14 décembre 2020

Samuel Paty : après les paroles, des actes

 

« Samuel Paty : après les paroles, des actes »
Franck Collard, président de l’APHG
tribune - Le JDD  13 déc 2020
https://www.lejdd.fr/Societe/Education/tribune-samuel-paty-apres-les-paroles-des-actes-4011977

 
extraits :

« Près de deux mois après l'assassinat de Samuel Paty, ni l'émotion ni la colère ne sont retombées…

Mais la lecture du rapport de l'Inspection générale de l'Education nationale … ne peut que nous interpeller ».

« Enseigner dans la sérénité, travailler dans un climat de confiance,
pouvoir transmettre à tous nos élèves les savoirs qu'ils feront fructifier,
accompagner les plus fragiles d'entre eux, suppose qu'au-delà des discours,
toute la hiérarchie de l'Education se tienne sans faille à (nos) côtés.

Il ne doit plus y avoir de fossé entre le discours ministériel
et ce que chaque collègue expérimente dans sa vie professionnelle, quel que soit l'établissement.
Plus jamais. »


- Attentat de Conflans : « Les institutions n’ont pas su protéger Samuel Paty »,
dénonce Virginie Le Roy, l’avocate de sa famille - entretien Le Monde 10.12.2020

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/10/attentat-de-conflans-les-institutions-n-ont-pas-su-proteger-samuel-paty-denonce-l-avocate-de-sa-famille_6062836_3224.html

 

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06 novembre 2020

Jaurès, Lettre aux instituteurs

 

jaures-lettre2

La Dépêche, 15 janvier 1888 (détail)
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4111675d.item



Christophe Capuano (Lyon 2), un ami de Samuel Paty, a lu des extraits (ici en bleu) de la Lettre

de Jean Jaurès « Aux Instituteurs et Institutrices »

La Dépêche de Toulouse - 15 janvier 1888

https://twitter.com/franceinfo/status/1318970828818731010


« Aux instituteurs et institutrices »

« Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. 
Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire, à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confèrent, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. »

Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette oeuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

Eh ! Quoi ? Tout cela à des enfants ! – Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d'années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l'été le peu qu'ils ont appris l'hiver. Ils font souvent, au sortir de l'école, des rechutes profondes d'ignorance et de paresse d'esprit, et je plaindrais ceux d'entre vous qui ont pour l'éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage.

J’entends dire : « À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte, ne comprendra pas de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? » – Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment ou une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à nos cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

Comment donnerez-vous à l'école primaire l'éducation si haute que j'ai indiquée? Il y a deux moyens. Il faut d'abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu'ils ne puissent plus l'oublier de la vie et que, dans n'importe quel livre, leur æil ne s'arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c'est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ? J'ai vu, l'autre jour, un directeur très intelligent d'une école de Belleville, qui me disait : « Ce n'est pas sculement à la campagne.qu'on ne sait lire qu'à peu près, c'est-à-dire point du tout ; à Paris même, j'en ai qui quittent l'école sans que je puisse affirmer qu'ils savent lire. » Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu'ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Qu’importent vraiment à coté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel.

J'en veux mortellement à ce Certificat d'études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l'initiative du maitre et aussi la bonne foi de l'enseignement, en sacrifiant la réalité à l'apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c'est là-dessus seulement que je jugerais le maître.

« Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. »

De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! Et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire, sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine !

Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! Sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous.

Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes de commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre ; il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

« Je dis donc aux maîtres pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque, d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront. »


version pdf :

http://clioweb.free.fr/jaures/jaures-lettre-depeche-1888.pdf


La lettre : version ministérielle et version intégrale (Aggiornamento-HG)
http://clioweb.free.fr/jaures/jaures-2versions.pdf
https://groups.google.com/g/aggiornamento-histgeo/c/LoA9KpsTy5k



Agnès Sandras, L’Histoire à la BNF, 23.10.2020


https://histoirebnf.hypotheses.org/10211



- Jaurès, les instituteurs, les institutrices et la République

Benoît Kermoal - Fondation JJ - 01.11.2020

https://jean-jaures.org/nos-productions/jaures-les-instituteurs-les-institutrices-et-la-republique

Jaurès au service des instituteurs /institutrices
Les instits au coeur du projet jaurésien
Le rôle social des éducateurs

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02 novembre 2020

Les profs mis en danger ?

 

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Laïcité, Covid, Lycée et Bac Blanquer, LPPR à l'université, retraites 

« Les enseignants abordent cette rentrée avec le sentiment d’être abandonnés »,

Ils sont soumis à des injonctions contradictoires

et aux imorovisations des réformes managériales (lycée, université) imposées d’en haut, à la hussarde,

sans prise en compte de la réalité sociale et des conditions de travail dans les classes.

Enseigner exige préparation, concertation et respect !

 

https://aggiornamento.hypotheses.org/4671


-
Pour 82 % des Français, la liberté d’enseigner est menacée

- Laïcité à l’école, la séparation de la théorie et de la pratique Thibaut Sardier – Libération 01.11.2020

L’an passé, 900 situations de conflit possible.
Dans l’immense majorité des cas, les enseignants trouvent des réponses.

« Difficile pour les enseignants de faire le tri entre les situations qui autorisent souplesse ou tolérance, les alertes sérieuses, les provocations liées à l’adolescence, la simple tentative de perdre du temps de cours grâce à un débat houleux sans oublier les maladresses liées à l’ignorance »

« Les enseignants sont demandeurs de règles nationales, et, en même temps, ils font l’expérience que plus elles sont rigides, plus elles risquent de les priver de ces marges de manœuvre indispensables », tempère Françoise Lantheaume.

« Les formations sur la laïcité existent, mais elles ne tiennent pas assez compte des cas concrets ».

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- Rentrée : des enseignants déplorent les revirements sur l'hommage à Samuel Paty

Minute de silence, texte de Jaurès, séance d’EMC dans le mois :

« Ce n’est pas du tout à la mesure du traumatisme ressenti »

- Hommage à Samuel Paty : l'étrange tripatouillage de la lettre de Jean Jaurès

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- Les profs volontairement mis en danger dans les lycées Blanquer ?

« Si
l’impact de l’école dans la progression de l’épidémie reste difficile à mesurer,
le Conseil scientifique, dans son dernier avis publié vendredi, prévient :
«Les adolescents de 12 à 18 ans semblent avoir la même susceptibilité au virus
et la même contagiosité vers leur entourage que les adultes.»

Autrement dit : n’assiste-t-on pas ce lundi à la réouverture d’un potentiel cluster géant
de 12 millions de personnes, qui risque de nuire à l’efficacité du reconfinement ? »


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20 octobre 2020

« Salut à toi Samuel Paty »

 

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 « Salut à toi le professeur.
Salut à toi Samuel Paty ».

Olivier Ertzscheid, Affordance 18.10.2020
https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/10/salut-a-toi-le-professeur.html
https://www.affordance.info


extraits :
« Un enseignant est mort. Décapité par un fanatique fou furieux… »

« ... Ce n'est pas la faute des réseaux sociaux. Ni cette fois ni les précédentes.
Mais dans ce drame, chacun doit prendre sa part. Et les réseaux sociaux ont une part.
Comprendre ce qu'elle est pour éviter de légiférer sur ce qu'elle n'est pas.
Cette part la voici... »

« … Les réseaux sociaux sont intrinsèquement, structurellement et architecturalement
des espaces "publi-cides", "publi-cidaires". Des espaces "publi-cidaires" qui ne dévoilent,
ne révèlent ou n'autorisent des lieux communs de discours
que pour mieux tuer la question de l'espace public de leur résonance ».

Lire aussi à propos des caricatures l'analyse d’André Gunthert.


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https://cfeditions.com/lmsz/

 

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18 octobre 2020

Hommages à Samuel Paty

 

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Rassemblements organisés en mémoire de Samuel Paty, liste SNES-FSU
https://www.snes.edu/article/rassemblements-en-hommage-a-s-paty/

 

Nous sommes professeurs d’histoire-géographie – APHG, 17.10.2020
https://www.aphg.fr/Nous-sommes-professeurs-d-histoire-geographie

« Nous appelons à un temps de discussion, de recueillement et de pédagogie auprès de nos élèves,
en présence des équipes éducatives, lundi 2 novembre, dans tous les établissements scolaires »


Association des professeurs de philosophie de l’enseignement publi
c
http://www.appep.net/wp-content/plugins/download-attachments/includes/download.php?id=9451
http://www.appep.net/lassassinat-de-samuel-paty/


4 sociétés d’historiens du supérieur
(SoPHAU, SHMESP, AHMUF, AHCESR)
« Nous exprimons notre détermination à ne rien céder, à leurs côtés,
dans ce combat fondamental pour la défense de la liberté d’expression et de la tolérance ».
https://academia.hypotheses.org/26882


Pour Samuel Paty
https://aggiornamento.hypotheses.org/

« … nous défendrons jusqu’au bout une école commune et émancipatrice
contre tous les obscurantismes et fanatismes qui la salissent et l’endeuillent ». 


Apses, profs de SES
https://www.apses.org/professeur-assassine-a-proximite-de-son-etablissement-a-conflans-ste-honorine/

« l’esprit critique est au coeur des missions de l’École et du métier d’enseignant.e,
et ne doit souffrir aucune exception ».

 

Samuel Paty

Samuel Paty

 

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