14 septembre 2016

Guardian : La presse et le numérique



courrier-2016-09-07

Médias. Comment le numérique a ébranlé notre rapport à la vérité
Courrier international 08.09.2016


La version française d'un article en anglais prend pour cible les médias sociaux,
leur reprochant de diffuser surtout des rumeurs et de brouiller l’information.

« Des mensonges du Brexit à la campagne outrancière d’un Donald Trump, les médias traditionnels ont perdu leur rôle de garde-fou dans l’espace public en laissant trop souvent rumeurs et approximations se propager sur Facebook, Twitter, Instagram ou Snapchat, déplore The Guardian. Au point qu’aujourd’hui, la viralité d’une information importe plus que la vérité ».
« Que se passe-t-il quand les faits ne comptent plus, quand les électeurs n’ont plus confiance dans les médias, et quand chacun croit en sa vérité ? La rédactrice en chef du Guardian, Katharine Viner, explique comment la technologie et les réseaux sociaux ont bouleversé notre rapport aux faits ».

dans les encarts :
. 40 % des Français s'informent via les medias sociaux.
. Les gens relaient les opinions des autres même s'il s'agit ... de mensonges
. C'est l'information en cascade
. L'important, ce n'est pas que l'histoire soit vraie, c'est que les gens cliquent
. Aujourd'hui, les medias sont incapables de poser des limites à ce qu'il est acceptable de dire.

 



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How Technology disrupted the Truth,
Katharine Viner, The Guardian 12.07.2016
http://www.theguardian.com/media/2016/jul/12/how-technology-disrupted-the-truth


Dans l'article source, en anglais, Katharine Viner, la patronne du Guardian 12.07.2016 détaille des exemples de dérives. (L'article a été suivi de 1585 commentaires au 14.09.2016) :

. Un ragot sur une obscénité supposée de David Cameron (pig-gate)
. Les allégations d’un rédacteur en chef sur les 96 morts du stade d’Hillsborough (Sheffield) en 1989
. Les mensonges du Brexit
. L’investiture de Trump par le parti républicain...

Aucune des manipulations citées ne provient des seuls médias sociaux.
Ainsi, le premier figure dans une biographie dont les auteurs n’ont pas jugé utile de vérifier leur source.
Les secondes tiennent au travail de la presse, les autres sont des choix de politiciens.

 

KV constate l’affaiblissement de la notion de vérité.
Selon elle, l’imprimé renforçait l’impression de lire des « vérités sûres et établies »
(sic, au moins jusqu’au démenti suivant).
Avec le numérique, selon elle, les faits comptent moins que les opinions,
et les rumeurs circulent à très grande vitesse.

Elle ajoute le fait que les algorithmes des communautés fermées comme Facebook ou Google ne s’intéressent pas vraiment à la vérité, mais fournissent des réponses qui prolongent nos recherches précédentes et confortent nos convictions.


La presse en tant qu’activité commerciale est fragilisée aujourd'hui.
Certains patrons font le choix de titres racoleurs dans l’espoir vain de récupérer des miettes des revenus publicitaires (début 2016, FB et Google perçoivent 85 cents sur chaque dollar dépensé en pub en ligne).


Le numérique offre de nouvelles sources, permet de raconter autrement, de chercher de nouveaux lecteurs.
KV conclut :
« I believe that a strong journalistic culture is worth fighting for. So is a business model that serves and rewards media organisations that put the search for truth at the heart of everything – building an informed, active public that scrutinises the powerful, not an ill-informed, reactionary gang that attacks the vulnerable. Traditional news values must be embraced and celebrated: reporting, verifying, gathering together eyewitness statements, making a serious attempt to discover what really happened ».

« ...Technology and media do not exist in isolation – they help shape society, just as they are shaped by it in turn. That means engaging with people as civic actors, citizens, equals. It is about holding power to account, fighting for a public space, and taking responsibility for creating the kind of world we want to live in ».

« Les médias et les technologies n'existent pas en vase clos, ils contribuent à façonner notre société autant qu'ils sont influencés par celle-ci...Il s'agit de rendre les puissants comptables de leurs actes, de se battre pour le maintien d'un espace public et d'assumer nos responsabilités pour créer le monde dans lequel nous voulons vivre ».


Katharine Viner, article de Wikipedia
http://en.wikipedia.org/wiki/Katharine_Viner


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22 mars 2015

1888 : Zola l'écrivain et le journalisme

 

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Emile Zola, Le journalisme,
Le Figaro, suppl littéraire, 24.11.1888 - numérisé par Gallica

« La presse est en train de tuer la littérature » (des lettrés),
« Mon inquiétude unique, devant le journalisme actuel, c'est l'état de surexcitation nerveuse dans lequel il tient la nation ».
Mais « il faut toujours avoir foi dans l’avenir ».

dans la préface d’un recueil écrit par des journalistes,
Zola donne, en « invité de passage », l’avis d’un écrivain célèbre sur la presse de 1888.
Le Figaro (supplément littéraire) du 24.11.1888 reproduit le texte sur 2 colonnes.

L'article cité par F-O. Giesbert est diponible sur Gallica.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k272469b.image [à lire en mode image ou en mode texte]

Le texte complet en version pdf : http://clioweb.free.fr/debats/zola-presse-fig-24111888.pdf


extraits :
« Le flot déchaîné de l'information à outrance »
« C'est l'information qui, peu à peu, en s'étalant, a transformé le journalisme. tué les grands articles de discussion, tué la critique littéraire, donné chaque jour plus de place aux dépêches, aux nouvelles grandes et petites, aux procès-verbaux des reporters et des interviewers. Il s'agit d'être renseigné tout de suite... »

« L’attente effrayée des catastrophes »
remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait. Des centaines de journaux le publient à la fois, le commentent, l'amplifient. Et, pendant une semaine souvent, il n'est pas question d'autre chose ce sont chaque matin de nouveaux détails, les colonnes s'emplissent, chaque feuille tâche dé pousser au tirage en satisfaisant davantage la curiosité de ses lecteurs. De là, des secousses. continuelles dans le public, qui se propagent d'un bout du pays à l'autre. Quand une affaire est finie, une nouvelle commence, car les journaux ne peuvent vivre sans cette existence de casse-cou. Si des sujets d'émotion manquent, ils en inventent. Jadis, les faits, même les plus graves, étant moins commentés, moins répandus, émotionnaient moins, ne donnaient pas, chaque fois, un accès violent de fièvre au pays. Eh bien c'est ce régime de secousses incessantes qui me parait mauvais. Un peuple y perd son calme [et vit] dans l'attente effrayée des catastrophes »

« Se dégager de la phrase trop écrite »
« C'est une opinion courante d'accuser la presse d'être néfaste à la littérature. Elle absorberait toutes les forces vives de la jeunesse, elle dépeuplerait le théâtre et le roman, elle rendrait impropres aux travaux littéraires ceux qui vivent d'elle, par besoin où par circonstance. On a désiré savoir parfois ce que je pensais de cette opinion. Ma réponse est que je suis pour et avec la presse.
Chaque fois qu'un jeune homme de province tombe chez moi pour me demander conseil, je l'engage à se jeter en pleine bataille, dans le journalisme... le style gagne à la besogne quotidienne, forcée et rapide, du journal... la génération qui nous suit gagnerait à se dégager de la phrase trop écrite. Un style simple, clair et fort, serait un bel outil, pour la vérité de demain

« L'expansion des sociétés de demain »
« Ce n'est pas juger [la presse] avec justice que de s'en tenir au mal qu'elle fait. Sans doute, elle détraque nos nerfs, elle charrie de la prose exécrable, elle semble avoir tué la critique littéraire, elle est souvent inepte et violente. Mais elle est une force qui sûrement travaille à l'expansion des sociétés de demain »

Le texte de Zola a été cité par F-O. Giesbert en 2005 et en 2015. Entretien de Giesbert avec le Nouvel Obs

Daniel Schneidermann, Info continue : la double hypocrisie, Libération 22.02.2015
http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2015/02/22/info-continue-la-double-hypocrisie_1207863

rappel : 14. « La lecture des journaux de chez nous n’a jamais été conseillée à ceux qui voulaient apprendre à s’exprimer correctement en français. Aujourd’hui, c’est mieux encore, les quotidiens de Paris ne sont même plus pensés en français ».  
Jean Texier, Conseils à l’occupé - 1940 - http://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?media=2616


 
En août 1887, dans Le Figaro, après la publication de La Terre, le manifeste des cinq avait accusé Zola de se perdre dans le vulgaire et le mercantile.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Manifeste_des_cinq

Becker Colette, Les « campagnes » [de presse de Zola et ses lettres ouvertes.
Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1996, N°48. pp. 75-90.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1996_num_48_1_1238

Corina Sandu, Les scandales littéraires, de la presse à la lettre (1877-1887). Influence du discours pamphlétaire sur l’épistolaire,
Medias 19, 2012 ?  http://www.medias19.org/index.php?id=313


Egalement dans Le Figaro du 24 novembre 1888 : http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/03/22/31750992.html


Le Temps, L'Aurore, L'Humanité, Le Figaro, Le Petit Parisien, Le Matin...

Les principaux quotidiens numérisés par Gallica

 


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