12 octobre 2017

Courrier : Le prix du souvenir

 

Mémoire. Daivd Rieff : « Le prix du souvenir est parfois trop élevé »
Clarin (Le clairon), Buenos Aires 18.08.2017
Courrier international : Histoire 05.10.2017
http://clioweb.free.fr/presse/1temp/ci/rieff-clarin.pdf
début : http://5h40.info/memoire-le-prix-du-souvenir-est-parfois-trop-eleve/


extraits :

Auteur d’un essai remarqué, le politologue et ancien reporter de guerre David Rieff plaide pour une culture de l’oubli consécutive aux grandes tragédies. Le journal argentin Clarín l’a interviewé.

Q - « Votre ouvrage In Praise of Forgetting [“Éloge de l’oubli”, 2016, non traduit en français] conteste l’idée de George Santayana [philosophe américain d’origine espagnole, 1863-1952] selon laquelle les peuples qui ne se rappellent pas le passé sont condamnés à le répéter. Personnellement, vous sentez-vous plus proche de ceux qui, à la lumière de l’expérience sud-africaine par exemple, estiment qu’il faut continuer à vivre ?

R - David Rieff : Tout dépend de la situation, du moment, du contexte. De mon point de vue, si l’impératif moral du souvenir cause trop de souffrance pour qu’il vaille d’être respecté, on pourrait même envisager un “impératif éthique de l’oubli”. Le titre [de l’ouvrage] tient plus de la provocation, de l’invitation à la réflexion. Il est faux de dire que le souvenir serait naturel et que l’oubli ne le serait pas. La mémoire collective est une construction, et une construction changeante. Mais je ne dis pas non plus que ceux qui se rappellent le passé sont condamnés.

Q - Une société n’a-t-elle pas le droit de définir ce qu’elle-même juge nécessaire de se rappeler ?

R - La mémoire n’est pas l’histoire. Il faut faire la distinction entre le souvenir individuel, le travail de la recherche historico-judiciaire et les opinions tolérées dans une société. En matière de mémoire ou d’oubli, il s’agit toujours d’une décision. Je passe beaucoup de temps en Afrique du Sud et, dans ce pays, ceux qui ont sympathisé avec la dictature jugent que l’oubli est la meilleure solution ; les victimes, évidemment, sont en faveur de la mémoire. Là est l’une des grandes questions du livre : combien sommes-nous prêts à payer pour la mémoire ? Dans certains contextes, je pense que nous devons payer, mais dans d’autres, le prix est trop élevé ».


David Rieff a publié en 2016 In Praise of Forgetting
http://www.nytimes.com/2016/06/12/books/review/in-praise-of-forgetting-by-david-rieff.html

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06 mars 2011

Une date de péremption ?


Courrier international, n° 1061, 03.03.2011 consacre un dossier aux données personnelles
à partir de deux articles publiés en Allemagne.

DONNÉES PERSONELLES - Internet doit-il se souvenir de tout ?
Les moteurs de recherche gardent la trace de nos moindres faits et gestes en ligne. 
Steffen Heuer pointe les dangers de cette mémoire numérique totale. http://www.brandeins.de/archiv/

CONTREPOINT - Le web a la mémoire qui flanche
Pas d'inquiétude, rétorque Kai Bierman (Die Zeit) : Liens brisés, archives fermées, serveurs éteints : il est faux de dire que l'oubli numérique n'existe pas. 
http://www.zeit.de/digital/datenschutz/2010-10/delete-internet-vergessen
http://community.zeit.de/user/kai-biermann


Internet est un outil exceptionnel et difficilement contournable.
Essayez d'écrire sans pouvoir vérifier rapidement une référence ou le sens d'un terme.


Appliqué aux données personnelles, le bilan est moins brillant : ainsi, Sleaze detector permet de payer et 
« d'accéder par Iphone aux tweets d'une vague connaissance, à ses antécédents judiciaires éventuels, à la surface habitable de son logement » 

« Nagère, la réputation reposait sur de petits cercles de relation, qui apprenaient certaines choses dont ils ne gardaient en mémoire que des bribes inscrites le plus souvent dans un contexte. Avec les ragots numériques, un simple lien mécanique peut rapprocher deux infos sans relation, et donner à des faits insignifiants ou prescrits sortis de leur contexte une importance désastreuse ».

On peut mettre en cause la technique ou l'amoralisme de nos sociétés.

Le problème vient moins de la technique que des publicitaires et des commerciaux peu scrupuleux qui cherchent à faire du fric à partir de la vente de ces données personnelles. 
(tapez votre nom dans Google...).

.
Passons sur ce type de lamentations dans une forme de brutalisation consentie  (cf le brouillage entre sphère privée et vie en public) pour nous arrêter sur les solutions envisagées par les deux journalistes.

- L'appel à l'éthique dans la recherche d'informations est possible, mais elle paraît bien illusoire.

- Pour se faire oublier ? Changez de nom suggérait Eric Schmidt, l'ex-patron de Google !

- On peut aussi payer (cher) d'autres commerciaux pour gérer sa réputation : faire supprimer 500 points de données compromettantes pour éviter de se retrouver face à 5000 qq mois plus tard. 

- Pour Jonathan Zittrain, on devrait pouvoir porter plainte pour diffamation sur Internet. Il suggère un nettoyage par le vide à 18 ans, ou la possibilité de déclarer sa réputation en faillite.

- Tadayoshi Kohno se sert de l'amnésie numérique : à une date choisie, un cryptage périme les données.

« Introduire un grain de sable dans l'engrenage numérique n'est pas une chose aisée », car cela va à l'encontre de nos pratiques culturelles, de la paresse technique et de l'intérêt des marchands

 

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