08 juillet 2015

Vire : Un oeil sur le crime - 4


vire-oeil-crime2015

Un oeil sur le crime,
Alphonse Bertillon, précuseur de la police scientifique
exposition Musée de Vire (29.04 - 01.11.2015)
http://museedevire.blogspot.fr/p/nos-expositions-temporaires-leau-eden.html


Au sommaire de l'expo :

Le « bertillonnage », une méthode révolutionnaire
1 - Les malfaiteurs confondus par la police
2 - La preuve par l’image
3 - Signalement
4 - Traces, indices et scènes de crime
5 - L’affaire Dreyfus
6 - Un modèle pour les polices du monde entier
7 - Populations sous surveillance
8 - Caricaturé !

Le dossier de presse :
http://drive.google.com/file/d/0B_fNIXzYK27GQUNGbzZUMTlHZTQ/view
http://www.cesdip.fr/IMG/pdf/Expo_UN_OEIL_SUR_LE_CRIME_dossier_de_presse.pdf


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Bertillon et le fichage policier - 3

 

berti-photo

L'atelier de photographie d'Alphonse Bertillon à la préfecture de police - 1890
http://criminocorpus.revues.org/2716


Martine Kaluszynski, « Alphonse Bertillon et l’anthropométrie judiciaire. L’identification au cœur de l’ordre républicain » http://criminocorpus.revues.org/2716 (avec bibliographie)

Pierre Piazza, Alphonse Bertillon et l’identification des personnes, 1880-1914 *
http://criminocorpus.org/fr/musee/alphonse-bertillon/


Pour identifier des personnes, Bertillon mobilise 4 techniques :
- l’anthropométrie, enrichie par des typologies nouvelles de l’oreille, du nez ou de l’iris ;
- le signalement descriptif de plus en plus détaillé, assimilé à un « portrait parlé » du visage et du corps ;
- le relevé des marques particulières sur le corps (cicatrices, tatouages...)
- la photographie, avec la mise en place d'un protocole contraignant (vues de face et de profil)
La photographie géométrique (ou métrique) permet d’archiver l’état des lieux lors des premières constatations après un crime ou un délit.

Les résultats alimentent un fichier central géré par le Service de l’identité judiciaire (créé en 1893).
En France, le casier judiciaire a été organisé par la circulaire du 6 novembre 1890, légalisé par les lois du 5 août 1899 et du 11 juillet 1901.
« Le bertillonnage a contribué à pourvoir de structures techniques et scientifiques un Service de l’Identité judiciaire qui, par la rigueur de son savoir et la sensibilité de ses instruments, porte à son point de perfection l’art de constater, d’identifier et de comparer ».

En théorie, le fichage par cet appareillage policier ne concerne que les seuls récidivistes.
Dans la pratique, le fichage a été progressivement élargi.
Il a servi en Indochine, pour tenter de contrôler la population colonisée et les migrations en cours.
En 1912, il a été utilisé pour le carnet anthropométrique des nomades


« L’historiographie récente a mis en lumière la diversité de ses innovations et son influence dans la constitution de procédés nouveaux d’identification entre 1882 et 1914. L’anthropométrie judiciaire, le relevé des marques corporelles, le « portrait parlé », la photographie signalétique et l’ensemble des techniques réunies sous le terme de bertillonnage ont contribué à la répression de la criminalité mais, plus encore, participé à la mise en place d’une organisation et d’une bureaucratie policière nationale et internationale... Bien que destiné à l’origine aux récidivistes, le bertillonnage est donc caractéristique d’une vraie technique républicaine de gouvernement qui s’adresse à l’ensemble de la société ».


photo-nomades

Le bertillonnage est mis au service de l'encartement des « Bohémiens » :
il prend en compte implicitement les  « signes de race »
dans le « carnet anthropométrique d’identité des nomades » établi par la loi du 16 juillet 1912
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20111018.OBS2711/photos-fichage-une-si-longue-histoire.html


« Malgré des résultats probants, la méthode anthropométrique n’est pas d’emblée officiellement reconnue. Une petite partie de l’opinion publique commence à s’émouvoir des dérives engendrées par l’extension de sa mise en œuvre, en pointant notamment l’atteinte à l’intimité et à la pudeur faite aux personnes que l’on déshabille pour être mensurées ». D'autres dénoncent la logique préventive, avant toute comparution en justice. On reproche parfois au bertillonnage de prendre la suite de la marque infamante au fer rouge supprimée en 1832.


À peine savourée, tout juste atteinte, la suprématie du bertillonnage fut remise en cause par une méthode d’identification cette fois-ci infaillible : l'étude des empreintes digitales... Elle a été introduite dans le district de Hooghly au Bengale par William Herschel qui en était l’administrateur. Sir Francis Galton (dir. du labo d’anthropologie de Londres) se sert de cette initiative pour l'appliquer en Angleterre.


La logique de l'identification, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes, avec des prolongements xénophobes, voire racistes. Aujourd’hui, d’autres techniques ou technologies (biométrie, vidéosurveillance, etc.) s’inscrivent dans cette filiation. Ce phénomène... « amène à s’interroger sur les conséquences qu’induisent la tendance à promouvoir toujours plus le développement de technologies qui troublent les frontières, pourtant classiques, entre sécurité et liberté, entre police et justice ou entre répression et surveillance ».

 

En 2010, Criminocorpus a mis en place le projet Bertillon, avec la mise en ligne d'une partie de l'oeuvre de Bertillon.
http://criminocorpus.hypotheses.org/1724
http://criminocorpus.hypotheses.org/tag/alphonse-bertillon

Bertillonnage, bibliothèque de Criminocorpus
http://criminocorpus.org/fr/bibliotheque/collections/police-scientifique-bertillonnage/

Pierre Piazza a coordonné l'ouvrage Bertillon, bertillonnage et polices d'identification
(avec des articles sur l'Indochine et le monde colonial, sur la Guyane), Criminocorpus 2014
http://criminocorpus.revues.org/341

* Pierre Piazza, Alphonse Bertillon et l’identification des personnes, 1880-1914
Alphonse Bertillon (1853-1914)
La loi de 1885 sur les récividistes
L'anthropométrie judiciaire
Le service photographique de la préfecture de police de Paris
Identification anthropométrique dans les prisons
La méthode du  « portrait parlé »
Les empreintes digitales face à l'anthropométrie
Le développement international d'une police d'identification
L'identification anthropométrique des morts
Le carnet anthropométrique des « nomades » (1912)
Bertillonnage et identification civile des populations
L'anthropométrie dans l'espace colonial français
Bertillon au regard de la presse
L'identité judiciaire, un phénomène culturel
http://criminocorpus.org/fr/musee/alphonse-bertillon/


1914 -2014 Bertillon, aux origines de la police scientifique,
une expo a été présentée aux Arts et Métiers en mai 2014
http://criminocorpus.hypotheses.org/7432


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07 juillet 2015

Bertillon accusateur de Dreyfus - 2

 

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Le redan d’Alphonse Bertillon présenté lors du conseil de guerre de 1894 (premier procès Dreyfus)
Source : Archives Poincaré, Nancy. Un redan est une forteresse bastionnée constituée d’angles saillants et rentrants.
http://images.math.cnrs.fr/Des-mathematiciens-dans-l-affaire.html


- Des mathématiciens dans l’affaire Dreyfus ? Autoforgerie, bertillonnage et calcul des probabilités
Laurent Rollet, Images des mathématiques, CNRS, 20 avril 2013
http://images.math.cnrs.fr/Des-mathematiciens-dans-l-affaire.html

« Quatre personnalités de premier plan pour les mathématiques et la physique qui affichèrent publiquement leur soutien au programme de la Ligue nationaliste : Camille Jordan (1838-1921), Georges Humbert (1859-1921), Pierre Duhem (1861-1916) et Charles Hermite (1822-1901)... Leur ralliement semble plutôt s’expliquer par un attachement profond aux valeurs traditionnelles : patrie, armée, Église. Humbert et Jordan étaient ainsi de fervents catholiques. Duhem, pour sa part, était un monarchiste convaincu et défenseur d’un nationalisme revanchard. »

« Côté dreyfusard, le biologiste Émile Duclaux (1840-1904) fut probablement un des premiers scientifiques à s’engager publiquement. En Janvier 1898, le mathématicien Jules Andrade (1857-1933). Professeur à la Faculté de Rennes, il publia dans l’Aurore, le 16 janvier 1898 (trois jours après « J’accuse »), une lettre ouverte au général Auguste Mercier (1833-1921) qui avait été ministre de la Guerre au moment de la condamnation de Dreyfus. Tout comme lui, Mercier avait été formé à l’École polytechnique, et c’est donc à son « camarade » qu’Andrade adressait ces propos pour le moins acerbes, invoquant la vérité et la probité scientifiques. A la suite de cette lettre, il fut mis à pied durant plusieurs mois et muté de Rennes à Montpellier ».
http://images.math.cnrs.fr/Des-mathematiciens-dans-l-affaire.html


- Bertillon et l’autoforgerie
Rapport de MM. Les experts Darboux, Appell et Poincaré, mars-nov 1904
F. Macé-Bertin & G. Giangrande, 2011
La révision du procès de Rennes, tome 3
http://henripoincarepapers.univ-lorraine.fr/bibliohp/?a=on&art=Rapport-Darboux
extraits :
http://www.math.unicaen.fr/irem/IMG/pdf/cr_lecture_affaire_dreyfus.pdf
http://www.maths.ed.ac.uk/~aar/dreyfus/dreyfusfrench.pdf


- Le système Bertillon - Les critiques contre ce système
http://www.police-scientifique.com/dreyfus/le-systeme-bertillon-dans-l-affaire-dreyfus

« Les théories développées à ce sujet par M. Bertillon et ses disciples non seulement n’ont aucun fondement, mais elles montrent, sur un exemple qui peut être compris de tout le monde, le parti pris, le manque absolu de critique et d’esprit scientifique, le goût de l’absurde que nous avons constatés dans toutes les parties du système soumis à notre examen »


- Arrêt de la Cour de cassation, Chambres réunies, 12 juillet 1906
Présidence de M. Ballot-Beaupré, Premier président
http://www.courdecassation.fr/IMG/File/arret_dreyfus_12_juillet_1906.pdf
http://histoire.comze.com/dreyfuscassation1906.doc

extraits des 14 pages :
« Attendu, toutefois, qu'à l'appui de l'accusation, les principaux témoins à charge se sont fondés sur un travail de l'expert Bertillon, prétendant démontrer géométriquement et à l'aide du calcul des probabilités que le Bordereau était un document truqué, forgé par Dreyfus ; que celui-ci, usant d'un gabarit placé sous le papier pelure, aurait tracé, comme le révèleraient des coïncidences et des repérages, une écriture géométrique, dont la clef serait le mot « intérêt » qu'il aurait pris dans une lettre dite « du buvard », saisie à son domicile le 15 octobre 1894, émanée de son frère Mathieu Dreyfus et présentant une encoche qui serait, selon le lieutenant-colonel du Paty de Clam, « mathématiquement superposable » à une encoche du Bordereau lui-même ;

Attendu que Bertillon a édifié son système, non d'après l'original du Bordereau, mais d'après un document artificiel, le Bordereau reconstitué par lui ;
Que c'est cette reconstitution qui a servi de base à l'argumentation du capitaine Valério parlant dans le même sens devant le Conseil de guerre de Rennes et à celle d'un autre officier, le commandant Corps, qui, dans un travail publié plus tard, a proposé un autre système, en désaccord du reste avec celui de Bertillon ;

Attendu que, par ordonnance du 18 avril 1904, le président de la Chambre criminelle a commis les membres de l'Institut Darboux, secrétaire perpétuel de l'Académie de sciences, Appel, doyen de la Faculté des sciences de Paris, et Poincaré, professeur à la même Faculté, pour examiner, en provoquant toutes précisions et explications de la part de leurs auteurs, les études graphologiques de Bertillon, Valéroio et Corps, ainsi qu'une brochure dénommée : « la Brochure verte », dont l'auteur, se disant ancien élève de l'Ecole polytechnique, ne s'est pas fait connaître et n'a pu être retrouvé ;

Attendu que les trois experts ont dressé, à l'unanimité, un rapport dans lequel ils établissent que la reconstitution du Bordereau effectuée par Bertillon est fausse ; que « ces planches sont le résultat d'un traitement compliqué, infligé au document primitif, et d'où celui-ci est sorti altéré, après avoir subi une série d'agrandissements et de réductions photographiques, et même de calcages, recalcages, découpages, collages, gouachages, badigeonnages et retouches » ;

que le rapport aboutit aux conclusions suivantes :
« Tous ces systèmes sont absolument dépourvus de toute valeur scientifique :
1° parce que l'application du calcul des probabilités à ces matières n'est pas légitime ;
2° parce que la reconstitution du Bordereau est fausse ;
3° parce que les règles du calcul des probabilités n'ont pas été correctement appliquées ;
en un mot, parce que leurs auteurs ont raisonné mal sur des documents faux »
; [...]

[...] Par ces motifs,
Annule le jugement du Conseil de guerre de Rennes qui, le 9 septembre 1899, a condamné Dreyfus à dix ans de détention et à la dégradation militaire, par application de l'article 76 et 463 [du code] pén[al] et 1er de la loi du 8 juin 1850 ;
Dit que c'est par erreur et à tort que cette condamnation a été prononcée ;
Donne acte à Dreyfus de ce qu'il déclare renoncer à demander à l'indemnité pécuniaire que l'art[icle] 446 [du code d']inst[ruction] crim[inelle] permettrait de lui allouer ;
Ordonne qu'en conformité de cet article le présent décret sera affiché à Paris et à Rennes et sera inséré au Journal officiel, ainsi que dans cinq journaux au choix de Dreyfus ;
Autorise Dreyfus à le faire publier aux frais du Trésor et aux taux des insertions légales dans cinquante journaux de Paris et province, à son choix ;
Ordonne que l'arrêt sera transcrit sur les registres du Conseil de guerre de Rennes et mention sera faite en marge de la décision annulée. »

Le supplément de L'illustration du 21 juillet 1906est présenté dans l'exposition. Il comporte des extraits et des fac-similés (pièce 371, pièce des chemins de fer, pièce du télémètre, le redan ci-dessus, le gabarit Bertillon, etc...)
Certains numéros de L'illustration sont numérisés : http://onlinebooks.library.upenn.edu/webbin/serial?id=illusfr
Il existe une version commerciale (plus de 200 euros par an) : http://www.lillustration.com/


- Roger Mansuy et Laurent Mazliak, « L’analyse graphologique controversée d’Alphonse Bertillon dans l’affaire Dreyfus. Polémiques et réflexions autour de la figure de l’expert », in Pierre Piazza, Aux origines de la Police Scientifique : Alphonse Bertillon, Editions Karthala
Article cité par Martine Kaluszynski, « Alphonse Bertillon et l’anthropométrie judiciaire. L’identification au cœur de l’ordre républicain », http://criminocorpus.revues.org/2716
« Déjà avec l’affaire Dreyfus, où Bertillon fut l’expert accusateur et hostile, des questions se posent sur l’utilisation de ses méthodes et sur l’instrumentalisation politique de celles-ci »

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Bertillon à Rennes, Lithographie de Ch-P Renouard, 1899
coll. P. Piazza

- « Bertillon n'est qu'un homme entre les hommes, vaniteux, ambitieux et sans scrupules... Non seulement il s'offre pour une nouvelle étude du bordereau, mais pour des services de tous genres. C'est bientôt, entre Du Paty et lui, une collaboration régulière, de tous les instants ».
Joseph Keinach, Histoire de l'Affaire Dreyfus, t. 1 (1911)
http://www.histoire.presse.fr/recherche/bertillon-affaire-dreyfus-01-11-1987-95519


rappel : L'Affaire Dreyfus sur internet :
http://clioweb.free.fr/dossiers/dreyfus/dreyfus.htm

 http://clioweb.canalblog.com/tag/dreyfus


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06 juillet 2015

Bertillon accusateur de Dreyfus - 1

 

 

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Le capitaine Dreyfus devant le conseil de guerre, Le Petit Journal 23.12.1894
illustrations de l'article L'Affaire Dreyfus dans Wikipedia

 

d’après l’exposition « Un oeil sur le crime », Musée de Vire (29 avril au 1er nov 2015)
et un texte de Pierre Piazza.
http://museedevire.blogspot.fr/p/nos-expositions-temporaires-leau-eden.html


L’exposition viroise « Un oeil sur le crime » évoque le rôle discutable de Bertillon lors de l’Affaire Dreyfus

En septembre 1894, une lettre trouvée dans les poubelles de l’ambassade d’Allemagne déclenche une enquête : le général Mercier, ministre de la guerre et l’Etat-Major accusent le capitaine Alfred Dreyfus d’espionnage au profit de l’Empire allemand.

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Le bordereau, photo du 13.10.1894 - source Wikipedia

 

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Fiche anthropométrique d’Alphonse Bertillon réalisée en 1912

http://criminocorpus.revues.org/2716


Les militaires confient à Alphonse Bertillon l’analyse du « bordereau ». Le précurseur de la police scientifique a publié des textes sur  la comparaison des écritures et l’identification graphique ; il s’érige en spécialiste de la graphologie. Convaincu de la culpabilité de cet officier, Bertillon expertise les fragments de cette correspondance anonyme. A partir de cette pièce essentielle du procès, il développe la thèse complexe de « l’autoforgerie » : il veut prouver une falsification de son écriture par Dreyfus lui-même.

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Exposition Un oeil sur le crime, une vitrine consacrée à l'Affaire Dreyfus

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Des mathématiciens dans l’affaire Dreyfus ? Autoforgerie, bertillonnage et calcul des probabilités
Laurent Rollet, 20 avril 2013
http://images.math.cnrs.fr/Des-mathematiciens-dans-l-affaire.html

Lors du premier Conseil de Guerre, en décembre 1894, les juges militaires adoptent les conclusions de Bertillon, sans toujours saisir les subtilités de ses démonstrations : Dreyfus aurait contrefait son écriture. Condamné au bagne pour intelligence avec une puissance étrangère, Alfred Dreyfus est dégradé en janvier 1895 dans la cour de l'Ecole militaire, puis déporté sur l’île du Diable, en Guyane.


Ceux qui sont convaincus de l'innocence du capitaine doivent alors mener un combat très long et très difficile.
En janvier 1898, L'Aurore publie le J’accuse d’Emile Zola qui relance l’affaire.
Ensuite la révélation des faux fabriqués par le colonel Henry provoque en juin 1899 l’annulation par la Cour de Cassation du jugement de 1894.

En France, l’opinion est profondément divisée. Pour les antidreyfusards, l'armée ne peut se tromper ; l'antisémitisme est très développé (cf. Maurice Barrès en 1895 (« Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race »). Les dreyfusards se battent pour la justice et le droit. Ils reprochent à Bertillon de soutenir un mensonge d’Etat. Son antisémitisme est souligné. On ironise sur ses compétences (supposées) d’expert en écritures ; des rumeurs circulent sur sa probité.

Des élus du Conseil municipal de Paris réclament la démission de Bertillon : « l'anthropomètre » incarne à leurs yeux toutes les dérives de la Préfecture de police de Paris. Défendu par le Préfet de police Louis Lépine, il se voit confirmé in extremis dans ses fonctions, mais on lui retire la responsabilité du service de l'identification graphique désormais rattachée au Laboratoire de toxicologie dirigé par Jules Ogier.


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Le Siècle, 26.08.1899
source Gallica : http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k744084r.item


En août 1899, lors du procès de révision qui a lieu à Rennes, Bertillon maintient ses positions, malgré les railleries dont font l’objet ses explications complexes et tortueuses souvent qualifiées de « délirantes » par ses adversaires. Elles seront définitivement mises en cause en 1904 avec la publication d’un long rapport commandé par la Chambre criminelle de la Cour de cassation. Henri Poincaré, Paul Appell et Gaston Darboux, trois illustres mathématiciens, dénoncent dans ce rapport le caractère particulièrement approximatif des calculs de probabilités mobilisés par Bertillon dans ses différents exposés. Ce rapport constituera une pièce essentielle motivant la réhabilitation juridique définitive de Dreyfus par la Cour de cassation en 1906.

Moment intense de division politique de la France, l'affaire Dreyfus a aussi fait émerger des questions sensibles : la place de l'expert dans le procès, sa toute puissance face à des juges et à des jurés non spécialistes, la valeur qu’il convient d’accorder à une expertise produite par un scientifique obstiné susceptible d'être trop influencé par ses convictions.


A suivre...


vire-oeil-crime2015

exposition « Un oeil sur le crime », Musée de Vire (29 avril au 1er nov 2015)
dossier de presse :
http://drive.google.com/file/d/0B_fNIXzYK27GQUNGbzZUMTlHZTQ/view
http://www.cesdip.fr/IMG/pdf/Expo_UN_OEIL_SUR_LE_CRIME_dossier_de_presse.pdf

rappel : L'Affaire Dreyfus sur internet :
http://clioweb.free.fr/dossiers/dreyfus/dreyfus.htm
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28 septembre 2011

Fichés


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 Fichés - expo AN - La Fabrique photo 13


- Fichés ? Photographie et identification du Second Empire aux années 1960
Expo aux Archives nationales jusqu'au 27décembre 2011

"Au sein de cette multitude d’individus identifiés, les visages photographiés, aux regards tantôt inquiets, tantôt stupéfaits, fermés, séducteurs, insolents, parfois bouleversants, restituent à ces destins obscurs ou célèbres leur inaliénable dignité individuelle".

dans l'émission, notamment :
. Les techniques de Bertillon (photos face profil, fichage des mensurations, circulation de ces infos).
. Le fichage des nomades (1912, carnet anthropométrique)
. L'encartement de la société (licences sportives, cartes professionnelles...) 
. Durant la 2GM, la carte d'identité de Français est imposée par Vichy en oct 40, les faux papiers réalisés par la Résistance, le ""fichier juif"" - fichier Tulard. Les 2,5 M de fiches du Fichier central ont été saisies par les nazis, avant de partir en 1945 en URSS.
. Le fichage durant la guerre d'indépendance de l'Algérie.
Des mesures qui concernaient d'abord des criminels récidivistes, puis tous les nomades, puis tous les étrangers sont étendues à tous les habitants du pays en 1921 (et 1940). En 1995, les fichiers restent départementaux. Avec le numérique, le fichage devient national et les fichiers sont croisés ; de plus les vérifications nécessaires, les mises à jour ne sont pas toujours faites avec rigueur. 

L'émission au format mp3 :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10076-28.09.2011-ITEMA_20311529-0.mp3

Un parcours en 28 photos pour un aperçu de l'exposition
http://www.franceculture.com/emission-la-fabrique-de-l-histoire-identites-de-papiers-34-2011-09-28.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/André_Tulard

La carte nationale d'identité (1917, 1921, 1940, 1955...)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_nationale_d'identité_en_France


faux-papiers

Faux papiers réalisés par les Résistants - Fichés Expo AN - La Fabrique photo 18


- Et le fichage au quotidien, en 2011

- Fiches cancans dans un collège de Montreuil - Libération - 24/09/2011
En Seine-Saint-Denis, appréciations et ragots ont accompagné des élèves entrant en sixième.
http://www.liberation.fr/societe/01012361728-fiches-cancans-dans-un-college-de-montreuil

- Le fichage dans une entreprise :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/09/23/un-fichier-humiliant
http://paper.li/Iquentin/1312642704#

Sans oublier la pression du lobby de la biométrie et les contraintes multiples mises en place pour les passeports et les cartes d'identité.

- Alex Türk, un Janus quitte la tête de la Cnil -
Télérama 28 septembre 2011 parle de sept ans de gouvernance schizophrène

« Côté pile, c’est le panoptique, la surveillance des surveillants. Côté face, ce serait un mobile de Calder suspendu au plafond d’un l’hémicycle. Türk est atteint d’un mal étrange, un dédoublement de la personnalité entre le sénateur et le président de la commission. Le premier vote sans remords les lois Hadopi et Loppsi (malgré l’avis négatif de la Cnil). Le second, lui, défend âprement son intégrité quand le législateur veut le déshabiller de force ».
http://www.telerama.fr/medias/le-janus-alex-turk-quitte-la-tete-de-la-cnil,73179.php


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