« J’accuse »: une fiction (réussie) au récit imaginaire

Gilles Manceron, blog Médiapart, 17 nov 2019

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extraits :
« Le film est une fiction, en décalage avec l'histoire ».

« J’accuse, le film (de Polanski) ne fait aucune mention de personnalités, pourtant nommées (dans la fiction de Robert Harris), dont le rôle a été essentiel, comme Bernard Lazare, le publiciste anarchiste, Jean Jaurès, le leader socialiste, ou Ludovic Trarieux, le juriste premier président de la Ligue des droits de l’Homme (1897). Où d’autres fondateurs de cette association comme Séverine, Octave Mirbeau, Gabriel Monod ou Victor Basch, qui ont pris part à la grande bataille dreyfusarde lors du procès Zola puis du procès de révision de 1899 à Rennes.

« Le personnage qui occupe toute la place dans le film est un officier, un personnage de colonel Picquart à qui est attribué un rôle différent de celui qu’a joué son homonyme dans la réalité ».

« Le film invente une amitié étroite entre Picquart et l’avocat Louis Leblois… »

« Le film fantasme quand il montre un Picquart dreyfusard, qui suggère - invraisemblance totale ! - à Zola d’écrire son article « J’accuse ! ».
Dans la réalité, c’est Bernard Lazare, un dreyfusard de la première heure, qui a partagé ce projet avec Zola ... »

Picquart a été ensuite sanctionné par l’armée, mis en réforme et emprisonné « pour fautes graves dans le service ». Mais quand il enquête sur Ersterhazy, il refuse que l’avocat de Dreyfus d’utiliser des papiers indispensables à sa défense. Après 1906, il est fait général puis ministre de la guerre du cabinet Clémenceau.

« Faut-il encourager le public à voir ce film ?
Ses défauts évoqués ci-dessus incitent cependant à en douter...
Les inventions de la fiction risquent de renforcer les ignorances et les idées fausses »


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