06 août 2014

Les deux morts de Jaurès

 
« Ne le pleurez pas ». C’est, à propos de Jaurès, une provocation
d’un des avocats de son assassin (que la justice acquitte en 1919).

Ecouter et lire Antoine Perraud :
. Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Médiapart, 31.07.2014 (25, 41, 56e minutes)
http://www.dailymotion.com/video/x22jhyy_pourquoi-ont-ils-tue-jaures_news

. Les deux morts de Jean Jaurès, Antoine Perraud, Médiapart, 29.07.2014
http://www.mediapart.fr/dossier/france/les-deux-morts-de-jean-jaures
http://democratie-reelle-nimes.over-blog.com/article-comment-jaures-fut-assassine-par-deux-fois-1-3-124204523.html
http://democratie-reelle-nimes.over-blog.com/article-comment-jaures-fut-assassine-par-deux-fois-2-3-124225048.html
http://democratie-reelle-nimes.over-blog.com/article-comment-jaures-fut-assassine-par-deux-fois-3-3-124232280.html

Egalement : Jacqueline Lalouette, Pourquoi Raoul Villain fut acquitté, L’Histoire, n° 397
http://www.histoire.presse.fr/dossiers/jaures/pourquoi-raoul-villain-fut-acquitte-01-03-2014-85965

Charles Silvestre, Le deuxième assassinat de Jean Jaurès. Le procès de l’assassin de Jaurès, Éditions Pagala, 2013.
http://www.humanite.fr/17_03_2011-pourquoi-raoul-villain-t-il-été-acquitté ?
http://www.jaures.eu/ressources/sur_jaures/pourquoi-raoul-villain-lassassin-de-jaures-a-t-il-ete-acquitte/


Antoine Perraud, extraits
La première mort, c'est le 31 juillet 1914, au café du Croissant, rue Montmartre.
« Jaurès est mort de la haine qu'il suscitait chez les jusqu'au-boutistes enragés... En 1914, La Sociale écrit : « S'il y a un chef en France qui soit un homme, M. Jaurès sera "collé au mur", en même temps que les affiches de mobilisation. Sinon, les Français auront l'ennemi devant eux et la trahison dans le dos ».

La seconde, c'est le procès de son assassin (25-29 mars 1919)
« Tout est piteux chez Raoul Villain » (l’assassin).

« Comment sauver pareil client ? L'un des deux avocats de Raoul Villain, Me Henri Géraud, l'une des plus somptueuses barbes de cette IIIe République pileuse à souhait, atteint au prodige dans sa plaidoirie, qui commence ainsi : C'est l'heure où la défense implore… Il s'agit d'implorer la pitié pour un criminel, que la magie du verbe présente telle une victime. Voire un persécuté attirant sur lui la compassion ». Il est comparé à Jeanne d'Arc dont le Vatican annonce la sanctification

Pour l’avocat de l’assassin, « Ne plaignez pas (Jaurès) »
« Me Géraud, labourant le vieux fond chrétien des douze jurés qui boivent ses paroles, réalise un salto arrière oratoire. Citant quelque sainte écriture (" Ne le plaignez pas, car il n'est pas mort comme un lâche "), l'avocat escamote alors Jean Jaurès (dont le fils était tombé au "champ d'honneur"), avec une virtuosité vipérine : « Ne le plaignez pas, puisque cet apôtre du verbe, qui avait parlé toute sa vie, qui avait trop parlé peut-être, dont on avait mal interprété les paroles, a été foudroyé au moment où il prononçait une phrase inachevée, laissant à ses disciples qui suivront son exemple et qui essaieront d'égaler son talent, de reprendre le dernier testament, la dernière pensée… Ne le plaignez pas, car il n'a pas connu nos angoisses, ne le plaignez pas, car il n'a pas connu la douleur de perdre son fils, ne le plaignez pas car il n'a pas vu sombrer le rêve de ses illusions, de sa crédulité peut-être. Ne le plaignez pas, mais surtout ne le vengez pas !... »

Les socialistes pro-guerre métamorphosent Jaurès en « commandeur de la défense nationale ».
« Au moment de plaider, Joseph Paul-Boncour, l'avocat de la partie civile, enfonce une dernière fois le clou : « Parce qu'il avait été attaqué dans son patriotisme, il était de notre devoir de restituer sa figure nationale ». N'eût-il pas été plus judicieux de restituer le combat de Jaurès contre les chantres du carnage ? N'eût-il pas été plus approprié de contester toute légitimation de la guerre chez ceux qui se drapaient dans les plis sanglants de la victoire ? »

« La partie civile s'enfonce dans la nasse cocardière, avec l'espoir d'acclimater son grand homme au fond de l'air, bleu horizon, du moment. Fallacieusement et illusoirement. La mauvaise foi de la droite française attendait ce reniement pour expliquer que si Jaurès déclenchait tant de justifications contradictoires, son assassin n'était pas blâmable : son geste relevait  d'une légitime erreur de perspective !  C'est très exactement le sens de la prose laborieuse mais scélérate de L'Action française, le 30 mars 1919 »


Dans les discours de Jaurès :
21 janvier 1914 - obsèques de Francis de Pressensé - L'Humanité
« Je demande à tous ceux qui prennent au sérieux la vie, si brève même pour eux, qui nous est donnée à tous, je leur demande : Qu’allez- vous faire de vos vingt ans ? Qu’allez-vous faire de vos cœurs ? Qu’allez-vous faire de vos cerveaux ? »
http://www.jaures.eu/ressources/de_jaures/la-jeunesse-poussee-vers-la-guerre-1914/
http://www.jean-jaures.org/content/download/18737/185203/version/1/file/Note-1-Jaures2014.pdf
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327877302/date (l'exemplaire manque)

29 juillet 1914 - Jaurès, discours de Bruxelles :
« Voulez-vous que je vous dise la différence entre la classe ouvrière et la classe bourgeoise? C’est que la classe ouvrière hait la guerre collectivement, mais ne la craint pas individuellement, tandis que les capitalistes, collectivement, célèbrent la guerre, mais la craignent individuellement. (Acclamations) C’est pourquoi, quand les bourgeois chauvins ont rendu l’orage menaçant, ils prennent peur et demandent si les socialistes ne vont pas agir pour l’empêcher. (Rires et applaudissements) »

« Mais pour les maîtres absolus, le terrain est miné. Si dans l’entraînement mécanique et dans l’ivresse des premiers combats, ils réussissent à entraîner les masses, à mesure que les horreurs de la guerre se développeraient, à mesure que le typhus achèverait l’oeuvre des obus, à mesure que la mort et la misère frapperaient, les hommes dégrisés se tourneraient vers les dirigeants allemands, français, russes, italiens, et leur demanderaient: quelle raison nous donnez-vous de tous ces cadavres? Et alors, la Révolution déchaînée leur dirait: « Va-t-en, et demande pardon à Dieu et aux hommes! » (Acclamations) »
http://dormirajamais.org/jaures-1/
http://www.ps.be/Pagetype1/Actus/News/29-juillet-1914-dernier-discours-de-Jean-Jaures-a.aspx

24 novembre 1912 - Jaurès, discours de Bâle
http://dormirajamais.org/jaures/

Autres textes et discours de Jaurès :
http://clioweb.canalblog.com/archives/2014/07/23/30296993.html


Anatole France : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels »
« Le 18 juillet 1922, L'Humanité rachète les palinodies socialistes du procès de mars 1919, en publiant une lettre magnifique de lucidité signée du vieil Anatole France :  « Ceux qui moururent dans cette guerre ne surent pas pourquoi ils mouraient. Il en est de même dans toutes les guerres. Mais non pas au même degré. Ceux qui tombèrent à Jemmapes ne se trompaient pas à ce point sur la cause à laquelle ils se dévouaient. Cette fois, l'ignorance des victimes est tragique. On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels ».
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4004637/f1.zoom
https://archive.org/details/lepassdelaguerr00richgoog

L'authentique penseur et militant socialiste sera symboliquement assassiné une troisième fois
ce 8 novembre 2014 à Paris affirme Antoine Perraud.


deux rappels :
http://clioweb.free.fr/jaures/jaures.htm
http://clioweb.canalblog.com/tag/jaures

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06 janvier 2014

Perraud : Feu sur la guerre

 

En 14  : Feu sur la guerre (Antoine Perraud, Mediapart, 01.01.2014)
http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/010114/en-14-feu-sur-la-guerre
http://www.wmaker.net/u-zinu/DE-LA-GUERRE_a788.html

extraits :

Nous allons en baver pendant l'année 14 ...

Nous protesterons, le 8 novembre 2014 ...

Il faudra jeter à la face de ces gens-là ce que Blaise Cendrars écrivait dans La Main coupée  : « "Mourir pour la patrie est le sort le plus beau...” n'est-ce pas ? Vous croyez-vous au théâtre, Monsieur ? Avez-vous perdu le sens de la réalité ? Vous n'êtes pas au Français, ici. Et savez-vous ce qui se cache sous cet alexandrin ? La guerre est une ignominie. Tout au plus ce spectacle peut-il satisfaire les yeux, le cœur d'un philosophe cynique et combler la logique du pessimisme le plus noir. La vie dangereuse peut convenir à un individu, certes, mais sur le plan social, cela mène directement à la tyrannie, surtout dans une république menée par un sénat de vieillards, une chambre de bavards, une académie de m'as-tu-vu, une école de généraux... »

et citer le poète Robert Graves
Prends garde à leurs rugissements, mais ne tourne jamais la tête.
Rien ne les transformera, ne les laisse pas te transformer.

Clouons le bec des célébrateurs patentés avec ce retour, inépuisable, à Brassens en harmonieux conchieur de guerre et aux sources libertaires et antimilitaristes !...
http://www.dailymotion.com/video/x17ibbp_brassens-en-harmonieux-conchieur-de-guerre_news

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