19 décembre 2014

Internet et les mouvements sociaux

 

materiaux79

Internet et mouvements sociaux : nouvelles pratiques militantes, nouvelles sources pour l’histoire.
Matériaux pour l'histoire de notre temps - BDIC, Juillet-Septembre 2005 - N°79 12.00 €


- A propos de l'ouvrage de Fred Turner, Aux sources de l'utopie numérique, 2012
http://www.slate.fr/story/95899/fred-turner-technologies

« L'historien Fred Turner retrace la filiation entre les idéaux communautaires des années 60 et la vision d'un Internet comme espace de salut pour l'individu et le collectif. Selon lui, le pouvoir de fascination des réseaux nourrit l'idéologie de l'économie numérique, mais tant que la politique et le social seront laissés de côté, aucun ordinateur ne changera le monde ».

extraits de l'article de Slate :
« De son propre aveu amoureux des hippies lorsqu'il entame son travail, Turner a finalement montré à quel point leur rêve s'était transformé pour finir par rallier les idées économiques les plus individualistes, les moins progressistes socialement, leur donnant dans les années 90 le vernis de coolitude New age qui leur manquait pour gagner les esprits ».

Après l’échec du communalisme et des communautés (750 00 personnes), « la désillusion sera à la mesure des espoirs pour une génération entière alors orpheline de son rêve de changement social radical. Elle tentera de raviver la flamme sur les réseaux dématérialisés, pour reproduire une expérience de vie communautaire débarrassée cette fois pour de bon, pensait-elle, des origines des individus, des conflits de pouvoir et de la politique dont elle se méfiait tellement. L'anonymat et la coupure entre réel et virtuel laissant espérer que ce qui avait échoué dans les montagnes ou les déserts américains réussirait en ligne... »

Au milieu des années 1980, le modèle californien vante le travailleur nomade, libre et rebelle, la possibilité de s’accomplir, d’être créatif tout en travaillant. Un modèle qui convient très bien à la nouvelle économie, une version fin de siècle du capitalisme.
Mais l’auteur insiste : l’idée qu’on puisse s’émanciper par la technologie seule en laissant de côté l'organisation politique et les problèmes sociaux, relève du fantasme: « Cela revient à transformer les ordinateurs en outils de psychothérapie.»



- L'occasion d'un retour sur un dossier de 2005, dans un numéro très dense de Matériaux pour l’histoire de notre temps n° 79 :
L’internet militant - Chronique internet 394, Historiens & Géographes, mai 2006
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg394.pdf

Quelles stratégies de collecte, de conservation et de mise à disposition développer pour préserver et valoriser le patrimoine numérique, pour limiter et maitriser l’ampleur des pertes irrémédiables ?

Les méthodes appliquées au papier restent largement applicables (cf DAF Les archives électroniques, Manuel pratique, DF 2002).
L’ensemble des bibiothèques et des fonds d’archives sont amenés à explorer des pistes nouvelles, en tenant compte des contraintes techniques et financières. La réflexion menée au sein du Codhos (collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale) prolonge les travaux du colloque « archives du présent » organisé par la Fondation Feltrinelli à Milan en 2004. De nombreux exemples étrangers sont présentés dans ce numéro : Fonds Occasio à Amsterdam, bibliothèque Tamiment de la New York University, Archives sociales de Zürich…
   Plusieurs articles s’intéressent à l’amont,
à la fois celui des mutations des conditions de travail dans les entreprises (Michel Pigenet « Centres d’appel, premières explorations d’un nouveau territoire du salariat ») et celui de l’ impact des TIC sur les pratiques militantes (Fabien Granjon « L’internet militant »). Plusieurs entretiens ont été conduit avec les acteurs, aussi bien responsables de syndicats ou de partis politiques, mais que militants  des « nouveaux mouvements sociaux (grèves de 1995, Forums sociaux, Attac et les altermondialistes…)

« Au départ, les structures militantes traditionnelles étaient vraiment embarrassées par la dimension « horizontale » d’Internet qui contredisait leur culture pyramidale et hiérarchisée ». Pour des raisons évidentes d’efficacité (la communication asynchrone fait gagner du temps et de l’argent) mais aussi sous la pression des militants les plus jeunes, ces structures ont été obligées d’adopter ces nouveaux supports. Elles y ont transféré leurs modes de fonctionnement, l’usage du web comme vitrine leur permettant de « continuer à fonctionner de manière verticale et verrouillée, à organiser les choses par le haut ».

Internet apporte une réelle efficacité aux nouvelles formes de militantisme, appuyées sur des structures horizontales, mobiles et a-hiérachiques, qui se développent parfois en réseaux transnationaux. Au sein de ces mouvements, des militants bénévoles jouent le rôle de passeurs : ils utilisent leur capital culturel important, leur maîtrise de l’écrit, leur expertise professionnelle au service de causes multiples et d’engagements parfois temporaires.

Un article traite d’une démarche originale : un investissement fort dans la technique, pour mettre des logiciels « libres », des outils d’hébergement au service d’autres associations militantes. Dans tous ces engagements, la conservation d’une mémoire des luttes n’est pas toujours la priorité essentielle.

« Des archives numériques dans historiens », s’interroge Philippe Rygiel qui déplore leur absence dans les structures qui décident de la structure à donner aux archives électroniques. Avec le risque de pertes irrémédiables, à la fois du fait d’un erreur de prévoyance sur les questions qui seront posées aux archives actuelles, et du fait de choix inadaptés, reposant sur une mauvaise anticipation de l’évolution technique.
Selon lui, les enjeux sont d’importance. Aujourd’hui, « malgré la célébration de l’histoire problème, les historiens sont encore souvent les explorateurs d’un fond principal d’archives. La possibilité prochaine d’accéder à de multiples banques de données structurées pourrait renouveler les matériaux offerts à l’historien et les manières d’y accéder. Sans compter avec le passage de la recherche individuelle au travail en équipe, avec le remplacement possible de l’article et du livre par des formes innovantes (dispositifs multimédia, système de gestion d’information, écriture logicielle collective…). Ces mutations majeures supposeraient une formation adaptée et évolutive ; or l’utilité de la formation des historiens à ces nouveaux outils est vivement contestée au sein des universités.


Matériaux pour l'histoire de notre temps, le sommaire :
http://www.bdic.fr/librairie/index.php3?id=89&q=mat%E9riaux%2079&action=aff_full&sid=95cfeb78ea940803bbbbc518c3e965ce
http://www.decitre.fr/revues/materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps-n-79-juillet-septembre-2005-internet-et-mouvements-sociaux-nouvelles-pratiques-militantes-nouvelles-sources-pour-l-histoire-5552901658040.html

Introduction, Françoise BLUM, Bruno GROPPO, Rossana VACCARO et Franck VEYRON ;

Des archives numériques sans historiens ? Un point de vue, Philippe RYGIEL ;
Les centres d’appel : premières explorations d’un nouveau territoire du salariat, Michel PIGENET ;
L’évolution des pratiques militantes à l’heure de l’Internet
 L’Internet militant, Entretien avec Fabien GRANJON ;
L’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication sur la communication syndicale. Le point de vue de Force Ouvrière, Eric PERES ;
L’exemple des activités en ligne du Syndicat national du Trésor–CGT. Entretien avec Arnaud LE ROI et Didier MARGUERY ;
Internet, Intranet : le Web confédéral de la CFDT, Entretien avec Philippe ANTOINE ;
Usages du Net et mémoire(s) électronique(s) : le point de vue confédéral de la CGT, Entretien avec Danièle GARNIER et Arnaud LE ROI ;
Un parti politique et le Net. L’exemple des Verts., Entretien avec Aldo BATTAGLIA ;
« Utiliser les ressources du Net au profit des forces progressistes ». Le R@S, Réseau Associatif et Syndical, Entretien avec François SAUTEREY ;
Samizdat.net, l’histoire d’un projet de médias alternatifs sur Internet., Entretien avec Aris Papatheorodou ;
Mémoire et ‘‘restitution’’ des Forums Sociaux, Nicolas HAERINGER ;
Archiver les débats des Forums sociaux. Extraits d’un entretien avec Laurent JESOVER] ;
Attac-Info. Ethnographie d’un média ‘‘alter’’ lors du FSM 2003, Fabien GRANJON ;

Collecte, sauvegarde et gestion des archives électroniques
Quelques remarques générales, Catherine DHERENT ;
L’Archivage de l’Internet à la Bibliothèque nationale de France, Catherine Lupovici ;
Archiver le Web. Le futur rôle de l’Institut National de l’Audiovisuel, Bruno Bachimont et Thomas Drugeon,
L’archivage des sites web d’organisations ouvrières et de mouvements de gauche. Etat des lieux à la bibliothèque Tamiment de la New York University. Michael NASH ;
Conserver les sites des partis politiques allemands à la Fondation Friedrich Ebert. Rudolf SCHMITZ ;
Le fonds Occasio de l’Institut international d’histoire sociale d'Amsterdam, Jenneke QUAST ;
Comment conserver les archives électroniques des hommes politiques ? Les ambitions du projet britannique PARADIGM, Janette MARTIN et Susan THOMAS ;
Numérisation et archivage électronique aux Archives Sociales Suisses de Zurich, Urs KÄLIN ;
Conserver la mémoire des mouvements sociaux contemporains en Flandres : le travail de l’Institut d’histoire sociale de Gand, Piet CREVE

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