22 septembre 2015

La Tunisie, une révolution internet ?

 

« La Tunisie, une révolution internet ? par Nabila Abbas , La vie des idées, 22.09.2015
http://www.laviedesidees.fr/La-Tunisie-une-revolution-internet.html


Même si le terme de révolution internet pour décrire la révolution tunisienne ne peut rendre la complexité des causes et du processus révolutionnaire, la toile a offert un cadre unique de contestation et d’expression de nouvelles voix dans le débat politique.

L’expression « printemps arabe » utilisée par les médias et par des universitaires est une désignation largement contestée par les acteurs.
Le terme « Révolution Internet » a un double défaut : il accorde trop de place aux utopies technophiles de la « démocratie 2.0 » ; il minore la réalité sociale et la dimension violente et populaire de [ce mouvement]. La mobilisation sociale était bien réelle : le soulèvement des travailleurs dans le bassin minier a été important, mais des médias sous contrôle ont participé à un black-out total pendant six mois.

Le numérique a permis de contourner la censure, de rendre la parole aux habitants, de surmonter la peur de la répression et de vaincre le sentiment de leur impuissance. « Dans le cas tunisien, cette « parole interdite » se dégage, entre autres, dans la sphère numérique. Les forums, les comptes Facebook, Twitter, les sites d’information, le journalisme citoyen, les fils de commentaires, les vidéos et les photos partagées constituent un immense recueil de témoignages et de sources pour la science politique et pour d’autres disciplines qui se proposent d’étudier et de comprendre le processus révolutionnaire tunisien, son développement, ses différents acteurs et leurs imaginaires . Néanmoins, cette démarche ne peut se revendiquer exhaustive : traiter uniquement la sphère numérique serait réducteur. Il est évidemment nécessaire d’analyser les imaginaires, les paroles ainsi que les autres modes de contestation qui ne s’expriment ni sur la toile, ni publiquement, ni par écrit ».


rappel :
La dessinatrice Nadia Khiari (Willis from Tunis) participait hier au colloque Le dessin de presse dans tous ses états (CESE Paris).
Willis critique moins la religion en elle-même que son instrumentalisation par des politiciens.
Selon elle, pour contrer les démagogues, il faut en finir avec le politiquement correct,
dire les choses avec clarté et ne pas chercher à être trop polis.
http://clioweb.canalblog.com/tag/willis
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20 septembre 2015

Ecole numerique 2015

 

- Ludovia 2015 : Appropriation et détournement dans le numérique éducatif.
http://clioweb.canalblog.com/tag/ludovia2015

Chaque année, fin août, les acteurs du numérique éducatif se réunissent à Ax-les-Thermes (Ariège).
En 2015, les tables rondes ont porté sur les ressources, les plates-formes d'apprentissage, la formation des enseignants, l'éducation aux médias, la co-éducation. Pour Le Café pédagogique, Bruno Devauchelle rappelle la place centrale de la pédagogie ; il invite à ne plus mythifier la technique et à questionner l'imaginaire collectif du numérique.

La formation des enseignants a été beaucoup évoquée. Au risque d’oublier que deux ministres l’ont mise à mal, Luc Chatel pour la formation initiale en alternance et Claude Allègre pour la formation continue

Les synthèses en ligne reflètent surtout le statut des intervenants. Pour Catherine Becchetti-Bizot, que Mathieu Jeandron vient de remplacer à la tête de la Direction du Numérique, " la formation des enseignants est une clé essentielle de réussite "; il n'est pas question d'imposer des modèles aux enseignants. Une autre responsable estime qu' " Apprendre à apprendre ", cela ne se fait que dans une démarche de projet.

Face aux ENT, les enseignants soulignent le manque de souplesse et la lourdeur de la chaîne administrative.
Un intervenant décrit un paradoxe : les enseignants revendiquent leur liberté pédagogique ; ils savent faire preuve de créativité ; mais ils ont appris à obéir et ils manifestent un respect très ancré de la hiérarchie.


- Ecole Numérique 2015
http://clioweb.canalblog.com/tag/concertation2015

Lors de la concertation nationale, en février, un forum a abordé cinq thèmes : le numérique et les apprentissages, le renouvellement des pratiques pédagogiques, les compétences de demain, la réduction des inégalités, l'ouverture de l'école à son territoire et à son environnement. Pour chaque question, des synthèses étaient promises. Elles sont en ligne, mais à une autre adresse.

Les mêmes arguments sont parfois répétés dans plusieurs thèmes : personnaliser les apprentissages, donner accès à des ressources de qualité, mieux intégrer les familles au travail et à la vie de l'Ecole, etc. Plusieurs contributions confirment l'existence d'un clivage entre les tenants d'une Ecole ouverte et les partisans d'une Ecole fermée et débranchée.

Ecole numérique, synthèse (des synthèses) des forums
http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/09/19/32650115.html


Le point de vue de Jean-François Cerisier
+ des notes à partir des contributions :
Le numérique, renouvellement et diversification des pratiques pédagogiques et éducatives
Le numérique, les apprentissages et la réussite de tous les élèves
http://clioweb.canalblog.com/tag/concertation2015


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19 septembre 2015

Ecole numérique, synthèses des forums

 

conc-num2015s

 

Une Concertation nationale sur le numérique pour l’éducation a eu lieu entre 19 janvier et le 9 mars 2015
http://www.forum.ecolenumerique.education.gouv.fr/
Depuis le 7 mai, les synthèses sont annoncées à la suite de chaque forum.
En fait, elles sont en ligne, mais à d'autres adresses

rappel des 5 questions débattues :

1 - Le numérique, les apprentissages et la réussite de tous les élèves
2 - Le numérique, renouvellement et diversification des pratiques pédagogiques et éducatives
3 - Le numérique et les compétences de demain
4 - Le numérique et la réduction des inégalités
5 - Le numérique, un facteur d’ouverture de l’école à son territoire et à son environnement

Les réponses ne sont pas vraiment spécifiques, et des analyses identiques se retrouvent parfois dans plusieurs questions (motivation des élèves, pédagogie, place des parents, liens avec les collectivités, etc.)
Dans l'ensemble, le numérique est désormais identifié comme un levier pour apprendre en tout lieu, à tout moment
Le numérique pourrait aider à renouveler la pédagogie et développer des méthodes actives.

Les divergences sont très visibles :
Le numérique doit-il permettre de développer la pédagogie de projet et la coopération (dans l'optique du Collège2016)
ou l'Ecole doit-elle rester centrée sur la transmission des fondamentaux ?
Faut-il prendre appui sur les pratiques numériques des élèves
ou toujours distinguer le travail scolaire et les loisirs personnels sur les médias sociaux ?
Faut-il autoriser l’usage des smartphones en classe ou se contenter des réseaux d’ordinateurs qui existent dans les établissements ?
Faut-il associer les collectivités et les partenaires associatifs à l’Ecole ?
En résumé, Une Ecole ouverte sur le monde ou une école débranchée, une Ecole sanctuaire ?



Les synthèses détaillées des réponses sont à lire en ligne :

1 - Le numérique, les apprentissages et la réussite de tous les élèves
De quelle manière le numérique peut-il contribuer à l’amélioration des apprentissages et à la réussite des élèves ?
Quels sont les besoins en termes de ressources, d’accès et d’équipements permettant d’atteindre ces objectifs ?
http://ecolenumerique.education.gouv.fr/apprentissages-et-reussite/synthese-du-theme-1/theme-1-synthese#content
199 contributeurs   386 contributions

« Le numérique est désormais identifié comme un levier pour apprendre en tout lieu, à tout moment et avec n’importe quel équipement »
« Importer dans l’école les pratiques numériques des élèves »,
mais comment leur permettre l'usage des smartphones avec l’interdiction actuelle des portables ?


2 - Le numérique, renouvellement et diversification des pratiques pédagogiques et éducatives
En l’état actuel, comment le numérique peut-il contribuer au renouvellement et à la diversification des pratiques pédagogiques ?
Quels sont les besoins en termes d’équipement, d’accompagnement et de formation, d’accès aux ressources ?
http://ecolenumerique.education.gouv.fr/pratiques-pedagogiques-et-educatives/synthese-du-theme-2/theme-2-synthese#content
208 contributeurs   375 contributions

Le numérique est invoqué pour produire, échanger, partager, multiplier les collaborations professionnelles.
Faut-il utiliser le numérique pour développer des pédagogies actives ?
Renouveler la pédagogie, mais ne pas tomber dans le tout virtuel, éviter la technologisation de la pédagogie.
Favoriser la production de ressources par les enseignants
Mettre le numérique au service de la réforme du collège


3 - Le numérique et les compétences de demain
Quelles sont ces compétences nouvelles auxquelles l’École doit préparer les élèves ?
http://ecolenumerique.education.gouv.fr/competences-de-demain/synthese-du-theme-3/theme-3-synthese#content
Les réponses mettent l’accent sur des compétences générales (« apprendre à apprendre »), une éducation transversale, comprendre le circuit de l’information, sélectionner et valider l’information, gérer son identité numérique.
Rendre l’élève acteur, penser la continuité entre la classe et la maison
Les réponses soulignent l’urgence à agir


4 - Le numérique et la réduction des inégalités
Quels moyens faut-il mettre en œuvre pour réduire la fracture numérique ?
Quelles sont les conditions pour que le numérique contribue à la réduction des inégalités ?
http://ecolenumerique.education.gouv.fr/reduction-des-inegalites/synthese-du-theme-4/theme-4-synthese#content
72 contributeurs   127 contributions

L’Ecole doit privilégier la lutte contre les inégalités avant de se soucier d’excellence.
Le numérique peut aider à lutter contre ces inégalités en développant l’autonomie, en travaillant avec des ressources libres, en créant des liens avec les familles et l’Education populaire.


5 - Le numérique, un facteur d’ouverture de l’école à son territoire et à son environnement
Comment le numérique va-t-il contribuer à ouvrir l’École sur son environnement et à l’ancrer sur son territoire ?
Comment  procéder concrètement ?

http://ecolenumerique.education.gouv.fr/ouverture-de-l-ecole/synthese-du-theme-5/theme-5-synthese#content
46 contributeurs  63 contributions

« Indépendamment du numérique, c’est la question de l’opportunité et de la faisabilité de l’ouverture de l’École qui est en jeu ».
« 73 % des enseignants, 80 % des familles et 88 % des élèves qui ont répondu au questionnaire souhaiteraient pouvoir disposer de salles en libre accès avec des équipements et des ressources numériques, ouvertes à tous en dehors des cours. »
Mutualiser les moyens du MEN et ceux des collectivités ?
Faire appel à des partenaires dans le domaine de la culture, de la science.
Mais des enseignants expriment une réserve sur l’appel à ces partenaires extérieurs.

Toutes les réponses insistent sur l’importance de la formation des enseignants, sur la nécessité de techniciens qualifiés pour assurer la maintenance et le fonctionnement régulier des réseaux.



- OCDE : Connectés pour apprendre ? Students, Computers and Learning - Making the Connection - OCDE 15.09.2015
http://www.oecd.org/fr/education/students-computers-and-learning-9789264239555-en.htm
http://www.oecd.org/fr/education/les-pays-de-l-ocde-doivent-adopter-une-approche-differente-pour-exploiter-les-possibilites-offertes-par-les-nouvelles-technologies-a-l-ecole.htm

Numérique : Les résultats de PISA interrogent l'opportunité du plan numérique - KF péda
« Il ne faut pas attendre de miracle du plan numérique » voulu par F. Hollande. « Il ne suffit pas de penser aux équipements. Il faut penser aux finalités pédagogiques » et donner une réelle place à la formation initiale et continue des enseignants.
« L'introduction du numérique en éducation vaut la peine. Mais elle doit être pensée, accompagnée et évaluée ».
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/09/15092015Article635778946219871376.aspx


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12 août 2015

Hervé Le Crosnier, Culture numérique 2014-2015

 

hlc201415


- Hervé Le Crosnier, Cours commun de culture numérique 2014-2015
filmé par le CEMU.
internet, néodoc, sociabilité, démocratie, communs.
Les cours 2009-2010 et 2012-2013 sont aussi archivés en ligne
http://www.canal-u.tv/producteurs/cemu//culture_numerique-2014-2015


- Hervé Le Crosnier, publications
http://www.iscc.cnrs.fr/spip.php?article1139

Une introduction aux communs de la connaissance, recueil d'articles
http://tempsdescommuns.org/

A qui appartient la connaissance ?
article d'Hervé Le Crosnier dans le dossier " La connaissance ", revue Les Possibles, éditée à l'initiative du CS d'Attac
http://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-7-ete-2015/dossier-la-connaissance/article/a-qui-appartient-la-connaissance
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http://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/septieme-numero-des-possibles-la-revue-editee-a-l-initiative-du-conseil


- Culturenum, notes de synthèse par des étudiants
http://culturenum.info.unicaen.fr/

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06 juin 2015

Sciences sociales : le défi numérique

 

socio-4



dossier : Le tournant numérique… et après ? Socio, 2015-4
Sous la direction de Dana Diminescu et Michel Wieviorka
http://socio.revues.org/791


au sommaire :
Vie et mort des sciences sociales avec le big data, Dominique Boullier,
La carte et le territoire à l’ère numérique, Henri Desbois ,
Les enjeux épistémologiques des humanités numériques , Alexandre Gefen
L’ogre et la toile. Le rendez-vous de l’histoire et des archives du web, Valérie Schafer et Benjamin Thierry
Une « utopie politique » pour les humanités numériques ? Pierre Mounier

Débat : Le régime de vérité numérique, Antoinette Rouvroy et Bernard Stiegler

Droit de suite : Les interactions publiques à l’épreuve des technologies de participation à distance
L’exemple de la visioconférence dans les audiences judiciaires, Christian Licoppe et Laurence Dumoulin

Chantiers : Le politique face au numérique : une fascination à hauts risques, Françoise Thibault et Clément Mabi

La carte et le territoire à l’ère numérique, Henri Desbois
extraits :
« Toute carte est un double spectacle : celui du territoire représenté, et celui des moyens mis en œuvre pour produire cette représentation...la fascination qu’exerce Google Earth doit au moins autant à la démonstration technique qu’au spectacle du monde ».
« L’effet de Google Earth est moins de mettre dans les mains de tous des moyens de surveillance que de produire une image symbolique d’un monde entièrement visible, avec son globe vierge de tout nuage, entièrement offert au voyeurisme spatial. L’idée de la surveillance globale est antérieure aux globes virtuels, mais il n’est pas indifférent que l’esthétique cartographique dominante épouse le style visuel d’une des techniques les plus emblématiques de la surveillance »

« Dans ce constat, « on peut aussi y voir un encouragement à explorer des géographies alternatives. L’hégémonie de la mesure, du calcul et de la technique, plus manifeste que jamais dans la construction de nos représentations de l’espace géographique, peut aussi donner soif de représentations alternatives... À l’heure où les géomètres et les informaticiens sont les producteurs presque exclusifs de notre géographie commune, n’oublions pas qu’il est rare que les choses vraiment importantes de la vie s’expriment en chiffres et en équations. Écoutons les artistes et les poètes ».

Un détail : Un article sur les cartes et les globes numériques, sans carte et sans globe.
La géo soumise aux normes de la sociologie ?

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08 mai 2015

Un XIIeme plan numérique ?



Quel plan numérique pour l'Education ?


- Une veille de 8 mai, la presse se contente de copier-coller l'AFP

. Hollande annonce un milliard d’euros pour le numérique à l’école, AFP, Libération
http://www.liberation.fr/societe/2015/05/07/numerique-a-l-ecole-hollande-annonce-un-milliard-d-euros-sur-3-ans_1297364

. Un milliard d'euros sur trois ans pour le numérique à l'école AFP Le Monde
http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/05/07/numerique-a-l-ecole-hollande-annonce-un-milliard-d-euros-sur-trois-ans_4629783_3224.html
Le Monde souligne un cartable numérique, l'ISN dans toutes les séries


- sur les sites officiels

une citation sur twitter :
« Le plan numérique est un plan pour l'égalité, un plan de l'éducation pour tous.
Quand la France saisit sa chance, alors elle est en avance ! »

sur le site du MEN, un dossier du participant parle de synthèse générale
http://cache.media.education.gouv.fr/file/05-mai/53/8/Dossier-EcoleNumerique-Aujourdhui-et-demain-Concertation-nationale-sur-le-numerique-pour-l-education_420538.pdf

http://www.education.gouv.fr/cid88688/restitution-de-la-concertation-nationale-sur-le-numerique-pour-l-education.html

http://cache.media.education.gouv.fr/file/05-mai/53/8/Dossier-EcoleNumerique-Aujourdhui-et-demain-Concertation-nationale-sur-le-numerique-pour-l-education_420538.pdf

Les points de vue des partenaires institutionnels et commerciaux sont en ligne,
mais les synthèses du Forum attendent toujours sa mise en ligne, deux mois après la cloture de la concertation.
sur ce blog, voir http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/03/03/31635640.html

cloturees




- Sur le site du Café, les attentes du rédacteur le matin du 7 mai :
http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2015/05/07052015Article635665816641764233.aspx
« si ce plan semblait bien parti à l'automne dernier, le paysage s'est assombri depuis »
Le 12e plan ?
Un plan e-education ?
« On se défend au ministère de toucher à la liberté éditoriale... Mais le plan permettrait aussi d'aboutir à ce que le ministère n'a jamais réussi avec les manuels papiers : orienter les choix des enseignants vers des ressources conformes aux souhaits de l'institution »
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/05/07052015Article635665816641764233.aspx

et un dossier de novembre 2014
http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2014/2014Num10.aspx
dont Claude Lelièvre, le 12eme plan...
http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2014/11/09/plans-numeriques-le-passe-peut-il-nous-donner-quelques-lecons/

 


08.05.2015 Hollande : Un plan numérique pour le collège - Le Café
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/05/08052015Article635666733764497581.aspx

Annoncé depuis des mois, le plan numérique a été présenté le 7 mai par le président de la République. Il prévoit un milliard d'euros d'investissements pour l'Etat en 3 ans pour soutenir les efforts des collectivités locale, de la formation continue, des ressources et une généralisation de l'apprentissage du codage. Totalement piloté par l'Elysée, ce plan veut être une double réponse : aux difficultés des jeunes au collège, à celles du gouvernement sur la réforme du collège.

08.05.2015 : Le numérique pour oublier la réforme du collège2016 ? Le Monde 08.05.2015
http://www.lemonde.fr/education/article/2015/05/08/le-numerique-pour-oublier-la-reforme-du-college_4630099_1473685.html

« Pour voler au secours de Najat Vallaud-Belkacem, François Hollande ne pouvait pas arriver les mains vides. Il a, de fait, égrené les promesses : 1 milliard d’euros investis sur trois ans pour financer son plan « e-education » ; 15 millions d’euros en direction des créateurs de contenus et de ressources pédagogiques.
« Pour chaque euro dépensé par les collectivités au collège, l’Etat investira également un euro », a-t-il précisé, en faisant référence à l’équipement. En la matière, l’Elysée voit grand : 100 % des collégiens, de la 5e à la 3e, devraient à l’horizon 2018 être équipés d’« outils » (tablettes ?) laissés au libre choix des enseignants, et conservés d’une année sur l’autre ».

« Autre annonce, celle d’un « éveil au codage » entamé dès l’école primaire, intégré aux enseignements du collège. Au lycée, la spécialité « informatique et sciences du numériques », jusqu’à présent réservée aux seuls élèves de la voie royale – la « S » - devrait être généralisée. Quand aux « collèges connectés », ces établissements pilotes en matière d’équipement et d’usage du numérique, ils seront 200 à la rentrée 2015 ».

« le chef de l’Etat a annoncé la mise en œuvre, sans en chiffrer le coût, d’un « programme exceptionnel de formation des enseignants sur les années 2016-2017-2018 » – en s’engageant, comme pour l’équipement des collégiens, au-delà du quinquennat ».

Pour quels usages ?
« Les recherches ne montrent pas d’impact réel du numérique sur les résultats des élèves si les pratiques enseignantes restent inchangées ».

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28 mars 2015

Concertation Ecole numérique

 

Concertation Numérique pour l’Education
http://ecolenumerique.education.gouv.fr/

- Le forum :
http://www.forum.ecolenumerique.education.gouv.fr/
La synthèse des contributions est toujours attendue.

rappel : le point de vue de J-F. Cerisier (Poitiers)
http://clioweb.canalblog.com/tag/cerisier


- Une synthèse des réponses au questionnaire officiel vient d’arriver en ligne
http://ecolenumerique.education.gouv.fr/concertation/fin-de-la-premiere-etape/reponses-questionnaire
- élèves et étudiants
- enseignants et professionnels de l’éducation
- familles et partenaires de l’école

Peu de surprises pour un questionnaire peu apprécié.
demande d'un accès simplifié et sécurisé à l’internet, des ressources diversifiées et de qualité

- Retours des rencontres dans les académies :
http://ecolenumerique.education.gouv.fr/concertation/academies/#content


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08 mars 2015

Quelle Grande Ecole du Numérique ?

 

François Hollande a annoncé la création d’une« grande école du numérique ».
Elle devrait voir le jour en septembre. Le MEN lui-même a été surpris.
http://rue89.nouvelobs.com/2015/03/05/grande-ecole-numerique-hollande-prevue-septembre-258055

D’après Rue 89, le comité internministériel du 6 mars devait plancher sur ce sujet.
Il s’agirait de former 10 000 étudiants chaque année
avec création d’une structure (fondation) pour labelliser les formations organisées.
des concours de start-up,
une réserve citoyenne d’experts...
une plate-forme de « crowdfunding »


Olivier Ertzscheid (Affordance.info) commente avec « un mélange de rage et de désespérance » cette annonce présidentielle
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2015/03/grande-ecole-numerique-petites-universites.html

extraits :
« Bon je résume. Une « entité fondation qui n'a pas de nom » (OE propose EUNUQUE - Ecole Universelle du NUmériQUE), une armée de réservistes numériques (prêt à faire « le salut au drape »au du bit »), un label « elle est belle mon école numérique » des concours de start-up dans les banlieues, des community managers et web-designers formés en 3 mois sans aucun pré-requis académique »... sans oublier l’appel au public pour financer...

Dans l'armée des réservistes, OE voit « des milliers d'étudiants bardés de diplômes qui ne servent à rien puisque forcément hein, on ne recrute plus de profs dans les universités. »

« ...  en fait elle existe déjà cette Grande Ecole du Numérique. Elle s'appelle "Université" ».

« Samedi, c’est Portes Ouvertes à la Roche-sur-Yon.
François, Axelle (Lemaire), si vous voulez passer, vous verrez que malgré toute cette merde kafkaïennement dysfonctionnelle, on y croit encore.
On essaie.
Alors à demain ? »

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04 mars 2015

JF Cerisier et l'Ecole numérique


 
Concertation Numérique pour l'Education

Numérique éducatif : faut-il désespérer des politiques publiques ?
Lire l'excellente analyse de Jean-François Cerisier (Labo TECHNE, U. Poitiers)
http://www.forum.ecolenumerique.education.gouv.fr/debat/33/avis/971
extraits :
. Enseigner avec le numérique est une impérieuse nécessité sociale. La pédagogie avec le numérique est à inventer.
. L’attention aux usages réels et pertinents est un meilleur indicateur d’efficacité que le temps passé devant un écran.

. L’équipement massif en tablettes (avec ou sans environnement scolaire) est une solution périmée. Il faut mieux préférer le BYOD
(Bring Your Own Device), et prévoir les conditions techniques d’un usage scolaire en réseau de matériels hétérogènes.

. Pour l’Etat comme pour les collectivités, la question centrale, c’est la conduite du changement 

 

Faire entrer l’École dans l’ère du numérique ?
Par un achat massif de tablettes numériques ?
Par une politique systémique et ambitieuse ?

Jean-François Cerisier cite des expériences, en cours ou terminées : « Un collégien, un ordinateur portable » dans les Landes ,  « Ordina 13 » dans les Bouches-du-Rhône lancés dès 2009, « One Laptop Per Child » initié par le Media Lab du MIT en 2005, projet TED en Saône-et-Loire, Edutablettes 86 dans la Vienne, Living Cloud du LPII...

Selon lui, un équipement national massif en tablettes tactiles est une fausse bonne idée * . La tablette a des avantages, mais c’est avant tout un outil de consultation, « un piètre outil quand les apprentissages reposent justement en grande part sur l’activité productive des élèves ».


« L’enseignement du numérique est une impérieuse nécessité sociale ».

Le numérique bouleverse le rapport des jeunes au monde. L’Ecole doit changer radicalement pour « faire face à cette nouvelle donne culturelle et remplir son rôle sans rien abandonner de sa mission ». Il lui faut «  imaginer ce que pourrait être un enseignement efficace du numérique. Les questions sont nombreuses. Elles s’expriment en termes de contenus, de méthodes, de stratégie et de moyens. Elles ont déjà suscité beaucoup de travaux et d’autres sont en cours ». Les ressources sont aussi à inventer, sans chercher à plagier et « enrichir » l’actuel manuel papier.

JFC plaide en faveur du BYOD (Bring Your Own Device). Il rappelle que le « digital native », la maîtrise supposée innée de la technique par les adolescents, est un mythe. Mais les élèves sont de plus en plus équipés, de plus en plus habiles dans le maniement des outils numériques et de plus en plus nombreux à apporter leurs équipements au collège ou au lycée. Les stratégies publiques d’équipement ne peuvent ignorer cette situation avec ses implications techniques, pédagogiques et sociales : par exemple, garantir l’équité entre les élèves, assurer la connectivité de tous les équipements dans un environnement sécurisé...

La partie principale de l’iceberg n’est peut-être ni le recours au numérique pour des apprentissages tiers, ni l’apprentissage du numérique mais l’impact du numérique sur la forme scolaire et sur le rapport de l’élève à l’École », une Ecole à refonder de toute urgence.

L’Etat a un rôle central à jouer pour piloter ces mutations, avec une politique réaliste mais audacieuse et pérenne. Il doit mobiliser et soutenir les acteurs, impulser et financer des dynamiques de recherche-innovation. Pour ce saut qualitatif indispensable, la logique de marché ne suffit pas ; mais « l’institution scolaire doit devenir un bon client, c’est-à-dire un client qui sait exprimer clairement ses besoins..., un client qui sait évaluer l’efficacité et l’efficience des services et des biens qu’il acquiert afin de mieux piloter ses futurs investissements ».


Il termine par un éloge de la politique de la Région Poitou-Charentes (valable jusqu’au 1er janvier 2016 :-)
« Certains territoires ont bien compris que de telles stratégies étaient pertinentes à la fois pour contribuer à l’évolution et l’amélioration des services éducatifs dont ils ont la charge et pour créer de véritables filières eEducation avec de significatives retombées en termes de création de richesse et d’emplois. C’est d’ailleurs le cas de la Région Poitou-Charentes qui a inscrit la eEducation comme l’une de ses stratégies de spécialisation intelligente et qui travaille efficacement à l’animation de cette filière. Le laboratoire TECHNE est bien sûr pleinement associé à cette démarche ».

* sur l'usage scolaire des tablettes, trois points de vue d'utilisateurs :
. Numérique et Péd@gogie Spécial Tablettes
Denis Sestier et ses collègues, académie de Caen
http://histoire-geographie.discip.ac-caen.fr/spip.php?article274

. L’usage des tablettes en sortie sur le terrain
http://www.cndp.fr/agence-usages-tice/temoignages/l-usage-des-tablettes-en-sortie-sur-le-terrain-1252.htm

. Les tablettes, un vrai « plus » pour l’organisation d’un débat en classe
http://www.ludovia.com/2014/11/ce-les-tablettes-apportent-lorganisation-dun-debat-en-classe/

 


Une copie de la contribution de Jean-François Cerisier
Numérique éducatif : faut-il désespérer des politiques publiques ?
Jean-françois Cerisier #971, le 23/02/2015 - 18:35 http://www.forum.ecolenumerique.education.gouv.fr/debat/33/avis/971
(l'adresse ne répond plus le mardi 7 avril 2015)


Que retient-on de ces trente dernières années de notre histoire des technologies éducatives ? Posez-vous la question et complétez cette expérience introspective en interrogeant votre entourage ! Je l’ai fait. Les réponses varient bien sûr selon les âges et le positionnement socioprofessionnel de chacun. Pourtant, c’est presque toujours aux différents plans d’équipement que l’on se réfère et non aux transformations des pratiques pédagogiques ou à l’évolution des missions, objectifs et responsabilités que l’immanence des technologies numériques impose à l’École. Alors qu’un nième plan d’équipement est annoncé par le chef de l’Etat lui-même, on peut s’interroger sur son intérêt et espérer que la concertation nationale sur le numérique pour l’éducation qui prendra fin le 9 mars prochain donnera un deuxième souffle à la « stratégie pour faire entrer l’École dans l’ère du numérique ». Initiée par Vincent Peillon en 2012, elle misait sur une approche ambitieuse et systémique qui articule les différentes dimensions éducatives mais aussi les différents acteurs publics et privés concernés .

Parmi d’autres, les travaux de recherche conduits par les chercheurs du laboratoire TECHNE questionnent la pertinence des politiques publiques dans ce domaine. Les problématiques relatives à l’équipement systématique des élèves avec des matériels informatiques mobiles ne sont pas nouvelles. On se souvient bien sûr des projets « Un collégien, un ordinateur portable » dans les Landes et « Ordina 13 » dans les Bouches-du-Rhône lancés dès 2009. Plus tôt encore, il y avait eu les programmes internationaux « Magallanes » et, surtout, « One Laptop Per Child » initié par le Media Lab du MIT en 2005 et qui perdure aujourd’hui encore. Des chercheurs de TECHNE ont été impliqués dans tous ses projets. Aujourd’hui, nous travaillons dans le cadre du projet TED, en Saône-et-Loire, mais aussi du projet Edutablettes 86 dans la Vienne et nous venons de démarrer l’accompagnement scientifique du projet Living Cloud du Lycée Pilote Innovant International (LPII) en janvier. Les questions de recherche qui motivent notre participation à tous ces projets sont diverses mais, portent d’une façon ou d’une autre sur l’appropriation des matériels et des ressources par les élèves et les enseignants. En règle générale, nous ne cherchons pas à évaluer l’impact des programmes d’équipement sur les apprentissages des élèves mais à comprendre ce que les différents acteurs font des matériels et ressources disponibles, pourquoi ils le font et comment et en quoi la médiation opérée par les technologies numériques modifie les activités et leurs acteurs. Le numérique joue plusieurs rôles à l’Ecole et la réflexion gagne à les distinguer clairement. Le numérique représente un moyen d’apprentissage, un objet d’apprentissage mais aussi le contexte actuel de l’École.

Enseigner avec le numérique constitue une obligation de moyens
Le plus souvent, c’est la mobilisation du numérique pour des apprentissages tiers, c’est-à-dire dans toutes les disciplines et pour tous les thèmes qui est mise en avant. C’est bien sûr légitime et, de ce point de vue, l’École se trouve à l’évidence devant une situation d’obligation de moyens. Comment pourrait-elle ne pas recourir aux technologies numériques quand elles augmentent l’efficacité et parfois l’efficience des dispositifs d’apprentissage ? La question centrale est celle de l’activité des élèves, exprimées en termes d’ensembles de tâches à réaliser, scénarisés par les enseignants avec l’ensemble des ressources dont ces derniers disposent : équipements, services et documents numériques, bien sûr, mais aussi locaux, mobiliers, compétences professionnelles …

Pour l’essentiel, les pratiques pédagogiques avec le numérique restent à inventer alors que les orientations données aux enseignants par l’institution se précisent sans constituer pour autant un cadre d’action clair et rassurant. Si cette ingénierie pédagogique relève bien des compétences et responsabilités des enseignants, ceux-ci l’exercent dans un contexte très incertain et changeant. Les enseignants ont besoin de plus de formation et l’on attend beaucoup des ÉSPÉ à cet égard. Ils ont aussi besoin de plus d’accompagnement et d’une véritable dynamique collective pour développer ces nouvelles pratiques à l’articulation de la pédagogie de terrain, des attentes institutionnelles et des apports de la recherche. Il leur faut pouvoir agir au sein d’un cadre organisationnel exigeant mais bienveillant, favorable à la prise d’initiatives. Cela va de l’existence d’un projet d’établissement structuré et porté par l’équipe de direction jusqu’à l’accompagnement soutenu des corps d’inspection relayant une politique nationale et locale réaliste mais audacieuse, entreprenante mais suffisamment pérenne dans ses grandes orientations.

La fréquence d’utilisation n’est pas un indicateur d’efficacité permanent
Si l’efficacité de l’instrumentation numérique de certaines activités d’apprentissage institue la responsabilité de l’École à s’approprier ces technologies (au même titre que bien d’autres artefacts), elle n’en fait pas pour autant la réponse unique à tous les besoins d’apprentissage. De ce fait, la fréquence d’utilisation du numérique ne constitue pas un (bon) indicateur de son efficacité. Y recourir parcimonieusement pour des activités qui en exploitent réellement le potentiel est bien préférable à la fuite en avant du tout numérique. Il convient de se méfier du stéréotype qui pourrait s’installer et qui exigerait des enseignants qu’ils mobilisent fréquemment les technologies numériques pour être considérés comme de bons enseignants. On observe aujourd’hui beaucoup de pratiques pédagogiques où le numérique instrumente des activités préexistantes, sans que cette médiation instrumentale soit véritablement mise à profit pour en améliorer l’efficacité. Il faut probablement accepter l’idée qu’il s’agit d’une étape inéluctable compte tenu de ce que l’on sait des processus d’appropriation. Pour autant, il nous appartient de réduire ces phases d’appropriation qui sont très inconfortables pour les enseignants et potentiellement nuisibles aux apprentissages des élèves.

L’enseignement du numérique est une impérieuse nécessité sociale
Apprendre avec le numérique n’est finalement que la partie émergée de l’iceberg, celle que l’on appréhende le mieux mais aussi celle qui masque d’autres dimensions de la plus grande importance. L’École porte aussi la responsabilité de la formation des jeunes au numérique. Différents travaux montrent depuis une dizaine d’années combien le prêt-à-penser qui leur attribue de grandes compétences numériques est faux. Le mythe du digital native, par lequel Marc Prensky a très judicieusement attiré l’attention du plus grand nombre sur l’ampleur des transformations opérées par la disponibilité permanente des technologies numérique a vécu. Les adolescents développent des compétences numériques dont certaines ébahissent parfois (légitimement) leurs aînés. Ils le font essentiellement par l’expérience, seuls ou dans l’interaction avec leurs pairs. Pour autant, ce contexte ne leur permet pas de construire toutes les compétences requises aujourd’hui pour devenir des citoyens autonomes et responsables, termes centraux du projet et des promesses de l’École républicaine. Des activités d’apprentissage explicites sont indispensables. Comment se résoudre à ce que seuls les jeunes ayant la chance de grandir dans un environnement familial particulièrt favorable puissent espérer accéder à cette émancipation citoyenne ?
Le principe de nécessité posé, reste à imaginer ce que pourrait être un enseignement efficace du numérique. Les questions sont nombreuses. Elles s’expriment en termes de contenus (quel socle de connaissances et de compétences numériques), de méthodes (quelle didactique ? code / pas code … ), de stratégie et de moyens (qui le fait et quand, quelle évaluation et quelle prise en compte dans les cursus … ). Elles ont déjà suscité beaucoup de travaux et d’autres sont en cours. L’équation à résoudre est simple. Peut-on renoncer à enseigner le numérique dès aujourd’hui au motif que les différentes recherches et expérimentations de terrain n’ont pas encore permis de s’accorder sur la conduite à tenir. À ce compte, je pense que l’École n’aurait jamais dû décider l’enseignement de la lecture … Il faut se lancer !

Il faut refonder l’Ecole sans attendre pour l’adapter aux évolutions sociétales
Finalement, la partie principale de l’iceberg n’est peut-être ni le recours au numérique pour des apprentissages tiers, ni l’apprentissage du numérique mais l’impact du numérique sur la forme scolaire et ces corollaires que sont les contrat didactique et pédagogique qui organisent le rapport de l’élève à l’École. L’immanence du numérique, particulièrement vraie pour les plus jeunes de plus en plus équipés de matériels personnels, mobiles, puissants et connectés, bouleverse leur rapport au monde et singulièrement à l’institution scolaire. Ces transformations portent sur les principales dimensions qui définissent l’École : leur rapport à l’information et aux savoirs, au temps et à l’espace, à autrui, aux normes sociales et aussi et peut-être surtout à la possibilité d’agir, seul ou collaborativement. L’Ecole, comme toutes les autres institutions (à commencer par la famille) est mise sous pression et l’on ne saurait imaginer qu’elle puisse résister sans une adaptation assez radicale qui lui permette de faire face à cette nouvelle donne culturelle pour remplir son rôle sans rien abandonner de sa mission. Si l’on prend en considération les autres évolutions sociétales d’ampleur auxquelles l’Ecole doit faire face, et en particulier à l’augmentation des inégalités sociales, c’est à une véritable refondation de l’Ecole qu’il est nécessaire de procéder. L’Etat s’y est engagé dans le discours par la loi du 8 juillet 2013 pour la refondation de l’Ecole. Le chantier semble piétiner

L’équipement massif en tablettes est une solution périmée
La question de l’équipement ne saurait se réduire à celle de l’actualité commerciale des fabricants, intégrateurs ou distributeurs de matériels. Le deuxième marché que constitue l’éducation pour les tablettes a déjà généré des projets de grande ampleur. Pour autant, nos travaux montrent que les programmes d’équipement systématique des élèves et de leurs enseignants avec des tablettes tactiles, que celles-ci soient livrées avec un environnement scolaire complet (SQOOL, Bic Education … ) ou non (Edutablettes 86, Living Cloud … ), représentent une option pédagogique très spécifique dont l’intérêt est très limité.

La qualité des tablettes et des environnements (applications, services et ressources) qu’elles embarquent éventuellement n’est pas en cause. Les tablettes présentent des caractéristiques très intéressantes qui ne sont pas toujours exploitées : démarrage très rapide, encombrement et masse très faibles, interface tactile, mobilité, connectivité, équipement natif avec micro, caméras, gyroscope, GPS …  ). D’autres sont une gêne, voire un obstacle pour certaines activités. Il est difficile de tracer une figure géographique avec un doigt, de produire un texte avec un clavier virtuel … Bref, la tablette est un assez bon équipement de consultation de documents mais n’est qu’un piètre outil de production quand les apprentissages reposent justement en grande part sur l’activité productive des élèves. De ce point de vue, un plan d’équipement systématique des élèves et des enseignants serait un contresens pédagogique. S’il fallait généraliser un équipement individuel, on gagnerait à envisager des matériels plus polyvalents comme des portables éventuellement dotés d’une dalle tactile ou d’une interface leap motion.
Le BYOD vient renouveler fondamentalement le débat sur l’équipement des élèves
L’équipement des élèves ne pose pas seulement la question du choix des bons matériels, tablettes ou autres, mais celle de l’opportunité de les équiper alors que les élèves sont de plus en plus nombreux à s’équiper eux-mêmes. Cette situation n’est pas nouvelle. L’École a déjà dû faire face à ce type de question à partir de la fin des années 70 avec l’arrivée des calculatrices. Doit-on équiper les élèves systématiquement lorsqu’ils le sont déjà tous ou qu’ils le seront presque tous sous peu ? Doit-on leur proposer un deuxième équipement ? Si l’on observe les données d’équipement, telles qu’elles sont publiées régulièrement, notamment par le CREDOC, on constate que l’équipement des adolescents s’accroît rapidement et que l’âge moyen du premier équipement personnel diminue. Les lycéens et le collégiens sont nombreux à apporter leurs équipements à l’École. C’est le BYOD (Bring Your Own Device).
Les stratégies publiques d’équipement ne peuvent ignorer cette situation avec ses implications techniques, pédagogiques et sociales. Il semble essentiel de prendre en compte ces équipements personnels autant qu’il est possible de le faire et de les compléter par des équipements plus spécialisés, notamment pour faciliter les interactions entre les élèves et les activités collaboratives, tout en ayant le souci de mettre des matériels à la disposition des élèves qui ne sont pas équipés à titre personnel. Cette approche qui s’impose à l’Ecole sans qu’elle l’ait choisi, n’est pas une solution de facilité. Mettre en œuvre le BYOD pose à la fois des questions techniques pour assurer la connectivité de tous les équipements dans un environnement sécurisé, des questions de responsabilité portant à la fois sur l’intégrité des matériels et sur la nature des usages réalisés depuis l’enceinte de l’établissement, des questions sociales pour garantir l’équité entre les élèves et des questions pédagogiques. Prendre en compte un  parc d’appareils disparates suppose non seulement une ingénierie technique complexe et nouvelle mais aussi une transformation de l’attitude des enseignants quant à la conduite des activités qu’ils organisent. Il leur faudra apprendre à travailler avec des groupes classes où tous les élèves seront équipés de façon différente. Il faudra sans doute aussi imaginer l’équipement de quelques salles et/ou classes mobiles afin de pouvoir organiser les activités qui requièrent un matériel particulier configuré de façon spécifique (EXAO, laboratoires de langue … ).

Les ressources numériques restent encore à inventer  
Les ressources et services numériques actuellement disponibles restent finalement assez insatisfaisants. L’exemple du manuel scolaire est emblématique. Il reste pourtant une ressource centrale plébiscitée par les enseignants pour l’organisation des activités d’apprentissage et par les élèves et leur parents à la recherche de documents structurants. Pour autant, les manuels numériques actuels ne conviennent pas. Il ne suffit manifestement pas, même si c’est important, de découper un manuel en « granules », voire de l’enrichir avec des enregistrements sonores, des vidéos, des animations ou même des QCM et autres tâches du même ordre pour disposer de ressources pleinement exploitables dans ce nouveau contexte technopédagogique. On lit tous les jours ou presque dans la presse, les attentes des éditeurs qui ont raison de souligner qu’ils agissent dans le cadre d’un marché en cours de maturation et donc très incertain. Pour autant, un saut qualitatif est indispensable et la logique de marché a fait la preuve qu’elle n’était pas suffisante pour y parvenir. L’institution scolaire doit devenir un bon client, c’est-à-dire un client qui sait exprimer clairement ses besoins avant de faire confiance aux capacités d’innovation des entreprises, un client qui sait évaluer l’efficacité et l’efficience des services et des biens qu’il acquiert afin de mieux piloter ses futurs investissements. Autrement dit, il ne suffit pas de contribuer au financement des projets éditoriaux des entreprises du domaine. Il est indispensable de contribuer, financièrement mais pas seulement, à l’élaboration de dynamiques de recherche-innovation qui associent les usagers, les entreprises, les services et grands établissements de l’Etat, les collectivités territoriales et les laboratoires de recherche.

L’intelligence territoriale doit prolonger l’action structurante de l’État
Finalement, c’est la question de la conduite du changement ou, pour le dire autrement, des conditions de l’innovation qui est soulevée. Les observations sont concordantes, l’appropriation efficace des technologies numériques par les acteurs de l’Ecole suppose :
- de la confiance pour libérer les initiatives ;
- de l’exigence pour la qualité de ces initiatives ;
- un pilotage politique fort ;
- une mobilisation coordonnées de tous les acteurs ;
- une démarche systémique qui articule les problématiques pédagogiques et éducatives avec les questions de filières eEducation, de création de richesse et d’emplois.
Certains territoires ont bien compris que de telles stratégies étaient pertinentes à la fois pour contribuer à l’évolution et l’amélioration des services éducatifs dont ils ont la charge et pour créer de véritables filières eEducation avec de significatives retombées en termes de création de richesse et d’emplois. C’est d’ailleurs le cas de la Région Poitou-Charentes qui a inscrit la eEducation comme l’une de ses stratégies de spécialisation intelligente et qui travaille efficacement à l’animation de cette filière. Le laboratoire TECHNE est bien sûr pleinement associé à cette démarche.  

C’est ainsi et ainsi seulement que nous pourrons dépasser les échecs et les désillusions que nous connaissons depuis 30 ans. Rien ne condamne le numérique éducatif à la malédiction des Danaïdes et la promesse de la corne d’abondance continue de nous faire rêver.

Jean-françois Cerisier #971

 


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03 mars 2015

Numérique et Education : encore 5 jours



num-conc

Concertation nationale sur le numérique pour l’éducation
http://www.forum.ecolenumerique.education.gouv.fr/


Encore 5 jours pour partager des idées, enrichir la réflexion et « éclairer plus largement les décisions et les choix politiques »


5 thèmes sont proposés. Le nombre de contributeurs est très inégal (188 pour le premier, 41 pour le dernier)

188 Le numérique, les apprentissages et la réussite de tous les élèves
188 Le numérique, renouvellement et diversification des pratiques pédagogiques et éducatives
 85  Le numérique et les compétences de demain
 63  Le numérique et la réduction des inégalités
 41  Le numérique, un facteur d’ouverture de l’école à son territoire et à son environnement
http://www.forum.ecolenumerique.education.gouv.fr/


Cette concertation mérite d'être questionnée
- sur le fond : les professeurs sont consultés lors des changements de programme. Les avis sont filtrés par la hiérarchie. En HG, si ces avis avaient été pris en compte en 2010, cela aurait éviter bien des désagréments.
Aucune distinction n'est faite entre les niveaux ni entre les enseignements, généraux ou techniques. Les enjeux seraient-ils les mêmes en primaire et dans un lycée, général ou professionnel ?

- sur la forme :
La forme retenue pour cette concertation est-elle la plus adaptée ? N'incite-t-elle pas à l'empilement des points de vue ? Aucune table des matières ne permet d'avoir une vue rapide des angles choisis par les contributeurs. D'autres formes n'auraient-elles pas été plus propices à une discussion collective et constructive ?


Une synthèse est promise.
Les contributions aux deux premiers thèmes illustrent un virage actuel : la parole des internautes s’efface de plus en plus derrière celle des structures et des institutions qui ont une plus grande force de communication. Les points de vue semblent dépendre beaucoup du statut de celui qui écrit. Près de deux cents contributeurs, ce n’est pas négligeable. Mais si ce chiffre est rapporté au nombre des enseignants, que dire de la représentativité de cet échantillon ?

Parmi ces contributeurs, quelques syndicats et associations sont très visibles
. L’UNSA occupe beaucoup d'espace avec des extraits de ses 10 propositions (Partir des besoins, former les cadres..)
. « Numérique à l’école : ce qu'en dit le SNUipp-FSU » (l’Etat prescrit, mais qui doit payer ? Faciliter l’accès aux enseignants - un observatoire de l'équipement et des pratiques)
. Pour l’association Pagestec : les profs de techno sont les mieux placés.
(« Continuer à promouvoir la formation aux usages des TIC dans les autres disciplines,
afin de compléter, consolider les enseignements dispensés en cours de Technologie »)

. Les CEMEA vantent la primauté du projet et abordent les intentions pédagogiques
. Quelques vendeurs proposent leur solution clé en mains (Cybelibris)
Les antis savent se servir  d’internet pour crier qu'il faut débrancher l’Ecole.
Parmi ces contributeurs semblent manquer les didacticiens, les documentalistes, les éditeurs de manuels, etc.

Les militants sont présents :
Frédéric Pierron : « des logiciels libres, des ressources libres pour des hommes libres »
http://www.forum.ecolenumerique.education.gouv.fr/debat/33/avis/310


Les médias préfèrent dénigrer le travail de nos devanciers ; aujourd'hui, ils utilisent le numérique pour stigmatiser l'Ecole.
Quant au ministère de l'Education nationale, s'il avait l'habitude de tirer des bilans sérieux des politiques mises en place et la volonté d’en tirer des leçons, cela se saurait.


Numérique éducatif : faut-il désespérer des politiques publiques ?
Lire l'excellente analyse de Jean-François Cerisier
http://www.forum.ecolenumerique.education.gouv.fr/debat/33/avis/971

aussi
Michel Guillou : « Engager sans tarder le chantier de la modification radicale des programmes, de la maternelle à la terminale, de l’évaluation et des examens »
Yann Houry : « Renouveler et diversifier les pratiques pédagogiques, oui, mais progressivement »


L’attention aux facteurs externes, aux conditions de travail est légitime

- Comment utiliser de manière active des ordis dans une classe à 36 élèves ?
L’exemple des séries techniques serait à prendre en compte : les effectifs sont adaptés à l’équipement en machines, les programmes intègrent les usages attendus de l’informatique... Dans les séries générales, quand les effectifs le permettent, en géographie, pourquoi consacrer du temps à faire de la carto par ordi quand l’épreuve de bac demande un croquis ou un schéma réalisé à la main avec des crayons de couleur ?

- « Embaucher les AED TICE » - « un lieu avec des formateurs experts »
Comment faire marcher efficacement un réseau sans recruter et payer des professionnels ?
(L’éducation est un domaine où des techniciens passent parfois plus de temps à filtrer et compliquer les accès qu’à faciliter le travail des profs et des élèves. Une contribution demande une réflexion sur le temps perdu lors de ces accès).

- « Le téléphone portable dans la classe »
La question de l’évolution des matériels est posée. Quel rôle peuvent occuper les smartphones actuels, souvent plus efficaces que des PC vieillissants ?


Sur le fond, celui des usages scolaires du numérique au quotidien, il est bien sûr impossible d’échapper aux divergences profondes sur le choix des pédagogies possibles.
La concertation est globale. Elle n'incite pas à distinguer les usages selon les niveaux, primaire ou secondaire.
Il est aussi difficile d’aller au coeur de l’apprentissage : repérer et identifier ce qui marche et a déjà marché, de définir les conditions d’une généralisation.

Il faut espérer que les remontées des rencontres organisées dans les académies compléteront cet aperçu. Le numérique est à la mode. Sans besoin de tsunami ou de révolution, un usage maîtrisé des ordis devrait pouvoir faciliter le travail scolaire et améliorer la formation de la prochaine génération d’élèves.

Notes personnelles prises à la volée :
1 - Apprentissages : http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/03/03/31638077.html

2 - Pratiques pédagogiques : http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/03/03/31638049.html

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