08 septembre 2012

Internet, arme de distraction massive ?

 

Le magazine Philosophie publie un dossier titré
Pourquoi nous n'apprendrons plus comme avant

Avec Nicholas Carr, Salman Khan, Michel Serres, Raffaele Simone,
Bernard Stiegler, Jean-Philippe Toussaint, Maryanne Wolf

http://www.philomag.com/fiche-dossiers.php?id=127
http://www.philomag.com/fiche-ancien-numero.php?id=63
(Le magazine s'intéresse aussi à Karl Marx).


Internet est présenté comme une Arme de distraction massive
avec des titres explicites
Pourquoi nous ne lisons plus comme avant ?
Pourquoi nous n'écrivons plus comme avant ?
Pourquoi nous n'étudions plus comme avant ?
Pourquoi nous ne mémorisons plus comme avant ?
Pourquoi nous n'apprendrons plus comme avant ?


Le dossier est un moyen de faire à nouveau de la pub pour Nicholas Carr,
dont l’article Is Google Making Us Stupid ? What the Internet is doing to our brains
avait beaucoup circulé à l'été 2008.
http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2008/07/is-google-making-us-stupid/306868/

Un an plus tard, en 2009, Books magazine en a tiré la traduction titrée
Internet rend-il ENCORE PLUS bête ?
http://www.books.fr/magazines/numero-7/


La question de Philosophie magazine est utile, 
à condition de partir d’observations concrètes et rigoureuses, pas à partir de préjugés anti-modernistes.

L’immédiateté ? Elle serait amorale et produirait des individus peu motivés.
L’opposition entre une lecture profonde et une lecture numérique est largement artificielle. A moins qu’in ne faille pour certains lire un quotidien et un magazine comme un roman, de la première ligne à la dernière.
Le multitâche dénoncé par Carr ? N’est-ce pas une forte incitation de l’économie capitaliste actuelle ?
Distinguer écriture et connexion ? Pourquoi se priver des dictionnaires disponibles en ligne ? 

Pour Marie Sarazin, « la télévision est bien plus nocive qu’Internet ». Michel Serres semble d'accord et fait la distinction entre le conducteur (l’internaute) et le passager (le téléspectateur). 
« Ce n’est pas la technique qui est toxique en soi, c’est notre incapacité à la socialiser correctement » ajoute Bernard Stiegler. 


 

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05 octobre 2010

La faute d'Internet ?


L'intelligence à l'épreuve de Google. Laure Belot, Le Monde Aujourd'hui, 02/10/2010
Dans plusieurs pays, le QI des adolescents stagne. La faute d'Internet ?
http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/ 

L'article du Monde cite notamment :

-  Nicholas Carr - http://en.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Carr
2008 : « Is Google Making Us Stupid ? »
(« The deep reading that used to come naturally has become a struggle »)
2010 - The Shallows. What the Internet Is Doing to Our Brains
http://www.theshallowsbook.com/nicholascarr/excerpt.html

- The Edge : How is the internet changing the way you think ?
http://www.edge.org/q2010/q10_index.html

- Pew Research Center - Does Google Make Us Stupid ?
« A final thought : Maybe Google won't make us more stupid, but it should make us more modest ».

- Clifford Nass, Eyal Ophir et Anthony Wagner (Stanford) ont tenté d'évaluer, en 2009, l'impact de l'hyperstimulation d'Internet sur la concentration
« Contre toute attente, les fans du multitâche sont moins bons dans tous ces tests de gestion d'informations multiples. Ceux qui ont l'habitude d'être concentrés sur leur journal ou leur traitement de texte s'en sortent beaucoup mieux ».
2009 - Media multitaskers pay mental price, Stanford study shows
http://news.stanford.edu/pr/2009/multitask-research-release-082409.html

- Patricia M Greenfield, UCLA
« L'utilisation d'Internet apporte un développement sophistiqué de nos capacités visuelles et spatiales, mais ces nouvelles forces vont de pair avec un affaiblissement de notre pensée critique, imagination et réflexion » (sic).
Greenfield, P. M. Technology and informal education: What is taught, what is learned. Science, janvier 2009

« On a prouvé grâce à l'imagerie par résonance magnétique (IRM) que la pratique intensive d'un mouvement modifie le cerveau... C'est le cas d'un violoniste et de ses mouvements de doigts. En revanche, lors d'une pratique intensive et multitâche d'Internet, l'homme utilise tant de capacités à la fois (mémoire, lecture, langage) que cela paraît extrêmement compliqué à mesurer par une technique d'imagerie… »

parmi les sujets traités par la journaliste et indexés par… Google :
2001 - Internet, pourquoi tant d'échecs
2003 - Quand la mondialisation nuit aux intérêts de l'Amérique
2005 - Crashs aériens, erreurs humaines
2006 - Devenons tous des adamites
2010 - Le lait, pas forcément un ami pour la vie

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05 juillet 2009

Les jeunes vont-ils se crétiniser ? - 2

Commentaire d'EB sur la liste Apses :
" En effet, "le web n'est pas coupable" en tant que média, et il ne nuit pas en soi à l'écrit.
Toutefois, on ne peut nier les difficultés croissantes de la génération de nos élèves actuels face à la lecture (concentration, endurance, vocabulaire) et à l'écriture (syntaxe, orthographe, effort de raisonnement...). Nous venons d'en faire - comme chaque année - la cuisante expérience en corrigeant les copies de bac.
Un combat anti-web ne paraît donc pas pertinent ; en revanche, en observant l'addiction des jeunes aux mobiles, iPod, msn, bientôt iPhone pour tous, et l'incapacité de la plupart d'entre eux à se consacrer totalement à une seule tâche à la fois (en cours comme à la maison) à cause de la multiplication de ces accessoires,  j'ai du mal à rejeter le terme de crétinisation... Mais c'est peut-être de l'élitisme de ma part.

Et si j'ajoute qu'en fin de compte ça m'est égal que nos supérieurs fassent tout pour détériorer les capacités à l'écrit des élèves (je ne parle pas des meilleurs, ni du niveau scolaire en général, qui comprend bien d'autres éléments), car moins les jeunes sauront travailler et écrire, au fil des ans, plus cela fera de la place pour
ma fille - et plus généralement les enfants de profs -, est-ce encore réac et élitiste ?"

Merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire ce billet.
Pour répondre à Eric, 2 citations, et des distinctions nécessaires pour débattre sereinement et efficacement.

Andrew Keen ("le culte de l'amateur") « s’en prend à tout ce qui est susceptible de faire peur dans le Mid-West (qui vote républicain), dans le Sud croyant et, d’une façon plus générale, aux bien-pensants du monde d’hier » écrit Francis Pisani dans L’alchimie des multitudes (p 129).

« la discussion ainsi amorcée nous lance un vrai défi qui vaut la peine d’être relevé. Pour tordue qu’elle soit, sa critique nous pousse à en trouver de plus fines pour éviter que le débat ne se centre sur le rejet du web au lieu de s’en prendre aux problèmes qu’il pose, aux domaines qu’il faut améliorer, aux tendances qu’il faut combattre, aux luttes qu’il faut mener ».


J’ai réagi sur un discours, celui que tient Pierre Assouline ici ou Nicholas Carr outre-Atlantique.
Un discours largement politique, pour qui Wikipedia et la démocratie participative, c’est la même chose.
Dans ce discours, l’histoire de la lecture me semble largement fantasmée.
La galaxie Gutenberg ? Avant le livre de poche (1954), avant la généralisation de la lecture (fin XIXe), le livre était réservé à une élite restreinte. Il y aurait beaucoup à dire sur la lecture (lente ou rapide)…
A ceux que le débat intéresse, je conseille de télécharger et lire le chapitre 5
http://alchimie-des-multitudes.atelier.fr/pdf/extrait5.pdf
ou http://alchimie-des-multitudes.atelier.fr/chapitre9.htm

Ce discours est relayé avec empressement par des médias pour qui le numérique est un double danger : le lecteur peut accéder gratuitement à un article ; un expert blogueur peut être davantage lu qu’un chroniqueur salarié.

Ce discours méconnaît les usages réels. Il refuse de voir la synergie entre tous les supports : le livre est une excellente carte de visite pour la radio (voir la TV) ; le web fait vendre et lire des livres et des revues. Les idées importantes circulent indépendamment du support, imprimé ou numérique.

 

Sur l’évolution de l’attention des élèves en classe et des étudiants, beaucoup a été écrit, par notre génération et par les précédentes. Le formatage télévisuel (l’info en 90 secondes, les clips), les usages sociaux du téléphone portable ont sans doute davantage d’impact que l’ordi.
Au CDI, on peut reprocher aux élèves qui travaillent sur écran d’ignorer les livres et les revues, si un prof ne les encadre pas ; ils préfèrent souvent le personnel au scolaire… mais je les ai rarement vu changer d’activité toutes les 20 secondes…

Bien sûr, en prenant le temps de penser et rédiger cette réponse, je ne suis pas dans l’univers ludique des ados, ni dans le superficiel des « chats » d’après une journée de classe… Le ludique, celui que beaucoup de journalistes présentent régulièrement comme l’alpha et l’omega de la pédagogie (l’édutainement (education + entertainment), apprendre en s’amusant…)

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04 juillet 2009

Les jeunes vont-ils se crétiniser ? - 1

Les jeunes vont-ils se crétiniser ?
Jean-Louis de MONTESQUIOU FEZENSAC
(acheter la bio, c'est 6 euros)
Un  titre choc pour un billet de blog
annonçant le magazine Books de l'été
" Internet rend-il encore plus bête ?"

Le billet et le dossier sont révélateurs :
- de l'art de titrer pour attirer le chaland.
" Internet rend-il encore plus bête ?" (que le soleil et la plage ?)

Pourquoi des titres caricaturaux, racoleurs et agressifs
alors que le contenu des articles est davantage nuancé ?
Volonté d'en découdre avec les discours exagérément enthousiastes
de ceux qui sont chargés de vanter (et vendre) les sites commerciaux ou institutionnels ?
Habileté à surfer sur les idées reçues et la légende noire ?
Poursuite d’une tactique commerciale amorcée avec la rubrique Wikigrill ?

" L'actualité par les livres du monde ? "
Books est en fait une compilation d'articles à propos de livres,

souvent traduits de l'anglais, pas les livres eux-mêmes en bonnes feuilles.
(un des articles fait la différence entre les critiques professionnels,
les seuls vrais et les blogueurs amateurs... p 50)
http://www.booksmag.fr/

- de l'astuce d'un "consultant et ancien dirigeant de banque",
qui titre sur les jeunes, accumule des anecdotes déclinistes ("Jusqu'où peuvent-ils descendre ?"),
les contredit par quelques observations positives
et finit par un "en tout cas, il faut s'en persuader"

- des ficelles commerciales :
. Comment se faire connaître et trouver des acheteurs ?
En créant sur le web
Wikigrill, une rubrique dénonçant les travers de Wikipedia.
La notoriété de l'adversaire peut servir d'argument de vente...
A propos de Wikigrill, lire Sylvain Négrier
http://clioweb.free.fr/debats/wikigrillsylvain.pdf
 

. Traduire et adapter des articles (anglo-saxons),
dont celui de Nicholas Carr - Is Google Making Us Stupid ?
http://www.theatlantic.com/doc/200807/google
[ Carr se plaint de la diminution de sa capacité personnelle de concentration,
(once, I was a scuba diver in the sea of books. Now I zip along the surface...)
il questionne l'impact des technologies sur le fonctionnement du cerveau,
et voit dans le succès de Google l'application de la taylorisation à la vie intellectuelle
]


. Utiliser les relais d'autres animateurs anti-web à la radio et à la TV.
Brice Couturier a fait du dossier le sujet du Grain à moudre de jeudi soir.


- Francis Pisani consacre 2 pages à Carr,
p 126 dans l'Alchimie des multitudes (II, 5)
entre Jaron Lanier ("maoïsme digital") et Andrew Keen ("le culte de l'amateur").
http://clioweb.free.fr/debats/alchimie.htm

Framablog a traduit l'article de Carr
et cite un commentaire de Nicolas Dickner à propos de l'imprimé et du livre

 

- Les polémistes s'en prennent d'abord aux excès lyriques des articles
vantant l'apport du web, mais ils jettent trop souvent le bébé avec l'eau du bain :
au nom de l'imprimé, ils voudraient censurer tout le numérique.

A l'expression "intelligence collective", ils opposent "la bêtise et la tyrannie des foules"...
dans un discours qui semble souvent confondre démarche intellectuelle
et dénonciation de la démocratie.
C'est le cas d'un billet de Pierre Assouline dans L'Histoire :
il avait, en février 2007, à la veille de la présidentielle, une double cible :
Wikipedia, l'erreur à haut débit ; la démocratie participative.

A la source de ces discours, il faudrait interroger une vision élitaire et anti-moderniste,
appuyée sur sur les intérêts financiers de l'industrie du livre.
Ces discours "antis" idéalisent l'imprimé et la galaxie Gutenberg.
Oubliant qu'il s'est passé plus de quatre siècles entre Gutenberg et Jules Ferry,
Et que le livre de poche ne date que de 1954 en France.

Pourquoi laisser croire que seule la vente des livres
garantirait la vie intellectuelle et la circulation des idées,
à l'exclusion de tous les autres supports et formes d'expression ?
Pourquoi un tel silence sur l'activité scientifique ? sur la création artistique ?

Ces discours méconnaissent la synergie entre tous les supports d'information.
Le web n'a jamais empêché de lire et de penser.
Les blogs, les débats animés par les internautes le prouvent au quotidien.

Le web fait même vendre des livres,
au même titre que  la  presse, la radio ou la TV. :-):-)



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