25 novembre 2015

Sylvestre Huet, Science et Politique

 


Sylvestre Huet* sur les relations entre science, expertise et décision politique
* Prix 2015 de l’Union rationaliste
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/11/le-prix-2015-de-lunion-rationaliste.html
. http://sciences.blogs.liberation.fr/

extraits :
« Les objectifs de l'Union Rationaliste, depuis sa fondation par Paul Langevin (1930) :  « faire connaître dans le grand public l'esprit et les méthodes de la science » afin de « promouvoir le rôle de la raison dans le débat intellectuel comme dans le débat public » sont en effet au cœur de ma conception du métier de journaliste spécialisé en science comme de mes convictions de citoyen. A l'heure où les conceptions les plus archaïques des religions sont en cause dans les guerres qui ravagent le Proche Orient et dans les tueries qui ont endeuillé notre capitale, le combat pour la raison et la laïcité de l'Union Rationaliste est plus que jamais nécessaire ».


L'ignorance en partage ?
« Que connaissent de la science les scientifiques eux-mêmes, et je parle des chercheurs, pas des ingénieurs de l'industrie ? Ils connaissent, à fond la plupart du temps, leur coin de science. Et ont bien du mal avec le reste, immense. En voici deux témoignages issus du tout début de mon expérience professionnelle, vers le milieu des années 1980.

A l'époque, l'un de vos membres, le mathématicien Jean-Pierre Kahane, me dit – je cite en substance et de mémoire -  « lorsque j'étais jeune, je pouvais lire l'essentiel de ce qui était produit dans les mathématiques, au moins celles qui m'intéressaient. Aujourd'hui – c'était donc il y a près de 30 ans – je peux à peine lire ce qui se publie dans ma sous-sous-discipline ».

A la même époque un physicien dont le frère a reçu le Prix Nobel me racontait une excursion dans une réunion du laboratoire voisin. On y faisait de la physique nucléaire, lui étant physicien des particules. Très intéressante, la réunion, me confie t-il,  « mais à un moment, ils ont parlé technique, avec des maths, et là j'étais perdu ». Ce jour là, j'appris que les maths des particules ne sont pas celles du noyau... mais, surtout, que je devais vraiment faire très attention aux choix de mes « sources » dans les laboratoires. Ne pas demander à un spécialiste des poissons de me parler des baleines, à un astrophysicien de m'éclaircir les mystères des colloïdes, ne pas compter sur un physicien nucléaire pour comprendre la tenue d'une enceinte en béton de centrale nucléaire ou la rupture des tubes d'un générateur de vapeur, et, surtout, au grand jamais, ne pas demander à un géophysicien spécialiste de paléomagnétisme de m'expliquer l'évolution du climat depuis 150 ans.

Au delà de la méthode à suivre pour le journaliste débutant que j'étais à l'époque, cette perception brutale des limites du partage du savoir là où il se constitue, dans les laboratoires, contenait une leçon radicale. Même s'il faut sans relâche tenter d'élargir le cercle des connaisseurs, comme disait Brecht, et c'est ce que j'ai tenté de faire depuis 30 ans, il ne faut pas s'illusionner sur ce point : ce n'est pas par le partage avec tous les citoyens des connaissances scientifiques, telles qu'elles sont produites, que l'on pourra prendre en démocratie les décisions liées à ces connaissances par les technologies qu'elles permettent ».


Comment développer une expertise solide scientifiquement,
indépendante du pouvoir politique et des pouvoirs économiques et financiers,
à la fois fiable et audible ?

« L'efficacité de l'expertise n'exige pas seulement sa robustesse scientifique, son indépendance, son adéquation à la demande..., il faut qu'elle soit entendue, non seulement du pouvoir mais aussi de la société ».  S Huet rappelle l’importance de la commande et la capacité des experts à prendre en compte les différents points de vue et à déjouer les pressions.

Il souligne la suspicion des citoyens :
« Lorsque le peuple n’a plus confiance dans ses dirigeants... le discrédit s'étend à toute expertise, vécue comme un simple habillage de décisions politiques prises pour des raisons autres ».

« L'expérience populaire retient avec vigueur ce qu'elle a perçu, à tort ou à raison, des défaillances ou des mensonges. “Ils” - un « ils » souvent peu clair - nous ont menti sur l'amiante, sur le tabac, sur le sang contaminé au virus du Sida, sur les bienfaits de la technologie pour l'emploi, sur les risques du nucléaire (cf. Tchernobyl et Fukushima) ... Pourquoi nous diraient-ils la vérité maintenant sur les plantes transgéniques ou les nanotechnologies ? »

 

shuet

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sylvestre_Huet


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