08 octobre 2014

M. Gauchet : Conformisme et Tradition


Conformisme et tradition. Quelques remarques sur la pensée de Marcel Gauchet, blogs de Médiapart, 07.01.02014
http://blogs.mediapart.fr/edition/rendez-vous-de-lhistoire-de-blois-2014-les-rebelles-quelle-edition/article/071014/conformisme-et-tradition-quelques


Ludivine Bantigny (U. Rouen) a démissionné en août du conseil scientifique des RDV de l'histoire de Blois. Elle a découvert dans la presse, comme les autres membres, le choix de Marcel Gauchet pour une conférence inaugurale sur « les rebelles ».

Dans un article publié par Médiapart, elle considère ce choix « étonnant pour le moins, indécent quand on y regarde de près ». Elle décrit « la suffisance » du philosophe très actif dans les médias, elle analyse ses prises de position sur l’ordre néo-libéral, sur les mouvements sociaux, sur 1968 (l’événement ou sa postérité ? le concept de génération, l’ignorance des archives), sur l’immigration vue comme problème, sur l’enfant désiré vu comme une catastrophe provoquée par la libération des femmes. A travers une citation de Sandra Laugier, elle « refuse de prendre pour argent comptant le discours de la domination ».

extrait :
« Il y a certes, chez Gauchet, de nombreuses flèches décochées contre le présentisme, en tant qu’enfermement dans le présent. C’est pourtant un présentisme activement pratiqué qu’il propose en refusant d’imaginer la moindre alternative à ce couvercle pesant.

Car s’il y a bien de l’intouchable chez Gauchet – la tradition, la famille, la nation –, il inclut, et au premier chef, un capitalisme non interrogé. C’est là un « cela va de soi », interdisant justement la mise en cause, le refus, la rébellion, et empêchant que de l’autre soit pensé, imaginé et pourquoi pas rêvé – autre gros mot. « C’est dans le cadre du marché, de la liberté individuelle et de la propriété privée que devra se situer toute politique plausible. En ce sens, il est possible de soutenir en effet qu’il n’y a plus d’autre socialisme concevable que libéral. Il en va de même d’ailleurs du conservatisme. Ils sont condamnés à composer avec le fait libéral et à s'inscrire dans ses limites indépassables. »
On accordera à Marcel Gauchet de n’avoir pas changé : à l’aube des années 1990, il y insistait déjà : « les vieilles disputes autour du capitalisme sont rendues obsolètes par sa redéfinition de fait comme économie de l’innovation ». Quoi qu’on en pense par ailleurs, ces leçons délivrées dans la majesté d’un ton qui n’admet pas la contradiction reviennent à condamner toute brèche, toute incursion dans les failles d’un système qui précisément ne va pas de soi parce qu’il est historiquement, politiquement et  idéologiquement déterminé. Le philosophe de la condition historique pourrait au moins le faire saisir, au lieu de nourrir l’absence de réflexion sur une telle historicité ».

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05 juin 2013

Difficile enseignement de l’histoire

 

debat-175


Difficile enseignement de l’histoire
Le Débat, n° 175, Mai-août 2013
http://le-debat.gallimard.fr/#


- Enseigner l'histoire de France (et la géo)

Laurent Wirth, Définir les programmes 11 p
Dominique Borne, Quelle histoire de France enseigner ? 15 p
Olivier Grenouilleau, L'histoire à l'école, Représentations, enjeux, perspectives, 8 p

Patrick Garcia, Les péripéties de la discipline, 9 p
Christophe Charle, Histoire globale, histoire nationale ? Comment réconcilier recherche et pédagogie 8 p
Krzysztof Pomian, Partir du présent 13 p
Christian Grataloup, La géographie scolaire sans boussole 9 p
Hubert Tison, La bataille de l'enseignement, L'histoire sous la Ve République 4 p

- La parole aux enseignants

Bernard Poulhès, Fin de l'histoire ?
Témoignages sur l'enseignement de l'histoire-géographie, 10 p
Jérôme Chastan, Histoire discontinue ou « nouveau roman » national ? 5 p
Patrick Guyot, Comprendre et apprendre, 5 p
Mara Goyet, Des armes de transmission massive 7 p
Eric Froment, Une mémoire raisonnée, 7 p
Alexandre Saintin, La passion de s'interroger, 6 p

- Chez nos voisins européens

Rainer Bendick et Étienne François, Allemagne : fédéralisme et compétences 9 p
Antonio Brusa et Gérald Larché, Italie : les déchirures du présent 11 p
Richard J. Evans, Angleterre : l'île ou le monde ? 8 p
Willem Frijhoff, Pays-Bas : canoniser la nation ? 10 p

- Vers le public
Claire Blandin, L'histoire sur papier glacé, 5 p
Valérie Hannin, L'Histoire : revue et magazine, 7 p
Hervé Hugueny, Les best-sellers de l'histoire, 8 p

- Feue la Maison de l'histoire de France
Étienne François, Une trop brève existence, 12 p
Pierre Nora, Feu sur la Maison de l'histoire de France 3 p

A paraître en septembre,
un second numéro sur les formes nouvelles de la culture du passé


En ligne, le prix d'un article a diminué : 3,49 euros au lieu de 5 euros.
Soit 76,78 (22 * 3,49) pour une revue qui vous coûtera 18,50 euros chez votre libraire (ou 14,10 euros sur abonnement)
http://www.cairn.info/revue-le-debat-2013-3.htm
ou en plus compliqué : http://le-debat.gallimard.fr/numero/2013-3-mai-aout-2013

rappel : habituellement, chez Persée, un article passe en accès libre au bout de 5 ans.
Maurice Kriegel, Trois mémoires de la Shoah États-Unis, Israël, France
À propos de Peter Novick, L’Holocauste dans la vie américaine, Le Débat 117
Pour cet article de 2001, il en coûtera aussi 3,49 euros, 12 après sa parution.



-  Le débat 176, en novembre, traitera des formes nouvelles de la culture du passé.

Dans les 5 thèmes retenus par la revue, les points de vue sont variés (concepteurs de programmes, universitaires, profs, étudiants, éditeurs de revues). Le choc lié à la chatelisation y paraît aseptisé par un ton académique, et les conditions réelles de travail des profs et des élèves n'apparaissent pas vraiment.

La rubrique sur nos voisins suggère que la pression nationaliste existe aussi ailleurs (l'Angl de Cameron et Gove, l'Italie de Berlu, les Pays-Bas). Un élément qui a conduit à l'échec du projet NS-Buisson de Maison de l'HF (Etienne François regrette cet échec,
Pierre Nora a plaidé en faveur d'un portail numérique, héritier du Musée imaginaire).

Un rappel utile sur Historia et les choix de Melchior-Bonnet (royaliste, pro Algérie fse) : une histoire anecdotique et sensationnelle, des auteurs grand public, des illustrations.

Il aurait sans doute été possible de faire mieux sur les ados et l'histoire scolaire, en ne se contentant pas d'interroger des étudiants des Mines ou d'HEC.
Silence sur l'histoire mise en spectacle et vendue à la TV et à la radio.
Rien sur les manuels
Rien sur l'histoire scolaire face au numérique.

Une citation de Patrick Garcia pour conclure : p 17 - L'histoire enseignée a beaucoup évolué, mais elle reste divisée entre des projets contradictoires. Comment une société dont la lecture du temps (passé, présent, futur) est brouillée pourrait-elle trouver un consensus à propos de son histoire scolaire ?


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05 avril 2011

Le monde selon Facebook

 
Dans un article publié par Le Débat n° 163 (janv-fev 2011) , Jérôme Batout se sert du film The social network pour souligner un paradoxe : Facebook est une entreprise qui fait commerce des données privées et tire profit de l'affichage d'une affinité de façade (« j'aime », x est mon « ami »...). Or ceux qui sont à l'origine de l'entreprise ont tous été marqués par une rupture : conflit sentimental entre MZ et sa copine, conflit d'affaires entre MZ et les jumeaux Winklevos, démêlés en justice avec un autre associé.. « Le film met en scène l'accumulation prodigieuse de coups fourrés, de dissimulations, de vengeances...»

JB constate que Facebook clive l'espace public comme aucun autre site internet ne l'a fait...Un site qui prétend avoir attiré 500 millions d'internautes doit nécessairement mettre le doigt sur un formidable besoin social. Mais « cette puissante adhésion suscite en même temps un féroce rejet ».

Il ajoute que Facebook, le résultat d'une succession de conflits mal maîtrisés, est fondé sur le refoulement de toute divergence et de toute forme de conflit.
L'affichage des affinités de surface est survalorisée, sur le modèle de l'overfriendly, une manière de faire société peut-être habituelle à Harvard ? Tout ce qui pourrait exprimer le commencement d'un désaccord est découragé. En cas de divergence, par peur d'engager le débat (ou par incapacité) , on laisse pourrir la situation, jusqu'au point extrême de la rupture. Or la dimension conflictuelle est normale dans la vie sociale, dans la vie d'une démocratie, dans la formation d'une personnalité. A force de l'éviter et de la refouler, on pousse la crise à son paroxysme et on débouche sur une impasse. Les seules sorties envisagées alors résident dans le déni et dans la fuite : on peut bloquer un internaute, on peut faire supprimer un contenu en le signalant de façon anonyme.

JB interroge l'application d'une telle philosophie à la société et à la vie publique.
Que serait une société faite uniquement de l'addition des groupes d'affinités superficielles ?

Il termine par 4 questions :
- D'où vient une telle volonté de refoulement du conflit ?
- Le refoulement du confit conduit inexorablement à la radicalisation. Quels dangers, individuels et publics en résultent ?
- Que peut-on entreprendre pour favoriser la ré-appropriation de cette dimension conflictuelle ?
- Le conflit et le compromis sont au cœur de la démocratie. Que devient cette démocratie quand le conflit est systématiquement évité et refoulé ?

 
rappel :
- Facebook, un cas d'école, le lien vers l'analyse critique par Thierry Joliveau en trois articles de la carte de Paul Butler 
http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/02/04/20302536.html

 

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