26 mars 2011

Auschwitz, le devoir d'histoire


Shoah, le devoir de mémoire - Libération 24-03
Le souvenir du génocide juif se heurte à la disparition prochaine des survivants. Sa place à l’école doit encore être trouvée, entre cours d’histoire et éducation civiquehttp://www.liberation.fr/societe/

«Les voyages à Auschwitz ne peuvent remplacer un cours d’histoire»
Georges Bensoussan et Sophie Ernst, historiens, réfléchissent à l’enseignement de la Shoah :
http://www.liberation.fr/societe/
La présentation du Memoire Demain, le dvd de l'UDA - l'Union des Déportés d'Auschwitz au Lycée Louis Le Grand est à l'origine de l'article et de l'entretien.


Devoir de mémoire
: les médias semblent adorer une formule qui leur évite d'avoir à expliquer la différence que les historiens font entre le devoir d'histoire et le travail de mémoire
.
Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Devoir_de_mémoire
Evelyne Marsura (2002) :  http://www.memoire-net.org/article.php3?id_article=131
Laurent Wirth (2002) : http://www.ac-reims.fr/datice/bul_acad/hist-geo/bul26/wirth.htm
Reims, Histoire et mémoires : http://www.crdp-reims.fr/memoire/enseigner/memoire_histoire/05historiens1.htm

« La disparition progressive des derniers survivants » va-t-elle changer l'enseignement de l'histoire ?
L'histoire n'existerait que par le témoignage des acteurs (et des victimes). 
Curieuse déformation, installée dans les médias avec l'avancée en âge des derniers soldats de 1914-1918. Dans une telle vision, que faudrait-il dire du travail des historiens modernistes, médiévistes ou antiquisants ?

Le rapport entre le témoin, l'historien et le professeur d'histoire a été étudié par Annette Wieviorka. L'écouter dans son long entretien pour l'INA avec JB Peretié en 2006.
http://clioweb.canalblog.com/tag/wieviorka

Il doit exister des milliers d'heures de témoignages de déportés archivés sur le web ou des millions de pages éditées. Le Cercle d'étude propose un choix d'ouvrages et de vidéos : http://www.cercleshoah.org/spip.php?article86

La déportation dans les camps nazis : http://clioweb.free.fr/camps/deportes.htm

Sylvie Lindeperg, Nuit et brouillard, un film dans l'histoire O Jacob, 2007
 

Extraits : 

« Sur le fond, enseignants et historiens s’interrogent aussi sur l’évolution de cet enseignement qui ne trouve pas toujours sa place, entre cours d’histoire classique et cours d’éducation civique. La tendance est à dissocier plus clairement, d’un côté, les faits historiques, et de l’autre, les valeurs - lutte contre les discriminations, le racisme, - et les fondements de la morale républicaine ».
 

« La France est considérée comme une nation pilote sur l'enseignement de la Shoah »
Une seule institution semble posséder la vérité... Pour Bensousan, « Un bon enseignement est celui qui explique la genèse politique du crime de masse qui s'appelle Auschwitz, et en quoi c'est un événement sans précédent et spécifique - étant entendu que ce n'est pas le seul génocide du XXe siècle ». Chaque élève doit pouvoir comprendre, poursuit-il, que c'est « le regard zoologique du nazisme sur l'espèce humaine » qui en est à l'origine...

Le voyage à Auschwitz ? « Rien ne vaut un cours d’histoire où l’on développe une réflexion politique »
[seulement politique ? C'est sans doute ce qui a conduit à la suppression de l'enseignement de l'histoire en terminale pour les élèves scientifiques]

« Là où le bât blesse, c'est dans la formation des enseignants » … « les jeunes certifiés ignorent le nom de Raul Hilberg ».. Il reste des progrès à faire : « on » ne distingue toujours pas entre les « camps de concentration », où l’on ne perpétuait pas des crimes de masse, et les « centres de mise à mort », de vraies usines à meurtres ».

«  il y a des problèmes dans des établissements de banlieue, avec des jeunes d'origine arabe, en particulier maghrébine. Et cela devrait interroger les élites françaises ».

« Certains profs sont, en outre, sensibles aux thèses de l'ultra gauche »

 

Sophie Ernst nuance ces affirmations :
« La Shoah arrive comme un coup de tonnerre lors de l'étude de la Seconde Guerre mondiale ... Il manque un récit construit sur l'histoire des Juifs, sur l'antijudaïsme chrétien et la spécificité de l'antisémitisme en Europe au XIXe et XXe siècle ».
[dans le prochain programme de 1ere, en dehors de l'anéantissement, combien de minutes sur la 2 GM ?] 

Le voyage à Auschwitz-Birkenau ? « le choc de l'horreur ... conduit à un antiracisme de conformisme »

Les classes de la banlieue défavorisée ? 
« Les difficultés surgissent dans les classes avec de graves dysfonctionnements, où les élèves sont en révolte et les profs des punching-balls, et où l'on n'arrive pas à enseigner... Les profs se sentent sous surveillance [communautaire] ; ils préfèrent parfois passer vite sur un sujet [sensible] ».

 

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24 février 2011

Eichmann devant ses juges

LH_362

La revue L'Histoire n° 362 consacre son dossier de mars au procès Eichmann, le « Nuremberg du peuple juif ».

La présentation interroge « la banalité du mal » mise en avant par Hannah Arendt : la vision d’un homme ordinaire, un bureaucrate insignifiant qui peut devenir un rouage aveugle, sans passion ni morale, d’un système totalitaire.

La biographie de David Cesarini change totalement le regard : l’accusé n’est pas une personnalité banale, un exécutant routinier, mais bien un militant nazi, armé de convictions antisémites, un homme de terrain, actif d’abord dans la SS autrichienne. Spécialiste de l’émigration forcée des Juifs, il devient en 1942 le principal organisateur de la destruction massive.

Le procès d’Eichmann fut bien celui d’un individu pleinement responsable de ses actes. Sa culpabilité ne peut être diluée dans les eaux fangeuses d’un système criminel.

Sylvie Lindeperg consacre deux pages à la présence de la télévision et au rôle de Léo Hurvitz : Caméras dans le prétoire. Dans Nuit et Brouillard, un film dans l'histoire, elle traite des utilisations de l'oeuvre d'Alain Resnais par l'accusation au cours du procès.

au sommaire :
Annette Wieviorka, Eichmann : le procès qui fait entrer la Shoah dans l'Histoire
David Cesarini, Comment on devient Eichmann
Hannah Yablonka, « Le Nuremberg du peuple juif »
SylvieLindeperg, Caméras dans le prétoire
Henry Rousso, « Un laboratoire de justice » (entretien)

proces_eichmann

source : Eichmann:Trial as National Catharsis (June 8, 1961)
USHMM Holocaust Encyclopedia
un détail : dans L'Histoire, à droite, l'écran de projection a disparu du cliché recadré ...

2 adresses signalées par Nicole :
- « Un spécialiste: portrait d'un criminel moderne », réal. Rony Brauman et Eyal Sivan, 1998.
- « Contrairement à un mythe répandu, Cesarani nous rappelle que Eichmann a eu une enfance tout à fait ordinaire et une adolescence sans problème ». Jean-François Dortier, La « banalité du mal » revisitée, Sciences Humaines - avril 2008 ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 octobre 2010

Politiques anti-juives 1933-1945

Le « délit de judaïté »
Justice pénale et politiques antijuives en Europe (1933-1945)

Colloque international au Mémorial de Caen
Vendredi 22 et samedi 23 octobre

consulter le programme en ligne
http://www.memorial-caen.fr/

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08 mai 2010

Topographie de la Terreur

8 mai 1945 : capitulation de l'Allemagne nazie 
(rien à voir avec un armistice...)

message de Nicole Mullier sur la liste H-Français :

« Enfin ! titre le magazine Zeit, l' inauguration du Centre de documentation
de la topographie de la terreur à Berlin "Topographie des Terrors",
sur les ruines de l’ancien bâtiment de la Gestapo et du palais Prinz-Albrecht
occupé par les SS et du SD. Restées terrain vague du temps du mur,
depuis l’anniversaire des 750 ans de Berlin, en 1987, suite à des fouilles,
une exposition en plein air montrait les caves,
lieu de tortures et d’exécution par la Gestapo
de résistants allemands dont le pasteur Niemöller,
d’auteurs de l’attentat du 20 juillet et de membres de l’Orchestre rouge »

Un projet de musée a vu le jour, une  première réalisation a été démolie
car le projet a été jugé trop onéreux.
En attendant, l’exposition était aussi virtuelle  :
http://www.topographie.de/topographie-des-terrors

« Un bâtiment minimaliste a enfin été réalisé,
situé à côté du Ministère fédéral des finances,
ancien Minitère de l’air de Goering.
Les bureaux des planificateurs du système d’extermination de masse étaient là.
L’exposition permanente montre des photos de nazis jeunes,
des universitaires ambitieux qui ont poursuivi leur carrière après 1945.
Le système judiciaire non dénazifié a permis à des assassins
de couler des jours paisibles en Allemagne ».
http://www.zeit.de/2010/19/Topographie-des-Terrors
Romani Rose président du conseil des Sinti et Roma,
déplore qu'on n'y parle pas des Tsiganes

Photos des chefs de l’organisation de la terreur et du bâtiment dans le Spiegel

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05 mars 2010

L'archéologie complice du nazisme

- Laurent Olivier était l'invité de Christian Goudineau dans son cours au Collège de France le 05/10/2009

- Il a co-dirigé la publication d'un colloque de 2004 : L’archéologie nazie en Europe de l’Ouest (sous la dir. de Jean-Pierre Legendre, Laurent Olivier et Bernadette Schnitzler), Infolio Editions, Paris, 2007, 496 pages

- Bernardette Arnaud en fait une présentation dans L’archéologie complice du nazisme, Sciences et Avenir 727 - juin 2007. Avec la biologie, l’archéologie a été la science la plus sollicitée par les nazis à l’appui de leurs théories nationalistes et racistes. Ce lourd passé refait surface.

- En 2003, Alain Schnapp a traité de L’autodestruction de l’archéologie allemande sous le régime nazi dans la revue Vingtième siècle, 78 2003/2

« Le nazisme n’est pas passé sur l’archéologie comme une bourrasque de l’histoire. Il a failli emporter avec lui tout l’acquis de la discipline » écrit Alain Schnapp qui poursuit : « Aucune discipline à l’exception de la biologie n’a collaboré de façon si intime avec l’appareil d’État du Troisième Reich. À côté des charlatans à la Hermann Wirth de prestigieux savants se sont laissés embrigader, ils ont contribué à diffuser à travers des revues comme Germanien et Germanienerbe une idéologie raciste qui était comme l’oxygène du régime ».

Alain Schnapp fait la distinction entre l’archéologie classique au sens académique du terme et l’étude de la protohistoire et de la préhistoire.
La première est une invention allemande (modèle et type d’organisation). Elle profite de la réputation de la philologie, elle accompagne le développement des musées de Berlin et de Munich, elle reçoit les postes, les moyens et les nonneurs.
La seconde repose sur les sociétés savantes et les amateurs. Après 1918, elle passe sous le contrôle des nationalistes, tenants de l’idéologie du « Blut und Boden ». Avec le nazisme, ces archéologues acceptent les théories raciales du régime, ils participent à sa propagande, ils servent la politique de germanisation, s’associent aux pillages voire à des crimes de guerre. , ils transforment le postulat du linguiste Kossina (une « science au plus haut point nationale ») en outil d’oppression.


Pendant la période nazie, l’archéologie est marquée par les rivalités entre les factions, notamment entre l’AMT Rosenberg (Reichsbund für deutsche Vorgeschichte ) - le parti nazi - et « l’héritage des ancêtres » d’Himmler et de la SS, entre Hans Reinerth l’arriviste collaborateur de Rosenberg et Herbert Jankuhn (Himmler). Hitler semble davantage attiré par la Grèce dorienne que par la protohistoire germanique, mais cette dernière a servi sa propagande raciste.


« Il est indéniable qu’en offrant des moyens à une génération intellectuelle frustrée par le régime de Weimar, le nazisme a su capter l’enthousiasme de jeunes savants souvent formés aux méthodes de l’érudition libérale ».

En 1945, ces jeunes savants ont su échapper à la dénazification. Ils ont été protégés par leurs élèves jusque dans les années 1970. C’est surtout après la chute du mur que l’accès aux archives a mis en évidence leur rôle, et l’importance de la tentative de « blanchiment » de recherches menées sur l’ordre des nazis.


Ce sujet est une réponse à ceux qui se plaisent à opposer le web et l'imprimé : le départ, c'est un entretien de Télérama avec Pascal Picq. Prolongé par le colloque de l'INRAP (web audio), auquel participait Christian Goudineau. Qui a invité au Collège de France Laurent Olivier. Dont l'ouvrage présenté par Sciences et Avenir traite du colloque de Lyon, sur un sujet abordé auparavant par Alain Schnapp.
Ces sources multiples ne s'excluent pas, elles fonctionnent en synergie. Ceux qui veulent approfondir la question iront les lire ou les écouter.


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