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ses
23 novembre 2011

Manuels sous surveillance

 

marianne1911

source : Marianne 19/11/2011

Comment fabriquer des manuels sans déclencher la guerre !
Un dossier dans Marianne (19/11/2011) avec des exemples en HG et en SES. http://www.marianne2.fr
 cité par le forum https://groups.google.com/group/aggiornamento-histgeo/

  

Rien n'est plus explosif qu'un livre d'école écrit Anna Topaloff dans Marianne n° 761.
Elle rappelle plusieurs controverses récentes : le Medef qui voit du marxisme dans tout manuel de SES qui parle de chômage,
les cléricaux qui mènent campagne contre l'étude du genre en svt, les lectures opposées de la colonisation (zoos humains ou hôpital d'Hanoï), ou l'affrontement sur l'histoire de l'Europe et du Proche-Orient (Nakba et/ou Shoah).
Jusqu'en 1905, les écoles catholiques avaient leurs manuels spécifiques et leur panthéon (cf Christian Amalvi).

Aujourd'hui, dans l'ère de l'histoire sous surveillance (Brigitte Gaïti), chaque nouveau manuel est scruté par une multitude de groupes de pression et, au moindre écart, les courriers affluent sur le bureau du ministre et sur ceux des éditeurs. Qui, si l'on en croit les auteurs, ne brillent pas par leur courage.
Le manuel est d'abord un marché : 38 millions d'exemplaires vendus en 2010 pour un CA de 28 M d'euros. Les éditeurs ont donc tout intérêt à mettre sur le marché les ouvrages les moins clivants possibles afin de ne pas perdre des milliers d'acheteurs potentiel

« Pour les sujets considérés comme sensibles, comme le conflit israélo palestinien, il est recommandé de les traiter non pas sous la forme d'une leçon, mais via une étude de documents: cela permet de mettre les deux points de vue sur un pied d'égalité ». (O. Loubes)

L'article poursuit par un autre double débat : la place du texte et de l'image dans les manuels de lettres, le type de texte (littéraire ou non - recettes de cuisine, articles de presse ... -).
Le choix du manuel est aussi le reflet des rapports de force en salle des profs.

Les 2 dernières pages en version doc, mise en ligne temporaire

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10 octobre 2011

Le Medef et les manuels de SES

 

Le Medef n’a pas à se mêler de nos manuels - Libération Rebonds, 10/10/2011
Marjorie Galy et Erwan Le Nader, APSES (Association des professeurs de Sciences Economiques et Sociales)
http://www.liberation.fr/societe/01012364651-le-medef-n-a-pas-a-se-meler-de-nos-manuels

Depuis quelques semaines, les prises de positions publiques demandant la réécriture de programmes scolaires se succèdent. Après les initiatives de parlementaires «contre l’enseignement de la théorie du genre en classe de 1ère», c’est aujourd’hui Charles Beigbeder, président de la commission Entrepreneuriat du Medef, et par ailleurs secrétaire national de l’UMP, qui, dans un entretien accordé à Educpros, demande «que s’instaure un réel dialogue, régulier, entre les enseignants et les chefs d’entreprise, notamment au sein de la commission des programmes […], contre la vision négative de l’entreprise qui transparaît dans certains manuels». L’école n’a pourtant ni à faire aimer ni à faire détester l’entreprise, seulement à la faire comprendre dans sa complexité.

Ces velléités pourraient paraître anodines si elles ne rencontraient pas un écho favorable auprès du ministère de l’Education nationale. L’Institut de l’entreprise a en effet déjà conduit la rue de Grenelle à lancer un «audit» sur les manuels et programmes de sciences économiques et sociales, prétexte à une refonte totale des programmes, massivement contestés par les enseignants de SES et par une large partie de la communauté scientifique en sciences sociales.

Ainsi, en classe de seconde, le nouveau programme de SES a tenté d’évacuer le thème du chômage, avant que l’ampleur des protestations n’oblige le ministère à le réintroduire. Désormais, l’entreprise est présentée uniquement comme un agent économique, lieu central de production de richesses, d’investissement et d’innovations, ce que personne ne songeait à occulter. Mais, au prétexte de distinguer clairement économie et sociologie, les quelque 427 000 élèves qui choisissent l’enseignement de SES en seconde n’entendent plus, dorénavant, parler des relations sociales dans l’entreprise : exit donc les enjeux autour des mutations du travail. C’est
pour endiguer ces velléités que l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) vient de mettre en ligne Sesâme (1), un manuel gratuit pensé pour les élèves, qui préserve l’esprit d’une discipline dont le succès ne se dément pas.

L’exigence de laïcité portée par l’école doit faire obstacle aux tentatives d’instrumentalisation des savoirsélaborés par les chercheurs, lorsqu’ils entrent en conflit avec certains intérêts économiques, politiques ou religieux. C’est pourquoi nous demandons aux candidats à l’élection présidentielle de s’engager pour que les programmes scolaires soient élaborés selon des procédures démocratiques et transparentes, par des commissions composées majoritairement de professeurs du secondaire, d’universitaires d’horizons théoriques divers et de chercheurs en sciences de l’éducation. Le vrai défi pour l’école n’est pas de favoriser les intérêts partisans de tel ou tel lobby. Mais bien de donner aux élèves les outils intellectuels qui leur permettront de forger leur citoyenneté de manière autonome.
http://sesame.apses.org


- Genre et SVT
A la suite de la controverse sur les manuels de SVT lancée par la droite de l'UMP, l
e groupe UMP a décidé début septembre de constituer une mission parlementaire sur les programmes scolaires. Chatel a chargé Michel Leroy, IG, d'une mission sur les manuels scolaires.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/10/06/

 

2 octobre 2011

SESâme, l'autre manuel de 1ere

 

sesame

 

- SESâme est un manuel en ligne de Sciences Economiques et Sociales
voulu par l'APSES et en cours d'élaboration à destination des enseignants de SES et de leurs élèves de 1ère ES...

Face à un programme de 1ere vivement contesté (les concepteurs ont imposé un cloisonnement disciplinaire, avec 2/3 d'éco, 1/3 de socio), les auteurs ont repensé et recomposé le programme à partir du texte officiel, afin de pouvoir étudier ce qu'ils estiment être les vrais enjeux de notre société et continuer à promouvoir l'usage des méthodes actives en classe.

voir notamment la rubrique Entretiens, la revue de presse, les pages sur le bac, sur la statistique et les liens proposés

http://sesame.apses.org/

 

 

 

 

15 juin 2011

Programmes de SES rejetés au CSE


" En rejetant à une large majorité les projets de nouveaux programmes de terminale en SES, le Conseil Supérieur de l’Education a envoyé le 9 juin un message clair au Ministère et au groupe d’experts..."

L'APSES continue d'exiger une réécriture de l’ensemble des programmes de SES du cycle terminal. Elle demande également un moratoire sur la rénovation des épreuves du baccalauréat et le retour à une véritable concertation avec les enseignants. http://tinyurl.com/apses-cp-06-2011


dans cette page web, de nombreux textes illustrent les combats de nos collègues 
dont
Les procédures actuelles de confection des programmes sont archaïques
Marjorie Galy répond aux questions de F Jarraud dans Le Café (24/01)
http://tinyurl.com/cafe-marjorie


30 avril 2011

Les SES en danger ?

 
L'enseignement des SES est-il en danger ? Ou comment faire de la pub aux projets de programme qui installent un cloisonnement disciplinaire et veulent faire du lycée une sous-université... 

L'économie en questions (F-Culture), avec 
Erwan Le Nader, professeur d'économie (sic, en réalité prof de SES, lycée Gutenberg à Créteil)
Philippe Martin (Sc Po)
Jacques Le Cacheux, professeur des Universités en économie à l'Université de Pau, chercheur à l'OFCE, président du groupe des experts chargé de rédiger les programmes
Olivier Pastré (Paris VIII)
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10081-30.04.2011-ITEMA_20282798-0.mp3La présentation des invités sur le site web est déjà tout un programme.


- Difficile de tenir un débat avec un plateau aussi déséquilibré (cf aussi l'Esprit public le dimanche matin). Qui oppose-t-on au responsable de l'APSES ? Trois universitaires, dont deux engagés dans les projets contestés. A qui demande-t-on de penser les SES au lycée ? A trois universitaires...

Quant à l'animatrice de l'émission, elle prétend ne s'occuper que d'économie et cite DM. Le vocabulaire utilisé lui-même n'est pas neutre : on parle tjs d'économie, jamais de Sciences Economiques ET Sociales.
 

- Difficile de tenir un débat 
. quand les convictions à priori écrasent tout sur le passage (pour l'auteur des projets en 1ere et en Terminale, le cloisonnement disciplinaire serait plus efficace que la confrontation des points de vue sur un objet lié à l'actualité) 
. et quand des jugements simplistes et la cascade du mépris entre les cycles dispensent d'argumenter au fond... (les étudiants d'aujourd'hui seraient nuls, donc ils auraient été mal formés au lycée, les lycéens n'ont rien appris au collège, les collégiens n'ont rien appris en primaire, les écoliers...
cf 34e : on commence par caricaturer l'opposant qui voudrait tout étudier sur tout, (tout en refusant l'encyclopédisme), et on l'accuse de vouloir tout mêler et tout mélanger...

A partir de là, on peut espérer vendre le cloisonnement disciplinaire, imité de l'université, comme la solution de tous les problèmes...
 

- Difficile de jouer cartes sur table dans un tel non-débat.
Une allusion aux Français trop réticents au capitalisme financier (l'économie dite de marché), une autre à la méconnaissance de l'entreprise... Deux arguments dont l'origine est à chercher du côté du lobbying efficaces de Pébereau et de ses amis du Medef auprès de gouvernements de droite.

- Voir aussi comment retourner le choix des SES par 85 % des lycéens de seconde, utilisé comme moyen de légitimer les choix du ministre...


- une consolation : il paraît que les programmes chatel ménagent la liberté pédagogique des profs... 

 

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9 mars 2011

Term - projets de programme HG 2013


La consultation des programmes de Term ES-L et Term S
est en cours,
l'adresse a été donnée sur la liste H-Français.
http://eduscol.education.fr/cid55136/consultation-sur-les-projets-de-programmes-de-terminale.html

La rédaction de ces nouveaux projets a été imposée par la décision stupide de supprimer l'enseignement de l'histoire et de la géo à tous les lycéens de Terminale S.

Les enjeux sont sans doute moins dramatiques que ceux des classes de Sciences Economiques et Sociales. Et rien ne garantit que les analyses et les propositions faites par les profs sur le terrain seront prises en compte : elles n'ont eu aucun effet pour le programme de première, alors qu'aucune urgence ne pouvait servir de prétexte.


3 détails :
- Cette génération de lycéens ignorera
toute l'histoire intérieure et extérieure de la France après 1962.
Peut-être que la lecture des sondages d'Harris interactive lui suffira. :-):-)

- L'histoire sociale est caricaturée. Ce n'est pas une nouveauté.
Une société, pour les concepteurs actuels, c'est visiblement de la religion, des médias, les ouvriers anglais (d'avant 1980)... :-)

- Le choix des dates peut interroger sur la chronologie sous-tendue :
..  la religion en Russie :-), c'est 1880,
.. les médias, c'est 1890. La grande loi sur la liberté de la presse, n'est-ce pas 1881 ???
.. l'Etat-nation, en France, ce serait depuis le XIIIe ...

-----------------
en résumé, les projets pour 2013 :

- Terminale ES et L
Histoire - Regards historiques sur le monde actuel
Thème 1 - Le rapport des sociétés à leur passé (9-10 heures)
Thème 2 - Croyances, cultures et sociétés (15-16 h)
Thème 3 - Les échelles de gouvernement dans le monde (17-18h)
Thème 4 - Puissances et tensions dans le monde (16-18 h)

Géo - Mondialisation et dynamiques géographiques des territoires
Thème 1 introductif - Clés de lectures d’un monde complexe (14-15h)
Thème 2  Les dynamiques de la mondialisation (16-18 heures)
Thème 3  Dynamiques géographiques de grandes aires continentales (27-29 h)

- Terminale S (option facultative, depuis 2009) :
On traite 3 questions au choix parmi les 4 suivantes

Question 1 - La mondialisation en fonctionnement
Question 2 - Enjeux et recompositions géopolitiques du monde
Question 3 - Représenter le monde
Question 4 - Innovation et sociétés


- Chez nos voisins, dans ce qui fut depuis le début des Sciences Economiques ET Sociales

Economie (90 h)
1. Croissance, fluctuations et crises
2. Emploi et chômage
3. Mondialisation et finance internationale
4. Économie du développement durable

Sociologie (60 h)
1. Classes, stratification et mobilité sociales
2. Intégration, conflit, changement social
3. Culture et diversité culturelle

Regards croisés (20 h) - en fait le coeur de l'ex-SES...
1. Justice sociale et inégalités
2. Travail et emploi



 

6 février 2011

SES : l'Appel de Vitruve

Appel de Vitruve - Les sciences sociales au lycée, un enjeu démocratique
samedi 5 février 2011 - sur le site de l'APSES : http://www.apses.org/initiatives-actions/

Les contenus et modalités d’enseignement sont le reflet des finalités confiées à l’école par chaque société. A l’heure où les citoyens sont plus que jamais demandeurs d’éléments d’explications sur les tenants et les aboutissants de la crise économique et financière, sur les débats relatifs aux inégalités, aux réformes de la protection sociale ou de la fiscalité, aux enjeux de la mondialisation et du développement durable, aux débats concernant la procréation, le mariage, la parentalité, les sciences sociales – économie, sociologie, science politique et anthropologie notamment - apparaissent comme un instrument privilégié de formation intellectuelle des élèves, leur permettant d’acquérir des savoirs, grilles d’analyse et postures intellectuelles réflexives essentiels pour se comporter en acteurs éclairés. Notre société peut-elle se passer de citoyens mieux outillés, mieux informés et plus rationnels dans leur rapport aux débats démocratiques ?

La réforme du lycée a instauré en classe de seconde l’obligation pour les lycéens de choisir deux « enseignements d’exploration », parmi lesquels doit figurer au moins un enseignement d’ « économie » à choisir entre l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales et un enseignement d’économie-gestion. L’enseignement de SES a été choisi par 85% des élèves cette année, ce qui confirme l’attractivité forte des sciences sociales au lycée depuis leur introduction il y a quarante ans. C’est une excellente chose qu’un plus grand nombre de lycéens ait accès à cette « troisième culture », aux côtés des humanités et des sciences de la nature. Il convient cependant de s’interroger sur les conditions déplorables de cette progression. Les SES héritent du statut « d’enseignement d’exploration » mais, contrairement à d’autres enseignements qui partagent ce statut, l’ « exploration » ne peut pas s’appuyer sur les acquis d’un enseignement obligatoire au collège ou en seconde. Cette spécificité n’est pourtant pas prise en compte. Avec un volume horaire réduit à 90 minutes par semaine en classe entière dans la plupart des établissements et un programme encore plus ambitieux que par le passé, la qualité de l’enseignement des SES en seconde connaît une dégradation sans précédent. En si peu de temps et dans ces conditions, l’acte pédagogique se réduit bien souvent à un survol, sans que les élèves ne puissent véritablement s’approprier les concepts, méthodes et raisonnements des différentes sciences sociales qu’ils découvrent.

Exclues du tronc commun de seconde, alors qu’elles sont absentes du collège et constituent la discipline centrale de la série ES (deuxième série du baccalauréat général en effectifs), les SES ont pourtant toute légitimité à être enseignées de façon obligatoire en seconde avec un horaire adapté à l’ambition des programmes, à la hauteur de la contribution de cet enseignement à la formation citoyenne des élèves. C’est pourquoi nous demandons au Ministre de l’Education Nationale que les SES, plébiscitées par les lycéens, ne soient plus traitées comme un « enseignement d’exploration » parmi d’autres mais soient intégrées dans le tronc commun de la classe de seconde avec un horaire revalorisé, comprenant des dédoublements obligatoires, sans lesquels l’initiation aux démarches spécifiques des sciences sociales ne peut être sérieusement envisagée.

Les premiers signataires de l’appel

- Christian Baudelot, Professeur émérite de sociologie à l’Ecole Normale Supérieure
- Stéphane Beaud, Professeur de sociologie à l’Ecole Normale Supérieure
- Julien Fretel, Professeur des universités en Science politique
- Marjorie Galy, Présidente de l’APSES
- Maurice Godelier, Anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS
- Bernard Lahire, Professeur de sociologie à l’Ecole normale supérieure
- Nonna Mayer, Directrice de recherche au CNRS en science politique
- André Orléan, Professeur d’économie à l’Ecole d’économie de Paris, Directeur de recherche au CNRS
- Thomas Piketty, Professeur d’économie à l’Ecole d’économie de Paris, Directeur d’études à l’EHESS
- Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France,
- Marie-Claire Villeval, DR au CNRS, présidente de l’Association Française de Sciences Economiques

18 janvier 2011

Sciences sociales sans débats ?

Les questions pédagogiques sont porteuses d'enjeux politiques
Le Monde - 17-01-11 publie un point de vue de Marjorie Galy, présidente de l'APSES (Association des profs de SES).

« Les programmes d'enseignement sont le reflet des finalités confiées à l'école par chaque nation. Les sciences économiques et sociales sont nées il y a plus de quarante ans d'une conception démocratisante et émancipatrice du savoir. Cet enseignement de sciences sociales, qui participe à la culture générale des lycéens, emprunte principalement à l'économie, la sociologie et la science politique des savoirs et méthodes pour donner des clés de compréhension des sociétés contemporaines. Il connaît depuis sa création un attrait continu auprès des lycéens toujours plus nombreux à le choisir et à poursuivre avec succès, après un baccalauréat économique et social, des études supérieures diversifiées les menant vers les emplois qualifiés du tertiaire.

Cette réussite repose sur le choix pédagogique de partir de questions contemporaines pour aborder les apports des différentes sciences sociales. Or, les nouveaux programmes de SES publiés suite à l'actuelle réforme du lycée, tournent le dos à ce choix fondateur pour proposer aux lycéens une collection de fondamentaux disciplinaires décontextualisés et technicistes.

L'économie est-elle encore une science sociale ?

Michel Pébereau et Yvon Gattaz, illustres représentants du monde patronal, dénoncent depuis longtemps cet enseignement qui détournerait les lycéens des "connaissances de base en économie". On leur doit, en 2008, l'initiative d'un rapport à charge de l'Académie des sciences morales et politiques contre l'enseignement des SES s'inquiétant "de programmes prétentieusement philosophiques, d'une approche inopportune de la vaste sociologie, (…) de la négligence des bases de l'analyse économique".

Leurs conclusions vont à l'encontre des choix ayant présidé au succès de cet enseignement et s'accordent en revanche parfaitement avec le nouveau programme de première applicable à la rentrée 2011 qui entérine un cloisonnement inédit de l'économie d'un côté et de la sociologie de l'autre. L'économie y apparaît comme une science sans débats édictant des lois insensibles aux contextes sociaux et politiques tandis qu'on est surpris par le maigre contenu de la boîte à outils du sociologue, l'étude des classes sociales ou de la culture disparaissant par exemple.

En revanche, les deux principales préconisations du rapport commandé en 2008 par le ministère, à l'économiste et professeur au Collège de France Roger Guesnerie, sont totalement ignorées par le groupe d'experts. Aucun allègement du programme n'est effectué, bien au contraire, l'encyclopédisme y atteint un niveau record. Ensuite, la recommandation de privilégier une architecture matricielle reposant sur le croisement d'objets et de concepts a été ignorée, ce qui fait dire à Roger Guesnerie que "les concepteurs sont passés d'une logique d'objet à une logique de concept qui peut conduire à une sorte de caricature des conceptions universitaires de l'enseignement des sciences économiques et sociales".

Amoindrir la portée critique des sciences sociales au lycée ?

Le renversement des finalités pédagogiques et le démembrement de l'enseignement de SES sont liés. Ce programme est très mal accueilli par une majorité d'enseignants de SES qui y voient la négation de leur expertise professionnelle et du succès de leur enseignement. Que révèle cette volonté d'imposer un programme contre l'assentiment des professeurs qui auront à l'enseigner ? Si ce programme n'est pensé ni pour les élèves, ni pour les enseignants, pour qui l'est-il alors ? Les professeurs sacrifieront-ils leur éthique professionnelle pour "boucler le programme", ou, contraints par la réalité quotidienne de leur classe et la conception qu'ils se font de leur rôle, iront-ils au-delà de la liberté pédagogique que le nouveau programme leur confisque pour prendre des chemins de traverse ? Nous parions, qu'ils ne sacrifieront pas leurs élèves sur l'autel d'un programme qui n'a pas été pensé pour eux.

Devant ce programme infaisable et face à l'éclatement de l'enseignement qui en découlera, il relève de la responsabilité du ministre Luc Chatel d'annoncer sans tarder un moratoire sur les nouveaux programmes de SES afin de donner le temps et la légitimité à un nouveau groupe d'experts de construire des programmes de SES attractifs, enseignables et utiles aux lycéens, citoyens de demain ».

.
- Lire également Les sciences sociales, des sciences sans débats ?
autre texte de Marjorie Galy, Présidente de l'APSES - L'Humanité, 13/01/2011
http://tinyurl.com/huma-1301-ses

- 24/01/2011 - Entretien de Marjorie Galy avec Le café pédagogique - 24/01/2011

« Les procédures actuelles de confection des programmes sont archaïques. La mise en minorité numérique et symbolique des enseignants dans les groupes d'experts est assez révélatrice de la vision pyramidale de la transmission des savoirs qui existe aujourd'hui.  L'absence de chercheurs en sciences de l'éducation, l'absence d'évaluation préalable des anciens programmes, l'incapacité à réfléchir conjointement aux modalités d'évaluation des programmes ou la démarche de la table rase sont quatre autres graves lacunes ».
Sur la rupture avec la pédagogie active, relire  Henri Lanta

Le texte met aussi l'accent sur la dégradation des conditions matérielles de travail. (économie-SES ou économie-gestion pour tous, mais disparition des groupes, prise en compte aléatoire des notes...)

 

5 juin 2010

SES 1ere : un programme alternatif

- Le projet de programme de Première élaboré en Sciences Economiques et Sociales à la demande du Ministère est « un projet encyclopédique ; il relègue à la marge les enjeux économiques et sociaux contemporains, il occulte les débats internes à chaque science sociale, et il impose un cloisonnement disciplinaire inadapté pour répondre à la curiosité d’élèves de 16 ans.
L’APSES a appelé à l’abandon de ce projet de programme, qui ne répond pas aux objectifs d’une formation générale et citoyenne au lycée. En conséquence, dans le cadre de la consultation initiée par le Ministère, l’APSES a décidé de rendre publique sa propre proposition de programme ».

Elle a voulu un programme :
1. qui n'oublie pas les élèves et évite l'encyclopédisme
2. qui se saisit des questions contemporaines
3. qui redonne leur place à l'ensemble des sciences sociales

Les thèmes de ce programme alternatif :
1 - Culture, socialisation et stratification sociale
2 - Les entreprises et les organisations
3 - L’économie de marché
4 - Monnaie et Financement de l’économie
5 - L’Etat et les pouvoirs publics

Thèmes envisagés par l'APSES pour le programme de Terminale :
La croissance : Innovation, croissance et fluctuations, développement et changement social
Travail et emploi : Organisation du travail, chômage et politiques de l’emploi, la dynamique de l’emploi
Stratification et mobilité sociale : Ecole et mobilité sociale, Inégalités et stratification
Lien social et intégration : Conflits sociaux, protection sociale et exclusion
Mondialisation : Commerce international, internationalisation des firmes, globalisation financière, régulations internationales

- Dans Médiapart, « Gilles Raveaud, économiste, dénonce également le projet ministériel qui accorde une place de choix à l'analyse théorique des marchés, oublie purement et simplement les inégalités ou les services publics et délaisse le chômage, l'inflation,  les déficits...
Sur le site web Alternatives économiques, il commente le projet de l’APSES.

.
- Projet de programme de 1ère ES : une déconstruction de l’identité des SES
Le projet ministériel analysé par le SNES

 

30 mai 2010

SES ou Economie-Sociologie

Les nouveaux programmes donnent un contenu à la réforme du lycée et inquiètent les enseignants, écrit Benoît Floc'h dans Le Monde en prenant l'exemple des maths et de l'HG (28/05/2010).

Il ne dit rien du projet de programme de SES pour la classe de première.
Les sciences économiques et sociales sont remplacées par
90 heures d'Economie,
(dont l'équilibre du marché concurrentiel...)
45 heures de Sociologie,
(dont comment devient-on deviant ? deviance positive/déviance négative)
15 heures de Sciences Po
( distinguer la construction de l’État de la communalisation nationale).
2*10 heures de Regards croisés.
Le projet en version pdf

La consultation des professeurs est speedée du 27 mai au 16 juin...

.
Les réactions de nos collègues sont très défavorables. Le président de l'APSES a démissionné du groupe des experts. Communiqué et revue de presse : http://www.apses.org/
Le point de vue de Philippe Watrelot : http://bit.ly/d5RfRd
Un projet de programme contesté (Erwan Le Nader) : Agora Sciences Sociales

03/06/2010 : « Un programme authentiquement réactionnaire », écrit Arnaud Parienty pour Alternatives économiques
« Ce programme témoigne en fait d’une volonté de reprise en main de ce que Pascal Combemale appelait autrefois une discipline indisciplinée. Pontifiant, pesant, ultra-technique, enfermant les élèves dans la citadelle de la Science et murant toutes les ouvertures qui pourraient la relier à la vie, ce projet est le symbole même de l’échec du lycée à l’ancienne, celui avec lequel les SES ont marqué une rupture remarquable et réussie il y a quarante ans ».

Pour mettre en contexte des enjeux politiques, intellectuels et pédagogiques,
lire ou relire  Henri Lanta, Mon histoire des SES (revue DEES 1989)
et Christian Laval, Le rapport Guesnerie et la liquidation des Sciences Economiques et Sociales

 


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