18 août 2021

1980 - Le mythe de l'école de Ferry

 

Le mythe de l'école de Jules Ferry

L'école de Jules Ferry a cent ans.
Le père de l'école primaire laïque, obligatoire et gratuite,
en est-il réellement le héros ?
Les images d'Epinal commencent à jaunir.

Par Edwy Plenel Le Monde 15 sept 1980

https://www.lemonde.fr/archives/article/1980/09/15/le-mythe-de-l-ecole-de-jules-ferry_2818996_1819218.html

 

extraits :

« Non, l'école républicaine n'a pas alphabétisé la France : grosso modo elle l'était déjà. Non, la République conquérante n'était pas un paradis pour les maîtres : ils connaissaient des fins de mois difficiles, étaient soumis à une hiérarchie tracassière, vivaient effacés et marginalisés au sein des communautés villageoises plutôt que radicalement engagés. Non, l'école primaire n'était pas un havre de liberté et d'égalité : école du peuple, les riches s'en passaient, elle n'ouvrait guère les portes de l'enseignement secondaire, et la discipline y était souvent sévère… »

«  Pour s'acquérir les suffrages des dominés, l'idéologie laïque est rentable : en désignant à la vindicte le clergé, elle fait oublier l'État éducateur. Tour de passe-passe que résume joliment un journal militant d'alors : " Et faudra-t-il qu'on nous fasse à perpétuité manger du prêtre, pour nous ôter l'appétit de la liberté ", écrit, en 1882, l'Intransigeant »

« Mais, aussi pauvre et surveillé soit-il, le maître d'école est néanmoins rempli d'importance : parce qu'il incarne l'État, parce qu'il est l'État en actes aux cinq coins d'un Hexagone qu'il contribue à unifier. »

« Viennent ensuite les tranchées et les morts. La machine patriotique, dont l'école fut un rouage essentiel, fonctionne à merveille. 25 % des enseignants mobilisés en 14-18 périssent sur les champs de bataille.

« Camarades, faites votre examen de conscience : on vous a saturés de militarisme et, de la meilleure foi du monde, vous en avez saturé les jeunes générations ! » Gustave Hervé dans la Revue de l’enseignement primaire, avant d’incarner les excès du chauvinisme. »

« Le réveil sera douloureux. L'idylle du pouvoir et des maîtres ne sera plus jamais parfaite et unanime. Double symbole : en 1924, les syndicats de fonctionnaires sont reconnus, et Célestin Freinet, rescapé de la grande guerre, remet en cause le pouvoir sacro-saint du maître »


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03 mai 2013

LMD : Le carnaval de l’investigation

 


Le carnaval de l’investigation
  - Ce que révèle l’« affaire Cahuzac »
Pierre Rimbert et Razmig Keucheyan, Le Monde diplomatique, mai 2013
http://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/KEUCHEYAN/49087
(seule l'intro est en ligne, le reste suivra peut-être dans 1 ou 2 mois)


« Grâce à Médiapart, un ministre en a remplacé un autre ». L’article de dernière page du Monde diplomatique interroge la fonction du journalisme d’investigation. En 1972, Bob Woodward et Carl Bernstein ont révélé les turpitudes de Nixon. Depuis, trois facteurs ont « rétréci l’horizon de ce genre médiatique » : le rôle de certains juges d’instruction ; l’affaiblissement de l’opposition droite-gauche, la course à l’audience.
Dans ce genre médiatique, « la dramaturgie ritualisée » met en scène l’opposition simpliste entre le bon journaliste et le méchant pouvoir ; elle a pour effet de « réduire les enjeux de structure à des questions de personnes... la question des paradis fiscaux [a été brièvement] posée, mais une actualité [a vite chassé] la précédente et tout est redevenu lisse… »

Les auteurs listent les faux scoops du Monde dirigé par Plenel entre 1996 et 2004.
Ils rappellent son mépris pour le travail de Denis Robert : « Cette enquête Canada Dry, qui avait l’allure d ’une investigation mais en aucun cas sa consistance, appliquait à la finance mondiale une variante des théories du complot ». La publier, expliquait-il, « c’est paradoxalement dépolitiser et démobiliser »


Deux références leur semblent éclairer la portée politique de ce genre médiatique.
Au temps du carnaval, les hiérarchies s’inversaient. La fête achevée, tout rentrait dans l’ordre.
Gramsci utilisait le terme de subversivisme pour désigner les formes de rébellion privées et inorganisées, « celles qui reposent sur un fort ressentiment à l’égard de l’Etat, déplorent ou moquent le spectacle donné par les puissants, mais intériorisent en même temps la position de subalternité… »

« La conclusion vaut-elle pour l’affaire Cahuzac ? Catalyseur de l’humeur subversiviste qui s’observe en France, ce dernier scandale … accentue le cynisme ambiant. En effet, l’indignation qu’il suscite ne s’exprime - pour le moment - que sur un mode privé : la protestation n’a pas trouvé le support collectif qui ferait de cette affaire 1e symptôme d’un problème plus général… Lorsque NS était au pouvoir, 1e Parti socialiste pouvait prétendre incarner 1e changement. L’illusion s’estompe, et avec elle l’espoir de voir se défaire à brève échéance l’alliance de l’austérité et de la corruption…
Le subversivisme, expliquait Gramsci, peut être de gauche ou de droite. Mais en temps de crise, i1 penche irrémédiablement vers le conservatisme. Pour qu’un autre débouché lui soit offert, la mobilisation politique ouvre plus de perspectives que les révélations médiatiques ».


Pierre Rimbert est rédacteur en chef du MD
http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=Pierre+Rimbert
En 2005, il a publié Libération, de Sartre à Rothschild

Razmig Keucheyan (né en 1975), est un sociologue et militant de la gauche radicale suisse, MdC à Paris Sorbonne-Paris IV
http://fr.wikipedia.org/wiki/Razmig_Keucheyan
http://www.gemass.fr/spip.php?article240


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18 avril 2011

Le double désaccord


On n'est pas couché
(France 2, 16/04/2011) a tardé à venir en ligne cette semaine.
Une occasion de faire un détour par dailymotion (160411) où plusieurs extraits sont visibles.

- Le double désaccord entre Plenel et Zemmour, sur le fond et sur la style.
Un exécutif qui agit en tenant compte de contre-pouvoirs réellement efficaces, ou Louis XVI comme modèle d'une république autoritaire ?
Attaquer la personne ou contester ses idées ?

http://www.dailymotion.com/video/xi9fs8_plenel-vs-naulleau-zemmour-itw-onpc-160411-ruquier_news

- une allusion à deux rues de Château Rouge (Custine ou Deauville ?) - merci à Vincent pour l'écoute attentive -
http://www.dailymotion.com/video/xi9g0i_l-chanteuse-vs-naulleau-zemmour-zik-onpc-160411-ruquier_music

- dans la même émisson ( cf vidéos associées), Allègre a continué de sévir :
il veut mettre des ""petits"" réacteurs nucléaires partout...
D'autres semblent préférer le gaz de shit...:-):-)

Cette émission illustre la difficulté croissante, dans notre société, à tenir des débats rationnels et sereins sur les sujets sensibles.


Forum Libération, Rennes 2010 en différé

A Rennes, pas de débat entre Mélenchon et Novelli sur le salaire maximum. :-)
Un échange difficile entre Plenel et Roudinesco.
Le face à face Brighelli-Boulagnon a dû être animé.

L'affrontement entre Cohn-Bendit et Naouri à propos de l'autorité a été caricatural : « Une heure trente de baffes verbales et de bourre-pifs sémantiques arbitrés par les rires, les applaudissements ou les sifflets des spectateurs. Avec de temps en temps, des points de convergence » écrit Dominique Primault pour Libération.

En différé, on voit chaque protagoniste bondir sur tout mot utilisé par l'adversaire, sans lui laisser le temps de terminer sa phrase. Tous les deux s'empressent de donner des visions radicalement contraires de l'allaitement par les femmes africaines. Aucun n'évite la provocation (cf Naouri : éduquer en "fasciste" pour former des citoyens "démocrates").

La vidéo à regarder en différé : http://www.tvrennes35bretagne.fr/fr/grille/forumlibration-6300

   

 

 

 

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