25 juin 2016

Le Front populaire - presse



La presse de 1936 à consulter grâce à Gallica :

 L'Humanité 1936
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327877302/date1936

Le Populaire
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34393339w/date

Le Figaro 1936
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34355551z/date1936.r=

Le Temps, Paris-Soir, Ouest-Eclair, Le Matin, L'Action française
http://gallica.bnf.fr/html/und/presse-et-revues/les-principaux-quotidiens

 

Le Front populaire, billets de Clioweb mai-juin 2016 :

 

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22 juin 2016

1936 - Le temps de la haine



croix-feu-1936

 Affiche électorale des Croix de Feu, 1936
Un slogan repris par le régime de Vichy après la défaite de 1940.

 
front-pop-affiche

A gauche, l'affiche du Front populaire
Contre la misère, le fascisme, la guerre
Pour le Pain, la Paix, la Liberté

 

Après le 6 février 1934, « l'extrême droite rêve tout haut de revanche. Son amertume a tôt fait de se muer en fiel ».

Fort de son tirage (70 000 exemplaires pour le quotidien L’Action française, 600 000 pour l’hebdo Gringoire, 50 000 pour Je suis Partout) et du talent de polémiste de ses rédacteurs, la presse d’extrême droite partage un credo fait de nationalisme, de détestation du régime parlementaire, de haine du communisme, d’antisémitisme frénétique. Elle ne recule ni devant la diffamation (cf. campagne contre Roger Salengro) ni devant l’appel au meurtre (Maurras contre Blum).
« Durant deux ans, le Front populaire doit composer avec un irréductible ennemi instaurant à dessein dans le pays un climat de guerre civile ».
d'après Le temps de la haine, Maxime Jourdan, Politis HS64 2016



solid-1934

« Ton parlement est pourri...
... votre situation est assaillie par des étrangers ».
Affiche de Solidarité française 5 février 1934


 

beraud-1936

 « Sommes-nous le dépotoir du monde ? »
Henri Béraud, Gringoire, 7 août 1936
http://clioweb.free.fr/textes/depotoir.htm

« Nous comptons que le premier soldat tué au front de 1938 sera un Rabinovitch ou un Rosenfeld »
Pierre Gaxotte, Je suis partout, 16 septembre 1938.
http://clioweb.free.fr/textes/depotoir.htm



maurras-1935

« C'est un homme à fusiller, mais dans le dos »
Charles Maurras L'Action française, 9 avril 1935
Bordas, terminale, 1980


Droites et extrême droite dans les années 1930

(d'après D. Borne H. Dubief, La crise des années 30, NHFC, Points Seuil 1989)

1 - Dans l'affrontement politique, un parti se définit par rapport à ses adversaires et au contexte.
2 - Les principaux thèmes (propriété privée, religion, nation, haine du communisme) sont communs à la droite et à l'extrême-droite. La distinction se fait sur les méthodes (bagarres de rue, violence verbale). Cela explique sans doute la recherche d'excuses dans les articles de Wikipedia sur les Croix de Feu ou le PPF.
3 - Le rôle de la France dans l'histoire du fascisme a suscité une vive controverse entre historiens (Zeev Sternhell et Michel Winock).
http://www.scienceshumaines.com/fascisme-francais_fr_33925.html

Les droites parlementaires ont en commun la défense de la propriété privée, une famille sous contrôle de la religion (cléricalisme), la détestation des étrangers, la haine du communisme (cf. le bolchevik au couteau entre les dents 1919).
cf.  le programme électoral de 1928, qui prépare la devise de Vichy Travail, Famille, Patrie :
http://clioweb.free.fr/textes/1droite.htm

Borne et Dubief distinguent les modérés (Tardieu) et les réactionnaires (Louis Marin).
La Fédération catho du général de Castelnau tire le catholicisme très à droite.
Marc Sangnier et E. Mounier suggèrent une évolution possible vers la gauche.

La faiblesse de ces droites explique la prolifération des ligues à la veille du 6 février 1934
L’Action française (une ligue et un quotidien) veut détruire la République et rétablir la monarchie, y compris par un coup d’état. Ses étudiants abusent de la violence au Quartier Latin. L’antisémitisme est poussé à l’extrême : agression contre Léon Blum en février 1936, campagne permanente dans la presse. La défaite de la France en 1940 sera pour Maurras « une divine surprise ».

De nombreuses organisations extrémistes combattent le régime parlementaire.
Elles sont souvent financées par le patronat (Solidarité française par le parfumeur Coty, Les Jeunesses patriotes par Taittinger) ou par Mussolini (Le francisme). Dorgères a tenté d'attirer les paysans dans les Chemises vertes.

Les Croix de Feu sont le seul mouvement de masse.
En 1931, La Rocque prend la tête d’une organisation d’anciens combattants. L’idéologie est ultra-nationaliste (un exécutif fort, restauration des valeurs chrétiennes, une économie paternaliste) et les militants combattent la gauche dans la rue. Les parades militaires et le culte du chef rendent ce mouvement odieux aux républicains.


Le 18 juin 1936, le Front populaire utilise une loi du 10 janvier 1936 (Laval était PdC) pour dissoudre les ligues.

Le 10 juillet, de la Rocque transforme les Croix de Feu en Parti Social Français.
Le PSF veut renforcer le pouvoir de l’exécutif, réconcilier capital et travail.
Il est nationaliste mais évite l’antisémitisme.
La force du PSF est importante, mais il divise la droite et enlève leurs troupes aux fascistes.
La Rocque est arrêté par la police allemande le 9 mars 1943, emprisonné, puis transféré en Tchécoslovaquie et en Autriche.

Jacques Doriot fonde le PPF (Parti Populaire Français).
Il emprunte aux fascistes leur cérémonial (uniforme, rassemblements) et leur violence verbale (à la fois contre le libéralisme et contre le marxisme). Le parti est nationaliste (Jeanne d’Arc + mur des Fédérés), mais pacifiste. Il reçoit beaucoup d’argent de la haute finance.
Doriot combat sous l'uniforme nazi. Il est mitraillé par un avion allié le 22 février 1945.

Pour une partie des pétainistes, Vichy et la Révolution nationale seront pensés
comme une guerre contre la République et une revanche sur 1936
« On ne comprendra rien au comportement de cette fraction de la bourgeoisie française si on ne l'entend murmurer à mi-voix :
Plutôt Hitler que Blum ». E. Mounier, Esprit, oct 1938



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21 juin 2016

Juin 1936 : la dissolution des ligues

 

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 L'Humanité du 19.06.1936 annonce la dissolution des ligues : Croix de Feu, Solidarité française, Francistes, Jeunesses Patriotes...

Le quotidien titre aussi sur la mort de Maxime Gorki.
Le Sénat vote les 40 heures après les contrats collectifs.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k406749d/f1.item

 

 

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Une mesure injuste ? ironise le dessin de Dubosc dans L'Humanité du 21.06.1936
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k406751q.item



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13 juin 2016

Le Front populaire et les femmes

 

L’Espoir brisé. 1936, les femmes et le Front populaire, Louis-Pascal Jacquemond, Belin
entretien dans Le Monde des livres 09.06.2016


En 1936, les femmes ne sont ni électrices ni éligibles
Léon Blum nomme trois femmes au gouvernement :
Cécile Brunschvicg, sous-secrétaire d'État à l'Éducation nationale
Irène Joliot-Curie, sous-secrétaire d'État à la Recherche scientifique (elle démissionne le 28.09.1936
Suzanne Lacore, sous-secrétaire d'État à la protection de l'enfance
http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/le-suffrage-universel/


Après les accords Matignon [6-7 juin 1936], les femmes qui travaillent peuvent élire des délégués voire être déléguées.
Mais patrons et syndicats ne facilitent pas cette évolution.
Rien n'est fait pour réduire l'inégalité des salaires.

Avec le Front populaire, les femmes ont acquis une expérience, conquis des citadelles...
Elles participent aux combats politiques, et beaucoup participeront à la Résistance.
La mixité dans les loisirs, le sport, prépare les mutations ultérieures.
Et surtout,  les femmes gagnent alors la bataille de l’opinion.
Léon Blum obtient l'accord de la Chambre des députés pour le droit de vote des femmes, mais il ne fait pas changer d'avis les sénateurs.

Par la suite, la loi de février 1938 reconnaît à la femme un certain nombre de capacités juridiques, comme s’inscrire seule à la faculté, posséder un passeport...
Loi du 18 février 1938 : Modification des textes du Code Civil relatifs à la capacité de la femme mariée
art 215 : La femme mariée a le plein exercice de sa capacité civile.
http://tinyurl.com/zabmqpj

Mais l'obsession nataliste l'emporte (loi de 1920 interdisant IVG et contraception, Code de la famille en 1939)
La loi de 1920 a gravement perturbé la sexualité de deux générations de couples, jusqu'en 1967 (loi Neuwirth) et 1974 (loi Veil) -
Elle a été imposée par la majorité très conservatrice du Bloc national.
Sexualités vécues. France 1920-1970, Anne-Claire Rebreyend, Clio , 18 - 2003
http://clio.revues.org/622
http://clioweb.canalblog.com/archives/2014/11/28/31044261.html

Le droit de vote des femmes est établi en 1944.

« Le rendez-vous avec le Front populaire est manqué, mais, dans les faits, les femmes ont gagné quelque chose ».


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12 juin 2016

1936 : La loi instituant les 40 heures

 

40h-huma13061936

La Chambre a voté la semaine de 40 heures
L'Humanité, 13 juin 1936 - Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4067434/f1.item



- La semaine de 40 heures
-
Les débats parlementaires
   
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63118090/f1.item.zoom

Résumé des débats dans L'Humanité du 13 juin 1936
(une et page 2)
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4067434/f2.item.zoom


- Loi du 21 juin 1936 
instituant la semaine de quarante heures
dans les établissements industriels et commerciaux
et fixant la durée du travail dans les mines souterraines
(en grande partie incorporée dans le code du travail).

Loi adoptée le 12 juin à la Chambre des députés (408 voix contre 160),
le 18 juin au Sénat (176 voix contre 80). Elle est promulguée le 21 juin 1936

La loi est appliquée progressivement.

En août 1938, le gvt Daladier peut suspendre la loi dans les entreprises d'armement.

En novembre 1938, par décret-loi, Paul Reynaud met fin aux 40 heures, porte la durée légale à 41h30. La CGT appelle à la grève (30.11.1938) mais perd la bataille.
http://www.legifrance.gouv.fr/


Article 1 - Le chapitre II (Durée du travail) du titre 1er du livre II du Code du travail est modifié comme suit :

Art. 6 - Dans les établissements industriels, commerciaux, artisanaux et coopératifs ou dans leurs dépendances, de quelque nature qu'ils soient, publics ou privés, laïques ou religieux, même s'ils ont un caractère d'enseignement professionnel ou de bienfaisance, y compris les établissements publics hospitaliers et les asiles d'aliénés, la durée du travail effectif des ouvriers et employés de l'un ou de l'autre sexe et de tout âge ne peut excéder quarante heures par semaine.
Art. 7 - Des décrets rendus en conseil des ministres, après avis de la section professionnelle ou des sections professionnelles compétentes du conseil national économique, déterminent par profession, par industrie ou par catégorie professionnelle, pour l'ensemble du territoire ou pour une région, les modalités d'application de l'article précédent.
Ces décrets sont pris, soit d'office, soit à la demande d'une ou plusieurs organisations patronales ou ouvrières intéressées. Dans l'un et l'autre cas, les organisations patronales et ouvrières intéressées doivent être consultées ; elles doivent donner leur avis dans le délai d'un mois. Ces décrets sont révisés dans les mêmes formes.
Ils devront se référer, dans le cas où il en existe, aux accords intervenus entre les organisations patronales et ouvrières intéressées.
Art. 8 - Dans les mines souterraines, la durée de présence de chaque ouvrier dans la mine ne pourra excéder trente-huit heures quarante minutes par semaine.
Art. 9 - Un décret rendu en conseil des ministres dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 7, détermine les modalités d'application de l'article précédent, notamment le mode de calcul de la durée de présence.
Art. 10 - L'application des dispositions des articles 6 à 9 ne porte aucune atteinte aux usages ou aux conventions collectives de travail qui fixeraient des limites inférieures.

Article 2 - Aucune diminution dans le niveau de vie des travailleurs ne peut résulter de l'application de la présente loi, qui ne peut être une cause déterminante de la réduction de la rémunération ouvrière (salaires et avantages accessoires).

Article 3 - Les articles 6 à 13 qui forment actuellement le chapitre II (Durée du travail) du titre 1er du livre II du Code du travail sont abrogés.
Toutefois, les règlements d'administration publique pris en vertu des articles 7 et 8 demeurent applicables jusqu'à l'entrée en vigueur des décrets pris en vertu des articles 7 et 8 tels qu'ils sont modifiés par l'article 1er de la présente loi.
De même, les articles 9 à 13 demeurent applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret pris en vertu de l'article 9 tel qu'il est modifié par l'article 1er de la présente loi.

Article 4 - La présente loi est applicable à l'Algérie. Des décrets détermineront les conditions de son application dans les colonies et pays de protectorat.

 

- Les 40 heures étaient-elles opportunes ?
dossier de 2 pages dans GREHG, Hachette, Manuel d'histoire, première 1982

Une forte pression syndicale, un désaveu patronal, une application éphémère :

40heures



Une erreur économique ?
Une reprise brisée ? un chômage aggravé ? une mécanisation trop faible ? une mesure dangereuses ?
Un mauvais coup porté à la Défense nationale ? Le Front populaire n'est pas (seul) responsable de la défaire de 1940.
Une leçon ?

 40heures-jugts



- Le débat jamais terminé sur le temps de travail illustre les clivages politiques et idéologiques.

En 1936, il faut tenir compte du contexte international :
Certains socialistes connaissent la politique menée par FD Roosevelt aux USA depuis 1933 (le New Deal).
L'Allemagne nazie sert de repoussoir (dictature, militarisation, interdiction des syndicats, Front du Travail ...)

Par la suite, les enjeux politiques sont aussi évidents :
En 1975, les politiques s'interrogent sur la politique à mener en cas d'alternance et de retour de la gauche au pouvoir.
En 1998, le débat porte sur le passage aux 35 heures.
Aujourd'hui, les 35 heures sont utilisées comme un chiffon rouge capable de fédérer droites et extrêmes-droites.

En 1936, à gauche, les 40 heures sont invoquées pour aider à
- Lutter contre le chômage de masse (et tenir compte de la réalité du chômage partiel dans les petites entreprises)
- Poursuivre la réduction du temps de travail, sans diminuer les salaires,
   en faisant profiter les ouvriers des gains de productivité permis par l'usage des machines
- Permettre l'accès des travailleurs aux loisirs et à la culture

En 1936, la droite et le patronat y voient
- Une forme d'augmentation des salaires, au détriment des profits (et des dividendes distribués aux actionnaires)
- Un alourdissement des charges des entreprises, avec le risque d'une perte de marchés extérieurs
- Une incitation à la paresse...
- une cause de l'impréparation militaire face à l'Allemagne nazie.
Voir la réponse de Raymond Aron :
Le Front populaire a voté des crédits considérables pour les armements. Sur ce point, il faut l'innocenter.



- 2 articles :
.  Alain Chatriot, Le Front populaire et le droit du travail
Les lois sociales, c'est un bond en avant, fruit de la rupture politique du Front populaire,
appuyé sur des débats internationaux mais objet d'âpres négociations sociales.
L'humanité, 29.04.2004 - Un siècle de droits du travail
http://www.humanite.fr/node/304624
Fdn Jaurès : http://jean-jaures.org/nos-productions/le-front-populaire-et-le-droit-du-travail#

. Les socialistes face à l'économie et à la société en juin 1936 - Le Mouvement social
En 1975, pour Michel Margairaz, les 40 heures ont été imposées par la pression des ouvriers,
mais c'est une erreur économique et une faute politique
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56197992/f87.image

 

40h-figaro1306

La Chambre a voté les 40 heures - Le Figaro 13.06.1936
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k409147m.item



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1936 : meneurs ou grèves spontanées ?

 

Pour expliquer la généralisation des grèves, le patronat et la presse de droite évoquent l'action de « meneurs » communistes.

« La vérité est que, dans le moment même où les pouvoirs publics élaborent la législation « sociale » qui doit faire, comme chacun le sait, le bonheur des Français en général, et de la classe ouvrière en particulier, les communistes, qui sont l'aile marchante de l’Internationale marxiste, cherchent à discréditer le gouvernement des socialistes et des radicaux, à tenir leurs propres troupes en haleine, à créer et à maintenir un état d'agitation et de désordre éminemment favorable à la réalisation de leur objectif révolutionnaire. Les chefs communistes peuvent bien jurer leurs grands dieux qu'ils ne sont pour rien dans la continuation des grèves, ni dans la persistance des troubles ; M. Thorez peut bien s'écrier « qu'il faut savoir sortir d'une grève » : le double jeu de la III* Internationale n'en est pas moins évident et certain ».
Le Temps, 13 juin 1936.

[ lire ce qu'écrit Antoine Prost, Les grèves de mai-juin 1936 revisitées, Le Mouvement Social 3/2002 (no 200) ]
http://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-33.htm

« La thèse d’un « complot communiste » ne mérite pas longue discussion. Elle ne repose sur aucun élément de preuve, alors que nombre d’indications attestent la volonté précoce du P.C.F. de limiter le mouvement, puis de le faire cesser dans l’ordre ».
Côté syndical, tous les témoignages décrivent la CGT comme prise de court par le mouvement.
« Il est donc clair qu’aucune force politique ou syndicale nationale n’a voulu ces grèves. Elles sont venues d’en bas, de la base, et non du sommet, des états-majors. C’est pourquoi on peut les dire spontanées. Ce qu’il ne faudrait pas caricaturer en imaginant que les ouvriers auraient obéi à une sorte d’impulsion soudaine et irrationnelle. Dire que les grèves ont été spontanées, c’est souligner qu’elles ont répondu à des initiatives locales, mais ces initiatives ont été souvent prises par des militants, notamment des unitaires »




Joseph Paul-Boncour, l’ancien ministre socialiste, souligne plutôt la spontanéité du mouvement social.

« Sans nier le rôle des meneurs dans les mouvements sociaux, bons ou mauvais, il faut tenir compte de ce qu'ils comportent de spontané, réactions instinctives de la classe ouvrière devant certains événements. La victoire du Front populaire, en même temps que l'enivrement de revanche contre le 6 février 1934, dont le souvenir était resté mordant, avaient fait concevoir de grands espoirs.

Ces espoirs étaient d'autant plus impatients que, depuis la loi des retraites, les huit heures de Clemenceau (cf. 1er mai 1919), et la loi des assurances sociales, les gouvernements, aux prises avec les difficultés financières, l'instabilité qui en était la conséquence et qui les obligeait à vivre au jour le jour, n'avaient pu réaliser certaines des grandes améliorations sociales installées de longue date dans tant d'autres pays, y compris les pays totalitaires.

Par ailleurs, le grand patronat, qui se monta alors plutôt faible et pusillanime, avait été longtemps assez égoïste et fermé pour que des modérés, des gens de droite, sans parler bien entendu de ces courageux démocrates-chrétiens, dont l'action se confondait de plus en plus avec la nôtre, le lui aient maintes fois reproché.

Les revendications grondaient au lendemain de ce 13 mai 1936. (...) La grève pouvait servir aussi bien à soutenir une affirmation politique qu'à défendre une question de salaires ou d'heures de travail. Rien d'étonnant à ce que l'idée surgit d'en déclencher de multiples pour forcer la main à la fois au gouvernement et au patronat.
Et comme, en période de chômage, les grèves sont vouées à l'échec si l'embauche subsiste, celles-ci se transformèrent vite en « grèves sur le tas». On occupa l'usine pour être sûr que les chômeurs ne viendraient pas prendre la place ».

J. Paul-Boncour, Entre deux guerres : souvenirs sur la IIIe République, Sur les chemins de la défaite, 1935-1940 Brentano 1946
cité par Bouillon, Sohn, Brunet, Le monde contemporain 1914-1945, Bordas, manule teminale 1980

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11 juin 2016

Politis : Que reste-t-il du Front populaire ?

 

 

 politis-1936

 

1936-2016 : Que reste-t-il du Front populaire, Politis, HS 64

Les années 1930 et aujourd'hui
Non 2016 n'est pas (tout à fait) 1936
Le temps de la haine (Maxime Jourdan)
du krach de 1929 à la montée du fascisme (nazisme ?)

Le paysage politique de 1936
Quand les ouvriers forgeaient une classe
Portrait d'un militant SFIO
Le PCF, plus qu'un parti, une galaxie

Le temps des conquêtes
Les six mois qui ont conduit à la victoire (Danielle Tartakovsky)
Dans les coulisses des accords Matignon (DT)
Bains de mer et oeufs frais pour tout le monde
Sous le Front populaire, Ya de la joie (Jean Vigreux)

La France qui chante et qui déchante
Jean Gabin, l'ouvrier générique
La religion du progrès
Une année sportive très politique (JO de Berlin, Tour de France, FSGT)
Le temps libre : tout un programme (Marion Fontaine)
L'heure des trahisons et des espoirs déçus (JV)

La part d'ombre
La France n'a pas fait front avec l'Espagne républicaine (Serge Wolikow)
Le Front populaire et les colonies : la continuité (OLCG)
Avec les femmes, un rendez-vous manqué (LP Jacquemont)
Du pacifisme à la collaboration
L'union des forces assassinée (fusillade de Clichy, 16.03.1937)

Un difficile héritage
Que reste-t-il des avancées de 1936 ?
Mai 68 : le remake était presque parfait
Les deux gauches et le FP (Ludivine Bantigny)
Un héritage écologique méconnu

hors série coordonné par Maxime Jourdan
(Le Cri du peuple 2005, Mes cahiers rouges de Maxime Vuillaume)
http://www.article11.info/?Entretien-avec-Maxime-Jourdan-La

pour combler le silence relatif sur l'Education :

- L’Ecole est à nous ! ou comment Jean Zay révolutionna l’Éducation Nationale,
documentaire de Stéphane Benhamou, 2015, 52 min
http://www.dailymotion.com/video/x2ns20k


- Les grands travaux du mouvement Freinet pendant la période du Front populaire
À travers les textes de Célestin Freinet parus dans L’Éducateur Prolétarien
Catherine Chabrun, Questions de Classes
http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/11/03/32868746.html


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LM : Lointain printemps 1936

 

Lointain printemps 1936, André Loez, Le Monde des livres, 08.06.2016
http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/06/08/lointain-printemps-1936_4943356_3260.html


ouvrages recensés
:
Simone Weil, Grève et joie pure
Jean Vigreux Histoire du FP, l'échappée belle
Serge Wolikow, 1936, le monde du Front populaire
Didier Daeninckx Un parfim de bonheur
Nicole Masson, Les victoires du FP, archives Le Populaire
Michel Winock, Le Front populaire expliqué en images


extraits :
« Jean Vigreux restitue ainsi d’autres dynamiques grévistes, moins souvent étudiées, qu’il s’agisse du monde rural qui connaît depuis le début des années 1930 de vives tensions sociales et politiques, ou des colonies, elles aussi engagées dans la dynamique initiée au printemps 1936, avec des arrêts de travail des ouvriers du bâtiment à Alger, puis des dockers d’Oran et même de Cochinchine....

Il explore les effets et les échos parmi ses adversaires : patrons exaspérés par les grèves, antisémites fanatisés par la nomination de Léon Blum à la tête du gouvernement, catholiques hantés par la peur des « rouges », colons inquiets devant des projets de réformes pourtant timides.

L’exacerbation des tensions politiques et sociales françaises dans les années 1930 ne peut en effet se comprendre hors de la séquence inquiétante qui voit se succéder l’arrivée d’Hitler au pouvoir, la guerre entre l’Italie et l’Ethiopie, la guerre d’Espagne et les purges staliniennes. Et la formation même du Front populaire français serait restée impossible sans l’aval du mouvement communiste international ».



Le Hors série 64 de Politis ajoute
Danielle Tartakovsky, Le Front populaire. La vie est à nous. Découvertes Gallimard 1996
Frédéric Monnier, Le Front populaire, La Découverte
Pascal Ory, La Belle Illusion. Culture et politique sous le signe du FP (1935-1938)
http://clioweb.canalblog.com/archives/2016/06/10/33944236.html

Le Front populaire : une expérience progressiste et démocratique dans une Europe menacée par Hitler et Staline
bibliographie élaborée par Claire et Jean-Claude Mouret en juin 2006
http://www.sciencespo.fr/bibliotheque/sites/sciencespo.fr.bibliotheque/files/pdfs/front-populaire.pdf


rappels :
Antoine Prost, Les grèves de mai-juin 1936 revisitées, Le Mouvement Social 3/2002 (no 200)
http://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-33.htm

Aux origines ouvrières du Front populaire, Gérard Noiriel, Le Monde diplomatique juin 2016
Colère ouvrière à la veille du Front populaire, Hésitations entre révolution et élection, Benoît Kermoal, Le Monde diplomatique juin 2006

Léon Blum, le socialisme et la République, Alain Bergounioux
http://clioweb.canalblog.com/tag/leonblum

 

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expos : 1936 Le Front populaire



1936-mhv-fp-ninr

1936 : Nouvelles images, nouveaux regards sur le Front populaire
Musée de l'histoire vivante, Montreuil
http://fr.calameo.com/read/0046483792dabe2574fa0
http://www.museehistoirevivante.fr/expositions/exposition-en-cours/1936-nouvelles-images-nouveaux-regards-sur-le-front-populaire

 

1936-FP-photos

1936 le Front populaire en photographies
dossier de presse 40 pages en pdf
http://presse.paris.fr/wp-content/uploads/2016/04/1936-Le-Front-populaire-en-photographie-DP-200416.pdf



photographes

Thérèse Bonney (1894-1978)

Marcel Bovis (1904-1997)
Robert Capa (1913-1954)
Henri Cartier-Bresson (1908-2004)
Marcel Cerf (1911-2010)
France Demay (1903-1963)
Robert Doisneau (1912-1994)
Pierre Jamet (1910-2000)
Andre Kertesz (1894-1985)
François Kollar (1904-1979)
Germaine Krull (1897-1985)
Noël Le Boyer (1883-1967)
Sam Lévin (1904-1992)
Boris Lipnitzki (1897-1971)
Eli Lotar (1905-1969)
Mirkine Léo (1910-1982)
Gaston Paris (Dates inconnues)
René-Jacques (1908- 2003)
Willy Ronis (1910-2009)
Emile Savitry (1903-1967)
David Seymour dit Chim (1911-1956)
Fred Stein (1909-1967)


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10 juin 2016

1936 - Grands magasins en grève

 

1936-huma1106-mag-printemps

Au Printemps, des artistes sont venus apporter leur concours aux grévistes.
Miss Paris, dans son tour de chant, se fait applaudir
L'Humanité, 11 juin 1936
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k406741c.item

« Les accords Matignon, connus le lundi 8 juin au matin, n’arrêtent pas une seconde vague de grèves.
Au contraire, elle s’étend à de nouvelles professions. Les grands magasins sont entrés en grève le 6;
le 8, ce sont le bâtiment parisien et les assurances, tandis que des négociations immédiates évitent que les banques ne débrayent.
Au milieu de la semaine on compte un million et demi de grévistes ».
Antoine Prost 2002
http://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-33.htm



 1936-gdsmagasins1

 Dans les grands magasins où l'on campe
Calmes et dignes, unis et forts, les grévistes s'organisent L'Humanité, 09.06.1936
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4067392/f2.item


extraits de L'Humanité, 9 juin 1936

« Tous les matins, on nettoire, on balaye. Si on fait un bal, sitôt après, on remet tout en place...»
« Dans les rayons tout est en ordre...Quelle belle leçon de calme, de dignité donnent ces milliers de reclus volontaires dans ces lieux, au milieu de ces richesses entassées, dont ils savent, comme le leur disait Vaillant-Couturier le soir même, qu'elles constituaient un héritage qui leur est destiné, à ces hommes et ces femmes luttant pour le pain et faisant en même temps de si noble façon leur apprentissage de classe dirigeante ! »

« Filles de travailleurs exploités, les vendeuses des Galeries, en souriant, luttent pour leur pain et parlent un langage nouveau. Et si elles l'apprennent si vite, n'est-ce pas qu'elles le pensaient depuis longtemps ? »


- La grève à La Samaritaine
. vue par Marcel Brient, chambre syndicale des employés CGT de la région parisienne
http://clioweb.free.fr/dossiers/1936/1936-Samaritaine-Brient.pdf

« M. Gabriel Cognacq explose, tape sur la table, parle d'ingratitude...
Nous l’interrompons : « Il n'y aurait jamais eu de grève sans le système américain ».
M. Cognacq se croit victime des forces du mal... »


. vue par Gabriel Cognacq le patron de la Samaritaine - Note du 27 juin 1936
http://clioweb.free.fr/dossiers/1936/1936-Samaritaine-Cognacq.pdf

« Votre direction veut ignorer les sympathisants de cette grève. Il y en a eu d'ailleurs si peu, si elle s’en rapporte aux très nombreuses lettres qui lui parvenaient depuis quelques jours d’occupants se disant occupants involontaires ».


juin36-lefranc

in : Juin 1936, L’explosion sociale du Front populaire
présentée
par Georges Lefranc, Archives Julliard n° 22, 1970




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