécessaire pour appréhender le web. Voilà ce qui peut vraiment servir à mon sens, d'éducation au web
».

http://www.neoprofs.org/t45429p300-comment-j-ai-pourri-le-web



..

Posté par clioweb à 19:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,