08 août 2016

Le pinard des poilus 2/2



- La lutte contre l'alcoolisme démarre à la fin du XIXe, peut-être plus tardivement que chez les pays voisins.
Elle est introduite dans les programmes scolaires après 1882.

- Des décisions qui ont une histoire : l'exemple de l'alcool
Henri Bergeron (CSO - CNRS - Sciences Po) 2007
http://www.cso.edu/upload/pdf_actualites/cso-bergeron-colloque%20sfsp1.pdf

Bergeron distingue 3 qualifications de l'alcool
. Les ligues de tempérance en font depuis le milieu du XIXe une question morale, source d'une dégénérescence héréditaire.
L'Etat met en place une régulation minimale qui préserve les intérêts des producteurs d'alcool
. Une médicalisation de l'alcoolisme suit (cf. Magnus Huss)
. La lecture populationniste l'emporte des années 1920 aux années 1960
L'alcool devient moins la cause de l'existence de " tarés ", qui menace la " race ", que le responsable d'un " manque à produire et à reproduire "

Alcoolisme et antialcoolisme en France sous la Troisième République : L'exemple de la Seine Inférieure, Didier Nourrisson
http://doc.hubsante.org/index.php?lvl=notice_display&id=23558

Alcoolisme et antialcoolisme en France au XIXe siècle : autour de Magnus Huss
Henri Bernard, Histoire, économie et société 1984
http://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1984_num_3_4_1380

 

absinthe


Jean-Pierre Panouillé, Et les Français prirent goût à l'absinthe. L'Histoire 52

L'absinthe est la cible majeure avant 1914.
En 1906, dans une pétition, la Ligue nationale contre l'alcoolisme écrit :
« L'absinthe rend fou et criminel, provoque l'epilepsie et la tuberculose, elle tue chaque année des milliers de Français. Eklle fait de l'homme une bête féroce, de la femme une amrtyre, de l'enfant un dégénéré, elle désorganise et ruine la famille, elle menace l'avenir du pays »

En 1908 un groupe anti-alcoolique au Parlement veut interdire l'absinthe,
limiter le nombre des débits de boisson, supprimer le privilège des bouilleurs de cru.


- Avec la guerre, la lutte contre l'alcoolisme est mise en sourdine.
L'Etat et les militaires mettent tout en oeuvre pour acheminer le vin sur le front.
Le lobby du vin est très efficace, il vante la divine bonté du vin de France
Le 17 mars 1915, une loi interdit la production et la vente de l'absinthe, "l'infâme alcool".


- Après guerre, la lutte contre l'alcoolisme occupe beaucoup de place dans les discours.
La lecture populationniste et statistique s'installe.
Mais la guerre a nationalisé la consommation de vin dans tous les foyers.
La production de vin dépasse les niveaux d'avant 1914.

vin-produ.

 

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07 août 2016

Le pinard des poilus 1/2

 

lucand-pinard

Christophe Lucand a publié Le Pinard des poilus.
Une histoire du vin en France durant la Grande Guerre (1914-1918) - EU Dijon

 

Le « pinard » ou le sang des poilus
Noyer l’absurdité d’une guerre dans des flots d’alcool
Lire son article en double page dans Le Monde diplomatique d'août 2016
Pour tenir, les soldats français se sont bien souvent réfugiés dans l’alcool, encouragés par leur hiérarchie, qui veillait à ce qu’ils ne manquent jamais de « pinard ». En quelques années, le vin a ainsi gagné le statut de breuvage patriotique, paré de toutes les vertus.

L'utilisation massive du vin s'inscrit dans la recherche d'une augmentation du niveau d'agressivité.
Mais l'alcool peut aussi être source d'indiscipline.
Le commandement s'inquiète alors.
Face aux troubles liés à l'adiction, des soldats sont envoyés en cure de désintoxication

Dès le début de la guerre, en août 1914, commence la distribution de vins aux troupes. C’est la première fois que le vin fait partie de la ration militaire. Elle est d’un quart de litre, puis de 50 cl en 1916, 75 cl en 1918. Tout est fait pour acheminer les quantités nécessaires de vin, de 12 à 17 M hl chaque année.

http://www.intervignes.com/mobile/index.php?mode=actu&id=64175

Boire et déboires pendant la Grande Guerre
Le Monde 17.10.2014
http://www.lemonde.fr/centenaire-14-18/article/2014/10/17/

Guerre et vin, dans l'article wikipedia Pinard
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pinard_(vin)#Guerre_et_vin

L'alcool dans la GG, archives Lyon
http://www.archives-lyon.fr/archives/sections/fr/centenaire1gm/archives_racontent/alcool/



pinard-herault-1916


Le pinard pendant la Grande Guerre, 87dit, 04.08.2014
http://87dit.canalblog.com/archives/2015/09/26/32687073.html

L'alcool dans la Grande Guerre
http://87dit.canalblog.com/archives/2016/03/10/33493682.html


La Grande Guerre a encouragé l'alcoolisation de l'armée et de la société.
L'alcool tue ?
à suivre, le combat contre l'alcoolisme

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26 août 2015

1857 : Le procès des Fleurs du Mal

 

Charles Baudelaire : Le procès des Fleurs du Mal par Robert Tenger (directeur littéraire chez Brentano's) [1971]
http://www.youtube.com/watch?v=T_NqXx2Dubw (source @Iquentin)

France-Culture a diffusé l’audio dans la nuit du 5 au 6 août (non accessible en différé)
http://www.franceculture.fr/blog-le-programme-des-nuits-2015-08-04-nuit-d-ete-du-mercredi-05-aout-2015-au-jeudi-06-aout-2015


Les Fleurs du mal, Procès et censure (1857)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Fleurs_du_mal#Procès_et_censure_(1857)

« Moins de deux mois après leur parution, Les Fleurs du mal sont poursuivies pour « offense à la morale religieuse » et « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Seul ce dernier chef d'inculpation sera retenu. Baudelaire est condamné à une forte amende de trois cents francs, réduite à cinquante par suite d'une intervention de l'impératrice Eugénie.
L'éditeur Auguste Poulet-Malassis s'acquitte, pour sa part, d'une amende de cent francs et doit retrancher six poèmes dont le procureur général Ernest Pinard a demandé l'interdiction (Les Bijoux ; Le Léthé ; À celle qui est trop gaie ; Lesbos ; Femmes damnées [Delphine et Hippolyte] ; Les métamorphoses du Vampire).
Baudelaire fait publier une nouvelle édition en 1861, enrichie de trente-deux poèmes. En 1866, il réussit à faire publier à Bruxelles, sous le titre Les Épaves, les six pièces condamnées accompagnées de seize nouveaux poèmes ».

Ernest Pinard
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Pinard
Le « procureur impérial » est au cœur des procès contre les écrivains.
Il poursuit Flaubert pour apologie de l'adultère dans Madame Bovary.
Il fait censurer Baudelaire qui doit payer 300 F d'amende.
Il s'attaque à Eugène Sue (les Mystères du peuple).
Napoléon III le décore de la légion d'honneur, et en fait un ministre en 1867.


Des pièces du procès à consulter sur Wikisource
http://fr.wikisource.org/wiki/Documents_sur_le_procès_des_Fleurs_du_mal
dont le réquisitoire de Pinard
et la Lettre de Charles Baudelaire à l'impératrice Eugénie lui demandant d'intervenir
afin que soit diminuée l'amende dont avaient été frappées ''Les Fleurs du mal,'' 6 novembre 1857 . Archives nationales, AE/II/1980

La condamnation a été révisée en 1949 seulement
après le vote d’une loi du 25 septembre 1946 ouvrant « un recours en révision
contre les condamnations prononcées pour outrages aux bonnes mœurs commis par la voie du livre »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire


Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
Édition originale de 1857, illustrée par Rodin en 1887-1888
http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/06/14/32213331.html

 

fleursdumal

Baudelaire, épreuves d’imprimerie
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86108314/f23.image


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14 juin 2015

Baudelaire, Les Fleurs du mal

 

b-fleurs

Baudelaire, épreuves d’imprimerie
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86108314/f23.image

 

Les épreuves corrigées des Fleurs du mal sont éditées par Les saints pères (189 euros l'exemplaire)
http://lessaintsperes.fr/manuscrits/manuscrits/23-les-fleurs-du-mal-epreuves-corrigees-9782954268774.html
La présentation très marketing est silencieuse sur le procès de 1857 et l'histoire de l'Empire autoritaire.


Baudelaire, Les Fleurs du mal, épreuves d’imprimerie
Consulter la version gratuite sur Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86108314/f23.image


Charles Baudelaire (1821-1867)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire


Le recueil de poèmes est violent attaqué par Gustave Bourdin, Le Figaro, 05.07.1857
« L'odieux y côtoie l'ignoble ; le repoussant s'y allie à l'infect… ».

Au plus fort de l’Empire autoritaire, Ernest Pinard, le substitut au procureur du Parquet de la Seine, mène des procès contre trois écrivains :
. Flaubert pour Madame Bovary
. Baudelaire, Les Fleurs du mal
. Eugène Sue, Les Mystères du peuple.

Baudelaire est condamné à 300 F d’amende, 6 poèmes sont interdits : Les Bijoux ; Le Léthé ; À celle qui est trop gaie ; Lesbos ; Femmes damnées [Delphine et Hippolyte] ; Les métamorphoses du Vampire. Ils seront publiés à Bruxelles en 1866 avec 16 nouveaux poèmes sous le titre Les Epaves. Le jugement de 1857 ne sera annulé qu'en 1949.
En 1868, Pinard devient ministre de l'intérieur ; il fait preuve de sectarisme, il fait condamner Henri Rochefort... Après Sedan, il milite en espérant le retour de l'Empire (qui a mené au désastre de Sedan). http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Pinard

Rodin et Baudelaire
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
Édition originale de 1857, illustrée par Rodin en 1887-1888 en frontispice ou dans le texte des poèmes (dessins au trait ou ombrés, au fond hachuré et aux cinq lavis sur papier japon, chargés d’encre et de gouache)
http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/archives/les-fleurs-du-mal

La poésie de Baudelaire a précocement et profondément inspiré le sculpteur
http://www.musee-rodin.fr/fr/rodin/fiches-educatives/rodin-et-charles-baudelaire

« Rodin éprouvait une immense admiration pour le poète ; il s'attacha à condenser tout le génie de Baudelaire dans la tête seule : "Ce n'est pas Baudelaire mais c'est une tête de Baudelaire" »
http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/sculptures/charles-baudelaire-0


La Fabrique, 03.03.2011 (l'émission n'est plus en ligne)
http://www.franceculture.fr/oeuvre-accuses-baudelaire-flaubert-levez-vous-de-emmanuel-pierrat.html

 

 

b-maladives

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86108314/f31.image

 

b-bijoux1      b-bijoux2

                                                                 pages 118 et 119

                  
                             Les bijoux
(un des poèmes interdits par la censure napoléonienne)


La très chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

– Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

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