02 mars 2014

Vacarme : Joan W. Scott et le genre

 

History Trouble
Vacarme
no 66 publie un long entretien avec Joan W. Scott, l'historienne du genre.
http://www.vacarme.org/article2325.html

Elle retrace son parcours intellectuel et son engagement politique, depuis l'histoire des verriers de Carmaux (les mineurs, c'était Rolande Trempé) jusqu'au combat contre la rhétorique du Vatican pour qui "la théorie du genre" a remplacé la détestation du communisme.

Pour ce bébé couches rouges, l'étude de la domination et des rapports dissymétriques est centrale. « J’ai questionné par exemple la façon dont le principe universel d’égalité des citoyens s’était accommodé de l’exclusion politique des femmes ». « Dans tous mes ouvrages, je m’attache ainsi à décrire la façon dont les gens qui vivent dans un rapport inégalitaire l’éprouvent, le pensent et le formulent ».
Elle passe de l'histoire ouvrière à l'histoire des femmes, elle se passionne pour Foucault, Derrida et Irigaray (la "French Theory"), elle s'en sert pour dénaturaliser les rôles dévolus aux hommes et aux femmes dans la vision d'un universalisme de l'individu abstrait, elle s'intéresse aux apports de la psychanalyse (Freud et Lacan). Elle historicise et déconstruit les concepts, elle suggère que certaines catégories rendent les questions impossibles à poser (et à résoudre).

extraits :
« Les Mots et les choses ont joué pour moi un rôle essentiel. Foucault interrogeait les catégories même du débat historique et politique telles qu’elles se sont constituées de la Renaissance à l’âge classique : l’histoire, bien sûr, mais aussi la raison comme attribut de l’homme, la souveraineté comme droit inhérent de l’individu, la liberté comme sa condition désirée, ou encore la vérité, la sexualité, l’être humain, la différence des sexes, etc. - toutes choses qui devenaient des termes malléables et mouvants sur lesquels la compréhension et le savoir étaient pourtant bâtis. La notion même d’événement historique en était bouleversée : les événements, c’étaient désormais les caps discursifs, les mutations conceptuelles qui créent des valeurs, des significations, des sujets. Je n’ai jamais oublié le sentiment que m’a donné cette lecture : une angoisse énorme mêlée d’une tentation irrésistible. Chez moi, les deux vont souvent de pair ! Jusque là, mon attachement à l’histoire avait été raisonnable ; c’est là qu’a commencé ma passion. Je me suis donc ralliée à ce groupe de femmes. Et c’est ainsi que je suis devenue, pour mes compatriotes, une féministe à la française  (avec de jolies chaussures) ».

« Le genre est une catégorie utile d'analyse historique... Il a permis de dénaturaliser les rôles dévolus aux femmes et aux hommes, de montrer que l’anatomie n’est pas un destin, et donc de combattre les traitements inégalitaires justifiés par la différence anatomique... J’avais l’intuition, que je ne parvenais pas encore à formuler, que ces questions trouveraient des réponses plus adéquates si nous savions interroger les significations mêmes des concepts d’homme et de femme. Et cette intuition était à la fois historique et politique ... Le langage est ainsi devenu pour moi un objet d’enquête pour comprendre la construction des sujets, des organisations sociales et des relations de pouvoir ».
« Quoi qu’en disent les catholiques qui, en France, ont lancé la controverse, il n’y a pas de « théorie du genre ». C'est une invention qui a remplacé le communisme dans la rhétorique du Vatican. Il y a des études de genre, c’est-à-dire des questions. Les mots ne sont jamais que les batailles pour les définir ! Les adversaires du genre entendent faire valoir les significations qu’ils donnent à la différence du masculin et du féminin : une complémentarité qui justifierait selon eux une inégalité. Ils participent à une lutte entre ce qui compte comme étant de l’ordre du « naturel » et ce qui compte comme étant de l’ordre du « social ». Or le terrain de cette lutte, c’est justement ce qu’on appelle le genre ! Selon moi, il n’y a pas d’autre définition ».

« En France, nier que le sexe et la sexualité soient des problèmes est un trait de “l'identité nationale” ».

« Je n’ai jamais critiqué la France, mais des Français qui justifient des comportements racistes et discriminatoires par des idées universelles et républicaines. Je ne suis pas étonnée de voir aujourd’hui ce féminisme-là revendiqué par des partis d’extrême droite. On peut toujours me traiter de multiculturaliste américaine, j’ai appris de mon expérience américaine à débusquer le racisme et la discrimination ».

Une école historique ?
« Je ne sais pas, et je ne veux pas porter la responsabilité d’un « scottisme » (rires). … La critique que je pratique ne donne pas des réponses : je peux tout au plus ouvrir des brèches, une conversation, des possibilités. Quant à savoir où elles mènent sur un plan directement politique… dans ma recherche, je me suis toujours efforcé de compliquer mes propres convictions politiques. En montrant que femme est une catégorie mouvante et plurielle dans l’histoire, je résistais à la demande de groupes féministes de production d’une histoire des femmes téléologique, du récit d’une montée en puissance de la conscience de soi. Peut-être est-ce d’ailleurs ce qui m’a toujours motivée : le refus critique d’accepter les termes d’un groupe qui m’importe et dont j’approuve les buts. C’est mon paradoxe ! »


Rappels :
articles précédents dans Vacarme : Comment peut-on être américaine ? http://www.vacarme.org/mot588.html

Joan W. Scott, article Wikipedia (ouvrages et articles) : https://en.wikipedia.org/wiki/Joan_Wallach_Scott
Les publications de Joan W. Scott : http://www.sss.ias.edu/files/pdfs/scottcv.pdf

Joan W. Scott, La citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de l'homme, Paris, 1998,
CR Françoise Thébaud, Clio 12.2000 - http://clio.revues.org/202

Au-delà du patriarcat - Scott Joan,  Emancipation and Equality : A Critical Genealogy

colloque Penser l'émancipation, Nanterre février 2014
http://www.penserlemancipation.net/site.html?page=atelier&id=94

dans la revue de presse Clioweb :
http://clioweb.canalblog.com/tag/joanscott
http://clioweb.canalblog.com/tag/genre


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30 septembre 2012

Joan W. Scott, De l'utilité du genre


scott5

Joan Wallach Scott - http://www.jornada.unam.mx/2009/11/05/


Le "genre" comme catégorie, outil intellectuel
à travers un recueil de 6 textes, publiés de 1986 à 2010, réédités chez Fayard.

Joan W. Scott est l'invitée de Sylvain Bourmeau - La suite dans les idées - 29.09.2012.
http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idées
http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_16260.xml
en mp3 :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/16260-29.09.2012-ITEMA_20405450-0.mp3

parmi les questions
- Comment les sociétés expliquent-elles la différence entre les sexes ?
- Laïcité : sécularisation ou sexularité ?
- L'art de la séduction : une singularité bien française...
- Le genre comme source de renouvellement des sciences sociales

http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/16260-29.09.2012-ITEMA_20405450-0.mp3


L'émission fait allusion à La citoyenne paradoxale (1998, traduction d'un ouvrage paru en 1996)
(cf le CR en 2000 par Françoise Thébaud pour la revue Clio),
http://clio.revues.org/202
L'universel de la Révolution est l'individu-citoyen masculin.
Pour se battre contre l'exclusion créée par un universel abstrait,
le féminisme doit faire appel à la différence sexuelle qu'il tente d'éliminer.


Les publications de Joan W. Scott :
http://www.sss.ias.edu/files/pdfs/scottcv.pdf
L'histoire saisie par le genre
http://clioweb.free.fr/dossiers/genre/genre.htm

 
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10 juin 2009

Joan W. Scott

Joan W. Scott était l'invitée d'Emmanuel Laurentin hier matin,
en ouverture d'une semaine sur la masculinité.

L'historienne du genre interroge les catégories admises,
questionne la construction des identités sexuées
et les rapports de pouvoir entre les sexes.

Elle oppose 2 visions et 2 pratiques de l'histoire (46'),
d'un côté une histoire qui se contente de décrire,
de l'autre une histoire qui interroge les concepts et les catégories,
qui démonte sans cesse leur construction,
avec l'aide de théories comme celle du genre.
Elle constate en ce moment, des 2 côtés de l'Atlantique,
un retour vers une une vision classique plus "rassurante"
confortée par la force d'une certaine orthodoxie des historiens.
[ à lier avec la place donnée au récit en 6eme ? ]

[ 18 ' pourquoi a-t-il fallu tant de temps aux historiens français
pour intégrer cette nouvelle théorie ?
38 ' les normes et la marge de liberté des acteurs...

39' elle rend un hommage appuyé à Foucault, à Derrida
et à la "French Thought" : le souci de repérer les points aveugles
que la société considère comme évidents alors qu'ils sont le résultat
de rapports de pouvoir historiquement situés et construits

40' Où s'arrête le jeu de miroirs de la déconstruction ?
           Avec la nécessité de se mettre à écrire...
42 ' Elle se dit parfois surprise par les articles qui se réclament d'elle  ]

A écouter en différé :
http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/FABRIQUE/FABRIQUE20090608.ram
ou à archiver en podcast - mp3
http://tinyurl.com/lmpzoe

Joan W. Scott vient de publier chez Fayard
Théorie critique de l'histoire : identités, expériences, politiques
http://tinyurl.com/kun32e
http://www.ias.edu/about/faculty-and-emeriti/scott

Ses publications avant janvier 2006 :
http://www.sss.ias.edu/community/faculty-cv/scottcv02.pdf

Elle cite Judith Surkis,
à propos de la vision sociale des jeunes célibataires au XIXe
http://history.fas.harvard.edu/people/faculty/surkis.php

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