Faux pas - Laurent Joffrin
L'éditorial de Laurent Joffrin 08/12/2009
C’est entendu : l’histoire ne sert à rien de tangible. Savoir sans utilité pratique, roman national encombrant, expérience dont on peine à tirer les leçons, collections de belles légendes trompeuses ou fastidieux inventaire de réalités révolues, elle n’aidera personne à prendre sa place dans le monde compétitif, technologique et policé qui nous est promis. Aussi bien, personne dans cette affaire de réduction des horaires n’est malintentionné, à commencer par le gouvernement.
Il faut bien faire des économies, il faut bien alléger des agendas surchargés, il faut bien équilibrer un bac où les sections scientifiques ont pris une importance démesurée, jusqu’à servir de simples filtres pour les élites gestionnaires. Mais justement : l’histoire montre aussi que les bonnes intentions ne suffisent pas.
Ecartée de la terminale pour les sections les plus prestigieuses, l’histoire, par la force des choses, s’en trouvera déclassée. On comprendra qu’elle est seconde dans la formation des futurs responsables. Ainsi, la connaissance du passé passera-t-elle au second plan, alors même que ce savoir est essentiel au citoyen qui veut exercer sa liberté de penser. L’histoire s’estompera au profit de la mémoire, fragile et orientée, ou pis, au profit des catéchismes idéologiques qui réécrivent la genèse de nos sociétés pour le plus grand bénéfice des fanatiques et des hurluberlus sectaires.
Ainsi, une réforme
anodine peut-elle se changer en erreur majeure.
Etrange faux pas pour un
gouvernement attaché au débat sur l’identité nationale…