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Clioweb, le blog
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laicite
15 mai 2011

Jossot, l'insurgé


La Bibliothèque Forney, à Paris (IVe), présente la première rétrospective consacrée à cet artiste. Elle regroupe aussi bien des dessins satiriques que des affiches, des lithographies ou des oeuvres orientalistes. Jusqu'au 18 juin.

Présentation de l'exposition par la Bibliothèque Forney, avec vidéos en ligne

Dossier de presse :  
http://www.paris.fr/viewmultimediadocument?multimediadocument-id=98334

Caricatures de Jossot indexées par Google Images

L'Assiette au beurre : http://www.assietteaubeurre.org/


Né à Dijon en 1866, il meurt en Tunisie en 1951.
Caricaturiste à partir de 1882, affichiste, Jossot le libertaire collabore à L'Assiette au beurre. "L’armée, la justice cruelle contre le faible et le pauvre, l’Eglise et toujours la cynique bourgeoisie… Les pouvoirs sont croqués sans fioriture"
http://www.liberation.fr/culture/01012337120-jossot-satire-la-ou-ca-fait-mal

assiette5

Jossot, Les oies, http://www.assietteaubeurre.org/cra/cra_f5.htm

 

jossot_1905

Jossot en haut de forme, vers 1905
source : http://www.liberation.fr/culture/11011423-jossot-l-insurge:i-12
 

jossot

Michel Dixmier et Henri Viltard,
Jossot, caricatures, de la révolte à la fuite en Orient, préface de Cabu, 184 pp., 32€

. 

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27 avril 2011

La laïcité, un si long combat


- Quinze siècles de combats pour un idéal - Libération, 23/04/2011 

[Quinze siècles, le calcul part de Constantin ; Avec l'antiquité grecque, il faudrait ajouter plusieurs autres siècles.]
De l’Antiquité au début du XXe siècle, Henri Pena-Ruiz retrace les grandes étapes de l’histoire mouvementée de la laïcité.
http://www.liberation.fr/culture/01012333352-quinze-siecles-de-combats-pour-un-ideal

Socrate, Marc Aurèle et Cicéron : La liberté de conscience et la loi naturelle
Constantin et Théodose : L’épée spirituelle et l’épée temporelle
Luther et Henri IV : «Paris vaut bien une messe»
Louis XIV : « Un roi, une loi, une foi »
Copernic, Galilée et Descartes : «Et pourtant, [la Terre] tourne»
Montaigne et John Locke : L'abstention - La loi naturelle
Montesquieu, Voltaire et Rousseau : Le chevalier de la Barre et l’affaire Calas
[erreur de détail : Montesquieu meurt en 1755. La Barre est arrêté en 1765. Sa mémoire est combattue par Voltaire, au nom du refus de l'intolérance religieuse ]
Mirabeau : La liberté de conscience et l’égalité de droit
Condorcet : L’éducation, nerf de la guerre
Boissy d’Anglas : Le décret du 3 ventôse de l’an III
Napoléon : Le retour au sacre de la puissance publique
Victor Hugo contre le comte Alfred de Falloux : « Je veux l’Eglise chez elle et l’Etat chez lui »
Edouard Vaillant et Louise Michel : La Commune de Paris et la séparation
Léon Gambetta, Jules Ferry et René Goblet : La séparation de l’école et de l’Eglise
Aristide Briand et Jean Jaurès : La loi de 1905, compromis et entorses

[ A comparer avec un manuel du futur programme de 4e où une double page fait de 1905, l'année de naissance (sic) de la laïcité, une laïcité réduite à un simple choix de croyants parmi l'offre de l'hypermarché des religions révélées et  transcendantes... - dites les religions du livre :-) -  ]

- « La laïcité ouverte est insultante »
Interview d'Henri Pena-Ruiz | 23/04/2011 | par Béatrice Vallaeys
Opposé au débat lancé par la droite et l’extrême droite, le philosophe Henri Pena-Ruiz raconte la collusion du politique et du religieux à travers les âges. Et réaffirme les principes de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
http://www.liberation.fr/societe/01012333351-la-laicite-ouverte-est-insultante


- Pauvre Victor Hugo
par Béatrice Vallaeys
http://www.liberation.fr/politiques/01012333346-pauvre-victor-hugo


A lire ou relire sur ce sujet : 

Qu'est-ce que la laïcité ? http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm

- Tempête sur la laïcité - http://clioweb.free.fr/debats/tempete.htm

- 1850 - Victor Hugo contre le parti clérical : http://clioweb.free.fr/textes/hugo1850.htm

1877 - Léon Gambetta - Le cléricalisme, voilà l'ennemi : http://clioweb.free.fr/textes/gambetta77.htm

1883 - Jules Ferry, Lettre aux instituteurs : http://clioweb.free.fr/textes/ferry1883.htm

1905, la séparation :  http://clioweb.free.fr/dossiers/1905/1905.htm
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 lls_1905b

La laïcité vu par les auteurs d'un Manuel de 4e 2011, pages 150-151

 

 

 

27 avril 2011

1850 : Victor Hugo combat la loi Falloux

Victor Hugo contre la loi Falloux (janvier 1850)
La loi voulue par le comte Alfred de Falloux et le parti de l'Ordre en 1850 plaçait les écoles primaires sous la tutelle de l'Eglise catholique, et dispensait les membres du clergé d'une qualification pour enseigner ; une simple lettre d'obédience leur suffisait.

L'ensemble du discours : 
http://clioweb.free.fr/textes/hugo1850.htm

Liberté de l'enseignement : le discours contre le projet de loi Falloux (15 janvier 1850) : version Wikisource



Extraits :
« Ah ! nous vous connaissons ! nous connaissons le parti clérical. C'est un vieux parti qui a des états de services. (On rit.) C'est lui qui monte la garde à la porte de l'orthodoxie. (On rit.) C'est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux, 1'ignorance et l'erreur. C'est lui qui fait défense à la science et au génie d'aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu'a faits l'intelligence de l'Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l'histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. (Sensation.) Il s'est opposé à tout. (On rit.)


C'est lui qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que les étoiles ne tomberaient pas. C'est lui qui a appliqué Campanella sept fois à la question pour avoir affirmé que le nombre des mondes était infini et entrevu le secret de la création. C'est lui qui a persécuté Harvey pour avoir prouvé que le sang circulait. De par Josué, il a enfermé Galilée ; de par saint Paul, il a emprisonné Christophe Colomb. (Sensation.) Découvrir la loi du ciel, c'était une impiété ; trouver un monde, c'était une hérésie. (Très-bien ! très-bien !) C'est lui qui a anathématisé Pascal au nom de la religion, Montaigne au nom de la morale, Molière au nom de la morale et de la religion. (Très-bien ! très-bien !) Oh ! oui certes, qui que vous soyez, qui vous appelez le parti catholique et qui êtes le parti clérical, nous vous connaissons. Voilà longtemps déjà que la conscience humaine se révolte contre vous et vous demande : qu'est-ce que vous me, voulez ? Voilà longtemps déjà que vous essayez de mettre un bâillon à l'esprit humain ! (Acclamations à gauche.)

Et vous voulez être les maîtres de l'enseignement ! Et il n'y a pas un poète, pas un écrivain, pas un philosophe, pas un penseur que vous acceptiez ! Et tout ce qui a été écrit, trouvé, rêvé, déduit, illuminé, imaginé, inventé par les génies, le trésor de la civilisation, l'héritage séculaire des générations, le patrimoine commun des intelligences, vous le rejetez ! Si le cerveau de l'humanité était là devant vos yeux à votre discrétion, ouvert comme la page d'un livre, vous y feriez des ratures (Oui ! oui !) convenez-en ! » (Mouvement prolongé.)

« ... C'est votre habitude. Quand vous forgez une chaîne, vous dites : Voici une liberté ! quand vous faites une proscription, vous criez : Voilà une amnistie ! » (Nouveaux applaudissements.)
« Ah ! je ne vous confonds pas avec l'Église, pas plus que ne confonds le gui avec le chêne. (Très-bien !) Vous êtes les parasites de l'Église, vous êtes la maladie de l'Église ». (On rit.)


rappels :
2007 : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal,

l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé
parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie
et le charisme d’un engagement porté par l’espérance »

1850 : « Qui donc défend l'ordre et la propriété dans nos campagnes ? Est-ce l'instituteur ? il faut bien le dire, c'est le curé ». Duc de Montalembert, Discours à l'Assemblée législative, 17 janvier 1850.
source : http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/france.1849.html


rappels :
Qu'est-ce que la laïcité ? http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm

La laïcité, un si long combat

Tempête sur la laïcité - http://clioweb.free.fr/debats/tempete.htm

1905, la séparation - http://clioweb.free.fr/dossiers/1905/1905.htm

 

13 avril 2011

Alain Gesgon, L'imagerie politique


nasser_benbella

Nasser et Ben Bella - L'union des Arabes, la fin des forces colonialistes
Affiche de 1963, à l'occasion d'un voyage officiel de Nasser en Algérie

Dans un sujet de bac ES-L-S, juin 2010 la date indiquée, sans doute à tort, est 1956.
Dans une correction, pour les lycéens, un collègue avait écrit
« il est surprenant qu’une affiche de 1956 présente Ben Bella en chef d’Etat victorieux
alors que la guerre en Algérie le pousse à vivre dans la clandestinité et qu’il est arrêté la même année par la France »

 Le drapeau égyptien porte deux étoiles, symbolisant l'union syro-égyptienne.
Celle-ci est née en 1958, a avorté un peu plus tard, puis est réactivée au printemps 1963
à la faveur d'un coup d'Etat baasiste en Syrie
. YB
Les drapeaux rouges (avec étoile ou croissant) sont ceux de la Tunisie et du Maroc - GDV

 

La datation de l'affiche Nasser - Ben Bella a été l'occasion d'un entretien avec Alain Gesgon, un collectionneur exceptionnel.

Alain Gesgon a commencé à collecter les affiches politiques en avril 1961, à Alger. A ce jour, il estime sa collection à au moins 150 000 affiches, entreposées dans un local de l'Essonne. Sa collection est connue des éditeurs scolaires...Un même critère préside à la conservation de ces documents sauver ce qui est éphémère, ce qui échappe au Dépôt légal.

Il n'a pas fait le saut du numérique, mais il continuer d'archiver des tirages en diapos.

En 1982, il a fondé une association, le CIRIP (Centre international de recherche de l'imagerie politique), 34, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris. Les affiches ont nourri plusieurs expositions, dont celle de 1984 à la Conciergerie (La Mémoire murale politique des Français, de la Renaissance à nos jours), des expos à Lille, à Grenoble et à Strasbourg...

Il a aussi publié plusieurs ouvrages, dont en 2006 La laïcité sur les murs de France, édité à Rennes par la Société du petit Démon :-)

Il attend toujours la création d'un Musée international de l'affiche politique.


.
Lu également sur le web : 

Alain Gesgon a également collectionné des objets de propagande (du porte-clés au parasol de jardin). Les textiles sont fortement représentés: foulards, mouchoirs, tee-shirts, oreillers, etc., ainsi que les "papillons muraux" (autocollants aujourd'hui). Enfin, au travers du jeu, du jouet, des ouvrages pour la jeunesse (depuis la Révolution), le CIRIP montre comment l'enfant apparaît comme cible de propagande. http://www.media68.net/francia/archivi/25.txt

A Strasbourg interdit d'interdire.
Accusé de «gaspillage» par le FN, le fonds d'art contemporain d'Alsace continue et met à l'honneur l'affiche politique. Un mur, des mots. Libération 21/03/1998
De Vichy à Mai 68. A la Laiterie, qui fut l'un des lieux phares de la mobilisation anti-FN il y a un an, Jean Hurstel vient de monter une exposition de 300 affiches politiques, de 1940 à 1970. « C'est pour nous, explique le directeur, une sorte de commémoration de Mai 68. En cherchant, nous sommes tombés sur Alain Gesgon, un collectionneur fou d'affiches politiques, surtout parisiennes.
Alain Gesgon, 300 affiches politiques, sociales et culturelles : Cieslewicz, Gesgon, Grapus, catalogue de l'exposition à la Maison des jeunes et de la culture de Grenoble, du... 9 février 79 au... 29 avril 79 / [catalogue par Yann Pavie, François Barré, Alain Gesgon].

Au feu du jour, Aline Pailler,  France-Culture, 14 AU 20 Janvier  2001
Nous allons nous perdre dans 150000 affiches politiques d’un collectionneur qui a consacré sa vie à cette passion. L’évolution des thèmes, des supports et des styles du Moyen-Age à aujourd’hui - à chaque jour, puisqu’Alain Gesgon continue à collecter sur les murs de nos villes - peut nous en dire beaucoup sur l’évolution de la politique et du rapport du citoyen au politique.

 
9 avril 2011

1905, la Séparation

 Le manuel de 4e du Livre scolaire est disponible en ligne. 
http://lelivrescolaire.fr/books/presentation/7
(choisir Feuilleter)

Quelques questions à propos d'une double page sur 1905, la séparation des Eglises et de l'Etat

3 préalables :
- il s'agit de questions qui ne préjugent en rien de la qualité de l'ensemble de l'ouvrage
- La double page de documents dans un manuel d'histoire, c'est devenu  
une formule obligée qui ne permet pas toujours de faire correctement le tour d'un sujet.
- L'histoire de la laïcité est un sujet très sensible en ce moment.

p 150-151 :

- «  1905 : La naissance ?? de la laïcité » (certains titres sont imposés par les IO. Pas ici). 

- Le "principe" de laïcité a-t-il vraiment pour principal objet de garantir «  la liberté de religion » ??

La séparation de l'Eglise (ou des Eglises) et de l'Etat ? (en fait la gravure montre les troubles liés aux inventaires en 1906).
Noter les majuscules, mais pas pour « la république », et pas la République, dans le texte de Briand

- La loi de 1905 affirme la liberté de conscience (pas de croyance) - cf l'article 1 page 150.

 Pourquoi alors proposer en définition, « liberté de chacun de croire ce qu'il veut » ? Cette liberté n'affirme-t-elle pas aussi l'égalité des convictions, humanistes ou religieuses  (pour échapper à la formulation religieuse opposant les croyants aux NON-croyants) ?

L'histoire de la laïcité est liée aussi, pour le XIXe, aux combats de Victor Hugo, de Léon Gambetta, de Jules Ferry... L'introduction pourrait le rappeler brièvement. Ne serait-ce que pour rappeler que la laïcité comme combat (contre le cléricalisme) ne commence pas en 1905.
http://clioweb.free.fr/dossiers/1905/1905.htm#laicite

- Pourquoi 2 illustrations d'un même point de vue, alors que d'autres photos, dessins ou caricatures auraient permis de confronter au moins 2 visions de la société et du monde ? 
(cf le dessin de Granjouan, "Choisis", la caricature classique sur les 2 écoles...
http://www.caricaturesetcaricature.com/article-5223721.html

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1905 : La séparation des Eglises et de l'Etat : http://clioweb.free.fr/dossiers/1905/1905.htm

et les caricatures de L'Assiette au beurre

assiette5
http://www.assietteaubeurre.org/cra/cra_f5.htm

 

 

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31 mars 2011

La laïcité face aux cléricaux

La religion n’est pas un service public, Henri Pena-Ruiz, Libération 29/03/2011

« Apparemment notre république serait trop pauvre pour faire vivre des grands services publics communs à tous, croyants, agnostiques et athées. Asphyxie organisée de l’école publique, démantèlement des hôpitaux de proximité, privatisations en tous genres, etc. L’ultra-libéralisme fait son œuvre. La solidarité redistributive n’est plus à l’ordre du jour. En revanche la république serait assez riche pour financer des lieux de culte, qui ne concernent pourtant que les croyants pratiquants, une petite minorité. M. Sarkozy prône le supplément d’âme d’un monde sans âme. La terre vous paraît bien injuste voire invivable ? Réfugiez-vous donc dans le ciel ! Le protecteur des nantis ose dire sans ambages : « La république a besoin de croyants » (discours au palais du Latran).

La religion réduite à une compensation, et reconnue d’utilité publique ? Napoléon, que ne hantait pas une foi très vive, avait expérimenté la recette avec son concordat, qui aujourd’hui encore en Alsace-Moselle fait financer par tous les citoyens, croyants ou non, le culte de certains. Les mauvais coups contre la laïcité n’ont cessé. Voici venir le coup de grâce ...: la destruction de la loi de 1905 … Ne sacrifions pas l’universel sur l’autel du particulier. Préservons la laïcité ».

Lire Henri Pena-Ruiz, Qu’est-ce que la laïcité ? Gallimard, Folio 09/2003
http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm


« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance » - N Sarkozy - Rome 20 décembre 2007

Une telle caricature et un tel mépris des éducateurs, que les conseillers les plus réacs ont directement copiée-collée des discours de combat de la droite catholique en guerre contre la Seconde République en 1849-1851, donnent-ils vraiment légitimité à parler de laïcité en 2011 ?


- Les religieux s'unissent pour dire non au débat voulu par NS et l'UMP. Le Parisien 29/03/2011
Curieux médias ! En choisissant de titrer hier sur les chefs religieux, ils ont illustré une dérive durable :
- Ils semblent croire que l'agitation de marionnettes dans une pré-campagne lancée trop hâtivement va leur faire vendre du papier, ou du moins éviter d'affronter les vrais enjeux politiques et sociaux.

Ils vendent l'image d'un pays sous la coupe de six « grandes » religions ! Ce faisant, ils prêtent aux religieux une légitimité bien supérieure à la réalité des pratiques dans un pays où  les citoyens ont pris depuis une génération leur distance avec les institutions, y compris religieuses. cf Danielle Hervieu-Léger - Le Mans 2002

Curieuse société ! Ceux qui parlent le plus fort de laïcité sont souvent les héritiers de ceux qui l'ont combattue avec le plus d'acharnement et de constance ... (cf le parti dit « de l'ordre » en 1850, l'ordre dit « moral » en 1873 - cf le sacré coeur...)

Beaucoup semblent occulter la différence entre liberté de conscience et liberté de croyance. Pour les plus réacs, un rationaliste républicain est forcément un NON-croyant. Caricaturer en « laïcard » ou « laïciste » un homme aux fortes convictions humanistes, cela dispense de débattre avec lui et de l'inviter dans les médias ...


Quelques textes à relire, dans un long combat pour la liberté de pensée :

- Voltaire, Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763),
 http://www.etudes-litteraires.com/voltaire-tolerance.php

- Victor Hugo, dans son réquisitoire contre la loi Falloux (1850) :
http://clioweb.free.fr/textes/hugo1850.htm

« Ah ! nous vous connaissons ! nous connaissons le parti clérical. C'est un vieux parti qui a des états de services. (On rit.) C'est lui qui monte la garde à la porte de l'orthodoxie. (On rit.) C'est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux, l'ignorance et l'erreur. C'est lui qui fait défense à la science et au génie d'aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu'a faits l'intelligence de l'Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l'histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. (Sensation.) Il s'est opposé à tout. (On rit.) »

- Léon Gambetta  " Le cléricalisme, voilà l'ennemi "  Chambre des députés, 4 mai 1877

- Jules Ferry, Lettre aux instituteurs (1883)  : « Ce que vous allez communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre sagesse, c'est la sagesse du genre humain »  http://clioweb.free.fr/textes/ferry1883.htm

- La loi de 1905 :
« Art 1 - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.
Art. 2. - La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte... »

http://clioweb.free.fr/dossiers/1905/1905.htm

22 janvier 2011

Un leurre

- La conversion républicaine et laïque du Front national n'est qu'un leurre
Fraternité, Liberté, Egalité : ce sont des principes conquis contre le christianisme
Un point de vue d'Henri Pena-Ruiz dans Le Monde 20/01/2011

http://www.lemonde.fr/idees/
ou
http://tinyurl.com/lm2011-pena-fn-leurre

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Extraits :
« Faire dériver les trois principes de liberté, d'égalité et de fraternité du transfert aux autorités séculières de valeurs religieuses est une contre-vérité. Pendant près de quinze siècles de domination temporelle, et pas seulement spirituelle, de l'Eglise catholique en Occident - en gros de la conversion de Constantin en 312 à la Révolution de 1789 -, jamais le christianisme institutionnalisé n'a pensé ni promu les trois valeurs en question. Il les a bien plutôt bafouées copieusement et ces valeurs sont à l'inverse nées d'une résistance à l'oppression théologico-politique ».

Vouloir « particulariser l'universel, taire le long passé de luttes et de larmes qui les fit advenir contre une tradition fondamentalement rétrograde et oppressive… La ficelle est grosse mais elle peut hélas être efficace si l'on pratique l'amnésie volontaire de l'histoire…. »

« Le ralliement (ambigu d'ailleurs, car nostalgique des privilèges perdus) de l'Eglise à la laïcité ne s'est fait, du bout des lèvres, qu'au XXe siècle. C'est bien tard pour une institution présentée comme habitée par de telles valeurs dès l'origine »...
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Henri Pena-Ruiz est convaincu que la laïcité n'a nullement besoin d'adjectifs (ouverte, plurielle...) pour la qualifier ou la restreindre. http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm

30 novembre 2009

Jean Peyrot (1936-2009)

 

jean


Jean Peyrot (1936-2009), Historiens & Géographes no 321

 

Jean Peyrot, l'ancien président de l'APHG, vient de décéder.

Tous ceux qui ont accompagné ses combats ont apprécié sa détermination et son efficacité.
Elles nous manqueront face à un ministre qui semble juger superflu l'apprentissage d'une lecture distanciée de l'espace et du temps en Terminale S.
Hubert Tison lui rend hommage

Parmi les nombreux textes écrits par Jean Peyrot : 

- Histoire et Géographie, un couple français Défense n° 141, sept-oct 2009

- Dans « A l'histoire, citoyens », l'éditorial de la revue Historiens & Géographes n° 321, décembre 1988 ,
il commente les grandes manoeuvres autour de l'histoire des religions à l'école.

- Tempête sur la laïcité, Cahiers pédagogiques no 431, 2005

- Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, CR par Jean Peyrot 2007

- Mémoire, Histoire et Liberté en pédagogie, Historiens & Géographes n° 400 oct 2007


- Editoriaux de Jean Peyrot pour la revue Historiens & Géographes (1978-1990), 153 pages au format pdf



hg282

AG 30 novembre 1980 - ENS rue d'Ulm
(B Phan, J Aldebert, O Lacueva, J Peyrot, H Tison, DJ Jay) - HG 282

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31 août 2007

Quand notre monde est devenu chrétien

 

Paul VEYNE, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394)
Albin Michel Bibliothèque Idées 2007 - 322 p.

Compte rendu par Jean Peyrot, Historiens & Géographes n° 399 (juillet-août 2007)


Un livre, petit par son format…voire son prix, mais grand par la richesse de son contenu, les pistes de réflexion qu’il ouvre et un style de joviale alacrité. Il prend en compte plus d’un demi-siècle de travaux savants très spécialisés. Mais son érudition n’est jamais pesante. Paul Veyne soutient une thèse personnelle, mais sans se croire obligé, comme le serait un débutant, de présenter toutes les constructions antérieures pour les approuver ou les réfuter. Au terme d’une longue carrière, il cueille ici et là des éléments pour construire sa propre interprétation de ce IVe siècle de l’Empire gréco-romain. Il assortit le tout de considérations d’une sagesse mûrie par ses expériences d’homme engagé dans les débats et combats de notre XXeme siècle. Il en tire quelques leçons de philosophie politique valables pour tous les temps, ce qu’un historien qui ne sortirait pas de son domaine positiviste n’oserait se permettre. Une manière de Montaigne, Hazard, Tocqueville…Le grammairien, passé par l’Ecole française de Rome et devenu historien, sait aussi être philosophe. Mais au final ce livre est un coup de vent qui fait bouger les lignes habituelles de clivage entre les hypothèses sur l’installation officielle du christianisme.

Il s’impose aux professeurs de lycée, parce que la question prend place dans les programmes de seconde, et parce que dans les manuels scolaires la présentation est souvent simplifiée à l’excès, tributaire des vieilles ornières d’interprétation, alors que notre approche de l’Antiquité tardive a été profondément renouvelée. Ces études ont donné lieu à de gros livres, mais aussi à des petits, accessibles comme les Que sais-je de Bertrand Lançon. Cette question a été régulièrement mise aux programmes des concours(depuis 1934, pour autant que j’aie pu en remonter aisément les traces, puis en 1955…)Elle a provoqué des mises au point dans Historiens et Géographes, ainsi que lors de séances de formation comme celle qui avait été organisée par la Régionale de Caen en 2001 avec la communication, remarquablement précise et éclairante, de Yves Modéran. 
http://aphgcaen.free.fr/conferences/moderan.htm

Dans notre enseignement secondaire, le " Bas-Empire " et ce IVe siècle qui a si fortement marqué notre héritage européen ont tenu une place riquiqui. Ils sont toujours passés à la trappe de la réduction des programmes et des horaires : 6e ou 5e ou d’autres classes. Alors, pourquoi ? De qui, de quoi avait-on peur ? Du surmenage scolaire, a-t-on prétendu. Belle raison d’affichage. 

Il s’impose aussi aux étudiants pour leur culture du hors programme en histoire politique et religieuse. Il trouvera enfin lecteurs dans une partie du grand public, celle qui est soucieuse d’une culture qui ne soit ni en toc, ni en blablabla. 

" Quand notre monde est devenu chrétien " s’inscrit dans le débat plus que séculaire relatif à la christianisation de l’Empire gréco-romain et aux rapports changeants entre les pouvoirs de l’Etat et les religions, les anciennes et cette nouvelle, la religion des chrétiens. Au début du IVe siècle, les chrétiens constituaient une secte très minoritaire(5 à 10% de la population) et très diversement répartie sur le territoire de l’empire et entre les classes sociales. Une secte dérangeante, qui mettait à mal le vivre ensemble de citoyens adeptes de multiples cultes, mais qui acceptaient les rites du culte impérial, fédérateur entre les cités. Prohibée et pourchassée en cas de rébellion, la religion des chrétiens, après l’échec des politiques d’interdiction et de répression, fut reconnue en 311 et en moins d’un siècle installée dans l’Etat, supplantant les cultes païens. Ces transformations religieuses étaient concomitantes de transformations politiques : mise en place, puis déliquescence du système de la tétrarchie, avec batailles rangées entre les prétendants à l’autorité suprême. Car cette " révolution religieuse " ( que C. Pietri appelle " inflexion chrétienne " dans son Histoire du christianisme) est encadrée par deux batailles, où les chefs et leurs armées s’affrontaient pour qu’un seul d’entre eux occupât le trône impérial et où chacun des protagonistes avait choisi un dieu. Dans la bataille du Pont Milvius à Rome le 28 octobre 312, Constantin qui avait opté pour le Dieu des chrétiens écrasait son rival Maxence qui avait opté pour les divinités de Rome. Commença alors le double système païen et chrétien, les uns et les autres tolérés sous Constantin à la fois chef des Romains et chef des chrétiens. Dans la bataille de la Rivière Froide, affluent de l’Isonzo, le 6 septembre 394, Théodose empereur chrétien installé en Orient écrasait le chef germain Arbogast, qui était fort du soutien d’un Sénat romain resté païen et qui voulait faire d’Eugène le co-empereur d’Occident. Le christianisme fut alors imposé comme religion d’Etat à tout l’Empire. 

Force et attrait du christianisme, force et " crise " du paganisme, rôle des empereurs successifs, rôle du Sénat romain, rôle des chefs " barbares ", passage de Constantin au christianisme…Ces questions furent et restent largement débattues. En gros, deux visions s’opposent : la vision chrétienne, celle des vainqueurs, inaugurée par Eusèbe et Lactance, et présente encore au XXe siècle dans l’historiographie catholique. C’est la vision d’une expansion inéluctable du christianisme, reposant sur la conviction que le Dieu révélé par Jésus le Messie est le seul vrai, celui qui apporte le salut universel et assiste ceux qui croient en Lui. La conversion de Constantin et la christianisation de l’Empire seraient le couronnement de cette progression triomphante de la religion chrétienne. En face de cette vision théologique et téléologique s’est développée, surtout au XXe siècle, une vision plus historique, plus politique, du triomphe du christianisme et de l’Eglise sur les religions polythéistes répandues dans l’empire et que les chrétiens ont désormais regroupées sous le vocable de paganisme. L’autorité de l’Etat et l’autorité religieuse ont fini par imposer la nouvelle religion à l’exclusion de toutes les autres. L’ambition de païens avides de détenir les leviers du pouvoir victorieux a précipité la fin des polythéismes. En 1947, dans un volume de la célèbre collection Glotz, André Piganiol, professeur au Collège de France, aujourd’hui rangé parmi les historiens anticonstantiniens, avait conclu son " Empire chrétien, 325-395 " par une formule lapidaire : " La civilisation romaine n’est pas morte de sa belle mort. Elle a été assassinée ". 

Voulant surmonter les démarcations trop tranchées qui privilégient tel ou tel facteur, Paul Veyne précise quelques règles de méthodologie : " Fuyons le tout politique non moins que le tout social…Tout ne s’explique pas par l’étude de la société ". Il dénonce les sophismes holistiques et, sans oublier le poids du collectif et de la société environnante dans les habitus, qu’ils soient réflexes ou conscients, il rappelle le rôle des individualités. Il cite Trotski " Sans Lénine et ses thèses d’Avril 1917, jamais les bolcheviks n’auraient pris le pouvoir ". Il ajoute plus loin : " On oppose à tort société et individu, social et psychologique…L’acte le plus individuel est social s’il vise autrui ". Précisions qui ne manquent ni de lucidité, ni de grandeur d’âme, quand on sait, puisqu’il l’indique dans une note, que lors de son séjour à la rue d’Ulm il avait adhéré à la cellule du Parti Communiste . Prudence de méthode, qui tient compte de cette infirmité native de toute l’histoire, qui s’appuierait exclusivement sur le document écrit : " Un soupir de dévotion, une oraison jaculatoire ne laissent pas plus de traces dans l’histoire que le bref " Je t’aime " de deux amoureux pauvres de paroles…Tant qu’elle n’a pas encore son vocabulaire ni sa topique, la délectation spirituelle, même quand elle est consciente, sentie, éprouvée, n’est pas saisie par une conscience réflexive et n’est pas thématisée, si bien qu’on n’en parle, ni n’en écrit ". 

Sur la richesse du contenu je me bornerai à quelques points. Paul Veyne reprend, après d’autres, comme Besnier en 1937 et Pietri en 1990, la chronologie des années 311 à 313. L’édit de Milan en 313 a longtemps été présenté comme le point de départ de la reconnaissance légale du christianisme et donc de son implantation en paix et au grand jour. Or il n’y a pas eu d’édit à Milan. Cette erreur se retrouve encore dans des manuels scolaires et d’autres livres. La fin de la persécution, les droits reconnus aux chrétiens d’exister et de tenir leurs assemblées étaient acquis depuis un édit pris à Nicomédie en avril 311 par Galère, Constantin et Licinius. A Milan, en 313, il y a bien eu une rencontre entre Constantin et Licinius, qui a abouti à une déclaration commune concernant l’application de cet édit de 311, laquelle déclaration comportait des instructions complémentaires sur la restitution aux églises des biens confisqués pendant les persécutions. Bref, des affaires de gros sous. 

Sur la fameuse question constantinienne, Paul Veyne donne ainsi son point de vue, modéré par rapport aux attaques aussi bien qu’aux légendes dorées. " Constantin s’est converti pour des motifs personnels inconnaissables et il a jugé que le christianisme était digne d’être la religion du trône, parce que sa supériorité religieuse était évidente à ses yeux et que le christianisme, bien que très minoritaire, était devenu le grand problème religieux du siècle…Le christianisme a commencé à s’imposer à tous, parce que Constantin, sincèrement converti, l’a favorisé et soutenu et parce que cette religion était efficacement organisée en une Eglise…La christianisation du monde antique n’a rien eu de nécessaire, d’inéluctable ni d’irréversible ". Et de conclure : " Constantin fut un révolutionnaire mu par une grande utopie…Ce révolutionnaire n’en fut pas moins un grand empereur, un réaliste qui avait le sens du possible et de l’impossible ". 

Mais ce livre déborde la seule question constantinienne. Il aborde la conversion des habitants de l’empire. Il en explore les facteurs strictement religieux dans deux chapitres aux titres provocateurs : un chef d’œuvre : le christianisme ; un autre chef d’œuvre : l’ Eglise. Titres d’autant plus expressifs que Paul Veyne se déclare incroyant. " Un Dieu gigantesque et aimant qui se passionnait pour l’humanité éveillait des sentiments plus forts que le peuple des dieux du paganisme qui vivaient pour eux-mêmes. Ce Dieu déroulait un plan non moins gigantesque pour le salut éternel de l’humanité : il s’immisçait dans la vie de ses fidèles en exigeant d’eux une morale stricte ". Quant à l’Eglise, elle offrait une structure complète de la vie sociale avec des rites privés et communautaires, des livres saints, des sacrements, un maillage des territoires.

Après Constantin, l’Empire resta double, romain-païen et chrétien. Le christianisme, qui avait vacillé avec Julien, finit par triompher avec Théodose. Les mesures efficaces pour éliminer le paganisme furent l’abolition progressive des cultes et la fin des sacrifices sanglants publics. 

Paul Veyne ne se borne pas au récit historique. Il le prolonge par trois chapitres à tonalité philosophique. Dans " La religion d’Etat, partielle et mêlée " il aborde les questions de l’antijudaïsme et de l’antisémitisme. Dans le deuxième " L’idéologie existe-t-elle ? " il précise les relations entre religion, pouvoirs, idéologie ; il insiste sur le rôle de l’habitus, cet effet de la socialisation sur l’individu et surtout il récuse avec vigueur le lieu commun selon lequel l’Europe devrait au christianisme le fait d’avoir séparé politique et religion( Rendez à César…). " Belle découverte, mais due au césarisme et non au christianisme…Les païens n’ont pas eu à apprendre à séparer leurs dieux et César : ils ne les confondaient pas…Avec le triomphe du christianisme…Dieu et César ont cessé d’agir chacun de leur(sic)côté. Dieu s’est mis à peser sur César, il fallait que César rendît à Dieu ce qui était dû à Dieu ". Enfin, dans un dernier chapitre, " l’Europe a-t-elle des racines chrétiennes ? " Paul Veyne balaie cette idée reçue des racines. Une religion est une des composantes d’une civilisation parmi bien d’autres . " l’Europe n’a pas de racines, chrétiennes ou autres. Elle s’est faite par étapes imprévisibles. Elle n’est pas préformée par le christianisme. Elle n’est pas le développement d’un germe, mais le résultat d’une épigénèse ". Cette remise en ordre fera du bruit. Elle me paraît bien venue, car cette métaphore végétale, actuellement serinée par de pieuses sirènes, est à mes yeux totalement inappropriée. 

Paul Veyne sait susciter l’intérêt par des rapprochements audacieux entre des situations du IVe siècle et d’autres du XXe. Il sait aussi glisser des excursus de sagesse. En voici un, judicieux, sur l’inefficacité dramatique de l’éducation civique scolaire : " Seule l’imprégnation silencieuse par l’environnement est vraiment efficace ". En effet, l’enseignement par l’école ne peut pas remplacer l’apprentissage des règles sociales ou politiques que l’on fait dans la famille et le cadre de vie. Il me semble avoir lu des propos semblables dans Historiens et Géographes, il y a bien longtemps….

Enfin ce livre fournira aux professeurs l’occasion de rappeler quelques règles de l’art de penser lorsqu’on emploie des mots polysémiques comme conversion, christianisation…Que met-on sous ces mots ? Adhérer au christianisme est une chose. Qu’il structure la société, une autre. Que l’Evangile pénètre en profondeur les esprits en est une troisième. Prendre garde aussi à des représentations systématiquement simplifiées des religions : une seule doctrine, une application uniforme des préceptes, alors qu’il y a diversité des croyances, du vécu, des adeptes. L’histoire nous apprend à établir des échelles de fragilité. Que sont devenus, deux siècles après Théodose, les pays christianisés d’Afrique et du Proche Orient ?
Ce livre a reçu le prix du Sénat 2007 du Livre d’Histoire.

Jean PEYROT 

DL 2007

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