17 décembre 2014

JulesFerry 3.0 et les 2 progressismes

 

Le rapport Jules Ferry 3.0 publié par le Conseil National du Numérique en octobre parle d'école en réseau, d’innovation, de pédagogie du projet, d'open data. Il propose 40 recommandations déclinées en 8 axes, dont « Enseigner l’informatique, installer la littératie numérique, oser le bac humanités numériques, lancer un plan de recherche, écouter les profs… »
http://www.cnnumerique.fr/education/

Les réactions sont diverses.
A Rennes, Hervé Le Crosnier en a tiré un éloge du « progressisme pédagogique » (formule de Meirieu) : pédagogie de projet, célébration de la trans-disicplinarité (en finir avec les frontières imposées vers 1880), volonté de coopération et de partage des textes (cf. le précédent de l'imprimerie scolaire et le texte libre de C. Freinet).
http://culturedel.info/grcdi/wp-content/uploads/2014/10/JE-GRCDI_Support_H.LeCrosnier.pdf

D'autres réagissent à l'annonce d'un équipement de collégiens en tablettes. 
Le Figaro donne la parole au … SNALC : il faut que l’Etat (et les collectivités) cesse de jeter l’argent par les fenêtres.

A cela s’ajoute la minorité bruyante de ceux qui veulent débrancher l’Ecole et revenir aux fondamentaux (le thème latin et la version latine ?).
Une forme de schizophrénie existe chez les très médiatiques « pourrisseurs du web ».
Profs et lycéens/étudiants utilisent les mêmes outils connectés
(des profs envoient les messages sur les forums par smartphones,
des lycéens continuent en classe, par sms, les conversations amorcées à la récré).
Ne serait-il pas possible de repérer des situations scolaires
où ces outils pourraient avoir leur place aussi dans un travail intellectuel ?


Deux éléments pèsent très lourd dans les discussions autour du numérique à l'Ecole :

- Le poids du statut de celui qui parle est déterminant :
cf. une table ronde au salon Educatice, compte rendu rédigé par B. Devauchelle pour Le Café
. L'IGEN "note que les recommandations proposées dans un rapport de l'IGEN
   sur la filière du numérique avaient trouvé un commencement de mise en œuvre"
. Le délégué général de Cap Digital veut casser les frontières entre l'Ecole et les entreprises
. Le prof d'IUT vante l'informatique enseignée à l'IUT et la jonction forte entre l'entreprise et l'université (sic).
. La chef du MEN met en avant à l'option ISN au lycée et les micro-entreprises en collège.
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/11/28112014Article635527579474316361.aspx

Si tous ces acteurs se coltinaient les vraies questions au lieu de jouer leur rôle institutionnel, le débat avancerait peut-être.

- Les médias dressent un tableau apocalyptique de l’Ecole, et ramènent tout à une opposition binaire (supprimer les notes). Ils donnent l'impression de vouloir alimenter le fond de commerce des déclinistes, ceux qui ont intérêt à tout noircir aujourd'hui pour mieux démolir demain.

Il faudrait questionner des affirmations trop simplistes : ainsi, à lire Stiegler, un prof ne pourrait pas se servir intelligemment du numérique si un docteur n’a pas exploré au préalable la faisabilité ; pour d’autres, un prof ne saurait pas utiliser de manière pertinente internet s’il n’a pas validé son C2i2e.
Que de mépris ! La réalité du travail intellectuel n’est-elle pas beaucoup plus complexe ? Un prof sait faire preuve de souplesse, ne serait-ce que pour affronter à des situations impossibles dues à des choix politiques du MEN ? De plus, quand Allègre a torpillé la formation continue, il a détruit un levier essentiel de tout changement : la rencontre entre professionnels et les échanges sur le métier.

Le numérique (nom commode de l’informatique ou de la bureautique) est dans tous les programmes Chatel en HG.
Sans attention aux effectifs réels des classes ni aux programmes prétentieux à boucler en moins de 9 mois.
Peillon avait fait du numérique un chantier essentiel de sa refondation (avec la morale dite laïque). Pour l’instant, la page d’accueil Eduthèque sert surtout de vitrine aux grandes structures (IGN, CNRS, RMN…). Ne serait-il pas préférable de mettre la pédagogie et la classe au cœur du site web, à partir des vraies questions posées par les profs et les élèves, et témoigner des difficultés et des réalisations sur le terrain ?
Peu importe que cela soit avec un réseau d’ordis anciens, avec des tablettes ou avec des smartphones...


Un dernier mot : dans un compte rendu d’ouvrages de Jean Houssaye, Philippe Meirieu soulignait en septembre l’opposition entre « progressisme pédagogique » et « progressisme administratif ».

« Le « progressisme pédagogique », en effet, s’inscrit dans la tradition revisitée de l’Éducation nouvelle et promeut une transformation des pratiques de classe par la mise en place de situations d’apprentissage associant découverte et formalisation, cours magistraux, expérimentations, recherches documentaires, travaux de groupes, tutorat entre pairs, appropriations individuelles, exposés d’élèves, etc. ; il développe des projets interdisciplinaires et une évaluation fondée plus sur l’aide à la progression de chacun que sur le classement et la sélection »

« Le « progressisme administratif », lui, se pare de toutes les vertus de la modernité…il mobilise la « théorie des organisations », le management et les théories de l’apprentissage qui, comme le behaviorisme, en rendent les résultats facilement observables et quantifiables. Il gère des cohortes d’élèves et des carrières d’enseignants avec pour finalité essentielle « l’efficacité sociale » dans une perspective purement utilitariste … il regarde la pédagogie comme une sorte de « variable parasite »

Meirieu souligne un paradoxe : « les idées pédagogiques nouvelles ont eu un immense impact sur la rhétorique éducative des formateurs et des intellectuels, des journalistes et des politiques eux-mêmes, mais elles sont devenues progressivement lettre morte. Leur succès médiatique est symétrique de leur défaite pratique »
Alors, pourquoi le progressisme administratif l’emporte-t-il ?
« Parce qu’il a pu se couler dans le lit de la pédagogie traditionnelle, la digérer et la renforcer » !

http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2014/09/05092014Article635454973224499978.aspx
http://www.meirieu.com/actualite_8_09.html


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16 novembre 2011

L'Education, enjeu électoral

 

- « La Convention de l’UMP sur l'Education a duré  2 h 30 (17 h 30 - 20 h), avec 2 panels d'une petite dizaine d'intervenants chacun, l'un sur l'éducation, l'autre sur le supérieur - Elle a ainsi oscillé entre la nostalgie d’une époque où les élèves ne pipaient pas mot en classe, et le rêve d’une école libérale où les directeurs recruteraient eux-mêmes les profs et où ces derniers travailleraient plus sans gagner plus ».

Copé a défendu l'idée de collèges par niveau (6e-5e distincts des 4e-3e). Il voudrait un examen à l'entrée en 6ème
Silence total sur les suppressions de postes
http://classes.blogs.liberation.fr/soule/2011/11/

- « Le parti majoritaire propose la création d'un corps où entreraient tous les nouveaux reçus aux concours et les enseignants déjà en poste qui le souhaitent. Une façon intelligente (une ficelle politicienne ?) de contourner une possible fronde ».
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/2011/11/09/


- Les professeurs bientôt (recrutés) et évalués par les seuls chefs d'établissement ?
Selon un projet du MEN qui a fuité mardi, les enseignants seraient évalués, en plus de leur discipline, sur leur "capacité à faire progresser chaque élève".
http://www.lemonde.fr/education/2011/11/15/

- Un nouveau statut de l'enseignant version UMP inquiète les syndicats
http://www.liberation.fr/societe/un-nouveau-statut-des-enseignants-version-ump-inquiete-les-syndicats

Communiqué du SNES-SNEP-SNUEP : « Ce serait donc la fin de la double évaluation des personnels enseignants qui constitue la reconnaissance de la spécificité de leur métier : une évaluation pédagogique par l’IPR de la discipline enseignée et une évaluation administrative par le chef d’établissement.
Ce qui deviendra de fait premier, ce n’est plus le cœur du métier, la capacité de l’enseignant à faire acquérir savoirs et compétences à ses élèves, mais tout ce qui est périphérique à l’acte d’enseigner ».
http://www.snes.edu/Evaluation-des-personnels-du.html

Pour un autre dirigeant, « l'UMP est en train de monter un piège ... On voit qu'il y a une vision du management des personnels qui est très marquée par le secteur privé dans ce qu'il peut avoir de pire ».
http://www.lemonde.fr/politique/2011/11/09/

réaction d'un lecteur du Monde :
N.R.V. 15/11/11 - 22h06 - « Il ne faut pas s'étonner de ces projets. L'UMP et Monsieur Chatel en tête ne connaissent qu'une seule organisation à savoir celle de l'entreprise et de la communication. Le domaine des savoirs et de la culture se doit d'être passé au moule du marketing et de la rentabilité. Ces gens sont monomaniaques et mettent en œuvre une destruction raisonnée et délibérée du service public de l'éducation déjà irréversible ».

- Rama Yade à l’école du plagiat - Libération
Jean-Michel Muglioni, un professeur de philosophie, serait sa source.
http://www.liberation.fr/politiques/01012371589-rama-yade-a-l-ecole-du-plagiat

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- Au Sénat, Luc Chatel escamote le débat sur l'école obligatoire à 3 ans.
Le ministre a jugé irrecevable la proposition de loi déposée par le groupe socialiste, qui a dénoncé un coup de force.
http://www.lemonde.fr/education/2011/11/04/au-senat-luc-chatel-escamote-le-debat


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01 septembre 2011

Le statut des enseignants en débats



- 2012 : le statut des enseignants au coeur du débat - Le Monde 31/08/2011
Pour redéfinir le métier, la droite veut remettre en cause les décrets de 1950, la gauche est plus mesurée
http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/08/31/
 

- Martine Aubry veut négocier un nouveau contrat avec les syndicats
http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/08/31/

- Repenser le statut des profs sans les déstabiliser, un défi

« ... La mauvaise méthode pour aborder le sujet, c'est de donner l'impression de déstabiliser un peu plus ce monde en souffrance. C'est de faire croire qu'il faut faire travailler plus des enseignants qui déjà font plus de 40 heures hebdomadaires.

La bonne méthode, c'est de faire comprendre que tout le monde gagnera à cette redéfinition. L'enfant, car inventer une école sur mesure, c'est s'attaquer à l'échec scolaire. Le professeur, qui saura mieux ce qu'on attend de lui. Le pays entier, dont la compétitivité passe aussi par l'école.

La difficulté, c'est que l'argent public manque et qu'il en faudra bien un peu pour rémunérer ces nouvelles missions. Mais en matière scolaire, il ne faut pas confondre dépense et investissement ».

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/08/31/



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