18 novembre 2010

Philadelphie, justice et marché

L’Esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total.
L'ouvrage d'Alain Supiot, publié par Le Seuil en janvier 2010, est à la source d'un article de Sciences Humaines (221, déc 2010), et de la seconde partie de l'émission A plus d'un titre du lundi 15 novembre 2010

vers la 34e - L'Europe est capable de défaire les solidarités, pas d'en impulser de nouvelles
45e - En 1945, la dignité est affirmée comme un principe intangible, fondateur de l'ordre juridique tout entier. Vouloir le mettre en balance avec d'autres droits, cela montre qu'on ne veut rien comprendre.
48e - La Cour de justice européenne échappe à la pondération géopolitique et démographique ; elle sert de tribune à ceux qui sont passés de la dictature du prolétariat à la dictature du marché...

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« La Déclaration de Philadelphie est un texte pionnier. En mai 1944, elle est la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle et son esprit a inspiré les textes qui ont suivi. Elle a fait de la justice sociale une des pierres angulaires du nouvel ordre international qui a émergé des ruines de la guerre ».
http://clioweb.canalblog.com/tag/Philadelphie
« Alain Supiot analyse comment les leçons sociales de l’expérience de la période 1914-1945 ont été oubliées au cours des dernières décennies : à l’objectif de justice sociale a été substitué celui de l’instauration d’un marché total, un marché sans limites ». http://www.ilo.org/public/french/century/information_resources/publ/philadelphia.htm
http://www.ilo.org/ilolex/french/iloconst.htm#annex

Lecture critique par la revue du Mauss permanente (RDMP) :
« Après les monstruosités de la guerre, il s’agissait de bâtir un nouvel ordre international qui ne soit plus fondé sur la force, mais sur le droit et la dignité humaine ; un monde où l’organisation économique serait subordonnée au principe de justice sociale. C’est la perspective inverse qui préside à l’actuel processus de globalisation : à l’objectif de justice sociale a été substitué celui de la libre circulation des capitaux et des marchandises. On indexe les besoins des hommes sur les exigences de la finance, on traite les hommes comme du « capital humain »»
Le fichier comporte la copie de deux vidéos tournées par Médiapart (12 et 10 minutes).
http://www.journaldumauss.net/spip.php?article636

« L’enjeu est donc, aujourd’hui, de réinscrire l’objectif de justice sociale au cœur des politiques nationales et internationales. Cet objectif implique un nouvel encadrement du marché par le droit, et un renouveau de la morale individuelle et collective, par fidélité aux leçons tirées des catastrophes précédentes et par souci d'ouverture sur l’avenir ».
http://www.journaldumauss.net/spip.php?article667

Lire également,
Alain Supiot, « L’Europe gagnée par « l’économie communiste de marché » », Revue du MAUSS permanente, 30 janvier 2008.
http://www.journaldumauss.net/spip.php?article283

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16 novembre 2010

1944 : Déclaration de Philadelphie

Déclaration de Philadelphie concernant les buts et objectifs de l’Organisation internationale du Travail. http://www.journaldumauss.net/spip.php?article667

La Conférence générale de l’Organisation internationale du travail, réunie à Philadelphie en sa vingt-sixième session, adopte, ce dixième jour de mai 1944, la présente Déclaration des buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail, ainsi que des principes dont devrait s’inspirer la politique de ses membres.

I. La Conférence affirme à nouveau les principes fondamentaux sur lesquels est fondée l’Organisation, à savoir notamment :
a) le travail n’est pas une marchandise ;
b) la liberté d’expression et d’association est une condition indispensable d’un progrès soutenu ;
c) la pauvreté, où qu’elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous ;
d) la lutte contre le besoin doit être menée avec une inlassable énergie au sein de chaque nation et par un effort international continu et concerté dans lequel les représentants des travailleurs et des employeurs, coopérant sur un pied d’égalité avec ceux des gouvernements, participent à de libres discussions et à des décisions de caractère démocratique en vue de promouvoir le bien commun.

II. Convaincue que l’expérience a pleinement démontré le bien-fondé de la déclaration contenue dans la Constitution de l’Organisation internationale du travail, et d’après laquelle une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale, la Conférence affirme que :
a) tous les êtres humains, quelles que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales ;
b) la réalisation des conditions permettant d’aboutir à ce résultat doit constituer le but central de toute politique nationale et internationale ;
c) tous les programmes d’action et mesures prises sur le plan national et international, notamment dans le domaine économique et financier, doivent être appréciés de ce point de vue et acceptés seulement dans la mesure où ils apparaissent de nature à favoriser, et non à entraver, l’accomplissement de cet objectif fondamental ;
d) il incombe à l’Organisation internationale du travail d’examiner et de considérer à la lumière de cet objectif fondamental, dans le domaine international, tous les programmes d’action et mesures d’ordre économique et financier ;
e) en s’acquittant des tâches qui lui sont confiées, l’Organisation internationale du travail, après avoir tenu compte de tous les facteurs économiques et financiers pertinents, a qualité pour inclure dans ses décisions et recommandations toutes dispositions qu’elle juge appropriées.

III. La Conférence reconnaît l’obligation solennelle pour l’Organisation internationale du travail de seconder la mise en œuvre, parmi les différentes nations du monde, de programmes propres à réaliser :
a) la plénitude de l’emploi et l’élévation des niveaux de vie ;
b) l’emploi des travailleurs à des occupations où ils aient la satisfaction de donner toute la mesure de leur habileté et de leurs connaissances et de contribuer le mieux au bien-être commun ;
c) pour atteindre ce but, la mise en œuvre, moyennant garanties adéquates pour tous les intéressés, de possibilités de formation et de moyens propres à faciliter les transferts de travailleurs, y compris les migrations de main-d’œuvre et de colons ;
d) la possibilité pour tous d’une participation équitable aux fruits du progrès en matière de salaires et de gains, de durée du travail et autres conditions de travail, et un salaire minimum vital pour tous ceux qui ont un emploi et ont besoin d’une telle protection ;
e) la reconnaissance effective du droit de négociation collective et la coopération des employeurs et de la main-d’œuvre pour l’amélioration continue de l’organisation de la production, ainsi que la collaboration des travailleurs et des employeurs à l’élaboration et à l’application de la politique sociale et économique ;
f) l’extension des mesures de sécurité sociale en vue d’assurer un revenu de base à tous ceux qui ont besoin d’une telle protection, ainsi que des soins médicaux complets ;
g) une protection adéquate de la vie et de la santé des travailleurs dans toutes les occupations ;
h) la protection de l’enfance et de la maternité ;
i) un niveau adéquat d’alimentation, de logement et de moyens de récréation et de culture ;
j) la garantie de chances égales dans le domaine éducatif et professionnel.

IV. Convaincue qu’une utilisation plus complète et plus large des ressources productives du monde, nécessaire à l’accomplissement des objectifs énumérés dans la présente Déclaration, peut être assurée par une action efficace sur le plan international et national, et notamment par des mesures tendant à promouvoir l’expansion de la production et de la consommation, à éviter des fluctuations économiques graves, à réaliser l’avancement économique et social des régions dont la mise en valeur est peu avancée, à assurer une plus grande stabilité des prix mondiaux des matières premières et denrées, et à promouvoir un commerce international de volume élevé et constant, la Conférence promet l’entière collaboration de l’Organisation internationale du travail avec tous les organismes internationaux auxquels pourra être confiée une part de responsabilité dans cette grande tâche, ainsi que dans l’amélioration de la santé, de l’éducation et du bien-être de tous les peuples.

V. La Conférence affirme que les principes énoncés dans la présente Déclaration sont pleinement applicables à tous les peuples du monde, et que, si, dans les modalités de leur application, il doit être dûment tenu compte du degré de développement social et économique de chaque peuple, leur application progressive aux peuples qui sont encore dépendants, aussi bien qu’à ceux qui ont atteint le stade où ils se gouvernent eux-mêmes, intéresse l’ensemble du monde civilisé.

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Version en anglais (pdf) :
http://clioweb.free.fr/debats/philad1944-en.pdf

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