30 octobre 2015

Carlo Ginzburg et la vérité


« La notion de vérité fait partie de nous », Entretien avec Carlo Ginzburg, La vie des idées
http://www.laviedesidees.fr/La-notion-de-verite-fait-partie-de-nous.html


« Mon livre Le Fromage et les Vers (1976), qui a parfois été considéré comme typique de la microstoria, a été écrit avant la théorisation de celle-ci. La théorie est venue après-coup, comme c’est souvent le cas ».

« Un malentendu possible et assez répandu consiste à croire que la micro-histoire porte sur des personnages marginaux, des événements mineurs, etc. En fait, le préfixe « micro » indique l’aspect analytique. La micro-histoire permet de travailler sur n’importe quoi et n’importe qui, y compris un peintre célèbre comme Piero della Francesca, qui a été l’objet d’un de mes livres » 

« Pourquoi un tel retentissement pour cet ouvrage ? À mon avis, la réponse est liée au personnage lui-même, qui est quelqu’un de tout à fait extraordinaire. D’autre part, il y a deux sujets, deux problèmes qui sont au cœur du rapport entre Menocchio et la société où il vivait, et qui sont aussi au cœur de mon travail. Le premier : le défi aux autorités, qu’elles soient politiques ou religieuses.... le second : les rapports – disons les croisements – entre culture écrite et culture orale »

Lire aussi l’analyse du linguistic turn (Hayden White) : on ne peut « pas souscrire à une attitude qui empêchait de dire que les négationnistes étaient des menteurs ».

La longue durée à la loupe : Ginzburg revendique un modèle qui se rattache plus à Marc Bloch qu’à Braudel.
« On perçoit toujours le passé, et même les ombres du futur, à travers le présent.. Mais la longue durée est plus présente que jamais ».


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12 avril 2015

Enzensberger, L'Histoire et les histoires

 

L’Histoire et les histoires
Hans Magnus Enzensberger  
XXXVe Conférence Marc-Bloch, 4 juin 2013
http://cmb.ehess.fr/444

L'auteur oppose deux extraits de textes sur l'Allemagne de Weimar :
celui de l'historien Hans-Ulrich Wehler,
celui du romancier Alfred Döblin (Berlin Alexanderplatz, 1929)

« Le compte rendu de l'historien est singulièrement déserté par les êtres humains. Il donne l'impression d'être aussi mort qu'un paysage de Giorgio De Chirico. Les gens, dont c'est l'histoire qui est en jeu, n'apparaissent que comme des figures accessoires, comme une masse obscure au fond du tableau : le travail , les investisseurs.
En revanche, chez Döblin, le premier plan grouille de monde... »
« L'historien dit le manque de capitaux, les conflits entre capital et travail, le romancier décrit un magasin de chaussures ».
« L’historien préfère le plan de grand ensemble, alors que Döblin consacre quatre pages à un coin de rue »
« Tandis que Döblin met donc en relief le confus et le disparate, le savant recherche l'ordre et la maîtrise... »

« ...notre faculté de représentation a quelque chose d’un gant. Sans imagination historique, le passé demeure une pure abstraction. Pour l’éveiller, l’intérêt scientifique ne suffit pas. Il y faut une capacité qui s’apparente à l’empathie »

«  Linguistic turn, , semantic turn, iconic turn ou encore spatial turn... les prolongements de la postmodernité ont tendance à se mouvoir comme le hamster dans sa roue... Que les théoriciens n’aient pas le vertige, à force de tourner ainsi en rond, voilà qui prouve leur sens de l’équilibre. Hélas, je n’ai jamais pu vraiment suivre leurs exercices sportifs ».

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