27 septembre 2014

La formation des maîtres à la dérive ?

 

La formation des maîtres à la dérive ?
Libération publie une tribune rédigée par Philippe Berthuit, Anne-Marie Chartier, Benoit Falaize, Philippe Joutard, Philippe Meirieu http://www.liberation.fr/societe/2014/09/25/la-formation-des-maitres-a-la-derive_1108421

 « Ensemble, nous avons milité sans relâche pour une formation exigeante des maîtres qui associe tous les acteurs de l’Education nationale et n’oppose pas artificiellement les «contenus» et la «pédagogie». Ensemble, nous avons vécu, ces dernières années, des coups de boutoir institutionnels qui ont déstabilisé un édifice, qui était, certes, perfectible, mais qui, ressemble de plus en plus à un champ de ruines.

A l’heure où Najat Vallaud-Belkacem entre en fonction et où sont réaffirmées la priorité au primaire et la lutte contre les inégalités, nous sommes préoccupés par la situation ubuesque de la formation des enseignants du premier degré.

A la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, nous pensions qu’en vidant les IUFM de toute substance, son gouvernement porterait la responsabilité de la disparition de la formation des maîtres. C’est pourquoi la Refondation, voulue par Vincent Peillon, a été porteuse d’espoir. Malheureusement, la création des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espe) déçoit tous les acteurs. Elle risque même, à nos yeux, de compromettre l’avenir de notre école primaire, pourtant au cœur de notre République. Car il faut une école primaire forte, cohérente, dotée d’un projet culturel bien identifié, avec des maîtres formés et déterminés, sachant faire de leur polyvalence un moyen efficace de préparer leurs élèves, loin des inégalités sociales, à la complexité croissante du monde du XXIe siècle.

Or, que se passe-t-il ? Nous assistons à une séparation radicale entre, d’une part, les tâches d’enseignement - qui relèvent des universités - et, d’autre part, les tâches de recrutement, de mise en stage, d’évaluation et de gestion des personnels, qui relèvent, elles, des rectorats. La juxtaposition est devenue la règle : on ne «forme» plus nos «instituteurs» ; on les «enseigne», d’un côté, et on les «manage» de l’autre. Ce n’est pas seulement la désorganisation qui en découle qui est grave, c’est le «projet d’enseigner en primaire» lui-même qui s’est perdu en route. Comment espérer nourrir ce projet, lui donner un avenir, si l’on ne ressaisit pas dans une perspective nationale claire, incarnée au quotidien pour chaque futur maître, les morceaux d’un puzzle qui ne laissent apparaître aucun projet ?

Puzzle quand les formateurs, issus des premier et second degrés ou de l’enseignement supérieur, ne travaillent plus ensemble au service des étudiants et des stagiaires. Puzzle quand ils sont coupés des inspecteurs de circonscription et conseillers pédagogiques. Puzzle quand les cours ne sont affectés qu’en fonction des obligations de service des formateurs. Puzzle quand rien ni personne ne peut faire le lien entre les différents moments d’une même formation. Puzzle quand ceux qui préparent les concours ignorent les exigences des jurys de ces mêmes concours. Ainsi, dans ce puzzle, la réflexion sur le sens n’est nulle part. Les étudiants ne sont pas dupes : les plus débrouillards s’en accommodent tant bien que mal ; les plus motivés s’en désespèrent ; les plus en difficulté se découragent. Nul ne s’en soucie : la machine tourne, les obligations de service sont bien effectuées et il y aura, au final, «un professeur devant chaque classe». Mais les effets sur les élèves ne tarderont pas à se faire sentir. Car, nous le savons depuis longtemps : les personnes en formation ne font jamais, ensuite, ce qu’on leur a dit de faire, mais ce qu’on a fait avec elles : en l’occurrence, n’importe quoi !

Les Espe sont des coquilles vides. Malgré les efforts de certains acteurs, les futurs professeurs du premier degré font l’expérience de l’absence d’ambition nationale dans le domaine qu’ils ont choisi et - faisons-leur ce crédit - auquel ils croient assez pour y consacrer une vie professionnelle aux avantages matériels de moins en moins évidents comme le rappelle le dernier rapport de l’OCDE.

Il est donc temps de construire un cursus de formation des enseignants, unifié, aux finalités communes pour tous, aux modalités cohérentes avec l’Ecole que nous voulons. De définir, au-delà des bidouillages institutionnels, des conflits de territoire et de l’approximation permanente d’une organisation désormais dictée par les tableaux Excel, un projet de formation, avec des chapitres obligés, des exigences précisées, des méthodologies rigoureuses dans des unités à taille humaine. Les universités savent faire cela quand elles le veulent : en témoignent des licences et masters professionnels de grande qualité. Les professionnels de tous les corps de l’Education nationale ont accumulé une expérience dans ce domaine. Et, si nous ne nous ressaisissons pas ensemble, si, faute de prendre au sérieux la formation de ses enseignants, notre école primaire se délite ou se privatise. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ».

http://www.profencampagne.com/m/article-124655809.html

 

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17 juin 2013

MOOC Fiction

 

MOOC fiction - Le cycle économique infernal de financiarisation de l’enseignement supérieur.
Dominique G Boullier, sociologue, Medialab Sciences-Po, Mediapart, 13.05.2013

« Un récit en six phases de la financiarisation de l'enseignement supérieur
et pourquoi ça ne peut que se terminer mal.

en résumé :
1 - Endetter les Etats
2 - Classer les profs et les cours (ranking)
3 - Endetter les étudiants
4 - Les MOOC et le low cost pour faire la chasse aux coûts
5 - La bulle : compétition et offre pléthorique
6 - La bulle des MOOC explose
MOOC (Massive Online Open Courses)

Le récit est délibérément international, le lecteur appportera les nuances qui conviennent selon les particularités institutionnelles de son pays ou de son établissement ».
http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-g-boullier/130513/


lire également :
De qui se MOOC-t-on ?
Olivier Ertszcheid, MdC, SIC - Infocom, IUT de la Roche sur Yon - Blog Affordance - 16.05.2013
http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2013/05/de-qui-se-moocs-ton.html

La veille Eduscol - 06.2013
http://eduscol.education.fr/numerique/actualites/veille-education-numerique/juin-2013/etat-des-lieux-des-moocs

Rémi Bachelet (MdC, Ecole Centrale de Lille) - Contributions traitant des MOOC
http://gestiondeprojet.pm/mes-contributions-sur-les-mooc/

 

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31 août 2012

La dette étudiante, une bombe

 

Dans le Monde diplomatique de septembre,

- La dette étudiante, une bombe à retardement

« Estimée à plus de 1 000 milliards de dollars, elle a doublé au cours des douze dernières années, au point de dépasser désormais le volume des achats par carte de crédit. En 2008, les créances moyennes des nouveaux diplômés s’élevaient à 23 200 dollars — à peine moins s’il sortait d’une université publique (20 200 dollars)
... Une année d’études à Harvard coûte en moyenne 36 000 dollars (52 650 dollars si l’on inclut les frais de subsistance).
Dans un contexte économique difficile, marqué par un taux de chômage élevé, un nombre croissant d’étudiants se trouvent dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts. Le taux de défaut de paiement des étudiants - qui ne peuvent pas recourir à une procédure de faillite individuelle - est passé de 5 à 10 % entre 2008 et 2011 ».

- Pourquoi les droits d’inscription universitaires s’envolent partout

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/


- Un robot m’a volé mon Pulitzer
Evgeny Morozov
http://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/MOROZOV/48132

« des plates-formes automatiques rédigent désormais des rapports sur des entreprises qui gagnent de l’argent grâce au travail d’ordinateurs spécialisés dans le trading automatique. En bout de course, ces documents sont réintroduits dans le système financier, puisqu’ils fournissent aux algorithmes les moyens d’identifier des opérations encore plus lucratives. Et ainsi de suite : un journalisme de robots, pour les robots. L’argent, lui, continue de s’accumuler entre les mains d’êtres humains.
Pour l'instant, seuls le sport, la finance, l’immobilier sont visés - où les articles se composent souvent d’un même canevas brodé de statistiques surabondantes. Mais les entreprises commencent à s'intéresser au journalisme politique (cf Narrative Science) »

Acheter,  lire en bibliothèque ou attendre un mois ou deux.


- L'Allemagne veut faire payer Google News et les agrégateurs - Numerama

http://www.numerama.com/magazine/23552-l-allemagne-va-faire-payer-les-liens-hypertextes.html

 

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01 juillet 2010

des universités et du web

- Quand les facs deviennent des marques...
dans Rue des écoles mercredi, à propos des universités, le choc de 2 discours visiblement opposés sur la société et son éducation (notamment 11e et 19e mn). (22e : la démocratie, seulement une utopie ??)
en mp3 : http://tinyurl.com/rue-universites-062010

 

Regroupements et changements de noms des universités (Paris Est Créteil Val de Marne, Paris Ouest Nanterre La Défense),
on rapproche parfois aujourd'hui ce que l'on a divisé voilà 30 ans...

Mais l'incapacité à harmoniser les adresses web reste impressionnante (u-, univ-, uni..., par exemple en Ile de France)
http://clioweb.free.fr/debats/universites.htm
A comparer avec le .edu généralisé aux USA et le .ac.uk outre Manche.
Sans oublier la plus grande frilosité dans la mise en ligne de contenus en Histoire et en Géographie, sauf lors des grèves du printemps 2009... Autres exceptions à la règle, les revues disponibles en ligne, les travaux de certains centres de recherche..

19e : le meilleur, l'excellence...
il y aurait à écrire sur l'abus des superlatifs dans les discours institutionnels, des slogans souvent contredits par la réalité...

36e : ouvrir les bibliothèques universitaires 24 h sur 24 h...
(un slogan racoleur, et un bélier pour une certaine droite, comme le dimanche matin commerçant ?)

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- Quand les primes des présidents d’université passent mal - Libération Education

« En France, les présidents d’université reçoivent un salaire correspondant à leur grade - professeur, maître de conférences, médecin - et à leur ancienneté. En plus, ils touchent une prime d’administration annuelle fixée en 2008 à 18 035,76 euros, cumulable avec la prime de recherche et d’enseignement supérieur (1 228,93 euros) ».

« Dorénavant, les présidents percevront une prime fixe légèrement revalorisée d’environ 18 300 euros, augmentée de 50% pour ceux dont les universités sont devenues autonomes - 51 à ce jour, la trentaine restante le sera d’ici janvier 2012. Le problème vient ensuite : la ministre pourra augmenter de 20% cette prime au coup par coup, en fonction de critères inconnus ».

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- Affaire Woerth : un « problème de gouvernance » ?
Pour Riwal Ferry, un blogueur indexé par Rue 89  « sur le fond, ce pathétique fait-divers est symptomatique de la formidable désinvolture d'une partie des « élites » françaises ».
« L'insoutenable légèreté du Woerth ne le préservera pas, ni lui ni les siens, des lois de la pesanteur ».
« On est en train d'identifier et de traiter, au sein de la Fédération française de football, un « problème de gouvernance ». Il en est un autre, ailleurs, qui exigerait au moins autant de diligence : l'aveuglement imbécile d'une clique désinvolte ».

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