11 janvier 2014

2014 : La laïcité en France


A quelle laïcité se vouer (sic) en France ? Le Monde culture et idées, 09.01.2014
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/01/09/a-quelle-laicite-se-vouer_4345602_3246.html


Que reste-t-il de la loi de 1905 ? (revue par les cléricaux des années 1920) interroge Stéphanie Le Bars. Elle cite Baubérot, Sauvé, Portier, Bianco, Glavany ... Pena-Ruiz est absent.

- La laïcité, c'est avant tout une question politique, pas au sens des institutions mais du choc entre visions de la société.
En 2007, les cathos traditionalistes conseillers de NS lui font dire :
« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal,
l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé
parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie
et le charisme d’un engagement porté par l’espérance »

Le très célèbre discours de Victor Hugo (1850) est prononcé lors du vote de la loi Falloux, contre les cléricaux dont les discours anticipaient celui du Latran en 2007. http://clioweb.free.fr/textes/hugo1850.htm
Léon Gambetta en 1877 ou Jules Ferry en 1883 se battent aussi contre la confusion entre politique et religion.
http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm#textes

En 1905, la loi de séparation énonce :
Art 1 - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.
Art 2 - La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte...[...]"
http://clioweb.free.fr/dossiers/1905/1905.htm


- L'article met utilement l'accent sur la distinction entre laïcité et sécularisation, sur le fait que nos sociétés ont pris une distance réelle avec les insitutions religieuses et une lecture cléricale du monde. Avec un effet pervers : les pratiquants sont moins nombreux, mais les traditionalistes se font entendre bien davantage dans l'espace public (cf les manifestations contre le mariage des homos).

Ce n'est pas seulement un recul des pratiques religieuses ou une privatisation de la croyance. C'est un fonctionnement différent de la société, un progrès vers une vision plus rationnelle du monde et de la société.
A cela s'ajoute deux éléments :
. Cette sécularisation tient à la situation du clergé. Si les catholiques font appel à des laïcs pour assurer les obsèques, c'est aussi parce que les vocations font défaut depuis plus d'une génération (et que l'Eglise refuse la prêtrise des femmes) .
. Une question de principe : en quoi un prêtre aurait-il légitimité à décider des formes de la vie sexuelle de ses voisins ?

- C'est aussi utile de pointer l'hypocrisie, en prétendant placer la religion dans l'ordre du privé et du familial. Là où elle est pratiquée, c'est aussi une dimension publique de la vie sociale. Simplement, le président de la République n'est pas forcé de s'afficher en fonction à la messe - comme Pompidou le faisait.

- La religion a donc moins de place dans le fonctionnement de la société.
Ce qui n'empêche pas les médias de continuer à mettre du religieux partout et tout le temps. On ne demande plus à un prêtre de se prononcer sur le Père Noël (cf Dijon 1951), mais après l'explosion d'AZF à Toulouse, certaines TV ont été capables d'aller interroger un imam ! Au nom de sa compétence en explosifs ?

- Beaucoup de situations de conflit sont liées à des questions de personne, à des tempéraments peu propices à la tolérance et au pluralisme, ou à la tactique de structures religieuses conquérantes (cf les évangélistes en Amérique).

- L'article n'évite pas la confusion entre conscience et croyance.
Le vocabulaire hérité des religieux continuer d'imposer son diktat. La croyance est la référence unique envisagée. Un rationaliste, un humaniste, c'est pour un clérical un non-croyant, un a-thée, un être humain à qui il manque quelque chose qui est supposé essentiel par un religieux, pratiquant ou non pratiquant. Il est donc nécessaire d'inventer des mots et de faire évoluer ceux qui servent dans les médias.

- « …la laïcité a été tour à tour « positive », « restrictive », « falsifiée », « exigeante », « à la française », « de combat », « d'intégration », « stricte », « apaisée », ou encore « républicaine » ».
Le début de l'article moque l'inflation des adjectifs.
Pourquoi alors finir en parlant de laïcité ouverte ?

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05 mars 2013

La morale à l'école, le retour ?



L'émission Rue des Ecoles a confronté deux points de vue sur la morale scolaire voulue par Vincent Peillon
http://www.franceculture.fr/emission-rue-des-ecoles-la-morale-laique-a-l-ecole-2013-03-02
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11192-02.03.2013-ITEMA_20455340-0.mp3


** Pourquoi enseigner la morale à l'école ?
Jean Baubérot et Louise Tourret avancent de nombreux arguments :

- Parce que Peillon l'a décidé :-)

- Pour renouer avec la IIIe République mythifiée, en evitant une morale d'Etat.
Les Nx Chemins ont rapproché Peillon et Jaurès.
dans RdE, JB voit dans la laïcité la réponse des républicains à la politique d'Ordre moral (1873).
La laïcité affirme la responsabilité de chaque citoyen qui n'a plus à obéir aux notables et à un dogme religieux.
Elle accompagne les lois qui assurent le triomphe des libertés (presse, association, conscience)

- Pour apprendre à vivre dans le pluralisme et la diversité des opnions.
Une volonté d'échapper à la progande des groupes extrémistes

- Pour échapper aux violences scolaires
Mettre des mots permettrait de déminer les conflits
(cf les dilemmes moraux joués et débattus à partir de scénettes)

- Pour demander à l'Ecole de suppléer à la défaillance des familles.
Ainsi, aider les plus modestes à prendre du recul par rapport
à la vision du monde portée par la TV (cf les séries policières)

- La morale concerne tous les acteurs de l'éducation.
Elle pourrait permettre de réenchanter le monde de l'éducation


** Pourquoi critiquer cette décision ?

- Parce que Peillon l'a décidé. :-)

- Pour Ruwen Ogien, il n'existe pas une morale laïque unique,
mais des formes multiples, hédoniste, utilitariste, éloge de la paresse...
Le culte voué à la réussite matérielle et à l'argent est aussi une forme de morale civile.

Le philosophe se veut charitable à l'égard du ministre.
Selon lui, Peillon pèche par naiveté (rôle excessif attribué à la rationalité), il confond le bon et le juste.

- Une éducation critique ne débouche pas automatiquement sur la morale voulue par le ministre et la rue de Grenelle.
La rationalité contredit tous les dogmes, y compris un dogme républicain

Elle peut au contraire montrer les limites de ce type de politique, et servir à souligner les contradictions entre les discours et la réalité (cf l'affirmation de l'égalité contredite par l'exploitation coloniale)

Alors, ne s'agirait-il pas d'une guerre aux pauvres ?
Pourquoi cultiver le consensus en laissant croire qu'une partie des élèves démolit l'école par son immoralité ?

RO n'a aucune hésitation sur les valeurs (solidarité, bien commun...) mais selon lui, elles sont un choix personnel (ou social) lucide et volontaire.

Le philosophe ferait plutôt le choix de modifier les structures pour faire exister une école avec davantage de démocratie,
davantage de respect, davantage de liberté. Pour lui, une école avec davantage de pluralisme et moins de nationalisme, ce serait une bonne chose.


** L'histoire a été invoquée dans le débat, mais avec des oublis.

- Ainsi, en l'espace de trois générations, l'école primaire a épuisé l'enseignement de la morale. La phrase quotidienne à commenter a disparu du tableau noir à la fin des années 1960, même si la droite a tenté de la réintroduire depuis 2002.

La leçon quotidienne n'a jamais empêché la dérive vers la maison de correction et de redressement
(cf Jacques dans Les Thibault,
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Thibault
ou le film Les 400 coups de Truffaut.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Quatre_Cents_Coups
L'évasion du Centre d'observation en vidéo
http://www.youtube.com/watch?v=doVaiuuH4RQ

La morale laïque n'a pas empêché le développement duracisme dans les années 1930 ni l'explosion de la délation lors de la 2 GM (cf. Le Corbeau)

** L'essentiel de ce que développe Baubérot existe déjà : c'est le cahier des charges de l'ECJS en lycée (civique, juridique et social - y ajouter éthique ?) voulu par Allègre : un enseignement qui n'appartient à aucune discipline, un travail de groupe, une recherche en documentatoin ou une enquête, des débats argumentés ...
Le choix des sujets suggère l'intêrêt porté au monde et aux sociétés actuelles : le citoyen et la loi, argent et société, violence et société, la bioéthique, Pluralismes des croyances et des cultures dans une république laïque
http://eduscol.education.fr/cid56547/ressources-pour-l-ecjs-au-lycee-general.html

- En ECJS, l'évaluation a été évitée : comment peut-on noter équitablement l'affirmation d'une opinion ou d'un préjugé ?

- La morale n'appartient à aucune discipline. Elle s'apprend autant en cours d'EPS qu'en lettres ou en latin.

- Comment enseigner la morale dans une société qui vante la compétition et la guerre de tous contre tous ? Ne faudrait-il pas d'abord moraliser les salaires des grands patrons et inciter les scénaristes de la TV à penser à leur rôle social ?


Il faut espérer que le corporatisme ne soit pas en cause dans l'initiative de Peillon : enseigner la morale, serait-ce une tactique pour étendre le domaine des profs de philo ?

L'annonce de la création d'un enseignement de morale laïque ressemble fort au fait du prince,
tout comme la suppression par Chatel de l'HG en Terminale S.
La décision politique a probablement été arrêtée bien avant le 6 mai 2012.
L'appel à une mission ne serait-elle pas une opération de comm' et une précaution de pure forme ?


Ruwen Ogien : La guerre aux pauvres commence à l'école - Sur la Morale laïque - Grasset 2013
(voir aussi son point de vue dans Libération 05.09.2012)
Jean Baubérot, La laïcité falsifiée, La découverte 2012

Ajouter les ouvrages d'Henri Pena-Ruiz
Qu’est-ce que la laïcité ? Gallimard Folio 09/2003
La laïcité. choix de textes
http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm

[ PS 1 : dans l'ouvrage Refondons l'école, page 136 : « Plus de 90 % des Français se sont déclarés favorables à l'instauration d'une morale scolaire ». Conclusion pour un politique : circulez, il n'y a rien à voir. La morale (au choix, laïque, civile, commune, bien-pensante) n'est pas un sujet de débat. Au mieux, un thème de communication politicienne.

PS 2 :Une mission a été confiée à 3 personnalités :
Laurence Loeffel, philosophe, sciences de l'éducation à Lille 3
Alain Bergougnioux, IGEN Histoire-G, secrétaire national à l'éducation au PS
Rémy Schwartz, président de la 7ème sous-section du contentieux du Conseil d'Etat
Ils devront dresser un état des lieux de l’instruction civique et morale et élaborer « une morale commune qui contribuera à la construction du respect, du vivre ensemble et de la liberté ». Pas de débattre de l'opportunité de la morale selon Peillon. Juste d'imaginer les formes qu'elle prendra, de la classe du CP au baccalauréat. (RO note que la maternelle y échappe :-)
http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20121011


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13 décembre 2012

PIRLS : Alerte en lecture

 

- Alerte sur le niveau en lecture des élèves français
Le classement international Pirls, qui place la France en 29e position sur 45 pays, met à nu les failles de l'école
http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/12/12/alerte-sur-le-niveau-en-lecture-des-eleves-francais_1805108_1473688.html
http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2012/12/11/alerte-sur-le-niveau-de-la-france-en-lecture/

- Peillon veut une charte de la laïcité pour les établissements scolaires
http://www.lemonde.fr/education/article/2012/12/12/peillon-veut-une-charte-de-la-laicite-pour-les-etablissements-scolaires_1804862_1473685.html

- Vincent Peillon veut réduire de moitié les redoublements
38 % des élèves de 15 ans ont déjà redoublé. Des établissements innovent pour limiter cette mesure jugée inefficace.
http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/12/11/vincent-peillon-veut-reduire-de-moitie-les-redoublements_1804640_1473688.html

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12 septembre 2012

Un bac Morale laïque ?



- A quand un bac "morale laïque"? - Emmanuel Davidenkoff, Huffington Post
A défaut d'une vigoureuse refondation de l'école ...
http://www.huffingtonpost.fr/emmanuel-davidenkoff/morale-laique-vincent-peillon-education_b_1873851.html

extraits :
dans un système dominé par le latin et le grec hier, les mathématiques aujourd'hui, « si Vincent Peillon tient à aller au bout de son idée sans changer le système, alors il faut a minima créer un baccalauréat "morale laïque" ainsi que les classes préparatoires et grandes écoles afférentes. Faute de quoi elle sera ravalée au rang de pensum par les élèves et les enseignants ... »

« L'autre voie serait de modifier en profondeur le fonctionnement de l'école de sorte à ce que les disciplines ne soient pas seulement étudiées à proportion de leur capacité à mener vers l'élite, mais parce que chacun jugerait bon que les élèves reçoivent une formation variée, qui les élèverait intellectuellement et moralement. Une refondation, en somme, qui ne cantonnerait pas la "morale laïque" au rang de discipline parmi les autres mais en ferait le socle de tous les enseignements. Oui, cela exigerait une vigoureuse refondation de l'école. N'est-ce pas le projet ? »


- La morale laïque à l’école, une discipline de plus ?
Suzanne Citron - Libération Rebonds 11.09.2012
article à lire en ligne demain jeudi.
http://www.liberation.fr/societe/2012/09/11/la-morale-laique-a-l-ecole-une-discipline-de-plus_845561

[ Dans le JDD, Peillon parle d'enseignement, comme l'ECJS, l'histoire des arts ou les sections européennes.
Pas de discipline. Pas de prof spécialiste.]


rappel : Laïcité et morale, des questions
http://clioweb.canalblog.com/archives/2012/09/07/25053636.html

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06 septembre 2012

La morale selon Peillon

 

rappel :  VP veut enseigner la morale laïque à l'Ecole. Le Journal du Dimanche 02.09.2012
http://www.lejdd.fr/Education/Vincent-Peillon-veut-enseigner-la-morale-a-l-ecole-550018


Calvi dans C dans l'air a abordé une partie du sujet hier soir, en titrant "La morale selon Peillon"
http://www.france5.fr/c-dans-l-air/videos


Pour ceux qui supportent encore cette émission peu habituée à la neutralité,
3 points de vue sont rapidement prévisibles parmi les 4 invités.


Le premier reportage (vers la 7e mn) rappelle le parcours de la morale à l'école, des années 1950 à Darcos et à Peillon.
Un invité note le contraste entre les angelots de l'école religieuse (3e reportage, vers la 46e mn)
et la violence filmée dans et autour de l'école publique (32e mn).


Après l'inévitable pub, écouter dans les dix premières minutes, l'analyse de Sylvain Grandserre
(il intervient ensuite vers la 23e mn, 40e mn, 54e mn, 63e mn).
[ en 2007, il a publié
Ecole: droit de réponses - Lettres d'un jeune maître d'école
http://sien.unsa-education.org/divers/Lectures/Grandserre.htm
Vers la 63e mn, il cite une école Freinet de Mons en Baroeul.
http://tinyurl.com/cugnz7f



Entendu dans cette émission :

- Morale (laïque ? religieuse ?) ? Ethique ? Civisme ? Civilité ?

- Où est la pédagogie dans cette annonce ? 

- La patronne de la Peep affirme que le sujet est absent de la Concertation en cours, et que la mise en oeuvre risque de poser de très nombreux problèmes... (Que veut-on noter ? un savoir ? des savoirs-faire ? des pratiques scolaires ? un comportement en société ? La question a déjà été posée à propos de l'éducation civique au temps d'Allègre).

- Dans l'actualité de la rentrée, une annonce, celle d'une mission sur la morale laïque a submergé et éclipsé tous les autres enjeux scolaires dans les médias.
Le ministre s'est beaucoup avancé dans sa communication, laissant peu de marge à une mission qui va devoir travailler une nouvelle fois dans l'urgence et les flux tendus (moins d'un an d'ici septembre 2013, loin des 14 mois pratiqués avant Chatel pour les disciplines scolaires).

- Va-t-on instituer des cours de morale laïque pour certains adultes ?
(A Marseille qui fait l'actu ce matin ? Pour les patrons qui délocalisent...)


Le débat risque de durer ... sur fond de polémique politicienne.
De plus, les médias adorent puiser dans les archives des années 1950 
(en évitant de voir les conséquences d'un type de pédagogie et la réalité sociale montrée dans les 400 coups...)


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05 septembre 2012

La morale laïque à l'Ecole ?

 

rappel :  VP veut enseigner la morale laïque à l'Ecole. Le Journal du Dimanche 02.09.2012
http://www.lejdd.fr/Education/Vincent-Peillon-veut-enseigner-la-morale-a-l-ecole-550018

voir aussi - une rentrée sous contraintes

 
- Libération (05.09.2012) consacre trois pages à la proposition médiatisée de Peillon :
faire de la morale laïque une discipline scolaire, du CP à la Terminale, avec évaluation au bac.

Véronique Soulé rappelle que L'instruction civique fête ses 130 ans,
les cours de morale ayant quitté les bancs de l'école après 1968.
Darcos et Chatel ont tenté de les réintroduire, à l'ancienne.
http://www.liberation.fr/societe/2012/09/04/l-instruction-civique-fete-ses-130-ans_843972


« C'est un projet autoritaire, totalement inadapté » titre Libération.
http://www.liberation.fr/societe/2012/09/04/c-est-un-projet-autoritaire-totalement-inadapte_843988
Le titre est volontairement brutal,
mais l'analyse du philosophe Ruwen Ogien mérite le détour :

extraits
Q - L'Ecole est-elle le bon lieu pour débattre de morale?

R - « Dans l'école démocratique, laïque et pluraliste, il est légitime d'instaurer une instruction civique (lire page suivante), dont l'objectif est d'enseigner le fonctionnement des institutions politiques et de transmettre certaines connaissances pour favoriser la coexistence entre personnes aux conceptions du monde divergentes. Mais la légitimité d'une éducation morale obligatoire, dont l'ambition serait de nous engager envers une certaine conception du bien, de la vie bonne ou heureuse, est beaucoup moins évidente. On reconnaît aux familles et à certaines associations le droit d'éduquer les jeunes dans le sens d'une religion plutôt qu'une autre. Mais pas à l'Etat démocratique, laïque et pluraliste.
Il devrait en aller de même pour la vision du bien. En proclamant que l'école doit s'occuper du bien et du mal, des valeurs communes, de la vie bonne ou heureuse et pas seulement du juste et de l'injuste, lorsqu'il proclame que l'Etat doit donner sa vision du bien, le ministre prend le risque de porter atteinte au respect du pluralisme moral, un principe aussi important, pour nos démocraties, que le respect du pluralisme religieux ».

« Ce qui me préoccupe le plus, finalement, c'est que ce projet de "faire revenir la morale à l'école" dépasse les clivages politiques. Or, il repose sur une idée profondément conservatrice: le principal problème qui se poserait à nos sociétés ne serait pas l'existence d'un système économique et social profondément injuste, mais l'effondrement des valeurs morales. En affirmant que la France a besoin d'un "redressement moral avec des accents réactionnaires embarrassants pour tous ceux qui voudraient soutenir ce gouvernement, Vincent Peillon montre à quel point la pensée conservatrice est devenue hégémonique dans les esprits, même à gauche. Mais finissons sur une petite note optimiste : l'aspect positif de ce programme, c'est qu'il n'a aucune chance d'être réalisé ».

recueilli par Willy Le Devin (sic)  - version temporaire en jpg

ruwen

Ruwen Ogien - source : Google images


- Dans Le Monde Opinions, Fabienne Brugère, Guillaume le Blanc, deux enseignants possèdent la solution :

« Il existe un lieu approprié pour cet enseignement, c'est le cours de philosophie. Pourquoi ne pas généraliser la philosophie de la primaire à la terminale en le considérant comme un apprentissage du sens critique, éthique et politique nécessaire à l'élucidation des significations de la citoyenneté ? »

deux détails :
La première enseigne la philo à Bordeaux III.
Elle a publié L'éthique du care en juin 2011 et soutenu F. Hollande en 2012
Le second est directeur du département de philo à Bordeaux III.
Il a publié en 2007 Vies ordinaires, vies précaires
http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/04/gare-a-la-morale-abstraite_1755421_3232.html

 

- « La morale laïque c’est comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, c’est aussi des devoirs autant que des droits, des vertus, et surtout des valeurs. Je souhaite pour l’école française un enseignement qui inculquerait aux élèves des notions de morale universelle, fondée sur les idées d’humanité et de raison. La république porte une exigence de raison et de justice. La capacité de raisonner, de critiquer, de douter, tout cela doit s’apprendre à l’école. Le redressement de la France doit être un redressement matériel mais aussi intellectuel et moral ».
Vincent Peillon, le JDD, 07.09.2012.


[ Un dirigeant de gauche peut vouloir utiliser sa fonction pour répondre aux cléricaux, ceux d'hier (cf le discours de Victor Hugo contre la loi Falloux en 1850) ou ceux d'aujourd'hui (NS à Rome **, en 2007, un discours écrit par une catholique intégriste ?).
Encore faudrait-il alors se placer sur le même terrain, celui de la politique, des principes et des symboles.
Et ne pas vouloir mettre en place une usine à gaz faisant l’impasse sur tout ce qui existe déjà : la formation du jugement, l’éducation à une lecture distanciée, un esprit critique (fortement revendiqué par les historiens), des éléments qui ressortent de toute formation intellectuelle, littéraire ou scientifique. Sans oublier l'éducation civique et l'ecjs, dont le contenu peut être actualisé sans difficulté
cf Laïcité et morale
]. 

 

** NS - EM - Rome 20 décembre 2007 : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance »  -
http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm


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15 mai 2012

L'Ecole, le lieu de la véritable égalité

 

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source : http://www.elysee.fr/

 

- L'Ecole, comme lieu de la véritable égalité .
Hommage à l'oeuvre scolaire et aux lois préparées par Jules Ferry
Le texte du discours sur le site de l'Elysée


Dans l'histoire de la République, les grandes dates, les vraies étapes, les plus repères dans la marche du temps. Ce sont les lois.
Ici, en cet instant où commence un temps nouveau pour notre pays, je suis venu célébrer deux lois, que nous devons à l'obstination, à la volonté et au courage de Jules FERRY : la loi du 16 juin 1881 relative à la gratuité de l'enseignement primaire ; et la loi du 28 mars 1882 relative au caractère laïque et obligatoire de l'école.

Tout exemple connaît des limites, toute grandeur a ses faiblesses. Et tout homme est faillible. En saluant aujourd'hui la mémoire de Jules FERRY, je n'ignore rien de certains de ses égarements politiques. Sa défense de la colonisation fut une faute morale et politique. Elle doit, à ce titre, être condamnée. Et c'est le grand Clémenceau qui porta en son temps le réquisitoire le plus implacable au nom de la conscience universelle. C'est donc empreint de cette nécessaire lucidité que je suis venu saluer le législateur qui conçut l'école publique, le bâtisseur de cette grande maison commune, qu'est l'Ecole de la République. Nous devons tant à l'instruction publique. Et nous attendons encore tellement de l'école au moment où notre pays affronte de nouveaux défis.

C'est ce message de confiance à l'égard de l'Education nationale que je suis venu exprimer au moment où je prends mes fonctions de président de la République.

L'école comme émancipation. La connaissance, le goût d'apprendre, la jubilation de la découverte, le sens de la curiosité intellectuelle, sont des trésors auxquels l'Ecole a pour vocation de préparer toutes les jeunes consciences, tous les enfants de la Nation.

L'Ecole, comme lieu de la véritable égalité. Celle des chances, celle qui ne connaît comme seuls critères de distinction que le mérite, l'effort, le talent car la naissance, la fortune, le hasard établissent des hiérarchies que l'Ecole a pour mission, sinon d'abolir, du moins de corriger.

Cette égalité impose la justice entre les territoires : comment accepter qu'un enfant ait plus de chances de réussir s'il a grandi ici plutôt que là ? L'Ecole, c'est l'arme de la justice. Et la justice, c'est la mixité sociale. C'est à cette tâche noble entre toutes que l'Ecole se dévoue depuis plus d'un siècle.

Faire de l'Ecole un lieu d'intégration de tous les enfants de la République reste la plus belle de nos ambitions nationales.

Voilà pourquoi j'ai décidé que priorité sera accordée aux écoles des quartiers populaires et à celles de certaines zones rurales.

Lieu de l'égalité, l'Ecole publique est aussi celui de la laïcité.

Elle est le cadre où s'acquiert la liberté de conscience, cette « liberté souveraine de l'esprit ; (...)cette idée qu'aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir et aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la raison humaine ». comme la définissait Jean JAURES. La confiance dans les ressources de leur propre esprit, et les moyens de trouver ces facultés, de les exploiter, de les développer, de les exercer souverainement : voilà ce que l'Ecole doit apporter à tous ses enfants. Voilà ce que l'Etat doit permettre à l'Ecole d'être.

Par son œuvre de législateur, Jules FERRY a fait de l'école publique ce qu'elle est : un droit. Tous les enfants de France ont le droit d'étudier. Ils en ont même le devoir. Personne ne peut se voir refuser ce droit, nul ne peut s'exonérer de ce devoir. Mais l'Ecole est bien plus que cela. L'école est l'esprit de la République.

Je veux qu'elle retrouve tous les moyens d'être fidèle à sa vocation. Je veux lui rendre sa confiance en elle-même, sa foi dans ses propres capacités, sa volonté d'être conforme à son histoire et à son avenir.

L'Ecole a besoin de réformes. Elle attend aussi de la considération de la Nation et du soutien de l'Etat. Mais elle doit aussi être assurée de ses ressources. On ne peut enseigner correctement sans un encadrement suffisant de nos enfants. C'est la raison de mon engagement à recruter 60 000 personnels sur la durée de mon mandat.

Le 1er août 1879, comme ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, Jules FERRY soulignait la nécessité d'une bonne formation de ceux qui sont appelés à dispenser l'enseignement : « Car savoir est une chose, enseigner ce qu'on sait est une chose bien plus difficile. On peut être un bachelier très éminent et cependant être un très mauvais maître d'école. Cette nécessité d'une préparation toute professionnelle est manifeste pour ces délicates fonctions ».

Comment a-t-on pu renier cette déclaration de bon sens ?

Voilà pourquoi je rétablirai la formation professionnelle des enseignants.

Pour honorer ses missions, je sais pouvoir compter sur le dévouement, le courage, des personnels de l'Education nationale. C'est vers eux que je me tourne, c'est à eux que j'adresse mes premiers mots en tant que président de la République.

Aux professeurs des écoles, aux enseignants du secondaire, aux universitaires, aux chercheurs, à tous les agents -- des plus modestes au plus prestigieux -- à tous ceux qui ont fait le choix de servir la connaissance et d'éveiller les consciences, je veux dire : vous êtes au service de la France.

Je sais la difficulté de votre tâche. J'en sais la grandeur. Les années qui viennent doivent être celles d'une nouvelle hiérarchie des valeurs, au sommet de laquelle la science, l'intelligence, la volonté d'apprendre et de transmettre seront les vertus les mieux reconnues et les plus respectées.

Tant de choses ont changé ! Les conditions du travail de l'enseignant. Les comportements des élèves ou l'irruption de la technologie numérique dans nos vies et dans nos classes. Mais une chose est pérenne : si le savoir n'est pas le monopole du maître, celui-ci garde la responsabilité d'en ordonner le sens.

Et l'Ecole garde toujours cette haute fonction que Jules FERRY lui conférait dans cette même Lettre aux Instituteurs : « (...)préparer à notre pays une génération de bons citoyens ».

Egalité, mixité, laïcité, instruction, apprentissage de la citoyenneté : Tels sont les principes contenus dans les lois dites Ferry. Ils sont vivants. Ils trouveront toute leur place dans la politique que je conduirai pour que la génération qui vient vive mieux que la nôtre et pour que la promesse républicaine soit scrupuleusement tenue.



holl-ferry2

source : http://www.elysee.fr/


- rappel :
Lettre de Jules Ferry aux instituteurs - Paris, le 17 novembre 1883

CIRCULAIRE
Adressée par M. le Ministre de l'Instruction publique
Aux instituteurs,
concernant l'enseignement moral et civique

"ce que vous allez communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre sagesse, c'est la sagesse du genre humain"
http://clioweb.free.fr/textes/ferry1883.htm

 

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09 novembre 2011

Alternance ou effraction ?

 

- Esclandre à l'Assemblée : Baroin  accuse la gauche d'être arrivée au pouvoir par effraction en 1997
« Est-ce du courage de mentir, de basculer dans la démagogie, de taire la vérité, de vous accrocher à des vieilles lunes socialistes qui vous ont certes conduit par effraction au pouvoir en 1997 ? »

Pour Martine Billard (Parti de Gauche), « la droite se sent tellement propriétaire de la France, que pour elle, toute alternance démocratique du pouvoir est un vol des droits inaliénables de l'oligarchie ».
http://www.lemonde.fr/politique/2011/11/08/charge-de-baroin
.
http://www.youtube.com/watch?v=gLieOtNw0kc

- Gauche, droite, les marqueurs idéologiques
une enquête menée par la Fondation Jaurès

« solidarité », « services publics », « tolérance » et « laïcité »
sont des mots valorisés, en contradiction avec les discours des déclinistes
et des néo-libéraux.
http://www.jean-jaures.org/Le-nouveau-paysage-ideologique-francais


- De son côté, le patronat veut  « enseigner la culture du risque » (sic) à l'Ecole,
accroître son poids à la tête de l'Education, et contrôler le contenu des manuels.

livre blanc au format pdf : http://www.medef.com/


- L'Europe, telle que la verraient certains Italiens :

italians-europe

http://clioweb.free.fr/presse/1temp/italian.jpg

source possible : Europe According to Italy

Produced by AlphaDesigner's Political Design Buro.
http://www.flickr.com/photos/alphadesigner/3969563285/
Sense of humor highly recommended


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13 juin 2011

Une journée de la laïcité ?

De profundis laïcité
d'après Guy Konopnicki, Marianne, 11/06/2011 :

Les sénateurs voudraient fêter Sainte Laïcité le 9 décembre, entre la Toussaint et Noël... Un dimanche ? Un samedi ? un vendredi ? A défaut du lundi de Pentecôte que Raffarin avait voulu dé-chômer en faisant travailler plus pour zéro euro. Pourquoi une seule journée ? Pour imiter la journée des femmes ?

Dans cette hypothèse, la laïcité la seule des valeurs de la Constitution à être gratifiée d'une journée nationale, non fériée, en dehors de la liberté (la vraie, pas celle des thatchériens) le 14 juillet (cf les FetNat).

GK rappelle que dans bien des écoles, la seule évocation des discours de Jules Ferry 
soulèverait des protestations. Elle dérangerait sans doute aussi certains sénateurs.
http://clioweb.free.fr/presse/1temp/marianne/kono-laicite.jpg


Qu'est-ce que la laïcité ?
http://clioweb.free.fr/debats/laicite.htm

1850 - Victor Hugo contre le parti clérical et contre la loi Falloux
1869 - 1877 - Léon Gambetta, Le programme de Belleville - Le cléricalisme, voilà l'ennemi
1883 - Jules Ferry... Lettre aux instituteurs

1905, la séparation : http://clioweb.free.fr/dossiers/1905/1905.htm

 

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15 mai 2011

Jossot, l'insurgé


La Bibliothèque Forney, à Paris (IVe), présente la première rétrospective consacrée à cet artiste. Elle regroupe aussi bien des dessins satiriques que des affiches, des lithographies ou des oeuvres orientalistes. Jusqu'au 18 juin.

Présentation de l'exposition par la Bibliothèque Forney, avec vidéos en ligne

Dossier de presse :  
http://www.paris.fr/viewmultimediadocument?multimediadocument-id=98334

Caricatures de Jossot indexées par Google Images

L'Assiette au beurre : http://www.assietteaubeurre.org/


Né à Dijon en 1866, il meurt en Tunisie en 1951.
Caricaturiste à partir de 1882, affichiste, Jossot le libertaire collabore à L'Assiette au beurre. "L’armée, la justice cruelle contre le faible et le pauvre, l’Eglise et toujours la cynique bourgeoisie… Les pouvoirs sont croqués sans fioriture"
http://www.liberation.fr/culture/01012337120-jossot-satire-la-ou-ca-fait-mal

assiette5

Jossot, Les oies, http://www.assietteaubeurre.org/cra/cra_f5.htm

 

jossot_1905

Jossot en haut de forme, vers 1905
source : http://www.liberation.fr/culture/11011423-jossot-l-insurge:i-12
 

jossot

Michel Dixmier et Henri Viltard,
Jossot, caricatures, de la révolte à la fuite en Orient, préface de Cabu, 184 pp., 32€

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