28 janvier 2014

Le médiéviste et l'internet 2/2

 

« Un médiéviste est bien armé pour comprendre Internet »
Patrick Boucheron a commenté ce titre de Libération dans l'émission Place de la Toile du 18.01.2014


L'émission a évoqué les dérives de l'évaluation par le chiffre et la bibliométrie (nombres d'articles publiés dans des revues à comité éditorial..). Mais elle a gardé le silence sur les MOOC.

Elle a oublié de citer le portail Ménestrel, une réussite dans la durée
(Médiévistes sur le Net : Sources, Travaux et Références en Ligne)
http://www.menestrel.fr/

Sur le fond, à l'université comme dans le secondaire, l'ordinateur sert davantage la gestion et la bureaucratie que la recherche. Les sites des UFR comportent des annuaires, des titres de cours, des horaires. Sauf erreur, il n'existe à ce jour aucun portail référençant les contenus universitaires disponibles en ligne.
Pour accéder à un contenu en ligne, en dehors de la contestation de Pécresse et de la la loi LRU au printemps 2009, il faut aller sur les sites de Labos ou sur les sites personnels des universitaires (le ~ des enseignants américains). Les colloques sont parfois filmés (cf les RDV de Blois, La Forge numérique à Caen).

Un détail : aux USA, pays fédéral, les universités ont fait le choix d'adresses normalisées.
taper "medieval history +site:.edu" dans un moteur : http://tinyurl.com/ohsjw2z
En France, pays réputé centralisateur, il existe autant de type d'adresses que d'UFR (u-bourgogne.fr, univ-lyon2, unicaen...). Et les CV actualisés sont à chercher sur le site privé academia.edu, pas sur un portail public.


Il faudrait distinguer entre recherche, vulgarisation, enseignement, entre traitement des données et communication.
Côté recherche, l'ordinateur a aussi servi à réunir des chercheurs (cf History and Computing), bien avant l'essor de l'Internet et des listes de diffusion spécialisées.

Sur l'attitude des universitaires à l'égard de Wikipedia, il faut lire ou relire l'excellente analyse du regretté Roy Rosenzweig (Can history be Open-Source ?) http://clioweb.free.fr/wiki/wikipedia.html


Le numérique met à mal deux repères majeurs :
- Le séminaire (à effectif restreint),
- Les revues à comité éditorial.

Au temps de la massification, le séminaire est moins fréquent et moins défendable que les amphis de 900 places (remplacés parfois par la vidéoconférence, le dvd ou la webTV).
Les revues de référence sont passées sous le contrôle de quelques marchands qui savent tirer profit des abonnements (chers) payés par les BU (Cairn-Info n'hésite pas à vendre à la découpe tous les articles, - même des anciens -  à 5 euros l'unité !)
Cependant, il existe des structures qui innovent : c'est le cas d'OpenEdition (http://www.openedition.org/ )qui propose en ce moment plus de 400 revues en ligne et qui permet aux doctorants de tenir un carnet de recherche (plus de 800, dont 100 en histoire).
cf. un exemple : http://questes.hypotheses.org/

Il reste une question sensible, posée lors du colloque #DHIHA5 : les historiens qui font le choix de travailler en exploitant les spécificités de l'outil numérique peuvent-ils espérer occuper un jour un poste stable et durable à l'université ? http://clioweb.canalblog.com/tag/dhiha5

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24 janvier 2014

Le médiéviste et l'internet 1/2

 

« Un médiéviste est bien armé pour comprendre Internet »
http://www.liberation.fr/culture/2013/12/26/un-medieviste-est-bien-arme-pour-comprendre-internet_969055
Dans l'émission Place de la Toile,
http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-des-cisterciens-a-google-le-regard-d-un-medieviste-sur-le-numerique-201-0

Patrick Boucheron a disposé d'une heure pour expliquer ce titre d'un entretien publié par Libération le 26.12.2013
Sous forme d'une concordance des temps, il a été interrogé sur la teneur des discours actuels autour d'Internet : un savoir en miettes, le sentiment d'accélération, l'excès d'information, l'espace public, les élites et l'oligarchie, la nation et le global, les métaphores des découvertes, les rythmes de l'innovation (l'imprimerie), etc...
PB a soutenu sa thèse en 1994, donc avant la généralisation de l'ordinateur. Il affirme que le numérique pourrait donner naissance à des formes mutualistes de travail, mais que les choix politiques poussent à la bibliométrie, à l'évaluation quantitative, à la bureaucratie, donc à l'individualisme et à la compétition brutale entre chercheurs.
Il voudrait que le numérique permette « d'inventer la langue de la riposte ».

La question centrale : (Qu'apporte l'ordinateur au métier de l'historien ?) n' a ét posée qu'à la fin de l'émission.
2 références permettent d'y répondre :
. Ménestrel, Médiévistes sur le Net : Sources, Travaux et Références en Ligne, http://www.menestrel.fr/
. J-Ph. Genet - A. Zorzi, « Les historiens et l’informatique. Un métier à réinventer », 2011 (cf. ci-dessous)


La tentation est forte, même chez des historiens, d’avoir la mémoire courte, et d’ignorer ceux qui ont labouré le domaine avant eux. Dommage, car beaucoup de questions importantes ont été déjà été posées, dans les années 1980, donc bien avant l’Internet ! J’ai réuni quelques étapes dans une page de blog :
http://clioweb.canalblog.com/tag/historyandcomputing

La revue History & Computing a été très active dans les années 1980 (avec surtout des historiens hollandais et anglais). Une version américaine a pris la suite, hébergée dans l’Oregon (MCEL). Jeffrey Barlow a tout arrêté à la suite d’une capture hostile par des Iraniens.
1993, Jean-Philippe Genet souligne dans Mémoire vive (version artisanale d’H&C) l’urgence de la formation des historiens.
En 2002, Rolando Minuti a publié « Internet et le métier d’historien » (PUF).

En 2006, au début des polémiques sur Wikipedia, le regretté Roy Rosenzweig a abordé la question de l’écriture de l’histoire, une écriture profondément individuelle selon lui. Il se demandait comment faire travailler ensemble plusieurs historiens, par exemple à la rédaction d’un manuel universitaire sur l’histoire des USA.
http://clioweb.free.fr/wiki/wikipedia.html
http://clioweb.free.fr/wiki/rosenzweig.pdf
Il a aussi écrit avec Dan Cohen (CHNM) l’ouvrage Digital History (disponible en ligne)
http://chnm.gmu.edu/digitalhistory/

Et en 2011, J-Ph. Genet - A. Zorzi ont conclu plusieurs années de séminaire en publiant
« Les historiens et l’informatique. Un métier à réinventer », Ecole Fse de Rome 2011.

http://www.menestrel.fr/spip.php?rubrique619&lang=fr  - http://digital.casalini.it/10.1400/171938


Le Moyen-Age qui prolifère sur Internet a peu à voir avec l'histoire rigoureuse de la vie des hommes et des femmes qui ont vécu à cette époque. Deux analyses en témoignent :
- L'historien médiéviste face à la demande sociale - Didier Méhu poursuit une réflexion amorcée par Alain Guerreau (L'avenir d'un passé incertain, 2001) et par Joseph Morsel (L'Histoire -du Moyen Âge- est un sport de combat, 2007). L'article est à lire sur academia.edu, un site privé. Il évoque plusieurs cas : les randonneurs et l'anniversaire de Cluny, reconstituer un champ de bataille, alimenter un royaume virtuel sur Second Life... Quel peut-être la réponse de l'historien de métier à ce type de demande ?

- L'histoire (du Moyen-Age) est un sport de combat, Jospeh Morsel et Christine Ducourtieux,  
http://lamop.univ-paris1.fr/IMG/pdf/SportdecombatMac.pdf
L'ouvrage tire à boulets rouges sur l'exploitation politique ou marchande d'un MA de fantaisie qui parle plus d'aujourd'hui que d'une histoire rigoureuse (cf. l'utilisation du drakkar comme référence commerciale).
CD évoque également d'autres dérives : "la crise des revues scientifiques, la déliquescence des comptes rendus,
la « colloquite » aiguë, l’auto-publication (notamment sur les blogs) ...


Autre question : celle du rapport des historiens de métier aux médias de masse.
A sa belle époque,  la TV a donné la parole à Georges Duby sur les cathédrales.
Depuis, la TV a aussi piégé Colette Beaune à propos d'un documentaire qui sauvait Jeanne d'Arc des flammes. Elle a répondu dans l'ouvrage Jeanne d'Arc, vérités et légendes.
Aujourd'hui, la TV confie l'histoire pour le grand public à des bonimenteurs : ils parlent bien, ils réduisent l'histoire du XVIIIe aux coucheries de Charlotte-Rosalie et ils prolongent la survie des clichés contredits depuis longtemps par la recherche historique.

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