01 décembre 2017

Le nazisme, une société de camps

 
kl-fsg

KL - A History of the Nazi Concentration Camps
Nikolaus Wachsmann - Farrar, Straus and Giroux 2015
http://us.macmillan.com/excerpt?isbn=9780374535926


The New York Times, 12.07.2015
http://www.nytimes.com/2015/07/12/books/review/kl-a-history-of-the-nazi-concentration-camps-by-nikolaus-wachsmann.html
The Guardian 12.07.2016
http://www.theguardian.com/books/2016/jul/12/kl-a-history-of-the-nazi-concentration-camps-nikolaus-wachsmann-review
The New Yorker 06.04.2015
http://www.newyorker.com/magazine/2015/04/06/the-system-books-kirsch

Laqueur, London Review of Books 24.09.2015
http://www.lrb.co.uk/v37/n18/thomas-laqueur/devoted-to-terror

Three things made the nazi camp system possible.
First, unlike prisons, the camps were increasingly able to operate outside the legal system.
Second, the concentration camps were an economic resource, a reservoir of slave labour.
Third, the KL and radical anti-Semitism came to be useful to each other.

In 1942 ‘the Holocaust transformed the concentration camp system. Two great Nazi crimes began to share a common history.
But what we often think of as the almost fatalistically inevitable confluence of Jewish extermination and the concentration camps turns out instead to be strangely contingent.

Peter Gengler, UNC Chapel Hill  25.05.2017
http://traces.unc.edu/blog/review-of-wachsmann-kl-a-history-of-the-nazi-concentration-camp
Marcus Fielding
http://www.rusinsw.org.au/Papers/2017BRUP03.pdf


KL - Une histoire des camps de concentration nazis, Nikolaus Wachsmann, Gallimard 2017
« Le camp de concentration (KL) est constitutif du nazisme. Il en est le miroir le plus fidèle.
Dès les premières heures du régime, il sert d'abord à éliminer les opposants politiques dans des bâtiments réquisitionnés en pleine ville, puis très vite est érigé hors des zones urbaines selon une architecture particulière. De concentration des prisonniers sans droits, il élargit ses fonctions selon les besoins de l'État : instrument de la terreur idéologique, il devient la machine de l'épuration sociale (malades mentaux, asociaux, homosexuels), le centre d'une économie du travail par le mortel esclavage de la main-d'œuvre (les prisonniers russes et les Slaves au premier chef), un univers de convois ferrovaires et de rampes de sélection, d'expérimentations médicales selon les pathologies des différentes catégories de déportés, l'épicentre enfin du génocide des populations juives et tziganes en provenance de tous les pays occupés. D'emblée, le camp fut le règne de la violence absolue, sitôt que la garde en fut confiée à la SS des camps dont les rangs s'ouvrirent aux militants de base sans autre formation idéologique que les sanglantes batailles de rues.
Le camp ne répond pas seulement aux évolutions du régime nazi, il est un univers en soi avec ses propres règles, mélange de bureaucratisme tatillon et d'arbitraire déchaîné, sur lequel entend régner Himmler.
Un univers dont les Allemands ne pouvaient ignorer l'existence ».
Nikolaus Wachsmann est professeur d'histoire contemporaine à Birkbeck College (université de Londres)
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/NRF-Essais/KL

27 camps principaux et plus de 1 100 camps satellites
des camps meurtriers, moins de la moitié des déportés survivent
http://www.scienceshumaines.com/kl-une-histoire-des-camps-de-concentration-nazis_fr_38805.html

Un système conçu par les nazis pour dominer par la terreur l'Allemagne et l'Europe conquise.
« Le système, qui relevait de l’inspection des camps (IKL) dirigée par Theodro Eicke,
passe au printemps 1942 sous le contrôle de la branche économique de la SS (le WVHA) d’Oswald Pohl.
Après Dachau, c’est Sachsenhausen qui occupe une place centrale, avant que celle-ci ne soit tenue par Auschwitz... »
http://www.lemonde.fr/livres/article/2017/11/30/histoire-du-nazisme-l-archipel-du-kl_5222456_3260.html


- Le nazisme, une société de camps
"Wir haben nicht einmal alle Nazi-Lager erfasst" Zeit Online 04.03.2013
42.500 Orte des Naziterrors – waren Tausende davon bisher unentdeckt?
Nein, sagt Historiker Geoffrey Megargee im Interview. Nur habe niemand das Puzzle zusammengefügt.
http://www.zeit.de/wissen/geschichte/2013-03/interview-holocaust-studie


- Der Ort des Terrors. Geschichte der nationalsozialistischen Konzentrationslager, 9 volumes,
Wolfgang Benz / Barbara Distel - C.H.Beck, 2005-2010,

1 : Die Organisation des Terrors,

2 : Frühe Lager, Dachau, Emslandlager,
3 : Sachsenhausen, Buchenwald,
4 : Flossenbürg, Mauthausen, Ravensbrück,
5 : Hinzert, Auschwitz, Neuengamme,
6 : Natzweiler, Groß-Rosen, Stutthof,
7 : Wewelsburg, Majdanek, Arbeitsdorf, Herzogenbusch (Vught [1] ), Bergen-Belsen, Mittelbau-Dora,
8 : Riga. Warschau. Kaunas. Vaivara. Plaszów. Klooga. Chelmo. Belzec. Treblinka. Sobibor,
9 : Arbeitserziehungslager, Ghettos, Jugendschutzlager, Polizeihaftlager, Sonderlager, Zigeunerlager, Zwangsarbeitslager)


Les différents types de camps, le lexique des camps
http://www.cercleshoah.org/spip.php?page=recherche&recherche=lager


Nazi concentration camps
715,000 détenus dans les camps en janvier 1945
http://en.wikipedia.org/wiki/Nazi_concentration_camps
http://fr.wikipedia.org/wiki/Camps_de_concentration_nazis
Liste des camps
http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Nazi_concentration_camps
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_camps_de_concentration_nazis


rappels :
Robert Antelme L'espèce humaine
http://clioweb.free.fr/camps/antelme.htm

«  Je rapporte ici ce que j’ai vécu.
L’horreur n’est pas gigantesque.
Il n’y avait à Gandersheim (un commando dépendant de Buchenwald) ni chambre à gaz, ni crématoire.. »

« Nous sommes tous, au contraire, ici pour mourir. C’est l’objectif que les SS ont choisi pour nous.
Ils ne nous ont ni fusillés ni pendus mais chacun, rationnellement privé de nourriture, doit devenir le mort prévu, dans un temps variable ».


- Nuit et Brouillard, un film dans l'histoire, Sylvie Lindeperg
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm

« Le crématoire est hors d’usage. Les ruses nazies sont démodées...
Qui de nous veille de cet étrange observatoire pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? » Jean Cayrol


- La déportation dans les camps nazis

http://clioweb.free.fr/camps/deportation1.htm
http://clioweb.free.fr/camps/deportes.htm


 

camps-belin1983

 Autres cartes des camps dont celle de Leçons des ténèbres (FNDIRP-UNADIF)
http://clioweb.free.fr/camps/cartescamps.htm



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13 octobre 2015

20 ans d'Internet

 

micro-1-1998                      micor-48-2002

Micro-Hebdo, n°1 1998 - n° 48 -2002

 

20 ans d'internet à Nantes. Et ailleurs aussi. Olivier Ertzscheid, Affordance 23.09.2015
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2015/09/20-ans-internet-nantes-et-ailleurs.html

Une journée type sur Internet en 1999, Fabian Ropars, 03.09.2013
Windows 95, IE5 ou Netscape, Multimania, Altavista, etc.
http://www.blogdumoderateur.com/journee-type-internet-en-1999/


Internet en chroniques, abécédaire Historiens & Géographes
21.11.2010
http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/10/01/32711031.html

Rétrospective dans les Chroniques Internet
389 : http://clioweb.free.fr/chronique/aphg389.pdf
397 : http://clioweb.free.fr/chronique/aphg397.pdf
423 : http://clioweb.free.fr/chronique/aphg423.pdf


Big data et objets connectés - Faire de la France un champion de la révolution numérique
fichier pdf Institut Montaigne

Chercher, trouver, valider
chercher de manière efficace, croiser les sources, s'appuyer sur le travail des personnes ressources, combiner actualité et longue durée, éviter le formalisme (booléens), et faire une lecture distanciée (Make sure you are in the right place)...
http://clioweb.free.fr/peda/valider.htm


History and Computing
La question centrale : qu'apporte l'ordinateur au travail de l'historien de métier ?
http://clioweb.canalblog.com/tag/historyandcomputing

Egotechnohistoire, 25 ans d'ordi en HG
http://clioweb.free.fr/clio/egotechnohistoire.htm


Histoire et Mémoires de la 2 Guerre mondiale :
http://clioweb.free.fr/dossiers/39-45/chronique-3945.pdf

Nuit et Brouillard
http://clioweb.free.fr/dossiers/39-45/chronique-3945.pdf


Wikipédia en débats - Roy Rosenzweig, Eric Bruillard, Christian Vandendorpe, etc.
http://clioweb.free.fr/wiki/wikipedia.htm

Lecture dite lente ?
Les magazines se lamentent à la suite de Nicholas Carr.
Dans des articles de 2 pages, au milieu de pleines pages de pub ou d'innombrables brèves...
Hypocrisie ?

Internet : l'extase et l'effroi.
Manière de Voir, Le Monde diplomatique oct 1996
http://www.monde-diplomatique.fr/mav/HS1/
20 ans plus tard, les médias se servent du web pour faire leur auto-promotion
et en font un bouc-émissaire en l'accusant de tous les maux.

Sur ce terrain, gendarmes, psychologues et profs technophobes réussissent au-delà des prévisions.
http://clioweb.canalblog.com/tag/paucot

 

gt-web20    gt-socialmedia

Dans Google Trends, les mentions de Web 2.0 (2005-2013) et de Social Media (2009-2015)

 

- « 20 ans d'Internet à Nantes. Et ailleurs aussi » - Dans le cadre de la Digital Week de Nantes, Olivier Ertzscheid évoque le chemin parcouru par les internautes, le poids excessif des algorithmes et l’avenir inquiétant du capitalisme numérique. Affordance 23.09.2015

La Chronique n’a pas encore 20 ans. Les entrées de l’abécédaire (2010) sont toujours valides (Liens, métier, Internet militant...) et les chroniques archivées témoignent des controverses (Wikipédia, Nuit & Brouillard...) et des mutations survenues (rétrospectives dans les 389, 397 et 423). http://clioweb.canalblog.com/tag/20ans

L’Internet scolaire ne part pas du vide. Il prend la suite de l’informatique scolaire. La revue de l'EPI choisit 1971 comme date de départ ; des machines arrivent en lycée en 1983, avant les premiers compatibles PC et les premiers Macs. Le plan Informatique pour tous a laissé un mauvais souvenir (Thomson MO5, nanoréseaux), mais beaucoup d’enseignants ont alors mis le pied à l’étrier. Vers 1997, les débuts du réseau ont été laborieux : connexion aléatoire par modem 56 k, tarification à la seconde, chargement très lent des images (d'où le poids essentiel de l'écrit).

Par la suite, l’évolution technique a été impressionnante. Google Trends aide à en dater les étapes : les mentions de l’ADSL, c’est surtout vers 2004, le « web 2.0 », c’est entre 2006 et 2009, les « social media » depuis 2009. Aujourd’hui, il n’y a plus besoin de 30 disquettes pour installer un système d’exploitation. La mode est à « l’Internet des objets » et au « Tout Connecté ». Les images sont omniprésentes. La situation actuelle suscite d’autres difficultés : la massification et la connexion permanente brouillent la frontière entre travail scolaire et loisirs privés influencés par le monde du spectacle.
L’Internet des pionniers était libre et gratuit ; les « jardins fermés » actuels enserrent les internautes et font commerce des données personnelles. Quant à l’Education, beaucoup d’entreprises voudraient en faire un marché lucratif.

L’Internet, ce sont surtout des hommes et des femmes. Ceux qui aident à la rédaction de la Chronique internet sont mentionnés. Les pionniers ont fait le choix de mutualiser les pistes de travail, et leur confiance dans la démarche de chaque enseignant les a dispensé d’attendre une éventuelle validation hiérarchique. « La liste (H-Français) a rempli un vide que l'institution avait laissé se créer » écrivait D. Pascaud en 2002.
Depuis, l’Internet militant a été submergé par le marketing et la promotion ; le web sert de vitrine aux institutions, sans prise en compte réelle des attentes des internautes. De plus, avec la massification, ces professionnels ont découvert que la technologie est à l’image de la société ; le poids des affinités et des inimitiés recouvre souvent des rivalités de pouvoir (cf. Chronique 381).

Les débats sur l’Ecole et le numérique sont en partie biaisés. L’écart entre les discours et les usages réels a été souligné. Pour un journaliste, tout devrait être ludique. Les magazines se lamentent, au milieu de pleines pages de pub, de la disparition supposée de la lecture dite lente. L’édition d’un livre reste une porte d’entrée plus assurée dans les médias que la conception d’un site web de qualité. Quant à la pédagogie, quelle place peut-elle espérer dans une société où les commerciaux et les communicants occupent le haut du pavé ?


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01 février 2015

Nuit et Brouillard, ce soir sur HD1

 


La chaîne HD1 a diffusé le dimanche 1er février, à minuit, Nuit et Brouillard,
le chef d'oeuvre d'Alain Resnais en 30 minutes,
avec un texte de Jean Cayrol lu par Michel Bouquet, musique d'Hanns Eisler.

Le film est une commande du Réseau du souvenir et du Comité d'histoire de la 2GM,
après l'exposition de la rue d'Ulm « Résistance, Libération, Déportation » (nov 1954-jan 1955).
Il est financé en partie par les ministères de l'éducation et des anciens combattants.

voir également :
La déportation dans les camps nazis :
http://clioweb.free.fr/camps/deportes.htm

http://clioweb.free.fr/camps/deportation1.htm
http://clioweb.canalblog.com/tag/auschwitz

Le Cercle d'étude : http://www.cercleshoah.org/


Dans Télérama, François Ekchajzer répète l'attaque simpliste habituelle (« pas de juif » dans le commentaire)
de ceux qui oublient qu’un film ce sont aussi des images, par exemple celles du convoi de Westerbork
[Resnais n'avait pas accès aux images des militaires français].
FE laisse aussi planer une ambiguïté sur le képi (une exigence de la gendarmerie française) ...


Il mentionne « Nuit et Brouillard, Face aux fantômes » un docu de Jean-Louis Comolli et Sylvie Lindeperg
et « Nuit et brouillard, un film dans l'histoire », l’ouvrage de référence de l'historienne (2007).
http://clioweb.free.fr/camps/lindeperg.htm
.
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm

Y lire comment un film sans juif est exploité lors du procès Eichmann,
utilisé en classe en France (en 16 mm en noir & blanc, puis en VHS
et aujourd'hui en couleurs en DVD, avec pause possible pour l'analyse des images)
diffusé par la TV française en 1980 après l’attentat de la rue Copernic,
ou distribué en cassettes VHS après la profanation de Carpentras.
Ou encore déstructuré par une chaîne de TV américaine en 1959...


En mars dernier, j'avais regroupé quelques réponses aux détracteurs de ce film,
http://clioweb.canalblog.com/archives/2014/03/06/29373720.html

Une formule récurrente peut lasser :
« redécouvrir ce film hors du cadre scolaire
et de la pompe mémorielle permet d'en apprécier la valeur intrinsèque »

« Hors du cadre scolaire ? »
Pourquoi ce dénigrement systématique du travail mené dans les classes ?
Pour donner raison à ceux qui voudraient privatiser toute l’éducation ?
Pour vanter les industriels qui truquent les images d’archive, sous prétexte de rendre tout « ludique » et vendeur,
y compris les amoncellements de cadavres produits
par une dictature portée au pouvoir dans un pays considéré jusqu'alors comme civilisé ?

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06 mars 2014

Nuit et Brouillard face à ses détracteurs

 

westerbork

Westerbork, 19 mai 1944 in Nuit et Brouillard.
devant des images, on ne voit que ce que l'on veut voir.


Nuit et Brouillard , film de toutes les polémiques
, Franck Nouchi, Le Monde 03.03.2014 
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/03/03/nuit-et-brouillard-film-de-toutes-les-polemiques_4376546_3246.html

« Film de toutes les polémiques » ?
La formule est surprenante.
Le film a été censuré en 1956 à la demande du ministère qui dirigeait la gendarmerie, et privé de Cannes sur la demande de la RFA.
Il ne s'agit donc pas de polémiqueS, mais de censure.

Par la suite, le chef d'oeuvre d'Alain Resnais a été violemment critiqué par Lanzmann et ses proches (au nom de la spécificité de la destruction des juifs d’Europe, de la place des images). Là on peut parler de polémique au singulier.

La meilleure réponse aux détracteurs, c’est de prendre le temps de voir le film, un chef d’œuvre et une référence durable. La force des images, la qualité du commentaire permettent de contrer ces polémiques où la mauvaise foi n'est jamais loin. Il faut aussi lire l’excellent ouvrage de Sylvie Lindeperg, Nuit et Brouillard, un film dans l'histoire, O Jacob 2007, et voir le documentaire « Nuit et Brouillard. Face aux fantômes» que l’historienne a réalisé avec Jean-Louis Comolli.

Pour avoir longuement exploité ce film en lycée, en classe d'histoire, dans un programme qui prévoyait environ 10 heures pour l’étude de l'ensemble de la 2 GM, et pas 3 ou 4 comme aujourd’hui, il est possible d'opposer un certain nombre d'arguments à ces critiques répétées, mais simplistes et paresseuses.
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm
http://clioweb.free.fr/camps/lindeperg.htm
Histoire et Mémoires, JP Husson, Reims : http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/enseigner/memoire_histoire/menu.htm


« Nuit et Brouillard est un film sur l'univers concentrationnaire, en ce sens qu'il ne différencie pas explicitement les camps de concentration des camps d'extermination ».

S'il s'agit de replacer le documentaire d'Alain Resnais dans l'histoire de la déportation et dans l'évolution de l'historiographie, alors aucun problème.
En 1955, la commande met l'accent sur la déportation de répression, celle qui est incarnée par le sinistre décret Nacht und Nebel du 07.11.1941 (signé par le maréchal Keitel)  qui spécifie : « Les prisonniers disparaîtront sans laisser de trace ».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_et_brouillard - http://www.defense.gouv.fr/content/download/100779/978495/file/MC36.pdf
Faut-il s'étonner d'une telle lecture dix ans après la fin de la 2GM ?
Pourquoi faudrait-il exiger d'un cinéaste de 1955 de faire le travail que les historiens ne feront que plus tard ?


Lors de la sortie de Shoah, un double procès a été mené contre Nuit et Brouillard :
- Etudier l’histoire du nazisme, chercher à le mettre en contexte, c’était courir le risque de "comprendre" et de devenir complice des crimes nazis.
- Les images avaient été produites par les hitlériens. Les utiliser, c’était aussi risquer de jouer les complices. Sylvie Lindeperg décrit le clash entre Godard qui se faisait fort de découvrir des images nazies de la mort de masse si elles existent, et Lanzmann qui affirmait au Monde qu'il détruirait ces images s'il en avait entre les mains.
Dans ces deux cas, c’est faire peu de cas du métier des historiens et de l’intelligence de ceux qui les lisent.
De plus, prétendre interdire l'usage des images aux historiens, voilà une démarche bien surprenante dans le monde actuel.

Pour le 70eme, l’histoire de la déportation est le monopole des témoins (ou plutôt des acteurs ?) qui ont échappé à la mort. Le documentaire a été réalisé juste avant « l’ère du témoin » (A. Wieviorka).
La mode de la colorisation et de la sonorisation des archives (Apocalypse) ne sévissait pas encore. L'utilisation du noir et blanc ou de la couleur aident le spectateur à distinguer l'origine des images.

« Et si l'on y voit les chambres à gaz d'Auschwitz, la spécificité du génocide juif n'apparaît pas (le mot juif n'est cité qu'une seule fois) »

- Pas de juif ?

L’argument répété à l’infini consiste à dénigrer le texte de Jean Cayrol.
Oui, le poète et résistant, déporté à Mauthausen ne fait qu'une allusion à un déporté juif.
Mais cette attaque est malhonnête. Jean Cayrol souligne le tournant nazi, et une pré-version abordait la question du génocide.
cf. Christian Delage, Nuit et Brouillard : un tournant dans la mémoire de la Shoah, Politix 61, 2003.

Et surtout, le texte de Jean Cayrol ne peut pas être réduit à cette critique simpliste.
Il comporte aussi une mise en alerte qui a été trop peu entendue en 1956 :
« Qui de nous veille de cet étrange observatoire
pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? 

Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? »


- Pas de juif ?

Vers la 5e mn, Nuit et Brouillard exploite les images nazies d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944 : tous les déportés portent une étoile, et le train part vers Birkenau et vers Bergen-Belsen
cf Chronique internet 403 : D'après Sylvie Lindeperg, bloqué dans ses recherches d'images par les militaires français (SCA) et anglais, Resnais se tourne vers l'institut néerlandais de documentation de guerre (Amsterdam). Il y découvre les plans tournés par les Britanniques lors de la libération de Bergen-Belsen, et les images d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944.
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg403.pdf

Les images retenues ou tournées par Alain Resnais sont explicites, à condition d'accepter de les regarder :
http://clioweb.canalblog.com/tag/westerbork
Visiblement, chez ceux qui veulent démolir la réputation du film, on ne voit que ce que l'on veut voir.


- Pas de juif ?

De larges extraits de Nuit et Brouillard ont été projetés lors du procès Eichmann à Jérusalem.
cf Chronique internet 405 : Lors de l'audience du 8 juin 1961, l'oeuvre d'Alain Resnais a été abondamment utilisée : une trentaine d'extraits, parfois très découpés, ont été retenus pour une durée cumulée d'une quinzaine de minutes.
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg405.pdf


- Pas de juif ?

Le documentaire a été abondamment utilisé en lycée, où il a servi de référence sur l'univers concentrationnaire des nazis.
Il a aussi mobilisé au service du combat contre l'antisémitisme. Il a été projeté à la TV aussi bien après l'attentat de la rue Copernic (projection de Nuit et Brouillard par la TV en 1980) qu'après la profanation du cimetière juif de Carpentras (une version VHS de Nuit et Brouillard est distribuée dans les lycées en 1990). Et il a été sans doute vu bien davantage que les 9 heures du film de Lanzmann.


Le simplisme n'est donc pas absent de cette polémique intéressée.

- The Destruction of the European Jews, l'ouvrage de Raul Hilberg est publié aux USA en 1961.
Mais en France, la traduction ne paraît qu'en 1985 !
Lanzmann veut parfois faire la leçon aux historiens. Ils n'ont donc pas attendu un génial réalisateur pour faire leur travail.

- Primo Levi, l'auteur du célèbre Si c'est un homme, illustre un autre aspect de la complexité de cette histoire.
Le chimiste est arrêté comme résistant en décembre 1943. Il espère échapper à une exécution sommaire en déclarant « sa condition de citoyen italien de race juive ». Il est transféré dans le camp d'internement de Fossoli, près de Modène, où il demeure deux mois, puis il est déporté en février 1944 à Auschwitz. Des 650 déportés de son convoi, seule une vingtaine retrouveront la liberté.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Primo_Levi - http://it.wikipedia.org/wiki/Primo_Levi

- On meurt aussi dans les camps de concentration :
Lire ou relire Robert Antelme dans L'espèce humaine.
« Nous sommes tous, au contraire, ici pour mourir. C'est l'objectif que les SS ont choisi pour nous. Ils ne nous ont ni fusillés ni pendus mais chacun, rationnellement privé de nourriture, doit devenir le mort prévu, dans un temps variable ».


- Cette réalité des formes multiples prises par la déportation a quasiment disparu des programmes. Depuis la déstructuration de l'histoire scolaire par le ministre Chatel, la 2 GM n'est plus étudiée que comme une guerre d'anéantissement. Pas de place pour l'expérience combattante, la Résistance est étudiée comme un aspect de l'histoire intérieure de la France, pas comme un combat contre l'occupant nazi, La guerre dans le Pacifique ou la guerre (mondiale) à l'Est ont peu de place dans les manuels de 2011.


- Sylvie Lindeperg a laissé à d'autres l'étude des usages du film en classe, en lycée pendant deux générations.
Le film a d'abord été projeté en 16 mn, en noir et blanc. La version VHS était une amélioration, malgré la taille modeste des écrans. La disponibilité du film en dvd et en couleurs permet de faire un réel travail d'analyse des images (quand le survol speedé des programmes laisse un peu de temps).

Il devient possible d'étudier la composition du film, de distinguer entre les images d'archives (Westerbork, Bergen-Belsen) et les images tournées à Birkenau en 1955. Il est possible de s'intéresser à l'histoire du képi et à la censure exigée par la gendarmerie française.
Il y aurait aussi à dire sur la vision des images de l'horreur et au danger de la sidération devant les amoncellements de cadavres produits par l'hitlérisme et sa machine de mort. 

Le film a des défauts réels (cf. l'erreur sur les chiffres - 9 M de morts -, etc.) mais l'appel à la vigilance formulé en 1956 par Jean Cayrol mérite toute notre considération : en Algérie, la guerre d'indépendance dure alors depuis deux ans, et la torture a fait sa réapparition, une décennie seulement après la défaite des hitlériens.

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02 mars 2014

Alain Resnais (1922-2014)

 

resnais-cannes 2012

de gauche à droite, Annie Duperey, Julie Salvador (second plan), Pierre Arditi, Sabine Azéma,
Gilles Jacob (second plan), Alain Resnais, Anne Consigny, Denis Podalydès, Lambert Wilson
Cannes 2012 - Les acteurs de 
Vous n'avez encore rien vu - source wikimedia commons

 

Alain Resnais, le plaisir des jeux - L'Express 02.03.2014
http://www.lexpress.fr/culture/cinema/alain-resnais-le-plaisir-des-jeux_1495594.html

Le cinéaste vient de décéder à l'âge de 91 ans.
Il laisse derrière lui une oeuvre protéiforme et terriblement stimulante. D'Hiroshima mon amour en passant par On connaît la chanson, Smoking, No Smoking ou le récent Aimer, boire et chanter.

Alain Resnais, l'article de Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Resnais


westerbork


Nuit et Brouillard
, l'excellent documentaire a été beaucoup exploité en classe, en 16 mm, en VHS, en vidéo...
Sylvie Lindeperg, Nuit et Brouillard, un film dans l'Histoire
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm
Elle a rédigé un chapitre sur Westerbork, le camp nazi au nord des Pays-Bas,  dans La voie des images
http://clioweb.canalblog.com/archives/2013/05/22/27215729.html
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg425.pdf


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22 mai 2013

Le camp de Westerbork



En 1941, les Nazis font du camp de Westerbork, au nord-est des Pays-Bas, un centre d'internement des juifs. Entre le 15 juillet 1942 et le 13 septembre 1944, près de 100 convois ont déporté 100 000 personnes.
http://www.kampwesterbork.nl/
Encyclopedie de l'USHMM


Un extrait d'un film tourné pour les Nazis est disponible sur le site du Musée (dans la version Nuit et Brouillard ?).
http://www.youtube.com/user/Herinneringscentrum

Resnais l'a utilisé au début de Nuit et Brouillard, un chef d'oeuvre auquel certains reprochent le silence sur la destruction des juifs.

D'après Sylvie Lindeperg, bloqué dans ses recherches d'images par les militaires français (SCA) et anglais, Resnais se tourne vers l'institut néerlandais de documentation de guerre (Amsterdam). Il y découvre les plans tournés par les Britanniques lors de la libération de Bergen-Belsen, et les images d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944.
« Afin de démontrer l’utilité du camp, au printemps 1944, Gemmeker demanda à trois détenus de produire un film sur la vie à Westerbork. Le scénario avait été conçu par Heinz Todtmann, un Juif baptisé de l’Ordnungdienst, et plus proche soutien de Gemmeker. Après que ce dernier eut donné son aval au scénario, deux autres détenus, le photographe Rudolf Breslauer et son assistant Kart Jordan, filmèrent les activités du camp entre mars et mai 1944 ». Ido de Haan - Revue d’histoire de la Shoah

Resnais pratiqua une découpe et un insert dans les séquences de Westerbork en y intégrant deux plans, d’origine polonaise, d’un vieil homme avançant lentement sur un quai, en compagnie de trois petits enfants. Par ce geste, le réalisateur inquiète la fausse tranquillité des scènes de Westerbork au sein desquelles il introduit un élément étranger, trouvé au Studio des films documentaires de Varsovie ».
Sylvie Lindeperg Nuit et Brouillard, un film dans l’histoire, Odile Jacob 2007
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg403.pdf


(44e seconde de la vidéo) : Anna-Maria Settela Steinbach est née dans le Limbourg en 1934. La jeune tsigane est déportée de Westerbork lors du convoi du 19 mai. Elle est assassinée avec sa mère et ses 9 frères et soeurs dans la nuit du 2 au 3 août 1944.
http://www.sintiundroma.de/en/sinti-roma/the-national-socialist-genocide-of-the-sinti-and-roma/extermination.html
http://www.romasinti.eu/#/SettelaSteinbach

Anne Frank et sa famille furent internées au camp du 8 aout au 2 septembre 1944. Ils arrivent à Auschwitz dans la nuit du 5 au 6 septembre 1944. Elle sera transférée par la suite à Bergen-Belsen où elle meurt en février ou en mars 1945.
http://www.annefrank.org/en/Subsites/Timeline/
http://www.annefrank.org/fr/Anne-Frank/Decouverts-et-arretes/Deportes-aux-camps-/Au-camp-de-Westerbork/


Le camp de Westerbork d'après Wikipedia
http://nl.wikipedia.org/wiki/Kamp_Westerbork
http://en.wikipedia.org/wiki/Westerbork
http://fr.wikipedia.org/wiki/Westerbork_(camp_de_regroupement_et_de_transit)

Plan et maquette du camp
http://www.fold3.com/page/286060429_westerbork_concentration_camp/
Kamp Westerbork, Ward Dossche
http://users.skynet.be/sky35373/westerbe.htm
Le camp d'après google images

Un musée (memorial ?) a été inauguré en 1983.
Digital Monument to the Jewish Community in the Netherlands
http://www.joodsmonument.nl/



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28 février 2013

Lindeperg, La voie des images

 

sl-voie



- Les Lundis de l'histoire 25.02.2013
http://www.franceculture.fr/emission-les-lundis-de-l-histoire
40 minutes sur Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance, Perrin 2013

20 minutes sur Sylvie Lindeperg, La voie des images Verdier 2013
Le Vercors (Au cœur de l'orage, de Jean-Paul Le Chanois, 1948
Paris insurgé
Terezín en Tchéco (Rudolf Breslauer)
Westerbork (dont la photo d'Anna Maria Settela Steinbach, une petite fille tzigane assassinée à Auschwitz)

http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-lavoiedesimages.html
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10193-25.02.2013-ITEMA_20453418-0.mp3


- Comment le cinéma dialogue-t-il avec l'histoire ?
La grande table, 20.02.2013
avec Jean-Louis Comolli,
Gérard Mordillat,
Christophe Prochasson
http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-1ere-partie
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11476-20.02.2013-ITEMA_20451894-0.mp3


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10 juin 2011

Le procès Eichmann, procès historique

 dans la Fabrique ce matin, vers la 14e mn, à propos du colloque récent

Le procès Eichmann : réceptions, médiations, postérités
colloque 7, 8 et 9 juin 2011 - Auditorium de l’INHA
http://hicsa.univ-paris1.fr/pdf/coll/eichmann

Annette Wieviorka, « Eichmann, de la traque au procès » (éd. André Versaille)
et
Henry Rousso pour l'expo « Juger Eichmann, Jérusalem, 1961 » au Mémorial de la Shoah

On y parle
. de l'accusé (il avait écrit plusieurs milliers de pages pour sa défense, dans un procès qu'il imaginait en RFA),
. d'Hannah Arendt (trop souvent caricaturée),
. de Nuit et Brouillard, le chef d'oeuvre d'Alain Resnais (sans juifs ??) projeté lors du procès, le 10 juin 1961. :-)
 http://aphgcaen.free.fr/chronique/405/aphg405.htm#eichmann
L'émission au format mp3 :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10076-10.06.2011-ITEMA_20290495-0.mp3

.
A l'IHTP : Eichmann, un accusé hors normes, un dossier présenté par Henry Rousso et Fabien Théofilakis.
http://www.ihtp.cnrs.fr/spip.php/article1091.html

. Henry Rousso, « Réflexions sur un procès historique », introduction à H. Rousso (dir), Juger Eichmann, Jérusalem, 1961, Paris, Mémorial de la Shoah, 2011
. Fabien Théofilakis, « Les écrits d’Eichmann en Argentine (1956-1960). Témoignages pour une histoire nationale-socialiste », compte rendu de l’ouvrage de Bettina Stangneth, Eichmann vor Jerusalem, 2011
. Fabien Théofilakis, « Les écrits d’Eichmann en Israël (1960-1962). Traces pour une autre histoire du procès »
Version du dossier en pdf : Eichmann, un accusé hors normes
 

eichmann-aw

André Versaille éditeur

 

 

 

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