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Le redan d’Alphonse Bertillon présenté lors du conseil de guerre de 1894 (premier procès Dreyfus)
Source : Archives Poincaré, Nancy. Un redan est une forteresse bastionnée constituée d’angles saillants et rentrants.
http://images.math.cnrs.fr/Des-mathematiciens-dans-l-affaire.html


- Des mathématiciens dans l’affaire Dreyfus ? Autoforgerie, bertillonnage et calcul des probabilités
Laurent Rollet, Images des mathématiques, CNRS, 20 avril 2013
http://images.math.cnrs.fr/Des-mathematiciens-dans-l-affaire.html

« Quatre personnalités de premier plan pour les mathématiques et la physique qui affichèrent publiquement leur soutien au programme de la Ligue nationaliste : Camille Jordan (1838-1921), Georges Humbert (1859-1921), Pierre Duhem (1861-1916) et Charles Hermite (1822-1901)... Leur ralliement semble plutôt s’expliquer par un attachement profond aux valeurs traditionnelles : patrie, armée, Église. Humbert et Jordan étaient ainsi de fervents catholiques. Duhem, pour sa part, était un monarchiste convaincu et défenseur d’un nationalisme revanchard. »

« Côté dreyfusard, le biologiste Émile Duclaux (1840-1904) fut probablement un des premiers scientifiques à s’engager publiquement. En Janvier 1898, le mathématicien Jules Andrade (1857-1933). Professeur à la Faculté de Rennes, il publia dans l’Aurore, le 16 janvier 1898 (trois jours après « J’accuse »), une lettre ouverte au général Auguste Mercier (1833-1921) qui avait été ministre de la Guerre au moment de la condamnation de Dreyfus. Tout comme lui, Mercier avait été formé à l’École polytechnique, et c’est donc à son « camarade » qu’Andrade adressait ces propos pour le moins acerbes, invoquant la vérité et la probité scientifiques. A la suite de cette lettre, il fut mis à pied durant plusieurs mois et muté de Rennes à Montpellier ».
http://images.math.cnrs.fr/Des-mathematiciens-dans-l-affaire.html


- Bertillon et l’autoforgerie
Rapport de MM. Les experts Darboux, Appell et Poincaré, mars-nov 1904
F. Macé-Bertin & G. Giangrande, 2011
La révision du procès de Rennes, tome 3
http://henripoincarepapers.univ-lorraine.fr/bibliohp/?a=on&art=Rapport-Darboux
extraits :
http://www.math.unicaen.fr/irem/IMG/pdf/cr_lecture_affaire_dreyfus.pdf
http://www.maths.ed.ac.uk/~aar/dreyfus/dreyfusfrench.pdf


- Le système Bertillon - Les critiques contre ce système
http://www.police-scientifique.com/dreyfus/le-systeme-bertillon-dans-l-affaire-dreyfus

« Les théories développées à ce sujet par M. Bertillon et ses disciples non seulement n’ont aucun fondement, mais elles montrent, sur un exemple qui peut être compris de tout le monde, le parti pris, le manque absolu de critique et d’esprit scientifique, le goût de l’absurde que nous avons constatés dans toutes les parties du système soumis à notre examen »


- Arrêt de la Cour de cassation, Chambres réunies, 12 juillet 1906
Présidence de M. Ballot-Beaupré, Premier président
http://www.courdecassation.fr/IMG/File/arret_dreyfus_12_juillet_1906.pdf
http://histoire.comze.com/dreyfuscassation1906.doc

extraits des 14 pages :
« Attendu, toutefois, qu'à l'appui de l'accusation, les principaux témoins à charge se sont fondés sur un travail de l'expert Bertillon, prétendant démontrer géométriquement et à l'aide du calcul des probabilités que le Bordereau était un document truqué, forgé par Dreyfus ; que celui-ci, usant d'un gabarit placé sous le papier pelure, aurait tracé, comme le révèleraient des coïncidences et des repérages, une écriture géométrique, dont la clef serait le mot « intérêt » qu'il aurait pris dans une lettre dite « du buvard », saisie à son domicile le 15 octobre 1894, émanée de son frère Mathieu Dreyfus et présentant une encoche qui serait, selon le lieutenant-colonel du Paty de Clam, « mathématiquement superposable » à une encoche du Bordereau lui-même ;

Attendu que Bertillon a édifié son système, non d'après l'original du Bordereau, mais d'après un document artificiel, le Bordereau reconstitué par lui ;
Que c'est cette reconstitution qui a servi de base à l'argumentation du capitaine Valério parlant dans le même sens devant le Conseil de guerre de Rennes et à celle d'un autre officier, le commandant Corps, qui, dans un travail publié plus tard, a proposé un autre système, en désaccord du reste avec celui de Bertillon ;

Attendu que, par ordonnance du 18 avril 1904, le président de la Chambre criminelle a commis les membres de l'Institut Darboux, secrétaire perpétuel de l'Académie de sciences, Appel, doyen de la Faculté des sciences de Paris, et Poincaré, professeur à la même Faculté, pour examiner, en provoquant toutes précisions et explications de la part de leurs auteurs, les études graphologiques de Bertillon, Valéroio et Corps, ainsi qu'une brochure dénommée : « la Brochure verte », dont l'auteur, se disant ancien élève de l'Ecole polytechnique, ne s'est pas fait connaître et n'a pu être retrouvé ;

Attendu que les trois experts ont dressé, à l'unanimité, un rapport dans lequel ils établissent que la reconstitution du Bordereau effectuée par Bertillon est fausse ; que « ces planches sont le résultat d'un traitement compliqué, infligé au document primitif, et d'où celui-ci est sorti altéré, après avoir subi une série d'agrandissements et de réductions photographiques, et même de calcages, recalcages, découpages, collages, gouachages, badigeonnages et retouches » ;

que le rapport aboutit aux conclusions suivantes :
« Tous ces systèmes sont absolument dépourvus de toute valeur scientifique :
1° parce que l'application du calcul des probabilités à ces matières n'est pas légitime ;
2° parce que la reconstitution du Bordereau est fausse ;
3° parce que les règles du calcul des probabilités n'ont pas été correctement appliquées ;
en un mot, parce que leurs auteurs ont raisonné mal sur des documents faux »
; [...]

[...] Par ces motifs,
Annule le jugement du Conseil de guerre de Rennes qui, le 9 septembre 1899, a condamné Dreyfus à dix ans de détention et à la dégradation militaire, par application de l'article 76 et 463 [du code] pén[al] et 1er de la loi du 8 juin 1850 ;
Dit que c'est par erreur et à tort que cette condamnation a été prononcée ;
Donne acte à Dreyfus de ce qu'il déclare renoncer à demander à l'indemnité pécuniaire que l'art[icle] 446 [du code d']inst[ruction] crim[inelle] permettrait de lui allouer ;
Ordonne qu'en conformité de cet article le présent décret sera affiché à Paris et à Rennes et sera inséré au Journal officiel, ainsi que dans cinq journaux au choix de Dreyfus ;
Autorise Dreyfus à le faire publier aux frais du Trésor et aux taux des insertions légales dans cinquante journaux de Paris et province, à son choix ;
Ordonne que l'arrêt sera transcrit sur les registres du Conseil de guerre de Rennes et mention sera faite en marge de la décision annulée. »

Le supplément de L'illustration du 21 juillet 1906est présenté dans l'exposition. Il comporte des extraits et des fac-similés (pièce 371, pièce des chemins de fer, pièce du télémètre, le redan ci-dessus, le gabarit Bertillon, etc...)
Certains numéros de L'illustration sont numérisés : http://onlinebooks.library.upenn.edu/webbin/serial?id=illusfr
Il existe une version commerciale (plus de 200 euros par an) : http://www.lillustration.com/


- Roger Mansuy et Laurent Mazliak, « L’analyse graphologique controversée d’Alphonse Bertillon dans l’affaire Dreyfus. Polémiques et réflexions autour de la figure de l’expert », in Pierre Piazza, Aux origines de la Police Scientifique : Alphonse Bertillon, Editions Karthala
Article cité par Martine Kaluszynski, « Alphonse Bertillon et l’anthropométrie judiciaire. L’identification au cœur de l’ordre républicain », http://criminocorpus.revues.org/2716
« Déjà avec l’affaire Dreyfus, où Bertillon fut l’expert accusateur et hostile, des questions se posent sur l’utilisation de ses méthodes et sur l’instrumentalisation politique de celles-ci »

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Bertillon à Rennes, Lithographie de Ch-P Renouard, 1899
coll. P. Piazza

- « Bertillon n'est qu'un homme entre les hommes, vaniteux, ambitieux et sans scrupules... Non seulement il s'offre pour une nouvelle étude du bordereau, mais pour des services de tous genres. C'est bientôt, entre Du Paty et lui, une collaboration régulière, de tous les instants ».
Joseph Keinach, Histoire de l'Affaire Dreyfus, t. 1 (1911)
http://www.histoire.presse.fr/recherche/bertillon-affaire-dreyfus-01-11-1987-95519


rappel : L'Affaire Dreyfus sur internet :
http://clioweb.free.fr/dossiers/dreyfus/dreyfus.htm

 http://clioweb.canalblog.com/tag/dreyfus


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