29 juillet 2011

La philosophie des affaires


- L'Ecole Normale Supérieure tentée par la philosophie des affaires;

Des serviteurs de l'Etat poussés vers le secteur privé.

Dans une double page dans Le Monde diplomatique d'août 2011, le philosophe Mathias Roux analyse et met en contexte les évolutions récentes de l'ENS et de l'ENA.
http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/

Un article qui sera sans doute mis en ligne au mois de septembre.


Depuis 1795, l’Ecole normale supérieure (ENS Ulm) avait pour mission de produire un corps enseignant d’élite baigné de valeurs humanistes. Les Normaliens étaient recrutés sur concours, après deux ans de classe préparatoire. Ils avaient le statut d'élève-professeur, ils étaient salariés, et devaient s'engager à servir pendant dix ans le service public. 
Créée après guerre, l’ENA devait former des grands commis de l’Etat.

« Depuis quelques années, devenues des instruments de reproduction de la classe dirigeante française, ces deux institutions prestigieuses tentent de s’imposer comme un sas vers le monde des affaires ».
U
n modèle radicalement différent leur est imposé, inspiré de celui des Business schools anglo-saxonnes : les Normaliens doivent cultiver leur profil de manager, vendre leurs talents, faire appel aux cabinets spécialisés dans la mesure des compétences et se préparer à encadrer les ressources humaines dans le secteur privé.


 « Pareil recentrage induit une crise de légitimité  aiguë dans des écoles qui reproduisent les inégalités sociales et scolaires. En 2009, parmi les 81 étudiants intégrés à l’ENA, seulement 4 avaient un parent ouvrier. Un rapport du Sénat de 2007 a constaté qu’à l’ENS et à l’ENA, on rencontre moitié moins de jeunes issus des classes populaires que dans les années 1970 ».

Au sein de ces nouvelles élites, le détour par le secteur privé s'est accéléré : le pantouflage intervient en moyenne quatre ans et quatre mois après la fin de la scolarité à l'ENA, soit trois fois plus vite que dans les années 1970. Et pour ceux qui restent dans le secteur public, la priorité, c'est d'imposer à l'Etat le mode de gestion de l'entreprise privée.

Un tel creuset de sélection et de fabrication des élites s'oppose à toute véritable démocratisation...  
« Chez les élites, l'obligation de service public devrait compter au nombre des priorités de tout programme politique progressiste  ». 

Lire aussi du même auteur,
http://fr-fr.facebook.com/mathias.roux

Mise en scène médiatique de l’opulenceDu pain, des jeux et des milliardaires
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/05/ROUX/15880

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 vanscorel-h

En illustration de l'article, un tableau de Jan Van Scorel (1495-1562) : Portrait d'un humaniste
(background landscape with the tower of Babel) Wood; 67 x 52cm Cat. 2580 - Museo del Prado, Madrid, Spain.
source :  http://www.flickr.com/photos/80964676
http://www.lessing-photo.com/dispimg.asp?i=39190366+&cr=4&cl=1


Autres tableaux de Jan Van Scorel sur le Web Gallery of Art

http://en.wikipedia.org/wiki/Jan_van_Scorel

http://commons.wikimedia.org/wiki/Jan_van_Scorel

 

 

 

 

 

 

Posté par clioweb à 08:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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