06 mars 2014

Nuit et Brouillard face à ses détracteurs

 

westerbork

Westerbork, 19 mais 1944 in Nuit et Brouillard.
devant des images, on ne voit que ce que l'on veut voir.


Nuit et Brouillard , film de toutes les polémiques
, Franck Nouchi, Le Monde 03.03.2014 
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/03/03/nuit-et-brouillard-film-de-toutes-les-polemiques_4376546_3246.html


Film de toutes les polémiques ?
La formule est surprenante.
Le film a été censuré en 1956 à la demande du ministère qui dirigeait la gendarmerie, et privé de Canne sur la demande de la RFA.
Il ne s'agit donc pas de polémiqueS, mais de censure.
Par la suite, le chef d'oeuvre d'Alain Resnais a été violemment critiqué par Lanzmann et ses proches, avec des arguments qui méritent  discussion, sauf pour ceux qui ne jurent que par Shoah. Là on peut parler de polémique au singulier.

Pour avoir longuement exploité ce film en classe d'histoire, aussi bien en 16 mm (copie en noir et blanc), en VHS, en vidéo (noir et blanc/couleur - merci le numérique !),  après avoir lu l'excellent ouvrage de Sylvie Lindeperg (Nuit et Brouillard, un film dans l'histoire), il est possible de voir une très forte dose de mauvaise foi dans ces critiques simplistes, paresseuses et contestables.
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm
http://clioweb.free.fr/camps/lindeperg.htm


« Nuit et Brouillard est un film sur l'univers concentrationnaire, en ce sens qu'il ne différencie pas explicitement les camps de concentration des camps d'extermination. Et si l'on y voit les chambres à gaz d'Auschwitz, la spécificité du génocide juif n'apparaît pas (le mot juif n'est cité qu'une seule fois) »

Pas de juif ?
Vers la 5e mn, Nuit et Brouillard exploite les images nazies d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944 : tous les déportés portent une étoile, et le train part vers Birkenau et vers Bergen-Belsen

cf Chronique internet 403 : D'après Sylvie Lindeperg, bloqué dans ses recherches d'images par les militaires français (SCA) et anglais, Resnais se tourne vers l'institut néerlandais de documentation de guerre (Amsterdam). Il y découvre les plans tournés par les Britanniques lors de la libération de Bergen-Belsen, et les images d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944.
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg403.pdf
http://clioweb.canalblog.com/tag/westerbork
Visiblement, pour ceux qui voulaient démolir la réputation du film, on ne voit que ce que l'on veut voir.

Pas de juif ?
de larges extraits de Nuit et Brouillard ont été projetés lors du procès Eichmann à Jérusalem.
cf Chronique internet 405 : Lors de l'audience du 8 juin 1961, l'oeuvre d'Alain Resnais a été abondamment utilisée : une trentaine d'extraits, parfois très découpés, ont été retenus pour une durée cumulée d'une quinzaine de minutes.
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg405.pdf


Le simplisme n'est pas absent de cette polémique intéressée.
The Destruction of the European Jews, l'ouvrage de Raul Hilberg est publié aux USA en 1961.
Les historiens n'ont donc pas attendu un génial réalisateur pour faire leur travail.
Mais en France, la traduction ne paraît qu'en 1985 !


Nuit et Brouillard évoque plutôt l'enfer de Buchenwald et le sort des résistants déportés
que Birkenau et la mort industrielle planifiée par le racisme hitlérien.
Faut-il s'en étonner dix ans après la fin de la 2GM ?
Pourquoi faudrait-il exiger d'un cinéaste de 1955 de faire le travail de celui de 1985 ou  de 2014 ?

On meurt aussi dans les camps de concentration :
« Nous sommes tous, au contraire, ici pour mourir. C'est l'objectif que les SS ont choisi pour nous. Ils ne nous ont ni fusillés ni pendus mais chacun, rationnellement privé de nourriture, doit devenir le mort prévu, dans un temps variable »
écrivait Robert Antelme dans L'espèce humaine.
Une réalité qui a quasiment disparu des programmes de première qui ont suivi la déstructuration de l'histoire scolaire par le ministre Chatel.

Sylvie Lindeperg a laissé à d'autres l'étude des usages du film en classe, en lycée pendant deux générations.
Mais elle montre que le film a  été mobilisé au service du combat contre l'antisémitisme, projeté à la TV aussi bien après l'attentat de la rue Copernic qu'après Carpentras. Et sans doute vu bien davantage que Shoah.

Le film a des défauts (l'erreur sur les chiffres, le risque de la sidération), mais son appel à la vigilance en 1956 mérite toute notre attention : en Algérie, la guerre d'indépendance dure alors depuis deux ans, et la torture réapparaît, une décennie seulement après la défaite des hitlériens.

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03 juin 2013

Les conseils juifs et les nazis

 

« Parler de "collaborateurs" pour les conseils juifs me paraît inadéquat »
entretien avec l'historienne Annette Wieviorka à l’occasion des films Hannah Arendt et Le dernier des injustes

extraits :
« La perversité du système nazi, c’est d’impliquer des victimes dans leur propre persécution ».
« Je pense que certains dirigeants juifs n'ont effectivement pas correctement interprété cette rationalité nazie. Le président du conseil juif de Lodz, Chaim Rumkowski, était persuadé que les juifs pouvaient être utiles aux Allemands parce qu'on avait installé, autour du ghetto, des ateliers de confection pour l'armée allemande. Aujourd'hui, cette illusion du salut par le travail nous semble absurde. Mais en même temps on célèbre un Schindler qui a sauvé des milliers de juifs en les embauchant dans ses entreprises et on le considère comme un Juste parmi les nations. Personne, en revanche, ne célèbre le fait que les survivants du ghetto de Lodz faisaient partie de ces travailleurs. Y avait-il, du reste, une rationalité nazie unique ? »

« L'équipe de l'historien Emanuel Ringelblum, enfermé dans le ghetto de Varsovie, a rassemblé archives sur archives. A un moment, les éléments ainsi récoltés ont pris sens, et le groupe a compris que les juifs étaient destinés à l'annihilation .. De ce groupe ne sont demeurés que trois survivants ».

« La question de l’attitude des conseils juifs a été débattue en Israël de façon constante ».

Rappel :
Maurice Kriegel, Trois mémoires de la Shoah États-Unis, Israël, France
À propos de Peter Novick, L’Holocauste dans la vie américaine, Le Débat 117, 2001
Toujours en accès payant sur Cairn, 12 ans après ...

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19 mai 2013

Lanzmann et l'indicible

 

Le dernier des injustes - «C’est une histoire folle, l’acmé de la cruauté», Libération cinéma - 17.05.2013 (source NM)
http://next.liberation.fr/cinema/2013/05/17/c-est-une-histoire-folle-l-acme-de-la-cruaute_903854

extraits -
« J’ai voulu montrer que les conseils juifs, ces soi-disant collabos juifs n’étaient pas des collabos »

Benjamin Murmelstein avait été nommé par les nazis à la tête du conseil juif  du camp de Theresienstadt, le Disneyland de la déportation. Lanzmann l’avait longuement interviewé à Rome, en 1975, sans utiliser les rushes.
CL : «La banalité du mal», le concept d’Hannah Arendt, est d’une grande faiblesse »

Q - « On sent que vous êtes fasciné et séduit par le personnage de Murmelstein…
R - J’ai une sympathie formidable pour son intelligence, pour les contes mythologiques qu’il raconte, par sa présence d’esprit, par sa combativité. Il se sentait investi d’une mission, il a sauvé des milliers de Juifs. C’était un aventurier.
Q - Pendant que vous filmez, vous vous voyez à sa place ?
R - Oui ».

Lanzmann, à double tranchant
http://www.liberation.fr/festival-cannes-2013/2013/05/17/lanzmann-a-double-tranchant_903849


« Je tue les nazis avec ma caméra », Lanzmann 1985
http://www.liberation.fr/societe/2013/05/17/juste_903846

« On peut décrier l’homme d’une insupportable et ridicule vanité, telle qu’elle transparaît à chaque page de son autobiographie, le Lièvre de Patagonie. On peut critiquer son admiration aveugle d’Israël et de son armée. Comme l’écrit David Rieff dans The Nation : «Quand Israël et les juifs sont concernés, l’objectivité ne lui semble jamais morale, pas plus qu’elle n’existe quand il s’agit de son œuvre.» Lanzmann, jamais à court de rages et de polémiques, s’arroge ainsi un monopole sur la Shoah. Récusant toute autre thèse, toute autre image, tout autre témoignage sur l’Holocauste que son travail.
Il reste que son œuvre admirable a permis de montrer et de dire l’indicible ».

[ Surprenant pour ceux qui prétendaient qu'un historien qui cherchait à expliquer la destruction des Juifs était sur la voie de la complicité. Juste une ficelle rhétorique pour « s’arroger le monopole » de l’histoire de cette destruction ? Relire aussi les sentences pérémptoires sur la place des images dans cette histoire. ]



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18 septembre 2011

2 GM - L'innommable ?

 

La destruction des juifs dans la classe Chatel de 1ere :

- La tribune de Claude Lanzmann :  http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/08/31/21903451.html

- Gilles Rozier, Penser la complexité : http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/09/10/21998439.html

- Le Monde, L'innomable : http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/09/18/22079308.html

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Enseignement de la Shoah

Dans une tribune publiée dans "Le Monde" du 31 août, l'écrivain et cinéaste Claude Lanzmann s'est élevé contre la suppression présumée du terme "Shoah" des manuels scolaires.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/30/contre-le-bannissement-du-mot-shoah-des-manuels-scolaires_1564775_3232.html

Luc Chatel le ministre a tenté de le rassurer. "Le terme Shoah n'est pas présent dans l'intitulé du programme, reconnaît le ministère, mais la Shoah est enseignée en CM2, en 3e et en 1re."
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/05/luc-chatel-que-claude-lanzmann-se-rassure_1567727_3232.html


Le Monde a mis en ligne 4 points de vue :

- Transmettre la complexité de l'histoire et de la mémoire.
Benoît Falaize insiste sur le métier des historiens et des profs d'histoire. Il rappelle le rôle de Dominique Borne dans l'évolution de l'histoire scolaire.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/16/transmettre-la-complexite

Dominique Borne veut Eviter la concurrence des victimes.
Replacer l'histoire des juifs dans une histoire longue, et ne pas se limiter à la 2 GM, c'est indispensable pour laîciser cette histoire. http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/16/eviter-la-concurrence-des-victimes

Le mot Shoah a acquis droit de cité dans la conscience des Français, selon Serge Klarsfeld qui écrit : « Il existe certainement au sein de l'éducation nationale et des éditeurs des manuels scolaires une tendance [conduisant à banaliser la réalité du génocide ]. L'indignation de Claude Lanzmann (Le Monde du 31 août) est légitime, car préventive »
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/16/shoah-droit-de-cite

L'innommable.
Tal Zana s'étonne de la volonté de situer un événément historique dans un imaginaire fondateur, surnaturel, unique et totalitaire.
« Tuer, détruire, expulser, massacrer, assassiner, opprimer, soumettre, violer, bannir, faire taire, faire disparaître : de toutes les catastrophes passées, présentes et futures, sommes-nous fatalement condamnés à jouer, jusqu'à la fin de temps, à qui a la plus grosse ? »
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/16/l-innommable_1572954_3232.html


[ Nous avons souligné que la tribune de Lanzmann est fondée sur un contresens
Tout le problème vient de la suppression de l'HG en Terminale S.
Il a fallu réécrire en urgence les programmes de lycée, faire tenir deux programmes en un seul.
Du fait de cette compression, toute la 2 GM doit tenir dans un seul chapitre, là où elle occupait 3 chapitres auparavant : La guerre, la France dans la 2 GM, La destruction des juifs.
Et une grille de lecture unique lui est appliquée, celui d'une guerre d'anéantissement. Avec des risques d'erreurs d'interprétation.

Dans le choc des personnalités et des institutions, les arguments avancés tiennent souvent de la rhétorique : banaliser la réalité du génocide écrit par exemple Serge Klarsfeld qui veut faire l'éloge du mot shoah. Le 27 janvier est la journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité.
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article65

Ils oublient l'essentiel : le travail mené depuis deux générations par les historiens de la 2 GM, notamment sur les rapports entre l'histoire et les mémoires de groupe. Et le temps nécessaire en classe pour enseigner une histoire riche et complexe]


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10 septembre 2011

2 GM - Shoah : Penser la complexité



Shoah : pourquoi refuser de penser la complexité ?
http://www.liberation.fr/societe/01012358713-shoah-pourquoi-refuser-de-penser-la-complexite

dans une tribune publiée par Libération,
Gilles Rozier rappelle les débats suscités par la création d'une Journée du souvenir de la catastrophe et de l’héroïsme et les polémiques qui ont accompagné le choix du mot Shoah

« Si Raul Hilberg a consacré sa vie, réunie dans un ouvrage de plus de mille pages, pour circonvenir la complexité d’une entreprise de mort inouïe, c’est bien que le génocide des Juifs par les nazis n’était pas réductible à un mot de cinq lettres ... ».

« Monsieur Lanzmann nous explique que, pour tenter d’appréhender une catastophe innommable, il fallait un titre incompréhensible. Pendant ce temps, le fait que le camp d’Auschwitz se soit transformé en un des lieux les plus touristiques de notre temps ne semble pas le déranger ».

« Il faut Raul Hilberg pour tenter d’approcher la destruction des Juifs d’Europe. Il faut Primo Levi pour essayer de saisir Auschwitz. Les suppliciés n’ont plus besoin de visites guidées. Ce n’est pas ainsi, pour reprendre une expression de Cécile Wajsbrot, qu’il sera possible de vivre et se souvenir à la fois ».

- Shoah, un mot français - Le Monde 10/019/2011
C'est en 1959 que les autorités de l’Etat d'Israël l'adoptent, de préférence à Hurbn (destruction).

Patrick Jean-Baptiste Dictionnaire des mots français venant de l'hébreu, Seuil, 618 p
257 mots de notre vocabulaire seraient d'origine hébraïque ou araméenne (l'araméen était la langue proche de l'hébreu parlée dans l'ensemble du Moyen-Orient antique, probablement par Jésus ainsi que par de nombreux auteurs du Talmud).
Le dictionnaire tient compte aussi bien des attributions certaines que probables.


rappels :

La tribune de Claude Lanzmann dans Le Monde : http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/08/31/

Raul Hilberg, The destruction of the European Jews, Yale Univ. Press, 1961, 2003
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Destruction_of_the_European_Jews

Primo Levi, Si c'est un hommehttp://clioweb.free.fr/dossiers/39-45/primolevi.htm

Alain Resnais, Nuit et Brouillardhttp://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm

La déportation dans les camps nazis, sélection de sites web : http://clioweb.free.fr/camps/deportes.htm

 

Deux autres points de vue :
- Henri Meschonnic, Pour en finir avec le mot Shoah. Tribune parue dans Le Monde, 20-21 février 2005
http://joelle.zask.over-blog.com/article-32671466.html

- Tony Judt, Trop de Shoah tue la Shoah, Le Monde diplomatique, juin 2008
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/06/JUDT/15982

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31 août 2011

2 GM - Le siècle des anéantissements


Contre le bannissement du mot Shoah des manuels scolaires -

Dans une tribune publiée par
Le Monde, Claude Lanzmann part en guerre contre le nouveau programme Chatel d'histoire en première : le terme Shoah y serait banni et remplacé par celui d'anéantissement.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/30/


Plusieurs détails montrent que son information est incomplète :


- Les critiques portées par 2 Inspecteurs généraux à une prof d'histoire de Nancy portent sur un entretien, par sur une leçon d'histoire.

- Les manuels ne sont pas en cause, mais les instructions officielles.
Inutile de citer et d'attaquer les éditeurs Hachette, Hatier, Magnard.

>> Une circulaire, parue dans le Bulletin officiel n° 7 de septembre 2010 de l'éducation nationale

Il s'agit du BO spécial n° 9 du 30 septembre 2010 : Les programmes du lycée Chatel.
La Seconde Guerre mondiale : guerre d'anéantissement et génocide des Juifs et des Tziganes
http://www.education.gouv.fr/cid53319/mene1019675a.html
http://www.education.gouv.fr/cid53354/au-bo-special-n-9-du-30-septembre-2010-programmes-d-enseignement-du-lycee.html

- Le programme a été publié en septembre 2010, et les nouveaux manuels envoyés dans les lycées en mai et juin 2011. Inutile de chercher "un mauvais coup à la faveur de l'été (2011)".
.
Programme de première, directives officielles :

 La Seconde Guerre mondiale : guerre d'anéantissement et génocide des Juifs et des Tziganes
La Seconde Guerre mondiale témoigne d’un degré supplémentaire dans la guerre totale, ce dont le programme rend compte en l’abordant par l’étude de la volonté d’anéantissement de l’adversaire, qu’il soit militaire ou civil, doublée par la volonté politique d’exterminer spécifiquement certaines catégories de populations (génocide des Juifs et des Tziganes, indépendamment de leur nationalité).
Déjà présente dans le premier conflit mondial, la conception de la guerre totale comme guerre d’anéantissement (théorisée par Clausewitz au temps des guerres de la Révolution et de l’Empire) est portée à son paroxysme lors du second. En témoignent tant le jusqu’au-boutisme des belligérants, qui amène à faire disparaître la distinction entre combattants et non-combattants (combats à outrance, bombardements stratégiques des villes, massacres de prisonniers ou de populations civiles, traitement des prisonniers de guerre …), que la politique raciste menée par les Allemands à l’encontre des populations juives et tziganes dans les territoires qu’ils contrôlent.
Il ne s’agit donc pas de présenter dans le détail les événements, mais d’aborder la question de manière problématisée en insistant sur les caractéristiques nouvelles du conflit : place des idéologies, guerre de mouvement, extension géographique, guerre technique et industrielle, ampleur des destructions (humaines et matérielles), en privilégiant la présentation du massacre des Juifs et des Tsiganes comme un phénomène particulièrement révélateur de la dimension d’anéantissement de la guerre au XXe siècle.
http://media.eduscol.education.fr/file/lycee/70/2/LyceeGT_Ressources_Hist_1_04_GuerresPaix_184702.pdf


- Cette tribune illustre un double paradoxe :

. Elle oublie de regarder du côté de la géo : les lycéens scientifiques, dans leur majorité, n'étudieront plus la mondialisation ni la géographie du monde actuel. Dommage pour de futurs cadres et de futurs dirigeants. Qui s'en est soucié, en dehors du cercle des géographes de métier ? Ne faudrait-il pas se battre pour un devoir de géographie au lycée ?


. Venant sans doute après la campagne contre une double page du manuel Hachette, cette tribune prétend que la destruction des juifs a disparu des programmes. C'est un contresens : cette destruction devient la principale grille de lecture de l'histoire de la 2 GM. Au risque de laisser certains élèves chercher une volonté d'anéantissement dans la stratégie des Alliés en lutte pour la reddition sans conditions de l'Allemagne hitlérienne et du Japon impérial.

Un dommage collatéral. C'est à la suite d'une décision très contestée de l'actuel ministre (supprimer l'HG en Term Squ'il a fallu réécrire en urgence les programmes et compacter deux années scolaires en une seule, avec les dégâts que l'on peut imaginer : sur la 2 GM, 3 chapitres (environ 75 pages en première) ont été remplacés par un seul chapitre (environ 20 pages), faisant par exemple l'impasse sur les Résistances au nazisme, sur le front de l'Est ou la guerre du Pacifique ...

Dans un premier projet, l'histoire de la France depuis 1958 a disparu de l'ensemble des séries. Dans le texte final, elle sera largement inconnu des lycéens qui ne feront pas d'histoire en Terminale S.

 
. La tribune de Lanzmann a été précédée par un texte qui avait fait moins de bruit
Guy Konopnicki, Le nouvel enseignement du mépris - Primo, 25-07-2011
http://www.primo-info.eu/selection.php?numdoc=Do-211998549

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Shoah, holocauste, génocide, destruction des juifs d'Europe, l’extermination des Juifs et des Tziganes, etc...

Sur le fond, les musées mémoriaux illustrent la multiplicité des lectures et des choix possibles. 
2 exemples qui n'utilisent pas le terme shoah :
L'USHMM, United States Holocaust Memorial Museum fait référence à l'Holocauste, comme le téléfilm de 1979. 
http://www.ushmm.org/
Yad Vashem, combinerait mémorial (Yad) et un nom (Shem)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mémorial_de_Yad_Vashem

Deux autres points de vue :
Henri Meschonnic, Pour en finir avec le mot Shoah. Tribune parue dans Le Monde, 20-21 février 2005
http://joelle.zask.over-blog.com/article-32671466.html

Trop de Shoah tue la Shoah
Tony Judt, Le Monde diplomatique, juin 2008
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/06/JUDT/15982

 Raul Hilberg, The destruction of the European Jews, (Yale Univ. Press, 1961, 2003)
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Destruction_of_the_European_Jews

 

.Le devoir de mémoire menace-t-il la vérité de l’histoire ?
A Rennes, le 15 avril dernier, Claude Lanzmann et Pierre Nora participaient au forum de Libération.


Les réécouter sur France-Culture et noter l'agacement de l'historien :
à écouter à l'adresse : http://www.franceculture.com/rennes-nora-lanzmann
Les plus techniciens sauront utiliser le cache de leur navigateur pour récupérer le fichier mp3 (environ 50 Mo)

Vers la 34e minute : à propos de la loi Gayssot et des lois mémorielles qui ont suivi
PN : « Si l'association Liberté pour l'histoire n'était pas intervenue, plusieurs lois étaient en préparation : la Vendée, la saint Barthélémy, l'Ukraine et les roms. Toute l'histoire de France aurait pu être criminalisée »

CL : « J'en ai un peu marre de t'entendre comme cela, non ? »
 « Voyez comme ils sont :  (ils imposent ) une sorte de sacralisation enivrée de leur propre discipline ! »
PN : « N'importe quoi... »
CL : « Pas du tout n'importe quoi, c'est exactement cela »
ND : « Et ils sont amis »
PN : « (Et j'ajoute que je n'ai pas beaucoup envie) de capituler devant Claude »


37e - CL a eu à faire la laudatio  de Raoul Hillberg à Burlington, à l'université du Vermont.
CL : « Marrus, il avait des petits yeux vipérins, il était prêt à me fusiller avec sa langue »

38e : CL « Quand mon film Shoah est sorti, cela a été la panique chez pas mal d'historiens.
S
oudain, le savoir historique changeait de nature »

41e : « Vous demandez une différence de traitement (pour la destruction des juifs) »
CL : « Pas du tout ! »
« Je demande une différence de traitement parce qu'il y a une différence de traitement...
je vous explique ... dans la traite des noirs, ils avaient besoin de la force de travail, il ne s'agissait pas de les exterminer.
Avec les juifs, c'est autre chose...»

...
06/09/2011
Shoah : l'éducation nationale ne voit pas matière à polémique - Le Monde - 05.09.11
http://www.lemonde.fr/societe/2011/09/05/enseignement-de-la-shoah

L'article évoque une stupidité du nouveau programme de 1ere (on peut traiter la 2 GM avant d'étudier le nazisme !),
parle de méconnaissance du nazisme, de confusion possible entre compassion et histoire.

"Que Claude Lanzmann se rassure" écrit Chatel dans Le Monde 06/09/2011...
Internet dépannera les profs. Le site web shoah.education.fr a été créé en 2008. 
NS voulait alors confier la mémoire d’un enfant juif de France mort du fait de la shoah à chaque élève de CM2. « C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste » avait commenté Simone Veil.
Un autre site web est annoncé pour janvier 2012.

 

 

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17 avril 2011

Rennes : Nora - Lanzmann


Forum Libération, Rennes 2010 en différé

- Le devoir de mémoire menace-t-il la vérité de l’histoire ? 
En duettistes espiègles, l’historien Pierre Nora et le réalisateur Claude Lanzmann ont pris un plaisir instructif à faire vivre le sujet au présent.
http://www.forumlibe2011.rennes.fr/

- Pierre Nora - L’historien doit connaître et faire connaître - Libération 05/04
http://www.liberation.fr/tribune/

Claude Lanzmann - La mémoire n’est pas un devoir - Libération 05/04
http://www.liberation.fr/tribune/

Claude Lanzmann épingle les voyages de lycéens à Auschwitz, il moque les commémorations du 16 juillet depuis Chirac : selon lui, l'émotion de l’entre-soi et le secret partagé ont laissé place aux fauteuils dorés et au défilé des officiels rue Nélaton.

Shoah ? « c'est un des 10 films qui ont marqué l'histoire du cinéma ». Ne serait-ce plus le plus grand film de tous les temps ? Lanzmann aurait-il gagné en modestie ?
Dans ce film, l’histoire est dite par les témoins. Selon Lanzmann, cette forme d'incarnation de la vérité aurait semé la panique chez les historiens (il cite Marrus lors du départ à la retraite de Raul Hilberg)…

« Tu utilises des catégories pauvres, cela m'étonne de toi ! » lance-t-il à l'adresse de Pierre Nora, dont il moque « le joli visage d'opprimé ». Celui-ci venait de rappeler la formule : « l’histoire rassemble, la mémoire divise ». Visiblement, Lanzmann semble placer la loi Gayssot au dessus de tout, et ne pas avoir digéré le combat de Pierre Nora et de Françoise Chandernagor contre les lois mémorielles (Liberté contre l'histoire).

Pierre Nora, qui refuse « la capitulation sans conditions » défend l'intérêt d'une histoire commune, pour savoir d'où l'on vient et ce que l'on doit aux générations précédentes.

  

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06 avril 2011

Rennes : histoire et mémoires

Lors des prochaines Rencontres de Libératon à Rennes
http://www.liberation.fr/forumrennes.html
(les débats suivants affichent déjà complet)

vendredi 15 avril, 

14 30 : À qui appartient l'histoire ?
avec Hervé Lemoine, directeur du Musée des monuments français et Nicolas Offenstadt, historien

16 30 : Devoir d'histoire, devoir de mémoire
avec Claude Lanzmann, écrivain et cinéaste et Pierre Nora, historien

La mémoire n’est pas un devoir. Claude Lanzmann
««  Grâce à Shoah (le film), le savoir historique change de nature, on assiste ... à une incarnation de la vérité (Vérité?), le contraire de la faculté d'aspetisation de la science, même de la science historique »». Lanzmann, toujours aussi suffisant, se compare à Primo Levi et à Raul Hilberg. Hors des 9 h 30 de Shoah, point d'histoire, point de salut ! :-) 
http://www.liberation.fr/tribune/01012329780-la-memoire-n-est-pas-un-devoir

- L’historien doit connaître et faire connaître, Pierre Nora
« Le seul devoir ... d’un historien est de faire le «métier» qu’il a choisi. Il consiste à connaître et à faire connaître ; donc à savoir toujours davantage. A sentir et à faire sentir la différence des temps, ce qui suppose la convocation des mentalités, des sensibilités disparues et des mémoires. A comprendre et à faire comprendre, ce qui exige l’établissement des rapports, le sens du relatif et la mise en perspective ... »
http://www.liberation.fr/tribune/01012329781-l-historien-doit-connaitre-et-faire-connaitre 

18 h 30 : De la désobéissance civile  et de son bon usage,  avec William Bourdon, avocat et fondateur de l'association Sherpa et Monique Canto-Sperber, philosophe. La directrice de l'ENS et la désobéissance civile !!!

samedi 16 avril
16 h 30 - 
Aborder l'égalité fille / garçon dès le plus jeune âge ? avec Jean-Paul Lilienfeld, réalisateur et scénariste et Geneviève Fraisse, philosophe.

 .
Les enregistrements des débats de 2010 (Le bonheur, une idée neuve),
sont toujours disponibles en ligne au format mp3.
Lire également qq présentations :
http://www.forumlibe2010.rennes.fr/index.php?id=3109

Y a-t-il de la place pour de nouvelles utopies ?
Pierre Rosanvallon, Daniel Cohn Bendit
http://www.liberation.fr/societe/0101632817-y-a-t-il-de-la-place-pour-de-nouvelles-utopies 

Pierre Rosenvallon, Réinventer la démocratie (Grenoble) :
http://ratc9435ez.free.fr/economy/rosanvallon/


Posté par clioweb à 08:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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