« Comment le web change le monde.
L’alchimie des multitudes »
Francis Pisani - Dominique Piotet - Pearson - L'Atelier


Facebook, Myspace, Youtube…les « réseaux sociaux » sont utilisés par 55 % des jeunes Américains, surtout pour rester en contact avec des amis ; ces jeunes qui se soucient peu des « actualités » ont transformé le réseau en « lieu social de l’adolescence ». A la métaphore trompeuse des « autoroutes de l’information », Francis Pisani, le journaliste-blogueur et Dominique Piotet (l’Atelier) préfèrent la réalité de la « dynamique relationnelle ».

Selon eux, le web actuel est fait par et pour les « webacteurs » qui se servent de ces outils pour s’exposer, tisser des relations, débattre, mettre des contenus en ligne ou enrichir ceux qui existent déjà (cf le succès de Wikipedia). « Le lien est l’essence du web » : il évite de refaire ce qui existe déjà, il établit des relations entre des données mais plus encore entre des acteurs. http://pisani.blog.lemonde.fr/

« L’alchimie des multitudes », le coeur de l’ouvrage, désigne un processus (incertain) où la mise en relation permanente d’acteurs du web permet d’accumuler suffisamment de données pour espérer en tirer des informations nouvelles utiles à l’ensemble des utilisateurs. Ce processus peut faire émerger des pépites ; il peut aussi conduire à des dérives. Les auteurs invitent donc à la vigilance, en particulier dans la protection des données personnelles. La métaphore est bien sûr discutable, tout comme celles de « sagesse des foules » ou « d’intelligence collective ». Elle a cependant l’avantage de rompre avec les habituelles récriminations néo-conservatrices sur le « maoïsme digital ».

Le web est devenu une plate-forme polyvalente et dynamique, accessible partout et en permanence (« always on ») ; il n’est plus nécessaire d’installer au préalable trente disquettes… Son succès ne tient pas à une innovation majeure mais à une philosophie du partage et à une technique qui s’efface au profit des données et de l’utilisateur final, sauf en cas de panne… Les logiciels libres et l’Open Source autorisent des usages inattendus et des croisements féconds d’applications (Craiglist propose des annonces immobilières localisées à l’aide de Google Maps ). Le web de demain, ce pourrait être le « Graphe Global Géant » que Tim Berners Lee définit comme l’ensemble des relations entre tous les webacteurs de la planète.

Le « Web participatif » est présenté en triple rupture : avec le modèle économique qui a fait la fortune de Bill Gates, avec une économie où la valeur est fondée sur la rareté relative et avec l’obsession d’une validation institutionnelle et hiérarchique. « Une économie de la relation peut-elle être rentable ? » La dernière partie de l’ouvrage traite des modèles économiques possibles : le bénévolat (que certains semblent confondre avec « l’intolérable gratuité »), les marchés de niche (la « longue traîne »), la publicité ciblée (moins intrusive que celle de la TV commerciale).

Deux domaines sont fortement chahutés : les médias et l’entreprise. Dans les premiers, une information standardisée ne satisfait plus les weblecteurs. Dans la seconde, la pression est forte pour travailler en ligne et à distance (« dans les nuages ») ; les services informatiques n’apprécient pas ; ils mettent en avant la sécurité pour préserver leur pouvoir et ralentir l’évolution vers « l’entreprise liquide ».

La culture numérique (la « digital literacy ») est fondée sur une triple compétence, technique, intellectuelle et civique. Elle se développe largement en dehors de l’école : l’apprentissage combine formation sur le tas et entraide, mais la dextérité technique a ses limites. La postface souligne le rôle essentiel de l’éducation : « 1+1 = beaucoup » écrivent les auteurs ; de chacun de nous dépendra la  direction prise par le web, course dans le mur ou marche vers le progrès.

http://clioweb.free.fr/debats/alchimie.htm


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