14 janvier 2012

Wikipedia, le bazar libertaire

 

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Peut-on vraiment faire confiance à Wikipédia ?
Wikipedia fait la Une du Monde ce week-end.


Wikipedia, le bazar libertaire
- Fi des critiques ! Wikipédia avance. Le Monde 14/01/2012
http://www.lemonde.fr/technologies/2012/01/14/
L'article de Frédéric Joignot, dans Le Monde (Magazine, Cultures et idées), est organisé en 4 parties :
- La récente levée de fonds,
- Le rappel des principes,
- L'évocation de plusieurs dérapages dénoncés en 2007,
- La stratégie actuelle de Wikimedia France (Wiki loves monuments, partenariats avec la BNF, Beaubourg, Cluny, Toulouse...).

Les 2 parties centrales auraient pu être écrites en décembre 2007 (c'était le sujet habituel des étudiants en stage dans la presse). Le débat n'aurait-il pas avancé depuis la charge d'Assouline contre toute forme de démocratie participative ? Lire ou relire aussi Christian Vandendorpe, Eric Bruillard... Un détail : Wikigrill a nettement ralenti ses attaques : un seul sujet est vilipendé en 2011 (au moins 6 l'avaient été en 2008). http://clioweb.free.fr/debats/wikipedia.htm - http://clioweb.canalblog.com/tag/wikigrill

« Ses dangers (ses défauts?) sont inhérents à ses qualités ». Un responsable de Larousse essaie d'opposer à Wikipedia le modèle de l'édition commerciale traditionnelle (« des auteurs convient leurs lecteurs dans un espace Larousse »)

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Wikipedia, levées de fonds annuelles (2005-2011)
source : C Gévaudan, Ecrans 03/01/2012 .

La campagne 2011 de collecte de fonds, qui a pris fin le 3 janvier, a battu un record : 20 millions de dollars, soit 15,3 millions d'euros, ont été donnés par 1 million de personnes. Ces dons faits par des particuliers représentent 85 % du financement de l'encyclopédie participative.

Google, Yahoo!, YouTube et Facebook vivent de la publicité et utilisent un marketing coûteux.
Wikipedia fait exception avec ses 95 salariés et sa masse de contributeurs bénévoles.

Les opinions sur Wikipedia sont toujours aussi tranchées, si on s'appuie sur la lecture des réactions des internautes lecteurs.
http://www.lemonde.fr/technologies/reactions/2012/01/14/

L'article est trop discret sur la réalité des usages, qui mériterait une vraie enquête de fond : Que cherchent les internautes au quotidien sur ce site web mutualiste ? Que trouvent-ils ?
 
Le succès de Wikipedia, c'est d'abord une affaire de masse critique : Wikipedia couvre tous les domaines qui peuvent intéresser un internaute d'aujourd'hui, rares sont les sujets qui ne sont pas couverts, surtout pour ceux qui lisent l'anglais.
Les internautes trouvent sans doute avant tout des éléments qui permettent de poursuivre l'enquête et de consulter des sites web plus spécialisés : références bibliographiques, choix de sites web, réponses à des questions ponctuelles qui ne justifient aucune guerre d'édition...
C'est aussi une réussite technique : l'accès aux pages est rapide, sans les messages de saturation qu'envoient parfois les gestionnaires de Twitter.


Les avantages et les limites de Wikipedia ont été identifiés.
Une mériterait davantage d'attention : l'allergie à la concision.

L'article sur l'Affaire Dreyfus, cité par F Joignot, est révélateur.
En français, c'est 34 pages, 22 000 mots, 150 000 signes
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Dreyfus
En anglais, 9 pages, 3500 mots,  25 000 signes
http://en.wikipedia.org/wiki/Dreyfus_Affair
Wikiversité, la version Education, ne semble pas connaître le sujet, pas plus que Wikibooks.

Le recours à la note de bas de page est compréhensible, mais il peut conduire à des excès.

Il faudrait aussi revisiter les relations entre Wikipedia et le monde de l'éducation. Un groupe de travail suit ces relations au sein de Wikimedia France. L'article du Monde parle de démocratisation du savoir et évoque des expériences de contributions rédigées par des étudiants et notées sur le fond et la forme.
FJ cite Jean-Noël Lafargue : « on entendra toujours les défenseurs de l'Internet civilisé se plaindre, car la liberté de faire et de dire inspire la méfiance. Ceux-là préféreront la censure au désordre, n'admettront jamais la valeur pédagogique de l'erreur ou de la mise en danger du savoir établi. Ils ne croient pas à l'éducation mais au dressage ».


Rappelons 3 observations faites en janvier 2009 dans la Chronique internet :

- Ce sont les enseignants qui assurent le succès de Wikipedia, chaque fois qu’ils externalisent un travail pour lequel le temps manque en classe mais négligent de fournir des sources exploitables par les étudiants ou les lycéens.

- Les habitués de cette chronique savent que le web n’empêche ni de lire ni de penser par soi-même. Au contraire, Internet a renforcé le rôle de l’écrit, et les écrans ont toute leur place à côté des livres et des autres médias dans la vie de la culture et la circulation des idées.

- L’écart entre certains discours médiatiques et les usages sociaux est impressionnant. Chaque polémiste regarde Wikipedia de sa seule fenêtre : un universitaire veut y voir une thèse ou un manuel du supérieur, un professeur de collège ou de lycée y cherche le manuel idéal. Or ceux qui utilisent Wikipedia savent que ce n’est ni une thèse ni un manuel, mais un simple outil efficace de vulgarisation, accessible à tous, partout et tout le temps, dont le contenu dépend de ceux d’entre nous qui ont décidé de lui consacrer bénévolement du temps personnel et familial. 

.

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04 juillet 2009

Les jeunes vont-ils se crétiniser ? - 1

Les jeunes vont-ils se crétiniser ?
Jean-Louis de MONTESQUIOU FEZENSAC
(acheter la bio, c'est 6 euros)
Un  titre choc pour un billet de blog
annonçant le magazine Books de l'été
" Internet rend-il encore plus bête ?"

Le billet et le dossier sont révélateurs :
- de l'art de titrer pour attirer le chaland.
" Internet rend-il encore plus bête ?" (que le soleil et la plage ?)

Pourquoi des titres caricaturaux, racoleurs et agressifs
alors que le contenu des articles est davantage nuancé ?
Volonté d'en découdre avec les discours exagérément enthousiastes
de ceux qui sont chargés de vanter (et vendre) les sites commerciaux ou institutionnels ?
Habileté à surfer sur les idées reçues et la légende noire ?
Poursuite d’une tactique commerciale amorcée avec la rubrique Wikigrill ?

" L'actualité par les livres du monde ? "
Books est en fait une compilation d'articles à propos de livres,

souvent traduits de l'anglais, pas les livres eux-mêmes en bonnes feuilles.
(un des articles fait la différence entre les critiques professionnels,
les seuls vrais et les blogueurs amateurs... p 50)
http://www.booksmag.fr/

- de l'astuce d'un "consultant et ancien dirigeant de banque",
qui titre sur les jeunes, accumule des anecdotes déclinistes ("Jusqu'où peuvent-ils descendre ?"),
les contredit par quelques observations positives
et finit par un "en tout cas, il faut s'en persuader"

- des ficelles commerciales :
. Comment se faire connaître et trouver des acheteurs ?
En créant sur le web
Wikigrill, une rubrique dénonçant les travers de Wikipedia.
La notoriété de l'adversaire peut servir d'argument de vente...
A propos de Wikigrill, lire Sylvain Négrier
http://clioweb.free.fr/debats/wikigrillsylvain.pdf
 

. Traduire et adapter des articles (anglo-saxons),
dont celui de Nicholas Carr - Is Google Making Us Stupid ?
http://www.theatlantic.com/doc/200807/google
[ Carr se plaint de la diminution de sa capacité personnelle de concentration,
(once, I was a scuba diver in the sea of books. Now I zip along the surface...)
il questionne l'impact des technologies sur le fonctionnement du cerveau,
et voit dans le succès de Google l'application de la taylorisation à la vie intellectuelle
]


. Utiliser les relais d'autres animateurs anti-web à la radio et à la TV.
Brice Couturier a fait du dossier le sujet du Grain à moudre de jeudi soir.


- Francis Pisani consacre 2 pages à Carr,
p 126 dans l'Alchimie des multitudes (II, 5)
entre Jaron Lanier ("maoïsme digital") et Andrew Keen ("le culte de l'amateur").
http://clioweb.free.fr/debats/alchimie.htm

Framablog a traduit l'article de Carr
et cite un commentaire de Nicolas Dickner à propos de l'imprimé et du livre

 

- Les polémistes s'en prennent d'abord aux excès lyriques des articles
vantant l'apport du web, mais ils jettent trop souvent le bébé avec l'eau du bain :
au nom de l'imprimé, ils voudraient censurer tout le numérique.

A l'expression "intelligence collective", ils opposent "la bêtise et la tyrannie des foules"...
dans un discours qui semble souvent confondre démarche intellectuelle
et dénonciation de la démocratie.
C'est le cas d'un billet de Pierre Assouline dans L'Histoire :
il avait, en février 2007, à la veille de la présidentielle, une double cible :
Wikipedia, l'erreur à haut débit ; la démocratie participative.

A la source de ces discours, il faudrait interroger une vision élitaire et anti-moderniste,
appuyée sur sur les intérêts financiers de l'industrie du livre.
Ces discours "antis" idéalisent l'imprimé et la galaxie Gutenberg.
Oubliant qu'il s'est passé plus de quatre siècles entre Gutenberg et Jules Ferry,
Et que le livre de poche ne date que de 1954 en France.

Pourquoi laisser croire que seule la vente des livres
garantirait la vie intellectuelle et la circulation des idées,
à l'exclusion de tous les autres supports et formes d'expression ?
Pourquoi un tel silence sur l'activité scientifique ? sur la création artistique ?

Ces discours méconnaissent la synergie entre tous les supports d'information.
Le web n'a jamais empêché de lire et de penser.
Les blogs, les débats animés par les internautes le prouvent au quotidien.

Le web fait même vendre des livres,
au même titre que  la  presse, la radio ou la TV. :-):-)



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