22 septembre 2014

La Fabrique et le manuel du diplo

 

mhcr



Vendredi, la Fabrique de l'histoire a présenté le manuel d'histoire critique publié par Le Monde diplomatique (24e-40e minute) -
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-actualite-de-l-histoire-laurence-de-cock-benoit-breville-roland-e


qq observations :
L'histoire, pas seulement scolaire, ne peut échapper aux clivages politiques.

- A droite, le lobbying en faveur d'une histoire franco-française exaltant les chefs (de guerre) a pris la suite de la controverse sur l'identité nationale (et la place de l'immigration). Les débats autour du totalitarisme illustrent aussi la survivance des affrontements entre nationalistes et communistes (cf. la Hongrie de Orban) 

- En nov 2009, Chatel a supprimé l'HG en terminale S. En 2012, Hollande l'a rétablie, avec un horaire réduit.
En 2010, les programmes de lycée ont été écrits dans l'urgence, tout comme les manuels de seconde. Tout devait être bouclé pour 2012. Toutes les séries générales ont été déstructurées (compacter deux programmes en un seul). En première, certains choix ont été contestés : « Aux larmes lycéens » titrait Annette Wieviorka dans L'Histoire.

Plus largement, il y a aurait beaucoup à dire sur les manuels scolaires, devenus des livres d'images sur papier ou sur écran. Pas seulement sur des erreurs ponctuelles. Mais aussi dans leur logique : le « comment » y a supplanté le « pourquoi ». Plus le temps de s'intéresser à la pluralité des interprétations.
Les historiens revendiquent la formation de l’esprit critique. Pourtant quand un manuel reproduit une photo de 1917 avec trois femmes attelées, les auteurs oublient de poser des questions sur les mécanismes et la portée de la propagande. http://clioweb.canalblog.com/tag/lecturespourtous

L'histoire grand public exploite d’autres filons : dans les magazines, l'histoire-bataille est partout. La TV publique met surtout en scène les coucheries des puissants dont elle expose le luxe et l’architecture. Sans souci de la société du temps : plus de place pour le Molière d'Ariane Mnouchkine ou pour les petites gens de Beauvais étudiés par Pierre Goubert. Faut-il s'étonner alors de la survivance des clichés (le partage de Yalta), même quand les historiens ont démontré leur stupidité ?

La Fabrique montre ce qu'il est possible de faire.
Le web est trop peu exploité par les historiens de métier. De très nombreuses revues sont accessibles en ligne, seules ou via le portail Persée : Histoire@Politique, Cahiers d'histoire (critique)... Les internautes ne reculent pas devant un travail d'artisan. Mais il manque vraiment un portail professionnel qui sache faire connaître davantage les questions posées par les historiens d'aujourd'hui aux sociétés d'hier.

.

Posté par clioweb à 08:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


12 avril 2013

Les paradis fiscaux, c'est fini

 

- «Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est fini...» - NS 23.09.2009

- Exil, Caïman… les portes des paradis - Libération économie 10.04.2013
Lancée en 2009, la lutte contre les places offshore a peu progressé sur le terrain. Mais gagne les esprits.
http://www.liberation.fr/economie/2013/04/10/exil-caiman-les-portes-des-paradis_895300

- « L’évasion fiscale est une menace de plus pour le pacte républicain » - Libération économie 10.04.2013
Interview de John Christensen, Conseiller économique de Jersey devenu militant, directeur de Tax Justice Network
http://www.liberation.fr/economie/2013/04/10/l-evasion-fiscale-est-une-menace-de-plus-pour-le-pacte-republicain_895315

- Le Monde diplomatique et l'Atelier de cartographie de Sciences-Po proposent des cartes
Dans l’archipel planétaire de la criminalité financière, Philippe Rekacewicz, 1er avril 2000
http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/#Economie-et-finance
http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/

Les paradis fiscaux en 2011
http://cartographie.sciences-po.fr/fr/paradis-fiscaux-2011


- Larmes de Filoche contre larmes de crocodile - Tribune de Pierre Marcelle - Libération Rebonds, 12.04.2013
La presse se déchaîne contre les politiques, supposés tous pourris.
JMM après avoir plombé les comptes de Vivendi emballe 20 M d'euros d'indemnités, Lombard enterra le service public et une trentaine de salariés conserve après sa démission 500 000 euros comme conseiller spécial.
A partir d'un certain niveau de compétence supposée, l'incompétence avérée ne saurait être sanctionnée. Les pauvres, on les vire. Avez-vous jamais vu un patron viré pour incompétence notoire ?
à venir demain en ligne :
http://www.liberation.fr/politiques/2013/04/11/larmes-de-filoche-contre-larmes-de-crocodile_895519


La morale laïque enseignée à ceux qui font des affaires ?
Pour leur éviter de tomber dans la corruption et la médiatisation de leurs affaires peu avouables ? Une piste à souffler au ministre de l'Education et à ses conseillers spéciaux : la morale, ce n'est pas seulement pour les pauvres. Pas plus que le civisme.

 

cayman2

 Cayman Islands - source : Google Maps

caymans

Cayman Islands - source : Google Maps


.
.

Posté par clioweb à 08:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

01 décembre 2012

Aux armes lycéens ! - suite

 


Annette Wieviorka, « L'enseignement de l'histoire en question », Études, 2012/11 Tome 417, p. 475-483
http://www.cairn.info/revue-etudes-2012-11-page-475.htm

L'analyse reprend et prolonge l'article Aux armes lycéens ! publié par L'Histoire en mars 2012

Extraits :
« Le cours d’histoire devrait être l’occasion de se dégager de l’air du temps, de réfléchir, d’analyser, de tenter de comprendre, de prendre la mesure du temps en prenant soin de la chronologie qui le structure. La conception qui se dégage des programmes de 2011 est au contraire une conception doloriste d’une histoire
tentant à faire communier les adolescents dans la souffrance du passé ... »

« On peut traiter de la Grande Guerre sans évoquer Pétain ou Clémenceau, sans parler de l’Alsace et de la Lorraine, et sans expliquer le patriotisme ou le nationalisme. La psychologie règne en maître. Les hommes sont « traumatisés » comme le sont les sociétés. Il n’est pas question de la révolution bolchevique, ni d’ailleurs du traité de Versailles. Rien ne permet de comprendre le monde qui naît de cette guerre, sinon que tout le monde a beaucoup souffert ».
« La Seconde Guerre mondiale suit la première, sans transition. Sa particularité est d’être un « degré supplémentaire dans la guerre totale »...

« L’usage de la notion de « guerre totale » est devenu l’étalon de mesure de l’importance d’une guerre... Dans une concurrence des conflits comme il existe une concurrence des victimes, chaque chercheur proclame « sa » guerre totale. De la Seconde Guerre mondiale à celle de 14-18, nous sommes remontés à la guerre de Sécession, puis à la campagne napoléonienne de Russie. Nous attendons que les antiquisants revisitent les guerres du Péloponnèse ou la guerre des Gaules pour en faire les premières « guerres totales ». Cette notion met entre parenthèse le politique ».
« Le terme « d’anéantissement », lui non plus, ne va pas de soi. Et pour cause. Il englobe toutes les victimes, les combattants comme les victimes des bombardements... »

« Les nouveaux programmes laissent penser que c’est la « folie des hommes » qui cause des génocides. Avec un tel présupposé, enseigner l’histoire reviendrait à extirper le mal présent en chacun de nous en communiant avec les souffrances des hommes du passé. À cette aune, toutes les souffrances de toutes les guerres se valent. C’est la défaite de la pensée, de la volonté de comprendre, de l’intelligence ».

« Les auteurs de manuels ont bien perçu la difficulté de décrire des guerres sans chronologie et sans contexte... »

Cette dérive est mise en relation avec les injonctions politiques : lire la dernière de Guy Môquet, confier à un élève de CM2 la mémoire d'un enfant victime de la Shoah, 11 novembre célébration des soldats morts dans toutes les guerres, Histoire de France réduite à l'identité nationale avec une Maison installée dans les locaux des Archives nationales ...

« Nous écrivons ce texte alors que François Hollande vient d’être élu président de la République. Parmi ses engagements figurent ceux de rétablir la formation des enseignants et de réintroduire l’enseignement de l’histoire en classe terminale scientifique. Pour le reste – les programmes d’histoire, les archives… – il est encore trop tôt pour savoir si une nouvelle politique sera mise en place. Mais nous souhaitons insister sur le fait qu’une politique en matière d’histoire forme un tout. C’est une politique de l’archive. C’est la liberté de la recherche et le respect des enseignants et des chercheurs. C’est un enseignement qui permet aux élèves de se situer dans le temps et de savoir de quelle histoire est fait le monde dans lequel ils vivent ».


.