21 juin 2016

M. Foisil - La révolte des Nu-Pieds

 

foisil-nu-pieds

Madeleine Foisil, La Révolte des Nu-Pieds et les révoltes normandes de 1639 PUF 1970

 


3 comptes rendus de l'ouvrage

- CR François Lebrun Annales de Bretagne. 2-3, 1970
http://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1970_num_77_2_4602_t1_0519_0000_1

« Mouvement étroitement localisé, le soulèvement des Nu-Pieds est essentiellement rural, les foyers urbains ne constituant que des points d'agitation isolés. Le programme des séditieux, très sommaire, se réfère uniquement au passé, dont on veut le maintien : respect des privilèges et du particularisme provincial, allégement du fardeau fiscal dont l'aggravation est consécutive à la guerre.
Quant à la participation sociale au mouvement, il convient de distinguer la participation effective, celle des petites gens (sauniers, petits paysans), et les complicités plus ou moins directes des nobles et des bourgeois. Plus que d'un front de classe artisans-paysans contre noblesse-bourgeoisie, c'est bien d'un front province contre Etat qu'il s'agit ».


- CR E. Le Roy LadurieAnnales ESC  3, 1973
http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1973_num_28_3_293382_t1_0795_0000_4

Sauniers, fagoteurs, paysans, classes populaires urbaines, la révolte de 1639 n’est donc pas centrée sur un ordre ou sur une classe particulière...Elle est davantage basée sur une contre-société ou sur une infra-société ; ou encore à l’heure de son clocher, sur un sous-ensemble en miniature de la société globale...»
« le groupe paysan vivant dans l’autarcie et surtout tourné vers son propre nombril.. »
« Les nobles locaux (ont) des relations cordiales avec les rustres du Bocage »

« L’adversaire, ce n’est pas le seigneur ou le noble... c’est le riche agent du fisc c'est le riche agent du fisc, le voleur, le hardi prenant qui s'est enrichi en parasitant, parfois de façon fort légale, les structures de l'État de type moderne

Les références à l’histoire (Brutus, Charte aux Normands de 1315, Louis XII ou Henri IV), pour ELRL, ce sont des rappels pédants, qui sentent le collège, chez les plus cuistres des plus cuistres...
« Mêlant, inextricablement communalisme et localisme, la révolte des Nu-pieds ne remet pas en cause les bases même de la société... »



CR Guy Lemarchand Annales de Normandie, n°4, 1970
http://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1970_num_20_4_5761


« La révolte rurale débute par le meurtre à Avranches, le 16 juillet 1639, de Poupinel, accusé d'apporter de Paris le texte imposant la gabelle. Elle semble se terminer le 30 novembre avec l'écrasement par les troupes royales du gros des forces séditieuses près d'Avranches. Les mutins, en septembre, réussissent à se donner une certaine organisation militaire hiérarchisée réunissant environ 5.000 hommes, et tiennent essentiellement les régions d'Avranches- Coutances et de Mortain-Domfront, bien qu'ils aient essayé par des appels imprimés d'élargir leur mouvement. L'essentiel de leurs troupes est constitué [ de sauniers] de paysans et de quelques artisans avec un encadrement de privilégiés.
A Rouen, où les troubles débutent le 4 août 1639 et battent leur plein du 20 au 23 août, ce sont surtout les drapiers, les tanneurs, les vendeurs d'eau-de-vie et les gens de bras — dockers en particulier — qui participent à l'émeute, laquelle reste à peu près inorganisée. La répression menée par les pouvoirs locaux est faible et on tarde à juger l'un des chefs du soulèvement, Gorin, un des rares emprisonnés, de même qu'on tergiverse pour rétablir les bureaux brûlés du fisc.
A Caen les incidents éclatent à partir du 8 août, encouragés par les événements des campagnes d'Avranches, peut-être connus grâce à la diffusion du manifeste de Jean Va Nu-Pied, mais le mouvement reste isolé ».

« La répression de ces émeutes par le gouvernement est volontairement exemplaire et leur vaut une renommée particulière. En effet, Richelieu dépêche dans la province le colonel Gassion et 6.000 hommes en novembre, puis le chancelier Séguier lui-même, de décembre à mars 1640.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Gassion
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Séguier
Gassion laisse ses soldats commettre leurs exactions habituelles, les loge chez l'habitant, même privilégié, et procède à des exécutions sommaires. Séguier condamne lui-même à mort quelques séditieux suivant une procédure extraordinaire. En même temps, des contributions extraordinaires sont levées sur les villes : 135.000 livres sur Caen, près d'un million sur Rouen, sans compter les arriérés des impôts précédant le moment des troubles. Pour leur manque de zèle dans la défense des intérêts royaux, les officiers des Cours souveraines de Rouen, ceux du bailliage de Coutances et les échevins de Rouen, Caen et Coutances, sont suspendus pendant près d'un an ».

On peut se demander d'abord si l'auteur n'a pas quelque peu réduit les dimensions de la révolte dans l'espace et dans le temps. En Basse-Normandie, le mouvement est allé jusqu'à Vire inclus. Saint-Lô semble avoir été moins calme que le note Mlle Foisil ; Valognes , Falaise, Carentan , Baveux  et Lisieux furent également troublés...Il est probable que l’existence d’une poche de résistance à Avranches a maintenu une fermentation prolongée dans les villes de la B-N. Il y a une reprise des troubles à Avranches en janvier 1640 »

« Une grande partie de l'opposition des élites sociales à la politique royale vient du simple souci de conserver une autonomie et des avantages locaux ou de corps : refus du contrôle de Paris, refus de voir amenuiser l'exemption fiscale. D'autre part, dans le soulèvement rural se retrouve, acceptée par la masse des mutins, la hiérarchie de la société légale : petits nobles et prêtres fournissent les dirigeants des paysans révoltés ».

« Il faut convenir également avec Mlle Foisil que le soulèvement est d'abord anti-fiscal et dénué de programme social. L'encadrement fourni par des privilégiés au soulèvement rural en est largement responsable. Mais précisément, il est très frappant de voir que dans les grandes villes où ce même encadrement ne se retrouve pas et donc où les chefs du mouvement sont effectivement des hommes du peuple, la révolte tourne vite à l'émeute sociale à Rouen ».

« L'Etat du XVIIe siècle est généralement conservateur, le plus souvent il préserve et même protège les privilèges de la noblesse »

« Les commissaires nommés par le pouvoir central furent persuadés que les traitants avaient exagéré les responsabilités des mutins et du Parlement pour obtenir à la fois une belle revanche et de substantiels dédommagements. Ajoutons que cela dégageait la propre responsabilité de ces mêmes financiers dans la sédition en faisant oublier les abus auxquels ils avaient pu se livrer.
[De plus] beaucoup de nos témoins, membres des classes dirigeantes, ne peuvent pas envisager que le menu peuple soit capable de se soulever de lui-même ; il leur faut toujours - sincèrement - trouver une main étrangère dans les troubles populaires ».


Parmi les sources évoquées :
- Le Diaire ou journal de voyage du chancelier Séguier en Normandie après la sédition des Nu-Pieds avec toutes ses pièces annexes, c'est-à-dire y compris celles qui n'ont pas été éditées par A. Floquet en 1842
- Les mémoires de Bigot de Monville dont d'Estaintot, en 1876, n'a publié que le tiers ;
- Le rapport de Jean de Biais, sieur du Quesnay, maire de Caen strictement conforme au registre de délibérations de l'Hôtel de Ville et édité seulement en extraits par P. Carel en 1886.
« Mme Foisil n'a guère pu exploiter les archives judiciaires locales à cause de l'absence d'inventaire des séries conservées dans les dépôts départementaux et, pour les papiers du bailliage de Coutances, des destructions dues aux bombardements de 1944 »



bigot


Mémoires du président Bigot de Monville sur la sédition des nu-pieds
et l'interdiction du Parlement de Normandie en 1639 / publiés avec une introduction et des notes,
Robert Langlois, vicomte d'Estaintot
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11631b.r=
http://www.rouen-histoire.com/Academie/Acad_Fich.php?id=538

seguier-diaire
Diaire ou Journal du voyage du chancelier Séguier en Normandie
après la sédition des Nu-Pieds (1639-1640) : et documents relatifs à ce voyage et à la sédition /
publiés pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque royale
par Amable Floquet Rouen 1842
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1027544

 


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20 juin 2016

AD50 - Nu-Pieds La répression



Relation de la répression de la révolte des Nu-pieds - Didac’Doc 15, Archives de la Manche 01.2011 (page 6)
http://www.manche.fr/archivesDepartementales/didacdoc.aspx
http://www.manche.fr/archivesDepartementales/imageProvider.aspx?private_resource=3836626&c-d=a&fn=didacdoc_15.pdf


16 juillet : Charles Le Poupinel, sieur de la Besnardière, lieutenant civil et criminel au Bailliage et Présidial de Coutances, est  assassiné à Avranches, soupçonné à tort d’apporter l’édit d’établissement de la gabelle


Répression de la révolte des Nu-pieds (Jean de la Rue, vicaire de Saint-Michel-de-Montjoie)
28 novembre 1639
« Monsieur Guacien passa par ce pais et alloit combattre les Nu-piés d’Avranches et les assiegea le jour Sainct André et emporta la victoire ce mesme jour fut tué le marquis de Courtomer par Piès Nus et plusieurs braves hommes et estoit pour la rebellion que il avait faite au Roy »
8 mars 1640
« Ce huitieme jour de mars 1640 Charles le Roy sieur de la Potherye conseiller du Roy condamna la pluspart des bourgeois d’Avranches a estre faicts mourir d’autant que il avoient levé les armes contre le roy et faict aussy plusieurs maux »


+ extrait du compte rendu de l’ouvrage de M. Foisil par Le Roy Ladurie
   http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1973_num_28_3_293382_t1_0795_0000_4

+ chronologie des Rumeurs, émotions, tumultes et séditions en Normandie sous Richelieu


nddc-condamnes

dessin figurant en marge d'actes de décès de condamnés
dans les registres de catholicité de l'église ND des champs (AD50, 5 Mi 1797)




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1639 : La révolte des Nu-Pieds

 

nupieds-carte-caillard

Géographie de la révolte des Nu-Pieds, Michel Caillard, Annales de Normandie 1963



- La révolte des Va-Nu-Pieds (parfois appelés Nu-Pieds) est un soulèvement populaire qui toucha la Normandie en 1639 à la suite de la décision de Louis XIII d’instaurer la gabelle dans le Cotentin à la place du privilège de quart-bouillon. Sur ordre de Richelieu qui veut faire un exemple, cette sédition est férocement réprimée par le colonel Jean de Gassion. Le chancelier Pierre Séguier dirige la répression sur le plan judiciaire.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Révolte_des_va-nu-pieds
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Gassion
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_S%C3%A9guier



- Brice Evain
(Rennes 2) : Raconter la révolte : l’exemple des Nu-Pieds de Normandie (XVIIe-XIXe siècle)


une intervention dans le cadre de la Journée d'étude ANR CURR,
organisée par G. Aubert et S. Jettot - Rennes 16.06.2016

Dire et raconter les révoltes à l'époque moderne

« Si les motifs politiques, religieux ou sociaux à l'origine de ces mouvements ont été abondamment étudiés, si la sociologie des acteurs a donné lieu à des analyses fécondes, un travail conséquent reste à faire concernant la manière dont ces révoltes ont été lues et transmises à travers des textes de contemporains »
http://www.sites.univ-rennes2.fr/cerhio/IMG/pdf/2-_Dire_et_raconter_les_re_voltes.pdf
(une publication des actes a été évoquée)


Brice Evain distingue 4 registres :
. La sédition, « littérature d'action » (Christian Jouhaud)
  une ordonnance du général Nud-pieds + textes manuscrits
- La répression, le retour à l'ordre, désigner pour abolir
- Le témoignage (chroniques, journaux, mémoires des contemporains - Séguier, Bigot de Monville)
- La postérité de l'événement, histoire et mémoire


Brice Evain prépare une thèse
Dire et écrire la révolte en France et en Angleterre (XVIIe - XIXe siècle) -
sous la direction de Gauthier Aubert +  Brodie Waddell
http://www.sites.univ-rennes2.fr/cerhio/spip.php?article1771

il a publié dans les Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest
2014 La seconde vie de Marion du Faouët [Texte intégral]
2015 : CR Solange Rameix Justifier la guerre. Censure et propagande dans l’Europe du XVIIe siècle (France-Angleterre)
http://abpo.revues.org/2732


- Les révoltes du XVIIe ont été au coeur d'une controverse opposant Boris Porchnev et Roland Mousnier.
  (lutte des classes ou société d'ordres)
Les « Nu-Pieds » : Boris Porchnev, Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648.
CR Pierre Gouhier, Annales de Normandie, n°4, 1964
http://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1964_num_14_4_6151_t1_0501_0000_5


- Michel Caillard. Recherches sur les soulèvements populaires en Basse-Normandie (1620-1640)

et spécialement sur la révolte des Nu-pieds.
Cahier des Annales de Normandie n°3, 1963. A travers la Normandie des XVIIe et XVIIIe siècles
http://www.persee.fr/doc/annor_0570-1600_1963_hos_3_1_3630

- Madeleine Foisil, La Révolte des Nu-Pieds et les révoltes normandes de 1639 - PUF 1970
CR François Lebrun Annales de Bretagne. no 2-3, 1970.
CR Guy Lemarchand Annales de Normandie, n°4, 1970
CR E. Le Roy Ladurie,  Annales ESC N. 3, 1973
http://clioweb.canalblog.com/tag/foisil

Baptiste Etienne. Les Rouennais face aux guerres civiles : Nu-Pieds et Fronde (1639-1652).
Les Normands et la guerre, actes du 49e congrès organisé par la FSHAN Rouen, 15-18 octobre 2014


- Relation de la répression de la révolte des Nu-pieds - Didac’Doc 15, Archives de la Manche 01.2011

http://clioweb.canalblog.com/archives/2016/06/20/33990718.html

 

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