04 novembre 2014

LM : Le sexe des maths

 

Le sexe des maths, Le Monde Education, 30.10.2014
http://www.lemonde.fr/education/article/2014/10/30/le-sexe-des-maths_4515295_1473685.html


« En 2012, les filles représentaient 38 % des effectifs des terminales S spécialité mathématiques, 29,7 % des effectifs des classes préparatoires scientifiques aux grandes écoles, 28 % des élèves diplômés d’une école d’ingénieur, et 27 % des titulaires d’une licence professionnelle en sciences. Le déséquilibre est tel que, depuis 2000, la mixité des formations est l’un des chantiers prioritaires des conventions interministérielles sur l’égalité ».

Au XIXe F-J Gall ou Paul Broca attribuent ce type d’inégalité à une prédisposition biologique. Cette vision fait sourire, mais elle n’a pas disparu, notamment en Amérique du Nord. Pour la psychologue canadienne Doreen Kimura (S. Fraser U) dès la naissance les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes schémas cognitifs.


Toutes les études récentes ont souligné l’importance du contexte social et culturel.

« Isabelle Regner et Pascal Huguet, enseignants-chercheurs en psychologie sociale de l’université d’Aix-Marseille, ont ainsi demandé à 454 élèves de 6e et de 5e de reproduire la figure de Rey-Osterrieth, qui mêle des triangles et des carrés de différentes couleurs. Quand cet exercice était présenté comme un exercice de dessin, les filles réussissaient mieux que les garçons. Lorsqu’il était présenté comme un test de géométrie, les garçons surpassaient les filles. Pour les chercheurs, ces expériences démontrent la puissance des stéréotypes sociaux : les filles ont tellement peur de confirmer les idées reçues sur leur faiblesse en maths que cette pensée les empêche de réussir ».

« les études montrent que même s’il n’y a pas de différences de performance entre les enfants, les professeurs croient que leurs élèves garçons sont plus forts en maths que leurs élèves filles. Sans en avoir conscience, ils encouragent donc plus fortement les garçons, qui, dans les matières scientifiques, y gagnent une grande confiance en eux. »

Il faut donc analyser le poids des représentations sociales, questionner les pratiques des enseignants, aider les enfants à dépasser les clichés.
Le chemin de l’égalité sera long.

Femmes et Maths
http://www.femmes-et-maths.fr/

Pourquoi les femmes sont nulles en maths ?
http://lavventura.blog.lemonde.fr/2014/07/22/pourquoi-les-femmes-sont-nulles-en-maths/

Les filles, osez les sciences ! Maryline Baumard, Le Monde 27.02.2014
Chronique - Économie de la connaissance
http://www.lemonde.fr/idees-chroniques/
http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/03/03/les-filles-osez-les-sciences_4373701_3234.html

http://plus.maths.org
Plus is an internet magazine which aims to introduce readers to the beauty and the practical applications of mathematics.
Plus started life under the name of PASS Maths (Public Awareness and Schools Support for Maths) in 1997, when it was a project of the Interactive Courseware Research and Development Group, based jointly at the Universities of Cambridge and Keele.

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03 décembre 2011

Racialisme et xénophobie

 

naz-nez

 L'humiliation au nom d'une anthropologie complice du racisme nazi
source - Bordas, Terminale, 1980 - arch Ringart


- Le racisme, un conditionnement. Le Monde, entretien avec Lilian Thuram - 28/11/2011
Son exposition, Exhibitions, l'invention du sauvage, ouvre au Musée du quai Branly à Paris
http://www.lemonde.fr/culture/2011/11/28/

- Comment le sauvage est devenu l'unique figure de l'autre lointaindurant le XIXe siècle industriel et colonialiste. Aucun pays occidental n'a échappé à cet engouement écoeurant qui attire des millions de visiteurs dans les expositions coloniales. 
http://www.lemonde.fr/culture/2011/11/28/

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- Histoire du racisme 3/4 - La Fabrique de l'Histoire 16.11.2011

avec Laurent Dornel, La France hostile : socio-histoire de la xénophobie : 1870-1914 (2004)
et Carole Reynaud-Paligot,
De l'identité nationale : science, race et politique en Europe et aux Etats-Unis, XIXe-XXe siècle (2011)
La République raciale : Paradigme racial et idéologie républicaine 1860-1930 (2006) - CR par Bruno Bertherat - RH du XIXe
L'émission au format mp3 :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10076-16.11.2011-ITEMA_20322737-0.mp3


Laurent Dornel souligne la distinction nécessaire entre la xénophobie (la haine du voisin étranger caricaturé), et le racialisme, la volonté de classer et de hiérarchiser les hommes en fonction de critères physiques supposés. Il admet la porosité entre les deux discours : l'anthropologie raciale, très active entre 1860 et 1945, a pu contaminer l'ensemble des relations humaines.

Ainsi, en 1919, quand le capitaine de Gaulle (qui a été captif en Allemagne) commente le Traité de Versailles, il écrit :
« Nous allons donc nous heurter de suite à toute cette science de chicanes gémissantes, de délais prolongés, d'entêtements sournois, qui est la plus claire aptitude de cette race » (race au sens de nation).  http://clioweb.free.fr/textes/29dg19.htm

En 1894, Barrès décrit la dégradation du capitaine Dreyfus :
« Quand il s'avança vers nous, le képi enfoncé sur le front, le lorgnon sur son nez ethnique (sic), l'oeil furieux et sec, toute la face dure et qui bravait, il s'écria d'une voix insupportable : "Vous direz à la France entière que que je suis innocent » 
"Judas ! Traître ! Ce fut une tempête.
Ah ! non, certes, il n'est pas au monde un groupe d'hommes qui puissent accepter cet individu. Il n'est point né pour vivre socialement. Seule, dans un bois décrié, une branche se tend vers lui. Pour qu'il s'y pende ».
Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme (Bordas manuel de 3eme, 1971, p 149)
http://clioweb.free.fr/dossiers/dreyfus/dreyfus.htm


L'anthropologie raciale prend son essor à la fin du XVIIIe, lorsque les scientifiques veulent classer toutes les plantes, tous les animaux, tous les humains. Le comte de Gobineau, un diplomate, est souvent incriminé. 
L'Essai sur l'inégalité des races, est publié à partir de 1853 à compte d'auteur et se vend peu. La notoriété vient plus tard, du fait des ultra-nationalistes allemands qui apprécient son affirmation d'une supériorité de la race germanique aryenne sur les autres. Les nazis font traduire ces écrits et leur donnent encore plus d'écho.

L'émission rappelle le célèbre désaccord entre Jules Ferry (le prétendu devoir de civiliser les races inférieures
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/ferry1885.asp
et Georges Clémenceau (« J'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand »).
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7ec.asp

rappel : Trésors photographiques de la Société de Géographie, Expo de la BNF en 2007.
Sylvain Kahn (Planète Terre) avait invité Olivier Loyseaux pour la présenter. En janvier 2010, Jean-François Staszack a traité de la Géographie post-coloniale : les désirs d'exotisme mis à nu 
http://clioweb.free.fr/dossiers/colonial/tresorsg.htm

L'anthropologie est bien en cour dans les années 1880 (Abel Hovelacque). Elle légitime la conquête coloniale et impose dans les manuels (Paul Bert) une vision raciste en contradiction avec les valeurs républicaines. Cette dimension raciale ne concerne pas les seuls républicains de 1885, elle touche l'ensemble du continent européen et les Etats-Unis.  

Dans L'Histoire (coll n° 10) Serge Bernstein distingue 3 âges de l'antisémitisme : l'antijudaïsme catholique, l'antisémitisme socialiste, l'antisémitisme racial. Michel Winock décrit les fantasmes du racisme (supposé) scientifique (L'Histoire n° 269), et cite Drumont, Vacher de Lapouge, Alfred Fouillée, Jules Soury...

La lecture raciste culmine dans les années 1930 : exposition coloniale de 1931, recherche de boucs émissaires au lendemain de la crise de 1929. Une des formulations les plus violentes, en France, c'est celle d'Henri Béraud :

« C’est l’immense flot de la crasse napolitaine, de la guenille levantine, des tristes puanteurs slaves, de l’affreuse misère andalouse, de la semence d’Abraham et du bitume de Judée ». 
http://clioweb.free.fr/textes/depotoir.htm

En Allemagne, les délires eugénistes nazis étaient largement acceptées dans les milieux scientifiques. 
cf Benoît Massin, De l’eugénisme à la Shoah, Cercle d'étude, 2001
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article31

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Lorsqu'après la capitulation des nazis, l'UNESCO a voulu déconstruire ces préjugés (Race et histoire 1952), elle s'est heurtée à la réticence de nombreux anthropologues installés. C'est le moment où l'Afrique du Sud installe le régime d'apartheid, et où le combat contre la ségrégation commence aux Etats-Unis. Aujourd'hui encore, la race est un élément des recensements aux EU, les traducteurs de séries américaines inventent une race caucasienne ; d'autres critères d'assignation (religion) et d'autres mots (ethnique) masquent souvent mal une vision raciale et raciste.


L'anthropologie raciale a durablement marqué les esprits. Encore en 1960, quinze ans après la capitulation des nazis, elle donne encore cette vision de l'humanité dans une double page d'un manuel de géographie de 6e (Pernet - Hachette) :

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 Manuel de géographie 6e, Hachette, 1961
 http://clioweb.free.fr/manuels/pernet.htm

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« La République assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion (Constitution art 1)»

Le terme race est-il encore nécessaire ?
Jean Gayon, philosophe, professeur à l’université Paris-I
propos recueillis par Eric Rohde pour Télérama hors série (fév. 2007)
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1943
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?rubrique15


- Pensées raciales et mythes nationaux
Histoire transnationale des pensées raciales XVIII-XXe siècles - NYU Paris

« Si d’une certaine façon les catastrophes du XXème ont rendu la notion de race impensable, elle continue à structurer les pensées et la politique dans un monde où les frontières d’antan deviennent de plus en plus fluides ».

Le séminaire organisé par Beth Epstein (NYU) et Carole Reynaud Paligot (NYU, Centre d’histoire du XIXe) – en collaboration avec Ann Thomson (Université de Paris) veut « rendre tout son historicité à la notion de race » et étudier son rôle dans l’entreprise de naturalisation et de biologisation du social (du XVIIIe siècle à nos jours) et dans « la construction des identités collectives dans l’espace occidental des années 1850-1940 ».
http://nyufresearch.wordpress.com/

 

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