08 janvier 2016

André Gunthert, L'image partagée 1

 

partagee



André Gunthert vient de publier L’image partagée (Textuel)
à partir de 12 articles publiés auparavant sur la plate-forme Culture visuelle, dans des revues ou des ouvrages collectifs.
http://imagesociale.fr/limage-partagee

L'image fluide, l'introduction est disponible en ligne
http://imagesociale.fr/2044

Ecouter l'entretien d'André Gunthert avec Sylvain Bourmeau, La suite dans les idées, 24.10.2015
http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idees-la-mise-en-flux-des-images-ce-que-le-numerique-fait-a-la-photograph


Dans la transition de l'argentique à la photo numérique, la part de la technique est évidemment considérable. Ceux qui ont développé des photos en noir et blanc au temps de l’argentique le savent, tout comme ceux qui ont intégré la photo numérique dans leur travail au quotidien. Mais la dimension sociale et culturelle est également très importante.

Pour AG, le numérique n’a pas fait avancer l’esthétique et le rapport à l’art. La continuité des formes est évidente.
Le numérique a surtout accéléré l’indexation (possible) et la circulation des images (grâce à la compression au format jpg). Il a fait de la photo un langage, ou au moins un support de conversations (cf. instagram) y compris quand la durée de vie des images est volontairement limitée (snapchat).


Pour l'historien de la culture visuelle, les pros et les industriels n’ont pas vraiment pris la mesure de cette mutation.
Quand Bill Gates créé Corbis, c'est pour commercialiser des images sous copyright venant des fonds institutionnels. Pas pour gérer l'abondance des images prises par les visiteurs et envoyées à leurs proches (la photo était alors interdite dans de nombreux musées).

Pour Kodak, la photo, c’était une industrie avec des films à vendre et à développer, des tirages à rentabiliser. L’industriel a payé au prix fort son aveuglement devant les pratiques et les attentes des utilisateurs (et sa volonté d’imposer le format APS).

En 2009, les industriels produisaient 45 M d’appareils numériques et 12 M d'appareils traditionnels (dont 5 M de jetables). Ils ont refusé d’ajouter une fonction communication aux appareils numériques. Pour le coup, ce sont leurs concurrents de la téléphonie qui ont empoché l’argent généré par la circulation des images (cf le smartphone).

Pour la défense de leur citadelle, les industriels ont lancé des légendes colportées complaisamment par une presse qui redoutait aussi le numérique.
Les partisans du monde d'avant ont cultivé la nostalgie d’un âge d’or où le sens esthétique étaient l’apanage des élites.
Dans le photojournalisme, ils ont laissé croire que la concurrence des amateurs aurait provoqué une dégradation de la profession.
Ils semblent associer la vérité à l'argentique, comme si la retouche (et le mensonge) n'étaient apparus qu'avec Photoshop.

Ils font du numérique un bouc-émissaire. Très longtemps, les mutations techniques ont été sources décisives de progrès social. Ce n’est plus le cas. La technique peut être utilisée pour détruire des équilibres conquis depuis plus d’un siècle. Le nouvel ordre néo-libéral est particulièrement brutal à l’égard des plus fragiles.


AG développe un regard original sur le selfie : les élites et la grande presse veulent y voir un narcissisme excessif et un total manque de considération (cf. la réaction du prince Harry : c’est moi que l’on photographie, pas vous qui êtes ordinaire... cf. aussi les protestations contre des selfies pris à Auschwitz).
AG y voit une forme de subversion sociale, des gens modestes pouvant grâce à une technique, imposer leurs choix aux industriels (cf. écran mobile) et participer à la fixation de normes « culturelles »

Ne rien idéaliser : les échanges sur le web reflètent parfois la montée de la brutalité dans nos sociétés (cf les insultes fréquentes dans les commentaires sur les sites de presse)


2 remarques :
- Le numérique (le blog, les plate-formes) est un excellent outil pour chroniquer une mutation complexe en cours en ce moment, et archives les observations et les traces.
- Le livre reste central dans le monde intellectuel : c'est lui qui donne l'accès au micro, la radio servant de porte-voix au monde de l'éditon.
 
A suivre :
Les liens vers les adresses des articles réunis dans l'ouvrage :
http://clioweb.canalblog.com/archives/2016/01/08/33181910.html


Revue de presse de L'image partagée :
dont l'article dans Simples instants
http://imagesociale.fr/limage-partagee

L'ensemble de travaux d'André Gunthert (beaucoup sont consultables en ligne)
http://ehess.histoirevisuelle.fr/gunthert/travaux

 

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07 novembre 2015

André Gunthert, L'image partagée

 

gunthert-partagee



André Gunthert, l'historien de la culture visuelle vient de publier L'image partagée chez Textuel
(coll l'écriture photographique, dirigée par Clément Chéroux)
Il était l'invité de Sylvain Bourmeau

 

La mise en flux des images. Ce que le numérique fait à la photographie, La suite dans les idées, 24.10.2015
http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idees-la-mise-en-flux-des-images-ce-que-le-numerique-fait-a-la-photograph

L'écouter sur la manière dont un historien peut utiliser le numérique (le blog, les plates-formes) pour chroniquer des mutations en cours. Il souligne les relations entre mutations techniques, choix économiques, réalités sociales et culturelles : dans le monde ultralibéral actuel les progrès techniques sont néfastes pour les précaires et les plus fragiles.

Pour lui, les industriels de la photo ont loupé le coche : ils étaient focalisés sur la production des images (appareils, pellicules, tirage papier..).
Kodak et les autres n'ont pas compris la demande de communication des images, facilitée par le triomphe d'un format unifié (jpg). Ils ne voyaient pas l'intérêt d'ajouter un téléphone à un appareil photo. Le smartphone sert à réaliser une part importante des photos. Du coup, ce sont les industriels des télécoms qui tirent profit des mutations en cours.

Les pratiques vernaculaires se sont modifiées à une très grande vitesse. Les pros ont refusé de comprendre l'ampleur de ce qui se passait. Le monde du cinéma était très structuré. Il a pu se défendre. Le monde de la photo était davantage individualiste. Il était moins armé pour réagir. Il s'est réfugié dans la nostalgie, les années 1980 marquant une apogée, aussi bien pour le photojournalisme (cf. Arles) que pour le rapport de la photo à l'art.

Par habitude, on sépare appareil photo et caméra. La distinction n'a plus de sens. On peut faire des photos avec un caméscope numérique et tourner des courtes vidéos avec un appareil photo numérique. Si les industriels gardent la distinction, c'est pour ne pas froisser les habitudes des clients et peut être aussi capter un double marché.


André Gunthert a beaucoup écrit sur le selfie. Il y voit une pratique sociale révélatrice des changements culturels en cours, une démocratisation du portrait. Il s'intéresse aussi aux attaques contre cet usage (narcissisme, triomphe du vulgaire...)
Aux polémistes qui voudraient ne voir dans le web qu'une poubelle, il répond que le web est un révélateur.
Nous ne vivons pas dans une société pacifiée, mais dans une société très conflictuelle, avec une très forte montée des inégalités. La violence transparaît dans les commentaires non modérés à la suite des articles de presse : trolls, insultes... Cette réalité est à prendre en compte, avant d'essayer d'améliorer les choses, si c'est encore possible.

Arles 2012 ? From Here On
http://www.rencontres-arles.com/C.aspx?VP3=CMS3&VF=ARL_7


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28 mars 2013

L'école et le syndrome Kodak

 

L'école et le syndrome Kodak, Emmanuel Davidenkoff, HuffPost, 27.03.2013
http://www.huffingtonpost.fr/emmanuel-davidenkoff/lecole-et-le-syndrome-kod_b_2954457.html

extrait :
« Le service public d'éducation, de la maternelle à l'université, ne manque pas de ressources pour innover. Mais la protection de son modèle, de ses habitudes, parfois de ses privilèges, le rendent impuissant à changer de paradigme.

Dans un siècle, quelque historien formulera peut-être sur la perte d'influence du service public la question que formulent aujourd'hui les analystes à propos de Kodak : pourquoi ont-ils échoué alors qu'ils hébergeaient autant d'énergies et d'intelligence, et qu'ils savaient ce qu'il fallait faire ? »


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