07 novembre 2012

Ils ne savent plus ...

 

>> amusez vous à tester les connaissances historiques de vos élèves...parlez leur de Jules Ferry , de Gambetta, de la Commune ou de la révolution de 1848....et même de Danton et de Robespierre, vous m'en direz des nouvelles 
en essayant de faire COURT,  qq éléments de réponse :
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- dans quel pays la Garonne prend-elle sa source ? En Belgique ... :-)
ce n'est pas en cycle III, mais dans un jeu tv de Fce 2.
La candidate n'avait pas lu et ni appris la Géo pour les nuls...
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- une bourde sur Clovis ?
En juin 2005, le futur patron du Monde en trouvait dans des copies de bac
(le programme d'histoire portait sur l'après 1945 :-):-).
Il avait juste oublié de vérifier ses sources, 
et confondu vraies copies d'élèves et canular ou facétie imaginé par un internaute.
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-  La Commune ?
Chatel a déstructuré l'HG au lycée (pas seult les SES).
En seconde, le programme s'arrête vers 1850 (sauf pour les migrations).
Celui de première va en théorie de 1851 à nos jours.
Ouvrez un manuel d'H en première
et cherchez y la Commune de Paris ...
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Pas question de nier des problèmes qui tiennent à la pédagogie,
aux ados d'aujourd'hui,
à l'histoire enseignée, 
à des choix sociaux et politiques.
Mais la prudence est nécessaire devant des jugements globaux
(cf la culture éco des Français jugée par les amis du patronat
ou l'austérité vue par Rue 89 :-):-)
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Sur le fond 3 remarques :
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- "Ils ne savent plus", le discours (et le constat) n'est pas neuf.
Il vaut dans toutes les disciplines (cf l'anglais parlé
par nos dirigeants politiques depuis une génération)
Les déclinistes savent s'en servir et le mettre en scène
pour préparer le terrain à la démolition.
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Prenez le temps de revoir l'Ecole buissonnière
un vieux film (1949).
Pour l'examen du Certif, un instit interroge sur les années en 15
(1715, 1515, 1415, 1615 .. mais pas 1815 ni 1315)
Albert lui répond déclaration des droits de l'homme
(art 1 : les hommes naissent et demeurent ...)
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Et ne confondons surtout pas les références des plus âgés
(qui ont pu étudier la Révolution en 3e et en 2de)
et celles des jeunes (Athènes au Ve, pas Danton)
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- Peut-être faudrait rappeler que l'école n'est pas la source unique en histoire ;
la famille l'est (en 1995, la 2GM était déjà connue via les gds parents),
tout comme la télé (pour France 2 qui préfère Marie-A à Danton, Varennes, c'est ""l'évasion"" de Louis XVI !!),
l'espace vécu au quotidien par les ados (rural ? urbain ? péri-urbain ?), 
sans oublier les jeux et les BD.
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- L'histoire a profondément changé depuis 2 générations,
avec des appuis sur l'anthropologie, la socio ...
Comparer le Bouvines de Duby aux historiens du XIXe
Face à la production scientifique, aux groupes de pression mémoriels, 
les concepteurs de programme ont tendance à charger la barque, 
pour complaire à toutes les demandes sociales
("la libération de la Corse sera traitée
dans tous les manuels" avait promis chatel à un député ump).
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Du coup, le temps indispensable pour faire vivre cette histoire enrichiemanque ;
les enjeux ne sont pas toujours perçus par certains lycéens.
Le MEN adore supposer connu ce qui n'a pas été enseigné,
et il oublie trop souvent de croiser les programmes 
pour mieux enraciner ce qui est étudié dans chaque discipline isolée.
Le XVIe sera traité en 2de en histoire, mais en 1ere en Lettres ...

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Un dernier mot sur le faux débat sur la chrono
Les médias adorent.
MA 15 15, c'était commode pour téléphoner.
Mais cela ne disait rien des hommes du début du XVIe,
aussi bien Raphaël - cf l'expo du Louvre 
que les paysans (cf les RDV de Blois)
.
Raisonner en prenant le temps comme facteur, 
c'est sans doute moins mécanique et moins rassurant pour qq nostalgiques, 
mais bien davantage formateur.
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20 juin 2012

Froisser la frise du temps

 
Patrick Boucheron : Apologie pour une histoire inquiète


Entretien en 3 temps
sur le site http://www.nonfiction.fr/ :
1 - L'urbain et le politique (1/3)
http://www.nonfiction.fr/boucheron-13
2 - Espace, temps, identités : continuités historiques et entretemps (2/3)
http://www.nonfiction.fr/boucheron-23
3 - Histoire, arts, littérature (3/3) - à paraître le 26 juin 2012


Extraits :
L'urbain et le politique (1/3)

«  Il n’est pas simple par exemple, dans la pratique enseignante, de s’opposer à une tradition romantique retravaillée par l’historiographie libérale puis marxiste qui instaure une coupure entre l’histoire de la ville et l’histoire rurale. Marc Bloch disait par exemple qu’au troisième siècle de notre ère, l’érection des murailles isolant la civitas (désignant désormais la cité fortifiée seulement) de ses campagnes séparait l’Antiquité du Moyen Âge. Evidemment, dans cette perspective, faire l’histoire des villes au Moyen Age, ce n’est pas tout-à-fait faire de l’histoire du Moyen Age : c’est faire l’histoire d’un lieu qui s’en extrait, où s’inventerait quelque chose de nouveau. Je n’y crois pas, mais il faut bien reconnaître que cette idée est tenace. Elle est en tout cas fortement enracinée, y compris dans l’enseignement supérieur où il faut expliquer aux étudiants qu’une des spécificités du Moyen Age qu’ils imaginent souvent comme rural et chevaleresque, c’est d’avoir été le grand moment de création des villes et d’invention d’une grande civilisation urbaine, même si elle reposait sur des bases fondamentalement différentes de celles de la cité antique. En quoi l’étaient-elle ? Précisément dans l’indistinction des grandes catégories de l’économique, du politique, du religieux, etc. dont vous parlez. C’est cela, fondamentalement, qui change. Ce qu’on appelle le Moyen Age est aussi le moment où toutes ces catégories n’ont pas le sens séparé qu’on leur donne aujourd’hui ».

... ce qui reste aujourd’hui des communes italiennes … c’est le centrovico monumental.. « Mais paradoxalement, ce qui caractérise le pouvoir communal italien est presque l’inverse de ce qui se donne à voir aujourd’hui de son héritage édilitaire. C’est la dissémination du pouvoir. Un pouvoir qui n’est pas du tout polarisé mais fondamentalement polycentrique … »


Espace, temps, identités : continuités historiques et entretemps (2/3)

« … les Francs de Clovis portent le nom des Francs du IIIe siècle, mais ne sont pas nécessairement en continuité ni biologique ni territoriale avec eux. Il y a dans l’histoire des peuples barbares une appropriation des noms de peuples qui ne suit pas nécessairement les parcours ou les invasions, et donc qui n’implique pas d’héritage ou de migrations. L’histoire fléchée, celle de nos cartes scolaires qui sont zébrées de part en part et que je décris dans L’entretemps, est une manière de dessiner des continuités là où il n’y en a pas. D’où l’attention aux plis, aux discontinuités… L’historien n’est pas là pour jardiner le petit lopin des racines et des identités. Il doit au contraire trancher, creuser, et montrer qu’au cœur de nos vies travaillent des discontinuités, des plis, des inquiétudes… »


Froisser la frise du temps :  « Cela veut dire, simplement, refuser une histoire orientée d’une seule manière irréversible, dans laquelle Rome succède à Athènes, puis les nouvelles Rome à Rome, mais où tous les chemins mènent à Rome (quel proverbe hideux, quand on y songe) et où l’histoire file en abandonnant derrière elle les espaces qui ont simplement connu leur quart d’heure de célébrité warholienne, et sur lesquels on ne reviendra pas. Athènes, dans les manuels scolaires, n’existe qu’au temps de Périclès, d’abord comme un présage, et après comme un remords. Mais Athènes, c’est toujours intéressant, à chaque époque, même aux moments faibles, y compris aujourd’hui : on voit que la manière dont les Grecs tentent d’affronter la crise économique et politique terrible qu’ils subissent est certes travaillée par l’héritage fantasmé de la Grèce ancienne, mais aussi, et surtout, par l’histoire de l’inachèvement de l’État au XIXe siècle ».

Lire enfin la distinction  entre la grammaire des civilisations selon Braudel et les histoires connectées, une histoire en devenir qui suscite de l’envie dans le grand public (Subrahmanyam, Brook, Bertrand)

La 3eme partie sera à lire en ligne le 26 juin

boucheron

Patrick Boucheron
source : Fayard, éditeur de l'Histoire du monde au XVe siècle - 2009


Cet entretien fait partie d'une double série consacrée à l'histoire :

(1ère série) L’histoire publique – L’enjeu de la mémoire
http://www.nonfiction.fr/lhistoire_maintenant

1.    Figures historiques, événements mémorables : entretien avec François Dosse
2.    "L’histoire est une matière d’endoctrinement" : entretien avec Olivier Lévy-Dumoulin
3.    Une historienne dans la cité : entretien avec Annette Wieviorka
4.    Les usages publics du passé en perspectives : entretien avec Sabina Loriga, Isabelle Ullern et Olivier Abel,
5.    Mille ans de mémoires : entretien avec Nicolas Offenstadt (1)

(2e série) Histoire : Épistémologie
http://www.nonfiction.fr/histoire__epistemologie

1.    Questionner, dialoguer, faire de l’histoire : entretien avec Nicolas Offenstadt (2)
2.    Le murmure des sans voix : entretien avec Arlette Farge
3.    Apologie pour une histoire inquiète : entretien avec Patrick Boucheron


Wikipedia liste les publications de Patrick Boucheron : http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Boucheron
Les liens guident vers un entretien publié par Histoire pour tous

La page de Paris I n'indique que les textes en accès ouvert, et utilise une syntaxe bien compliquée.


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19 octobre 2011

Le Cartable de Clio no 11

 

cartable11


Plusieurs versions pour accéder au sommaire :

- le fichier ci-dessous
- une version pdf : http://clioweb.free.fr/revues/cartabledeclio/cartable11.pdf
- un fichier à venir sur le site http://www.didactique-histoire.net/

Les sujets traités dans les 10 premiers numéros :
http://clioweb.free.fr/revues/cartabledeclio/cartableclio.htm


Cartable de Clio, no 11/2011 -  sommaire détaillé

Éditorial
Histoire, école et société, il y a encore à débattre! (p.9)

Charles Heimberg, Université de Genève
Einige Bemerkungen zum Plan d’études romand hinsichtlich
der inhalte Geschichte und politische Bildung (traduit par Béatrice Ziegler) (pp.10-13)

Béatrice Ziegler, Haute École pédagogique du Nord-Ouest de la Suisse, Aarau
L’éducation à la citoyenneté dans le LP21 (plan d’études suisse alémanique)
(traduit par Nadine Fink) (pp.14-17)

un dossier - Musées, histoire et mémoires
Charles Heimberg et Mari Carmen Rodríguez, Université de Genève
Musées, histoire et mémoires. En guise d’introduction (pp.21-23)

Yannis Thanassekos, Université libre de Bruxelles
Pluralité de mémoires, pluralité de musées (pp.24-32)

Julien Mary et Frédéric Rousseau, Université de Montpellier
Visiter des musées d’histoire des conflits contemporains.
Premiers éléments pour une muséo-histoire (pp.33-43)

Mari Carmen Rodríguez, Université de Genève
Tourismes mémoriels et espaces muséifiés (pp.44-57)

Alain Battegay, LAMES, Université de Provence
et Centre Max Weber, Lyon et Saint-Étienne
Espaces muséaux entre vitrine et paysage mémoriel et historique.
L’expérience du réseau Memorha et le redéploiement des mémoires et de l’histoire de la Résistance et de la guerre (1939-1945) en région Rhône-Alpes (pp.58-71)

Geneviève Erramuzpé, Maison d’Izieu
Présentation de la Maison d’Izieu, mémorial des enfants juifs exterminés (pp.72-79)

Philippe Hanus, Université de Grenoble 2
Clio au pays des terroirs…
La Seconde Guerre mondiale dans le Parc naturel du Vercors (pp.80-90)

Philippe Olivera, Crid 14-18
«Marne 14-18» à Suippes: la réalisation d’un «musée» local du front (2005-2007) (pp.91-100)

Sabrina Moisan, Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal
Naviguer entre mémoire, histoire et éducation.
Le périple d’un musée d’histoire de l’Holocauste au Québec (pp. 101-108)

Christophe Mauron, Musée gruérien
Le nouveau Musée gruérien. Une région dans le miroir de son patrimoine (pp.109-112)

La nouvelle exposition sur l’histoire nationale au Landesmuseum de Zurich.
Entretien avec Erika Hebeisen (Julia Thyroff) (traduit par Nadine Fink) (pp.113-118)

Charles Heimberg, Université de Genève
Musées, histoire et mémoires, avec des élèves (pp.119-132)


Actualité de l'histoire
Daniela Delmenico, Université de Lausanne
Étudier l’émigration du point de vue de ceux qui l’ont vécue:
une analyse de lettres de migrants (présenté et traduit par Charles Heimberg) (pp.135-141)

Usages publics de l'histoire
Nadine Fink, Université de Genève
La pensée historique à l’épreuve des nouveaux «récits nationaux»:
enjeux et défis pour l’enseignement de l’histoire de la Suisse (pp.145-152)

Pierre-Philippe Bugnard, Université de Fribourg
Faut-il confiner le grand public à l’écume des vagues de l’histoire?
Le cas de L’histoire de la Suisse pour les nuls (pp.153-165)

Didactiques de l'histoire
Charles Heimberg, Université de Genève
Quelles sont les pratiques enseignantes et que dit la recherche ?
Introduction à un état des lieux de la didactique de l’histoire (pp.169-173)

Joan Pagès i Blanch, Université autonome de Barcelone
Quelle est la place de l’identité nationale dans les apprentissages
des élèves en histoire? (traduit par François Audigier) (pp.174-181)

Béatrice Ziegler, Haute École pédagogique du Nord-Ouest de la Suisse
Le récit d’une histoire de la Suisse et les manuels les plus récents (pp.182-188)

Pierre-Philippe Bugnard, Université de Fribourg
La problématisation en histoire enseignée (pp.189-203)

Mostafa Hassani Idrissi, Université Mohamed V de Rabat
Un état des lieux de la didactique de l’histoire.
Quelles sont les pratiques enseignantes et que dit la recherche? Le cas du Maroc (pp.204-210)

Antonio Brusa, Université de Bari
Les didactiques difficiles. Événements du passé lointain et du temps présent
(traduit par Charles Heimberg) (pp.211-224)

Nicole Tutiaux-Guillon, IUFM. Université d’Artois, Arras et Université de Lille 3
Quelle place pour les questions socialement vives et/ou controversées en histoire ? (pp.225-234)

François Audigier, Université de Genève
Regards personnels sur une journée d’échanges et quelques thèmes de débat (pp.235-240)

Sébastien Ledoux, Paris I, Centre d’histoire sociale du XXe siècle
L’esclavage, objet scolaire polysémique (pp.241-247)

Citoyenneté à l'école
Comment transmettre les passés traumatiques? Pour quels effets démocratiques? (p.251)

Yannis Thanassekos, Université libre de Bruxelles
Auschwitz. Connaissance du passé et critique du présent (pp.252-257)

Benoît Falaize, Université de Cergy-Pontoise et IUFM de Versailles
Quel enseignement de la Shoah dans le cadre du curriculum français? (pp.258-262)

Monique Eckmann, Haute École de travail social, HES-SO
et Charles Heimberg, Université de Genève
Une recherche autour de la transmission de la destruction des Juifs d’Europe (pp.263-265)

Histoire de l'enseignement
Marguerite Figeac-Monthus, Université de Bordeaux
Les plans d’éducation français des XVIIIe et XIXe siècles:
une source originale pour une approche des disciplines? (pp.269-278)

Un nouveau site web:
«Entre mémoire et histoire: le patrimoine aquitain de l’éducation» (p.279)

Comptes rendus, annonces et résumés en allemand (pp.280-303)
 

- Ils ne savent plus l’histoire !

En septembre 2011, PP Bugnard analyse la campagne menée par les droites néo-conservatrices dans les médias pour imposer le retour une histoire nationaliste exaltant le rôle des rois et grands chefs militaires, de Clovis à du Guesclin, de Louis XIV à Turenne ou à Louvois, de Napoléon à Pétain...

Dans cette célébration de l'histoire-bataille, les polémistes se servent de la chronologie (cf 1515 préféré à toute autre date) comme bélier, avec parfois le soutien d'historiens dont l'oeuvre a marqué une histoire plus structurale, nettement moins événementielle.
 
PP Bugnard plaide pour une histoire scolaire moins frileuse, plus globale, plus sociale, plus critique.
http://www.didactique-histoire.net/article.php3?id_article=200


- Rappel , un 17 octobre 2011 :

. Octobre à Paris - 17 octobre 1961, film de Jacques Panijel, 1962
. La conférence (passée) de Jim House : Du silence faisons table rase ? Le 17 octobre 1961, histoire d'une réapparition.
. L'entretien de la Fabrique avec Mehdi Lallaoui
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17 octobre 1961 - Nanterre ne veut pas oublier. Le colloque a eu lieu vendredi 14 et samedi 15 octobre à Nanterre.

Jeudi dernier, sur Europe, Franck Ferrand recevait Gilles Manceron - le fichier au format mp3 pour esquiver la pub

http://clioweb.canalblog.com/tag/17octobre1961

 

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01 septembre 2010

Louis XIV ou l'histoire de l'Afrique

Un article récent du Figaro fait part d’étonnantes oppositions à l’ouverture des programmes d’histoire de 5ème aux sociétés non européennes. Voir : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/08/27/
extraits de l'article :
« À lire la pétition du collectif «Notre histoire forge notre avenir», Napoléon, Clovis et Louis XIV y seraient réduits à la portion congrue au profit de l'étude d'empires africains comme Songhaï ou Monomotapa, de l'empire chinois des Han ou de l'Inde des Gupta. Sous la même bannière, un groupe constitué sur Facebook compte plus de 4.500 membres ».

« Pour Dimitri Casili, un historien spécialiste de la Révolution et instigateur de la pétition, « c'est une bonne chose» d'étudier les autres civilisations, mais à condition que les petits Français connaissent les bases de leur propre histoire » » …
« L'historien Max Gallo, lui, indique que «l'enfer est pavé de bonnes intentions» et craint le «zapping» »

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- Touche pas à mon histoire de France !
C dans l'air, lundi 6 septembre 2010
http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_rubrique=1524
http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=accueil

Laurent Wirth est présenté comme "docteur en histoire", Dimitri Casali comme "Historien, enseignant, compositeur et directeur de collection". Egalement Fabrice d'Almeida et Jean-Joseph Julaud (L'histoire de France pour les nuls)

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- Réponse et commentaire de Jean-Pierre Chrétien :

Monsieur Max Gallo vaticinant sur l’histoire d’Afrique ne saurait-il apparemment pas qu’il y a des Français au visage noir dans les classes des collèges ? Et d’ailleurs le chef de guerre Chlodwig était-il « français » ?

Quant à l’enseignante X, qui « craint » de ne pouvoir traiter le sujet en une heure, le dossier de la Documentation photographique (juin 2010) sur L’Histoire de l’Afrique ancienne, peut l’aider. A condition de ne pas oublier que le métier de professeur d’histoire ne consiste pas à tout raconter, mais, en l’occurrence, à trouver, selon un choix méthodique, les bons exemples (voire LE bon exemple) de l’historicité de l’Afrique.

Une nouvelle fois on constate dans notre pays un blocage culturel persistant à l’égard de l’histoire de l’Afrique et d’une manière générale à l’égard des civilisations non européennes.
Une rapide enquête sur le net atteste le bruissement (on dit buzz ?) de sites d’inspiration disons nationaliste contre le nouveau programme de 5-4eme ; ce bruissement qui fait ses choux gras d’une opposition terme à terme entre un mépris supposé de Napoléon et Louis XIV et le scandale manifeste à leurs yeux d’avoir à parler du Songhaï et du Monomotapa (gros rires en sous-entendu à ce Café du commerce de l’histoire). Ces commentaires sont notamment animés par un spécialiste de Napoléon, M. Dimitri Casali (voir Le Post, 26/08/2010)

Le côté amusant de cette polémique, c’est la connaissance très particulière de notre propre histoire qui s’y reflète (et qui est recopiée à l’infini sur le net).
Commençons par la citation supposée de Marc Bloch, décidément mis à toutes les sauces ces derniers temps : « Ceux qui ne frissonnent pas à l’évocation du baptême de Clovis et de la fête de la Fédération de 1790 ne comprendront jamais l’histoire de la France » a dit Marc Bloch (selon Casali). La citation exacte, c’est : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France , ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. ». Il suffit de se reporter à la source, L’Etrange Défaite (Albin Michel, 1957, p. 210).
M Casali croit-il vraiment que Clovis a été sacré à Reims avec l’aide de Jeanne d’Arc ? Pourquoi pas celle de Napoléon... ? Pourquoi attribuer à Marc Bloch une admiration inédite pour Clovis ?

Dans le même ouvrage, Marc Bloch réagissait aussi à « l’obsession du politique ». Il écrivait : « Je ne crois nullement plus difficile d’intéresser un enfant aux vicissitudes d’une technique, *voire aux apparentes étrangetés d’une civilisation ancienne ou lointaine* [JPC souligne], qu’à un changement de ministère ». (p.198).

Mais ces personnes veulent-elles réellement « intéresser » les enfants aux réalités humaines dans leur diversité et leurs évolutions ? Ne veulent-elles pas plutôt les gaver de l’imagerie nationaliste dont elles sont imbues ?

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- 05/09/2010 - Napoléon a-t-il perdu la bataille du Monomotapa ?
     L'analyse de Luc Cedelle sur le blog Interro écrite

- 17/09/2010 : Les réacs au piquet !  Médiapart http://www.mediapart.fr/club/

« ... Et vraiment, il est navrant de (voir les médias) tendre un porte-voix à ceux qui, de concert avec notre président, pensent encore que « le drame de l'Afrique,  c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire » ... de France ? »
Laurence De Cock, Suzanne Citron, Jean-Pierre Chrétien

 

 

 

 

 


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