04 septembre 2011

L'école à la maison

 

Toujours beaucoup d’Ecole et de rentrée scolaire dans les médias : équipes de direction en photo dans la presse locale, titres ou légendes qui font surtout la pub du privé confessionnel (un collège privé va fournir des tablettes à ses élèves de 6e, un autre a déjà équipé chaque salle de TBI…).
Cette année, plusieurs articles vantent la déscolarisation, le homeschooling des Américains. 

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L’Ecole autrement,

Un hebdo conservateur normand fait sa Une sur Elisabeth P. qui « a choisi de monter sa propre école privée hors contrat ».
Le prétexte, fourni en titre : « L’ascenseur social par l’école ne fonctionne plus ».
A l'intérieur, l’hebdo consacre une demi-page à cette fille de normaliens, catholique pratiquante, à qui un inspecteur aurait reproché de faire trop de conjugaison en ZEP. Elle veut « revenir aux méthodes classiques ». Elle a créé l’association Ange-educ (sic).
(en dessous de l'article, par contraste, une brève titre : « un élève en moins, une classe qui ferme »…)


La rentrée, pour eux, c’est à la maison - OF
Ouest-France consacre une pleine page à deux exemples de déscolarisation, à proximité de Caen. Un des articles insiste sur la personnalisation et sur l'efficacité : « en une heure, à la maison, nous faisons ce qu’ils feraient en six ou huit heures en classe ». Les activités extra-scolaires serviraient à éviter la désocialisation. 


Etats-Unis. L’école est finie
Un nombre croissant de parents américains optent pour l’instruction à la maison. Un mouvement, qui surfe sur la dégradation du service public et touche toutes les classes sociales, écrit Lorraine Millot dans Libération 
http://www.liberation.fr/monde/01012357250-etats-unis-l-ecole-est-finie

Près de 2 millions de petits Américains feraient maintenant leurs classes à la maison, soit près de 4% des enfants en âge scolaire. Avec des résultats présentés comme exceptionnels dans l’article : plusieurs exemples d’entrepreneurs en herbe, un cas de « passionné de biologie qui à 16 ans travaille déjà sur des projets de recherche à l’université »… « A la maison, on a tout le temps de faire les choses au rythme de chacun ».

Sur l'évaluation de ce travail à domicile, « chacun des Etats américains a ses propres règles, plus ou moins laxistes... Certains laissent les parents pratiquement enseigner ce qu’ils veulent, sans contrôles. D’autres demandent à voir un portfolio de travaux réalisés par l’élève ».
A ses débuts, le homeschooling (éducation à domicile, par la famille) avait souvent des motifs religieux et idéologiques… Aujourd’hui, la défiance de certains parents à l’égard de l’école publique guiderait un choix dans lequel la mère sacrifie souvent sa carrière professionnelle.

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Double commentaire :

- Dans les médias dominants, où relayer la com' ministérielle coûte moins cher que de salarier des journalistes d'enquête, l'école mise en spectacle a souvent peu à voir avec la réalité quotidienne. De plus, cette école publique sert de défouloir commode : on lui reproche l'accroissement des inégalités, en feignant d'ignorer que la question sociale tient avant tout à la précarisation croissante. Les enseignants y ont rarement bonne presse : leur pédagogie n'est jamais assez ludique, la personnalisation n'est jamais suffisante.

- La privatisation de l'instruction, le remplacement de l'école par la famille, c'est un choix politique porté par une minorité d'extrémistes très actifs. Dans un pays où enseigner ne semble plus considéré comme un métier à part entière (cf la démolition de la formation professionnelle en alternance depuis 2010), n'importe qui peut s'improviseur auto-entrepreneur. Pas sûr que cela soit le meilleur moyen pour répondre aux difficultés actuelles, pour socialiser une génération d'enfants et construire une société solidaire capable d'affronter les défis de demain.



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Posté par clioweb à 08:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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