26 avril 2019

Le livret ouvrier au XIXe

 

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 Le livret ouvrier - AD 14

 

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Le livret ouvrier - AD 14
série U - Cour d'appel de Caen - Appels du Tribunal correctionnel de Lisieux 1867-1868


Le livret ouvrier au XIXe

Mathilde Larrère, Twitter 12 avril 2019, 16h51

http://twitter.com/LarrereMathilde/status/1116715535763484675

 

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Le livret d'ouvrier sous le Second Empire

Guy Bouillon - AD 14 - 1969


Le livret ouvrier, institué sous le Consulat par un arrêté du 9 Frimaire an XII (1er décembre 1803),
permettait à la police une surveillance constante des ouvriers.

Depuis la révolution de 1848 l'obligation pour chaque ouvrier de se munir d'un livret n'était guère respectée.
Une loi du 22 juin 1854 et un décret du 30 avril 1855 remirent en vigueur cette prescription.

La circulaire ci-dessus présente l'avantage de préciser clairement le rôle exact du livret ouvrier.
Il est intéressant de remarquer que dans sa dernière partie
elle s'efforce de présenter la nouvelle loi comme une mesure favorable à la classe ouvrière.


Cette loi sur les livrets semble pourtant avoir été difficile à faire appliquer.
En 1856 les états des livrets délivrés dans le Calvados ne correspondent pas au nombre réel des ouvriers :

Si pour l'arrondissement de Bayeux l'état dressé par la sous-préfecture mentionne 4 847 livrets
dont 4 200 pour les dentellières (ou 7 029 dont 5 708 si l'on tient compte d'indications supplémentaires portées au crayon),
on ne trouve :

- pour l'arrondissement de Vire que 1 262 livrets dont 801 pour les tisserands

- pour l'arrondissement de Lisieux 1079 livrets seulement

- pour l'arrondissement de Pont-l'Evêque 801 livrets à Honfleur, 16 à Pont-l'Evêque mais aucun dans le reste de l'arrondissement.

La statistique des ouvriers que la circulaire se proposait d'obtenir grâce au système du livret était donc très incertaine.


Malgré les efforts du gouvernement pour les persuader du « patronage éminemment avantageux »
que la loi représentait pour eux, les ouvriers se méfiaient des livrets.
Les travailleurs domicile, qui pouvaient s'en dispenser plus facilement que les ouvriers des usines, s'abstenaient d'en solliciter auprès des maires.
Ainsi, dans l'arrondissement de Caen de nombreuses résistances sont signalées. Le maire de Noyers écrit le 18 juin 1856 : « A Noyers l'industrie dominante et à peu près la seule qui puisse assujettir les ouvriers à se munir d'un livret est la dentelle. Et bien ! il y a chez les femmes qui la font une telle répugnance à prendre des livrets qu'il leur semble que c'est une embûche qu'on leur tend et on perd son latin à essayer de les détromper ».

De même dans l'arrondissement de Falaise, où plusieurs centaines d'ouvriers à domicile travaillaient pour les fabricants de bonneterie,
le sous-préfet rapporte le 30 mai 1856 que « 30 ou 40 livrets tout au plus ont été délivrés ou présentés dans les mairies
par des ouvriers appartenant à différentes branches de l'industrie ».
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Cette résistance bénéficiait souvent de la complicité des employeurs.

Il semble que certains d'entre eux aient attiré la main d’œuvre en n'exigeant pas de livret.
C'est pourquoi, dans une plainte transmise au préfet du Calvados, une compagnie parisienne, spécialisée dans la dentelle,
affirme ne pouvoir trouver de main d’œuvre dans ce département et être ainsi victime d'une concurrence déloyale.

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Les maires eux-mêmes ne mettaient pas toujours grand zèle à faire exécuter la loi.

En 1856 le sous-préfet de Lisieux signale que beaucoup de maires ne tiennent pas les registres de livrets prévus par la loi.

 A Caen, le commissaire central de l'arrondissement fait état des négligences de nombreux maires
et rapporte par exemple que « Monsieur le Maire d'Ecoville aurait dit à plusieurs dentellières que cette formalité est une bêtise ».

En 1861, le préfet, à la demande du ministre de l'agriculture et du commerce, renouvelait encore ses instructions
aux commissaires de police pour qu'ils veillassent au respect de la loi.

Déjà inégalement respectée sous le Second Empire, l’obligation du livret ouvrier tomba en désuétude
sous la Troisème République avant d’être supprimée par la loi du 2 juillet 1890



AD 14 – Série M. Statistique Livrets d’ouvriers 1857-1879

L’industrie et la vie ouvrière dans le Calvados sous le Second Empire, Guy Bouillon, AD 14 – CRDP 1969


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07 octobre 2012

L'Ecole des bureaucrates ?

 

A l'école des bureaucrates - Le Monde Opinions 
http://www.lemonde.fr/idees/


Maya Goyet prend pour cible « le livret personnel de compétences qui est une longue litanie hétéroclite et rassurante d'items (mini-compétences) que les élèves doivent valider - c'est la loi - tout au long de leur scolarité ».

Selon elle, avec ce système, « la bureaucratie que l'on croyait terrassée revient hanter le quotidien des professeurs ». La pixellisation masque le désastre. Elle sert à dissimuler l’état de la transmission de la culture. Comme si un ministre de la Santé se félicitait que « nombre de malades du cancer n'ont pas de cors aux pieds » …

Elle ajoute :  « Il me semble que nous avons aujourd'hui une double mission et que jamais, à ce titre, notre travail n'a été aussi ardu : transmettre la culture sans ménagement ni restriction et aider les élèves à comprendre le monde dans lequel ils vivent ». … [ Pas d'agiter des injonctions vertueuses d'une morale dite laïque ] ... ni d'affirmer que « François Villon était le Joey Starr de l'époque ».

« Cela suppose d'être sincèrement convaincus que la culture que nous avons à transmettre est forte et solide, d'avoir confiance en elle, de cesser de la traiter en bibelot fragile que l'on met sous verre. Elle résiste à la lumière, aux chewing-gums, aux boulettes. Même à Rihanna, qui passera... »

 

goyet-prost-fc

Antoine Prost - Mara Goyet, Les Matins FC - 5 juin 2012
http://www.youtube.com/watch?v=GJ-g_6XHFG4


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