La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II
un livre qui grandit

Lucien Febvre, Revue Historique t. 203, 1950, p. 216-224 (source CG - BM)
http://clioweb.free.fr/dossiers/historiens/febvre-braudel-rh1950.pdf

transcription d'après
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k183049/f218.item.r=Braudel
en cours de relecture

 

extraits :

« En rendre compte, gageure. Ce n'est pas en une seule lecture, même attentive, qu'on épuise ses apports. Livre de fond, il est de ceux qu'on garde des années à portée de sa main. « Si l'on s'intéresse, dira-t-on, à la Méditerranée du XVIe siècle, à Philippe II d'Espagne, au XVIe siècle lui-même ? » Non. Si l'on s'intéresse à l'Histoire. j'allais écrire « simplement ». Fuyons donc le détail. A chacun de s'en procurer les joies et les profits. Essayons de dire, de haut, en quoi ce livre excellent, ce parfait ouvrage d'historien possédant à fond son beau métier, est bien autre chose, et bien plus encore, qu'un chef d'œuvre professionnel. Une révolution dans la façon de concevoir l'Histoire. Un bouleversement de nos vieilles habitudes. Une « mutation historique »  d'importance capitale ».

[...]

« J'ai voulu, coupant au plus court, aller droit à l'essentiel. Et marquer fortement la grande nouveauté d'un parti pris qui s'affirme avec tant de netteté, d'élégance et de précaution intelligente. Pour nous qui, depuis vingt ans sommes sur la brèche, je puis bien le dire dans cette maison amie qu'est pour
nous la Revue historique pour nous qui avons travaillé d'un même coeur, que nous nous soyons appelés Marc Bloch ou Henri Pirenne, Georges Espinas ou André Sayous, Albert Demangeon, Henri Hauser ou Jules Sion - je ne veux citer que des disparus - à mettre sur pied la conception d'une histoire plus vivante, mieux pensée, plus efficace sans doute que l'ancienne, et mieux adaptée aux besoins de notre époque : c'est une grande joie que de voir ainsi prendre corps nos idées, et se réaliser avec tant d'autorité, tant de souplesse aussi et de finesse d'esprit, l'image de l'Histoire que nous nous plaisons à, évoquer. Mais, pour l'Histoire même, c'est un grand progrès, une salutaire novation. L'aurore d'un temps nouveau, j'en suis certain.

Et je voudrais dire surtout aux jeunes lisez, relisez, méditez ce beau livre. Longuement. Faites-en votre compagnon. Ce qu'il vous apprendra de choses, neuves pour vous, sur le monde du XVIe siècle est incalculable. Mais ce qu'il vous apprendra sur l'homme tout court, sur son histoire, et sur l'histoire
elle-même, sa véritable nature, ses méthodes et son but vous ne pouvez l'imaginer d'avance.

Ce n'est pas un livre qui instruit. C'est un livre qui grandit. »


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