14 juin 2013

Révolution : la bataille du public



Guillaume Mazeau, La Bataille du public. Les droites contre-révolutionnaires et la Révolution française dans la première moitié du XXe siècle - in Sophie Wahnich (dir), Transmettre la Révolution française, histoire d’un trésor perdu, Les prairies ordinaires, 2013. http://aggiornamento.hypotheses.org/1397


A la fin du XIXe, la droite catholique et royaliste a perdu le combat politique et scolaire. Mais sur le terrain idéologique, entre 1815 et 1945, elle lutte avec efficacité contre l’histoire républicaine. Elle se présente comme « histoire vivante », plus vraie et plus authentique que l'histoire scientifique. Elle s'adapte à la culture de masse et réussit à banaliser les clichés contre-révolutionnaires.


En 1893, « à l'occasion du Centenaire du soulèvement contre la République, des centaines de commémorations, banquets, messes et fêtes populaires sont organisées en Vendée, popularisées par des journalistes comme Eugène Veuillot, directeur du journal catholique L'Univers, mêlant royalistes et républicains conservateurs ».
«... Au début du XXe siècle, de nombreux érudits ... collectionneurs, publicistes, professeurs, écrivains et historiens, investis dans des centaines de sociétés savantes locales concurrencent efficacement les récits républicains ...». L'Action française fondée en 1908 leur sert de pépinière.
« Dans les années 1930, les réseaux du souvenir de la Contre-Révolution s'émancipent des clercs et se structurent autour d'associations spécialisées. Le Souvenir Vendéen, créé en 1932, organise des veillées, des kermesses et  des spectacles, forme des conférenciers et met en place un réseau de délégués cantonaux … »

La légende noire est servie par les écrivains et par l'édition. Elle peut se revendiquer de Taine (pour lui la Révolution est « une maladie de la nation définie comme un corps qui, pour être guéri ou rester sain, doit être dirigé par ses élites et un chef ») ou de Fustel de Coulanges.
Louis Madelin marginalisé par l’Université, se lance avec succès dans la vulgarisation. Il entre à l’Académie française en 1927. L’Histoire de France du monarchiste Jacques Bainville est éditée à 340 000 exemplaires chez Fayard.
Royaliste convaincu, G. Lenotre (Louis Gosselin) est l’auteur prolifique de livres sur le marquis de la Rouerie (1896-1897), sur Marie-Antoinette (1897), sur les noyades de Nantes (1914) ; il lance le débat sur la survivance de Louis XVII (1920) ; c’est un fin connaisseur des Archives nationales mais il brouille sans pudeur les frontières entre l'histoire et la fiction.
Sous Vichy, Pierre Gaxotte, rédacteur en chef du collaborationniste Je suis partout, participe à l'assaut généralisé contre l'histoire républicaine . Par la suite ses ouvrages sont constamment réédités en poche.

En face, les historiens républicains ont beaucoup travaillé. Ils se sont massivement mobilisés à l’occasion des cérémonies du Centenaire (1889), beaucoup moins pour celles du Cent-Cinquantenaire. Ils mettent au point la méthode critique et accordent une grande place à la publication des sources. Aulard occupe la chaire d’histoire de la Revolution française créée en 1885, Mathiez fonde la Société des Etudes Robespierristes (1908), Georges Lefevre étudie les paysans du Nord ou la Grande Peur ; il occupe la chaire d'histoire de la Révolution créée en 1937. En 1931, le musée Carnavalet présente l’exposition « Paris et la Révolution ».

Pour G. Mazeau, « par le rejet de la biographie, du détail, de la narration et de l’événement », les historiens de métier ont abandonné le terrain de la vulgarisation à leurs adversaires. Ces derniers ont utilisé leur savoir-faire pour tenter d'imposer dans le public leur haine de la Révolution et de ses principes.

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mazeau

Guillaume Mazeau, Université Paris 1 - page IHRF dont articles publiés
Rumeurs et vérité en histoire - Caen, 27 mai 2010
A propos de l'ouvrage de Michel Onfray Freud : Le crépuscule d'une idole
http://www.dailymotion.com/video/xdsy32_rumeurs-et-verite-en-histoire-debat_webcam

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04 juillet 2010

Kuing Yamang, canular madeliniste

Si vous voyez un officiel chinois stigmatiser la société française et accuser la fonction publique de tous les maux, ne prenez surtout pas ce canular vidéo au premier degré.
Allez plutôt lire Rue 89.
Pierre Haski a décodé cette propagande ultralibérale trop souvent prise au premier degré par ceux qui ne connaissent ni le chinois ni le breton de la 4e circonscription d'Ille-et-Vilaine...

Kuing Yamang, le prétendu interviewé, est en fait Wu Jianmin, l'ancien ambassadeur de Chine en France ; il parle de l'expo universelle de Shanghai. Absolument rien à voir avec la prose délirante des sous-titres : on y parle « d'enfer fiscal » pour ceux qui produisent, de « fonctionnaires qui travaillent le moins possible », qui sont toujours en grève ; selon ce pseudo cours d'économie du supposé vénérable Kuing Yamang, « l’Etat paye ses fainéants » « assoiffés d’argent public »… Des préjugés qui pourraient être inversés et retournés en ce moment : qui tire aujourd'hui le plus profit de « l’argent public » grâce au bouclier fiscal ?

http://www.rue89.com/chinatown/2010/06/23/

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