11 mai 2015

Education : Faux débats et vraies passions

 

- Thomas Legrand - Education : Faux débats et vraies passions - L'édito politique, F-Inter
http://www.franceinter.fr/emission-ledito-politique-education-faux-debats-et-vraies-passions

« l’éducation est un thème aisément « instrumentalisable ». Surtout contre un gouvernement déjà impopulaire »
« Ceux qui débattent passionnément de l’éducation ont tendance à y projeter, non pas des enjeux pédagogiques, mais les névroses de la société : La fin de l’autorité, la monté des individualismes, la perte du sens civique ou du gout l’effort. Comme l’école est au début, on a tendance à la prendre pour la source. La source des problèmes ! Alors qu’elle en est plutôt que le réceptacle ».


- Programmes : Une consultation dans le désordre - Le Café 11.05.2014
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/05/11

« C'est dans cette situation que s'ouvre, le 11 mai, la consultation sur les programmes. Les enseignants sont invités à se prononcer sur les programmes proposés légalement par le CSP. Mais ceux-ci sont déjà dépassés par les déclarations politiques du président et du gouvernement. Et des commissions parallèles sont déjà en train de les réécrire ».


- Najat Vallaud-Belkacem : "Cette réforme du collège doit s'appliquer à la rentrée 2016" - JDD 10.05.2015
http://www.lejdd.fr/Politique/Najat-Vallaud-Belkacem-Le-probleme-c-est-la-passivite-des-eleves-au-college-731592

Que doivent apprendre, selon vous, les collégiens en histoire?
« D'abord, et c'est prévu, il faut revenir à la chronologie pour permettre aux élèves d'acquérir des repères temporels solides. Ensuite, il faut y mettre ce qui fonde l'identité de la France : les Lumières, la Révolution française, la construction de la République, la Résistance… Les collégiens doivent apprendre les périodes de grandeur comme les périodes plus sombres de notre histoire. Car il est nécessaire de connaître son passé pour pouvoir se projeter dans l'avenir. L'enseignement laïc du fait religieux doit aussi être renforcé : les débuts du judaïsme, du christianisme sous l'Empire romain, la place de l'Église au Moyen Âge, la naissance de l'islam… »

« ... comme l'enseignement de l'histoire doit être rassembleur, je vais réunir prochainement, avec le Conseil supérieur des programmes, des historiens de renom, comme Pierre Nora, Jean-Pierre Azéma et bien d'autres, pour que le travail en cours bénéficie de leur regard et de leur expertise ».


- Pierre Nora sur les nouveaux programmes d’histoire : « L'image d'une France fatiguée » JDD 10.05.2015
http://www.lejdd.fr/Societe/Education/L-historien-Pierre-Nora-sur-les-nouveaux-programmes-d-histoire

A quoi sert l'histoire?
Elle doit être à la fois utile et plaisante. Utile parce qu'elle permet de nous définir à la lumière de ce que nous ne sommes plus. Plaisante parce qu'elle doit être incarnée, aussi vivante que possible.

« Que proposez-vous?
Je proposerais une orientation claire : expliquer ce que la France a apporté à l'Europe et au monde et, inversement, ce qu'elle a reçu de l'Europe et du monde. Le cadre chronologique pourrait reprendre les identités françaises successives : féodale, royale, monarchique, révolutionnaire, nationale, républicaine, et aujourd'hui démocratique. On mettrait l'accent sur ce que notre pays a apporté de singulier au reste du monde : par exemple les cathédrales, l'élan chrétien, ensuite et surtout le modèle de l'État-nation, l'absolutisme monarchique dans ce qu'il a de glorieux – Versailles, le Roi-Soleil… – et de niveleur pour les minorités nationales, les Lumières, la langue française qui a régné sur l'Europe du XVIIIe siècle, les droits de l'homme, l'expérience révolutionnaire dans ce qu'elle a de positif et de négatif, une littérature extraordinaire, l'expérience coloniale avec ce qu'elle a pu également apporter au monde, y compris des armes pour s'affranchir… »


- Michel Lussault, président du CSP
sur Twitter le 10 mai 2015 : http://twitter.com/MichelLussault

« Non le #CSP ne déléguera pas la fabrication des programmes d'HG à une commission mais organisera un forum et rencontrera des historiens et des géographes .. »
« Le #CSP ne se départit pas de sa mission : réviser les versions martyrs des prog à partir de la consultation DGESCO et de nos rencontres ».
« Et nous le faisons parce que le #CSP a été créé par la loi Refondation de l'Ecole : seul le conseil est légitime à proposer des programmes ».
http://twitter.com/MichelLussault/status/597339724248969216


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14 janvier 2015

Laïcité, croyances et raison

 

« Allez les gars, ne vous laissez pas abattre »
titre Le Canard qui rend hommage à Cabu.
(Le Canard n’a pas la promotion intense faite à Charlie par les médias).


Le café
publie un article
Michel Lussault : L'Ecole doit aborder frontalement la question des croyances
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/01/14012015Article635568183764307972.aspx

extraits et commentaires :
Q - L'école a-t-elle une part de responsabilité dans les attentats ?
R - La responsabilité est bien sur beaucoup plus globale.


Normal que le président du CSP parle de l’Ecole.
Mais le géographe Philippe Pelletier insiste beaucoup sur la colonisation,
nettement moins sur une version délirante de la mondialisation incarnée par les tueurs.
En 2001 également, un pays arabe allié des USA avait disparu de l’écran des médias.

R - « Aujourd'hui l'instruction civique est une matière froide »

L'ECJS était-elle vraiment froide autour de 2002 ?
A voir tout ce que font les acteurs de cette liste, l’ECJS n’est froide que lorsque la hiérarchie bride les initiatives des profs.
Rien que sur les médias, le boulot ne manque pas pour une lecture distanciée.
L'argument a déjà servi en 2012, quand Vincent Peillon voulait remplacer l'EC par la morale.

Q - Il faut revoir les programmes d'enseignement moral et civique ?
R - « le programme du lycée est très orienté sur la tolérance, l'emprise mentale. 
Mais on ne peut pas rester inerte. Le Conseil supérieur des programmes (CSP) va attendre la fin de la consultation
mais à l'évidence on amendera le programme d'enseignement moral et civique en renforçant les questions de la laïcité, du pluralisme ».


A relire la loi de 1905 (« la République reconnaît la liberté de conscience », à lire JP Scot,
une tendance actuelle lourde consiste à restreindre la laïcité à la seule liberté religieuse,
à la confondre avec le choix d’une religion parmi l’offre actuelle.

Un détail semble révélateur : le projet d’EMC (ou d’ECM) pour le lycée ne fait jamais mention de la raison
ou d’une lecture scientifique et rationnelle du monde. Par contre, elle insiste lourdement sur les croyances,
sur leur pluralité des convictions religieuses et la diversité des pratiques religieuses.

Le vocabulaire ne facilite pas les choses.
JP Scot parle des « athées », des « agnostiques », des incroyants.
Sand se dit « laïc athée », parle de « voltairiens », des athées et des croyants.
Il manque de toute évidence des termes simples, sans connotation
pour tous ceux qui ont des convictions sans besoin de croire à une révélation et à une transcendance,
et font souvent preuve d’un sens de l’humanité qui manque cruellement à beaucoup de fanatiques.

Q - Le gouvernement va débloquer des fonds pour la formation ?
Q - Faut-il faire évoluer notre conception de la laïcité ?
« la notion de laïcité a évolué ...
Aujourd'hui il faut inventer une laïcité ouverte, compréhensive, apaisante et offensive.
On ne peut plus faire comme si la question de la croyance n'était pas centrale.
Il ne s'agit pas de proposer un enseignement des religions
mais que dans les programmes scolaires la question de la croyance soit abordée frontalement »


En 2003, dans « Qu’est-ce que la laïcité ? » Henri Pena-Ruiz refusait d’ajouter des adjectifs à la laïcité.
Il marquait ainsi son désaccord avec Régis Debray ou avec Jean Baubérot.
http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm

Un numéro de Sciences humaines abordait la dimension anthropologique et politique
quel sens pour une religion du livre avant la généralisation de l'instruction ?
pourquoi la transcendance et le monothéisme seraient-ils les seules réponses ?

rappelons une formulation de 2007, juste avant l'homme africain...
« dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal,
l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé
parce qu’il lui manquera toujours... la radicalité du sacrifice de sa vie
et le charisme d’un engagement porté par l’espérance »


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07 décembre 2014

En finir avec les notes ?

 
« Les notes ne sont ni de gauche ni de droite, ni bourgeoises ni soixante-huitardes…
Elles ne sont qu’une composante d’un système en panne… n’en déplaise à ceux qui essentialisent tout
».
Thomas Legrand, France-Inter - transcription


- Vers une révolution de l’évaluation des élèves ? Le Monde 29.11.2014
http://www.lemonde.fr/campus/article/2014/11/29/vers-une-revolution-de-l-evaluation-des-eleves_4531457_4401467.html

Les notes ? « Notre école pourrait parfaitement faire sans », affirme Michel Lussault, le président du CSP.
Le CSP leur préfère un barème de 4 à 6 niveaux (6 à 1, A à F)
Plus de notes, plus de moyennes non plus.

Brevet : le CSP préférerait en voir instituer une seule épreuve, transversale, « anonymée et définie nationalement », plus deux projets personnels à l'oral (1 en 4e, l'autre en 3e) et plusieurs évaluations organisées de la 5e à la 3e.

Dans son projet, le CSP a défini des « blocs de compétences » ayant trait à la langue française, aux langues étrangères, aux langages scientifiques, aux capacités de s’organiser, de raisonner, d’analyser, de créer, etc.


- Pierre Merle, « Faut-il en finir avec les notes ? », La Vie des idées, 02.12.2014.
http://www.laviedesidees.fr/Faut-il-en-finir-avec-les-notes.html

« Cette inégalité croissante de l’école française a des origines multiples : une ségrégation scolaire et sociale croissante des établissements peu favorable à l’efficacité et à l’équité (Merle, 2012), une discrimination positive souvent en trompe-l’œil notamment en raison d’options linguistiques en surnombre dans les collèges au recrutement favorisé (Baluteau, 2013), un nombre d’élèves par classe trop important lorsque les difficultés sont avérées, un recours au redoublement supérieur à la moyenne de l’OCDE (Mattenet J.-P, Sorbe X., 2014), une formation initiale des futurs professeurs insuffisante, une formation continue de plus en plus étriquée... Sur ces variables structurelles, pour de multiples raisons, la refondation promise en 2012 n’a pas été à la hauteur des espérances ».

« En matière de notation, au nom d’un âge d’or mythique de l’école républicaine, les Cassandre de l’école risquent fort de faire le pari de l’immobilisme ou, pire encore, celui des retours en arrière : félicitations et bonnet d’âne, apologie des classements, expulsions et voies de garage pour les élèves en difficulté. Si les recherches scientifiques menées depuis près d’un siècle sur l’évaluation des élèves permettent de contenir les discours élitistes et passéistes des nostalgiques du XIXe, elles auront atteint leur but : orienter la réflexion vers des changements réels, repenser les pratiques actuelles d’évaluation qui constituent un des mécanismes cachés et « naturalisés » de la reproduction des inégalités scolaires ».

« L’invention du LPC (livret personnel de compétences) a constitué parfois une usine à gaz dans laquelle l’évaluation des compétences finissait par prévaloir sur les apprentissages. C’est un exemple emblématique d’une conception du changement voué à l’échec lorsque ceux qui décident ne sont pas les acteurs de terrain ».

 Pierre Merle, Comment rendre les notes plus justes
Regards croisés sur l’économie 2012/2 (n° 12)
http://www.inegalites.fr/spip.php?article1791


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25 septembre 2009

Le Fardeau, 3 commentaires

Parmi les réponses au jugement sans appel sur La Géo scolaire, un fardeau
3 commentaires, diffusés sur la liste H-Français, reproduits ici avec l'accord des auteurs.
Et la réponse de Michel Lussault.

Le mépris  (Jean-François Joly)

La tonalité des propos de M.Lussault ne peut laisser indifférent surtout qu'avec mes élèves de HK. Je commence l'année en commentant l'article "Géographie" du dictionnaire de la géographie et de l'espaces des sociétés paru en 2003 écrit sous la direction de J.Lévy...et M.Lussault. Je pourrais aisément en dénoncer certains passages illisibles pour une grande partie de notre communauté mais c'est notre inculture scientifique qui serait ainsi mise en évidence !!

Si l'on fait une approche épistémologique de ce propos il rejoint le constat très sévère fait par Y.Lacoste sur la géographie scolaire au milieu des années 70, je cite : "Cette vieille discipline scolaire que nous avons tous subie au temps de l'école et du lycée? (on entend souvent dire : " la géo, ça ne sert à rien; d'ailleurs, il n'y a rien à comprendre, mais il faut de la mémoire.") "Quelle ennuyeuse et fatigante discussion, écrivait déjà Fontenelle, il faut bien être né géographe pour s'y engager". Il faut dire que dans l'ensemble, le discours des géographes se présente de la façon la plus bonasse..." in Histoire de la Philosophie sous la direction de F.Châtelet en 1973
Il renvoie de même au courant structuralo-marxiste dont est issu J.Lévy qui fonda "Espace-Temps" avec une volonté de rupture épistémologique, toutes les géographies précédentes étant qualifiées de pré-scientifiques.

Il semblerait donc que trente ans plus tard, la géographie scolaire n'ait pas évolué et qu'elle soit toujours à l'âge de Vidal de la Blache et de ses disciples "exceptionnalistes".
Auteur de manuels scolaires et ayant été formateur pendant des années dans l'académie de Rouen, je ne peux accepter cette condamnation sans nuances du travail des profs du secondaire par des universitaires. Beaucoup de collègues, géographes et historiens de formation ont fait de gros efforts d'actualisation de leurs pratiques, les plus jeunes de nos collègues ont été formés aux nouvelles géographies par nos collègues universitaires (évident, non?!!!!!!).

Comment expliquer alors ce jugement?
Ne connaissant pas Michel Lussault, je ne veux pas porter à mon tour de jugement péremptoire. Cependant mon expérience de fréquentation d'universitaires pour l'écriture de chapitres de manuels scolaires m'a déjà mis au contact de spécialistes qui pratiquent au nom de la science géographique un certain hermétisme et n'acceptent pas qu'on retouche leur prose pour la rendre lisible par des lycéens. Ils peinent à comprendre que le lycée n'a pas pour but de former de futurs étudiants d'histoire-géographie mais des citoyens.

Je n'ai guère le goût des règlements de compte donc je ne citerai pas de nom de ces collègues universitaires (les mêmes qui pensent qu'en prépa on ne fait pas la vraie géographie qui ne s'enseigne qu'en Fac!!!). Je préfère citer les noms de remarquables universitaires qui ne méprisent pas la géographie scolaire mais y participent par leur contribution à des manuels, par les conférences qu'ils viennent donner aux collègues, par les cafés géographiques...Ainsi sont avec des personnalités très diverses F.Durand-Dastès (un monument!), B.Bret, J-P Charvet, A.Dubresson, L.Carroué...

Pour conclure, ce que je regrette profondément, c'est que ce jugement sans appel n'ait pas été justifié auprès du public radiophonique mais il est si humain d'avoir besoin d'abaisser les autres pour se grandir....

Posté par jiheff, 22 septembre 2009 à 19:50

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Lettre de Claude Robinot à Michel Lussault

M. Lussault vient de démontrer qu'on peut être un brillant géographe et un piètre pédagogue. Il administre la preuve qu'à force de penser "l'homme-spacial" on peut négliger le terrain. Quel beau débat en perspective ! Je me permets donc de lui adresser humblement ces quelques lignes.

"Vos propos M. Lussault sont injustes et relèvent plus du poncif anti-prof que de la réflexion didactique. Puisque vous êtes un spécialiste, vous devriez vous rendre compte que vous  n'avez pas choisi la bonne échelle. Vous devriez quitter l'espace feutré et peu emboité de la conférence des présidents d'université pour vous aventurer sur d'autres territoires - rien de tel qu'une petite virée multiscalaire pour se rafraîchir les idées -

Vous constateriez rapidement que le territoire de la géographie scolaire n'est pas si mal administré et délimité que ça et qu'on y trouve parfois des acteurs assez  compétents pour l'aménager.
Les programmes se renouvellent régulièrement et cherchent à  réduire l'écart entre la géographie universitaire qui se fait et celle qui s'enseigne. A une autre  échelle, celle de la liste des clionautes, vous recenseriez les préoccupations et les pratiques des acteurs de la géographie scolaire. Citons les deux derniers exemples publiés.  Des collègues qui mutualisent leurs connaissances pour aborder la ville à  travers la peinture contemporaine. Il me semble que c'est bien  la  géographie culturelle que vous aimez ? Et non la liste des sous-préfectures  que vous croyez que nous enseignons encore ?  Une autre collègue aborde le  programme de première par  la notion de pays. Les acteurs de la géographie  qui s'enseigne utilisent pleinement la liberté pédagogique qui leur est  laissé par des programmes pour trouver les angles d'attaque les plus  adaptés à leurs élèves.  Des élèves dont une infime partie deviendront géographes. Les programmes sont certes imparfaits, ambitieux,  mais ils sont stimulants parce que basés sur des notions et des concepts qui  dynamisent la réflexion. Il arrive même que les élèves aiment la géo et se  piquent au jeu des "études de cas". Cette liste animée par les Clionautes  n'est que la butte témoin (reste de vieille géo)  de ce qui se fait en France (hop changement d' échelle).

Alors M. Lussault, ayez l'urbanité (nouvelle  géo) de vous expliquer et de nous rendre justice. Comment se fait-il que nos inspecteurs pédagogiques et nos inspecteurs  généraux, dont certains sont vos collègues, ne se soient pas aperçus que nous étions un "fardeau" ? Peut-être ont-ils, désespérés de notre ennuyeuse médiocrité, caché  ce fait, préférant de piètres géographes à pas de géographie du tout."

Claude Robinot (un prof qui a essayé toute sa carrière de faire aimer la géo à ses élèves et qui y est parfois parvenu).

 

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Les ânes et les bourricots  (Yves Tardieu)

"Cette citation contient surtout sa propre contradiction. Au fond que nous dit Lussault ? Que les géographes français ne savent pas que la géographie est une science sociale et politique, contrairement aux Allemands ou aux Américains. Mais dans cette deuxième partie de son propos, la critique ne s'adresse pas aux niais que nous sommes mais bien à ses pairs. L'exemple de Saskia Sassen qu'il donne renvoie bien à ça. Bref, après une entame sur la géographie scolaire, on parle après d'autre chose qui est la géographie tout court (en tout cas si la transcription écrite donne complètement le sens de l'oral)".

"J'en conclus que si nous sommes des ânes, nos maîtres (de l'université) sont des bourricots de haut niveau".

Lire la suite du message d'Yves Tardieu, prof et élu, sur la liste H-Français.

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30/09/2009 - Michel Lussault a répondu à Claude Robinot. Avec son accord, voici  la teneur de sa réponse.

Cher monsieur,

Quelques petits mots, à lire votre réaction (ainsi que quelques autres auxquelles je réponds ainsi également) à mes propos radiophoniques.

1.    Evoquer le fardeau scolaire n’est pas dire que les collègues sont tous incompétents, comme vous semblez le suggérer, mais simplement rappeler que la contrainte structurelle que fait peser sur la géographie le fait qu’elle soit enseignée à l’école dans le cadre que l’on sait, provoque un brouillage persistant au sujet de ce que la géographie peut et doit apporter au débat des idées. A un point tel que bien des spécialistes estiment encore aujourd’hui que notre discipline n’a pas vraiment le droit de cité au grand banquet des sciences sociales. Je ne suis pas le premier à le dire, ni ne serais le dernier et il n’est pas besoin d’être néo-marxiste pour cela. De nombreux collègues du secondaire aussi le pensent, sans forcement le dire, et je l’ai moi-même constaté lorsque j’ai enseigné en collège et en lycée. Je le constate encore aujourd’hui dans le cadre de mes cours de préparation au concours, car lesdits concours continuent de biaiser les choses en matière de conception et d’appréhension de la discipline par les étudiants et un certain nombre de collègues.

2.    Je suis surpris que les réponses qui me sont faites me visent personnellement, alors que mes propos étaient très génériques. Sachez-donc que je ne suis pas un « cerveau dans un bocal », ni un homme de bureau, contrairement à ce que vous écrivez. Je connais bien le domaine scolaire pour y intervenir toujours, très régulièrement, et dans l’ensemble, je maîtrise assez convenablement le métier du géographe et notamment la pratique de longue durée de terrain pour ne pas accepter d’être considéré comme un pur esprit abscons. Mes textes sont parfois difficiles, je suis le premier à le regretter ; mais où est-il dit que les sciences sociales devraient se lire comme la Semaine de Suzette? Et les difficultés de l’expression sont souvent liées aux difficultés des sujets abordés. Au demeurant, si vous parcourez mes publications, hors l’exercice très particulier du dictionnaire, vous constaterez que le matériau empirique y est omniprésent et que la montée en généralité théorique s’appuie sur ce matériau. C’est dire que je comprendrais mal qu’on me prête, de manière plus ou moins insidieuse, une volonté dogmatique de nier les faits spatiaux pour me replier dans le pur exercice de style fat et satisfait. Ceux qui écrivent cela ne connaissent tout simplement pas mon travail, que j’ai d’ailleurs de multiples occasions d’exposer, devant des publics très variés, en France et ailleurs, et encore dans quelques jours à Saint Dié.

3.    Enfin, je rappelle que depuis maintenant 20 ans je n’ai de cesse que de promouvoir une géographie offensive au sein du monde académique des sciences sociales, mais aussi au sein des milieux des politiques publiques et de l’urbanisme, d’où par exemple ma coprésidence récente du conseil scientifique de l’opération un Pari pour le grand Paris. J’aurais donc du mal à me considérer comme un fossoyeur de la géographie. Je pense plutôt avoir contribué à la faire connaître au-delà de ses cercles habituels, ne serait-ce qu’en publiant dans des maisons d’édition peu habituées à accueillir des géographes et en trouvant ainsi un lectorat plus large qu’il faut convaincre de la pertinence des questionnements géographiques sur le monde social. A mes yeux, cette promotion de la géographie passe aussi par une remise en cause du primat scolaire, qui imprègne l’ensemble du dispositif de formation et au premier chef l’université et qui donne une image globalement tronquée de notre discipline. C’est ce constat qui me fait être membre du comité de rédaction de la Revue Internationale d’Education et y participer aux réflexions sur les évolutions nécessaires des systèmes scolaires et des pratiques éducatives. C’est ce même constat qui m’a fait formuler ce jugement en fin d’émission, en réponse à la question de Sylvain Bourmeau, avec le caractère abrupt que ce genre d’exercice impose souvent et qui, à l’évidence, a choqué des auditeurs, ce qui n’était pas dans mon intention.

Bien cordialement
Michel Lussault
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Post Scriptum de Claude Robinot

Monsieur,

Je ne peux que me réjouir de votre réponse quand vous affirmez que nos collègues ne sont pas "tous incompétents" malheureusement beaucoup ne l’ont pas compris ainsi. Ils ont d’autant plus été blessés qu’une bonne partie d’entre eux sont d’accord avec vous pour déplorer "la contrainte structurelle" et le poids des concours.

Une partie de notre tâche consiste à faire passer dans la géographie scolaire quelques unes des idées qui s’élaborent dans la géographie savante. Je l’assume et je revendique pour ma part le qualificatif de vulgarisateur auquel je trouve une certaine noblesse fonctionnelle. L’enseignement de la géographie a beaucoup changé ces dernières années, les historiens de formation, dont je suis, se sont piqués au jeu et ont largement revisité leurs connaissances. Enfin, même dans le secondaire, la géographie joue son rôle de science sociale. Pour qui le veut, elle déborde largement son cadre horaire et programmatique pour s’inviter dans l’éducation civique, l’ECJS ou les projets de classe, à l’occasion de réflexion sur les aménagements territoriaux. Je me réjouis qu’à la fin du lycée on trouve toujours quelques anciens élèves pour choisir des études de géographie par intérêt pour cette science sans avoir forcément le projet de devenir professeur.

Claude Robinot

 

 

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