13 octobre 2015

Pierre Goubert, historien

 

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Pierre Goubert (1915-2012)
source : http://cafehistoria.ning.com/



Pierre Goubert ou comment faire œuvre d'historien
« Comprendre, faire comprendre et faire revivre »
1/2 journée d’étude - ENS Lyon
mardi 13 octobre 2015, 14 h
http://calenda.org/334391


« En fin de compte, le professeur d’histoire que je fus peut s’identifier à une sorte de Maître-Jacques. Simple, vivant, un tantinet bateleur avec les plus jeunes, à qui il s’agit de donner le goût de l’histoire. » (Pierre Goubert, Un parcours d’historien).

« Pierre Goubert Cloutier », Jean-Pierre Goubert
« Pierre Goubert et la vie quotidienne d’Ancien Régime paysan », Daniel Roche
« Pierre Goubert, historien de la ville moderne », Maurice Garden

« L’économie de l’Ancien Régime dans l’œuvre de Pierre Goubert », Guillaume Garner,
« Pierre Goubert, historien de la culture ? », Françoise Dartois-Lapeyre
« La voix écrite de Pierre Goubert », Nicolas Schapira

Conclusions par Igor Moullier

rappel : Pierre Goubert, un parcours d'historien
http://clioweb.canalblog.com/tag/goubert


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03 octobre 2015

Louis XIV vu par Pierre Goubert

 

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Louis XIV 4/4 : Louis XIV vu par l’historien Pierre Goubert ou la révolution historiographique
La Fabrique 01.10.2015
Avec Fanny Consandey, Nicolas Schapira, Nicolas Lyon-Caen et Jean-Marc Moriceau.
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-louis-xiv-44-louis-xiv-vu-par-l-historien-pierre-goubert-ou-la-re

L'émission ne laisse pas indifférent.
« Louis XIV a assuré la paix civile intérieure » (24e mn).
« C’est peut-être la misère, mais sans soldats aux portes » (sic)
Qu'en pensent les protestants après 1685 ?

Pas d'impact de la guerre sur le royaume ?
« J'ai trop aimé la guerre » fait dire Voltaire à Louis XIV.
« Louis XIV, le roi de guerre » titre L’histoire pour un dossier paru dans le no 386.
33 ans de guerre sur 54 années de règne personnel, résume Wikipedia.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_de_Louis_XIV



Dans cette émission dédiée à Louis XIV, l’histoire sociale et la démographie historique ne font pas le poids face aux modes actuelles de l'histoire. Peut-on rappeler un détail : à la communale, on n’apprend pas le latin. On ne peut donc suivre ni André Piganiol, ni Marc Bloch sur leurs terrains de recherche. Comment faire une histoire connectée sans une maîtrise réelle des langues vivantes ?
Une question candide : que restera-t-il, dans 50 ans, des ouvrages publiés en ce moment sur l’histoire moderne ?

Jean-Marc Moriceau remet le travail de Pierre Goubert en contexte et son choix d’écrire une histoire sociale des petites gens, pas celle des monarques et des chefs de guerre. (à partir des archives du Bureau des pauvres à Beauvais, des registres paroissiaux et de la démographie historique ; JMM cite Louis Henry et Jacques Dupaquier). A ne pas confondre avec l’usage actuel des registres paroissiaux par les généalogistes.
JMM  rappelle l'énorme mortalité de 1693-1694 (1,5 millions de morts, les crises de subsistance, cela ne s'enseigne plus) et la très grande difficulté de (sur)vivre pour 80 % des 20 M de Français. cf dans le Molière d'Ariane Mnouchkine la scène du cheval tué, depécé et dévoré.


Cf aussi un exemple cité par Daniel Roche lors de la Fabrique du 05.07.2013 (10e minute),
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-histoireactualites-du-vendredi-050713-2013-07-05

Jean Cocu, serger, sa femme et ses trois filles, toutes quatre fileuses - paroisse Saint-Etienne, Beauvais
La famille est décimée lors de la crise de subsistances de 1693-1694) : « on se prive, on emprunte, on mange des nourritures immondes,  pain de son, orties cuites, graines, entrailles de bestiaux ramassés devant les tueries, la contagion se répand, la famille est inscrite au Bureau des pauvres en déc 1693, en mars 1694, la plus jeune fille meurt, en mai l'aînée, et le père. D'une famille particulièrement heureuse puisque tout le monde travaillait, il ret une veuve et une orpheline à cause du prix du pain »

Une histoire franco-centrée ?
La thèse complémentaire étudie deux familles de marchands (les Danse et les Motte) et leurs « circulations ».


Il faut lire aussi les passionnants souvenirs de Pierre Goubert :
Un parcours d'historien. Souvenirs, 1915-1995, Fayard, 1996
Outre le récit de ses origines modestes (un Saumurois qui n’aime pas les officiers et les chevaux), on peut y lire son parcours (« républicain ») de la communale à Saint-Cloud et à la Sorbonne. On y voit des historiens qui ont renouvelé l’histoire (et l’histoire moderne) :  Marc Bloch, Lucien Febvre, Jean Meuvret, Ernest Labrousse, Fernand Braudel, etc...

PG évoque les relations difficiles avec Braudel, « la tempête méditerranéenne ». Il cite la critique brutale de sa thèse principale (par celui qui avait publié cette même thèse) : pourquoi un si petit pays (le Beauvaisis) ? pourquoi le XVIIe et pas le XVIe (des marchands-banquiers, des navires, des foires) - (Goubert parle de ses « 2 thèses, la petite, trop oubliée, la grande trop louée et en partie périmée »)
la Note critique de Fernand Braudel
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 18e année, N. 4, 1963. pp. 767-778.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1963_num_18_4_421052


Le chapitre sur Braudel, « le despote souriant et éclairé », incite aussi à nuancer la statue qui lui est habituellement dressée (la nouvelle histoire, pour Goubert, ne date pas des années 1970, mais de 1929, de la création des Annales)

Parmi les publications de Pierre Goubert :
Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730
Contribution à l´histoire sociale de la France du XVIIe siècle, Sevpen 1960
réédition Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730, Les Classiques de la Sorbonne, 2013
1789: les Français ont la parole, Julliard, 1965. (avec Michel Denis),
Louis XIV et vingt millions de Français,  Fayard 1966
L' Ancien Régime Armand Colin. T. I : la société (1969) ; t. II : les pouvoirs (1973).
Clio parmi les hommes. Recueil d'articles, EHESS, 1976.
La vie quotidienne des paysans français au XVIIe siècle, Hachette, 1982.
Initiation à l'histoire de France, Fayard, 1984.
Mazarin, Paris, Fayard, 1990.
Un parcours d'historien. Souvenirs, 1915-1995, Fayard, 1996,
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Goubert


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06 juillet 2013

Pierre Goubert, un parcours d'historien

 

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Dans la Fabrique du 05.07.2013 (10e minute), Daniel Roche rend hommage à Pierre Goubert,
dont la thèse vient d’être rééditée.
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-histoireactualites-du-vendredi-050713-2013-07-05
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10076-05.07.2013-ITEMA_20498120-0.mp3

- L'historien, c’est celui qui se donne des questions et définit un problème historique
(comprendre les capacités de survie des sociétés anciennes, très fragiles)

- PG a exploité des « archives dormantes », celles qui permettent de faire l’histoire des petites gens (cf à Beauvais, paroisse Saint-Etienne, Jean Cocu, serger, sa femme et ses trois filles, toutes quatre fileuses. La famille est décimée lors de la crise de subsistances de 1693-1694).

Pierre Goubert, Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730, Les Classiques de la Sorbonne, 2013
http://clioweb.canalblog.com/archives/2013/07/06/27581503.html


- L’occasion de lire ou de relire « Un parcours d’historien »,
l’ouvrage de souvenirs publié par Pierre Goubert en 1996 chez Fayard.

La première partie évoque une famille de gens modestes du Saumurois (cultivateurs et vignerons). « René-Pierre son grand-père a tiré en 1864 un mauvais numéro qui l'expédia pour 7 ans dans l'armée de Napoléon III. Il a neuf enfants, et passé la soixantaine, il tombe à la renverse d’une charrette de foin chargée avec son voisin, et ne se relève pas ».
cf la courbe de Saint Lambert-des-levées).
http://saumur-jadis.pagesperso-orange.fr/recit/ch18/r18d1agr.htm

Pour Pierre Goubert, l'école fonctionne comme ascenseur social, de la rue des Récollets (M. Noyer) à l'Ecole Normale d'Angers (1931) et à Saint Cloud (1935 - l’allocation mensuelle de 150 F est amputée par Laval).
A Saint-Cloud, il cite André Piganiol. « les cours de Marc Bloch ou les entretiens avec Raymond Aron n'incitaient pas les douze littéraires de 1935 à préparer l'inspection primaire et ses suites ». Pour son premier poste à l'EN de Périgueux, il entend une classe de dix normaliens lire Athalie avec l'accent local.

Mobilisé en 1939 comme instructeur météo, il échappe à la captivité. Il est nommé en lycée à Beauvais, loin de sa famille. « Je compris vite que ma destinée consisterait à enseigner pendant des décennies les campagnes de Napoléon, les révolutions de 1848, les unités italienne et allemande et la subtile diplomatie d'entre 1871 et 1914 ». Il réussit à l'agrégation en 1948.
Pour sa thèse, Augustin Renaudet l'incite à exploiter les archives de Beauvais. On lui répond que les archives municipales avaient brûlé en 1940, que les AD étaient inconsultables. Deux assertions fausses mais qui « confortaient la paresse administrative ». Il découvre « les remarquables archives, si bien classées » du Bureau des pauvres de Beauvais, un prédécesseur de l'Hôpital général de Paris.
« Je suis devenu démographe par hasard : les registres paroissiaux étaient les seuls documents reliés et abordables, vers 1946, aux archives de l’Oise. La recherche qui suivit visait à connaître et comprendre le mode de vie et l'activité des paysans, des ouvriers en laine, des artisans drapiers, des négociants, des chanoines, des officiers. J'y parvins grâce à l'extreaordinaire richesse des fonds d'archives écclésiastiques, si bien conservés par une Révolution qui sut (au moins ici) bien plus souvent préserver et classer que détruire ». (Chaunu prétendait le contraire).
La thèse terminée en 1957 est soutenue en 1958 et publiée en 1960.

En 1958, il refuse un poste auprès de Braudel, « pour des raisons familiales et financières », mais accepte de remplacer à Rennes Henri Fréville qui vient d'être élu député. Il y reste jusqu'en 1965, où il part à Nanterre. L'ancien élève des Récollets est élu à la Sorbonne en février 1969.

Dans la seconde partie, il évoque ses relations avec les grands de l'histoire moderne.
La trosième traite de son tour du monde académique (Clio dans le vaste monde).

Il aurait pu devenir géographe (il cite Roger Dion). Mais Cholley règnait en Sorbonne...
« Après M. Noyer, Marc Bloch fut le second maître à me marquer profondément, bien que trop brièvement ».
Il rend hommage à Ernest Labrousse, son patron de thèse et à Jean Meuvret.

Ses relations avec Braudel ont évolué : « dans le petit monde pas toujours exaltant des historiens français [ou des historiens parisiens ?], la puissance et le talent de Braudel suscitaient des réticences, probablement des jalousies, parfois des vilenies ». « La Sorbonne, donc Renouvin, lui avait fermé ses portes ». Goubert subit un reproche en séminaire : «  Pourquoi le Beauvaisis, un si petit pays ? Pourquoi le XVIIe et pas le grand XVIe ? ». « Désarçonné, humilié, me forçant à ne pas éclater, je ne répondis rien… je me mis en congé de thèse » (par la suite, il dira « je n’aime pas les surfaces liquides »).  Mais « Braudel fit l’essentiel, en 1955, pour que je puisse entrer à cette fameuse VIe section, juste au moment où le CNRS me lâchait. Il m’offrit aussi d’imprimer mes deux thèses : la petite, trop oubliée, la grande trop louée et en partie périmée ».

Victor-Lucien Tapié et moi, écrit Pierre Goubert « nous étions des hommes de l’Ouest, lui de l’Ouest blanc mais raisonnable, et moi de l’Ouest bleu, tolérant, je l’espère ».


« J’ai toujours pensé qu’enseigner l’histoire ne nécessitait pas de théorification, méthodologie ou dissertation pédagogiques préalables, même exprimées en langage clair… Mais il semble que je sois l’un des derniers à soutenir ce point de vue… Qui n’a pas sérieusement cherché et beaucoup lu ne devrait pas être digne d’enseigner dans le supérieur, ou alors autre chose que l’histoire ».

« Il existe bien des manières d’enseigner l’histoire. Elles dépendent d’abord du nombre d’auditeurs. A Rennes en 1959, ils étaient une quarantaine en licence, cent cinquante en propédeutique… A Nanterre, on dépassait les cinq cents en première année ; l’enseignement supérieur tenait à un micro… »

« La répétition finit par tuer l’enthousiasme »


quelques remarques :
- La démographie historique a connu son heure de gloire au temps de la mécanographie. L'ordinateur, qui aurait grandement accéléré le travail de ces historiens, n'est plus sollicité aujourd'hui : cette histoire est passée de mode.
- Beauvais (Goubert), Montpellier (Le Roy Ladurie), Oran (Ferro), Alger (Braudel). Que serait-il l’histoire sans le hasard des affectations administratives lors des débuts de carrière ?
- Ecrire en dehors de périodes de vacances universitaires
- Les ouvrages d’égohistoire illustrent l’école comme ascenseur social, en partant du point d’arrivée. Que donneraient les souvenirs de condisciples qui ont moins brillamment réussi ? Que donnerait le récit de la galère que traversent aujourd’hui les jeunes chercheurs, dont seuls quelques-uns accèderont à des postes stables et durables (à la reconnaissance de la profession, voire à la notoriété)  ?


rappel : Voir aussi sa nécrologie par Ph-J Catinchi, Le Monde 25/01/2012
http://clioweb.canalblog.com/archives/2012/01/24/23327447.html

L'article de Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Goubert

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Beauvais et le Beauvaisis (1600-1730)

 

Pierre GOUBERT. Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730. Contribution à l'histoire sociale de la France au XVIIe siècle.
Paris, EPHE, VIe section, S.E.V.P.E.N., 1960. (Démographie et sociétés, vol 3 et 3'.)

Pierre Goubert, Beauvais et le beauvaisis de 1600 à 1730, Les Classiques de la Sorbonne
http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100978230


Note critique de Fernand Braudel
, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 18e année, N. 4, 1963. pp. 767-778.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1963_num_18_4_421052

« Braudel critiqua à plusieurs reprises la tendance des historiens à choisir des sujets trop étroits et sans envergure théorique. cf. son compte rendu peu enthousiaste de la thèse de P. Goubert », Annales ESC, 1963, p. 767-778.
Le Centre de recherches historiques de 1949 à 1975 - http://ccrh.revues.org/2781  -  http://ccrh.revues.org/2789

Jean Delumeau, Annales de Bretagne, 1961 :
" On pourra discuter tel choix méthodologique ou telle conclusion du grand ouvrage de M. Goubert. Cette étude passionnante a placé d'emblée l'auteur au premier rang des historiens français ". 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0003-391x_1961_num_68_3_4506_t1_0509_0000_2

Une critique de 1965 par Jean Quéguiner (Bibl Ecole des chartes, 1965)
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1965_num_123_2_449706_t1_0608_0000_3

Emmanuel Le Roy Ladurie, Annales ESC, 1965,
CR de René Baehrel : Une croissance, la Basse-Provence rurale
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1965_num_20_6_421339_t1_1268_0000_1

Les subsistances et l'Ancien Régime : l'œuvre de Jean Meuvret.
Kaplan Steven L., Annales ESC, 1981
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1981_num_36_2_282735

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24 janvier 2012

Pierre Goubert (1915-2012)

 

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Pierre Goubert
source : http://cafehistoria.ning.com/

 

Pierre Goubert - article de Philippe-Jean Catinchi - Le Monde 25/01/2012

A quelques jours de son 97e anniversaire, l'historien Pierre Goubert est mort dans son sommeil le 16 janvier.

Né à Saumur (Maine-et-Loire), le 25 janvier 1915, au sein d'une famille modeste (son père fut jardinier, puis commerçant), cet universitaire eut un parcours académique des plus singuliers. Authentique fils du peuple, il illustre la promotion au mérite de l'école républicaine. Entré à l'Ecole normale d'instituteurs d'Angers à 16 ans, il intègre en 1935 l'Ecole normale supérieure (ENS) de Saint-Cloud, qui forme alors les professeurs d'écoles normales et d'écoles primaires supérieures. C'est là qu'il rencontre le médiéviste Marc Bloch (1886-1944). Le choc est tel que Pierre Goubert décide de s'orienter vers l'histoire, qu'il enseigne, ainsi que les lettres, dès la fin de sa formation, à l'Ecole normale de Périgueux (1937).

Mobilisé en 1939, le caporal Goubert fait la campagne de France, échappe à la captivité et reprend sa charge d'enseignant à Pithiviers (Loiret), puis Beauvais (Oise). Mais le virus de la recherche le tient. Autorisé par dérogation à préparer une licence - comme les élèves-instituteurs du temps, il n'est pas bachelier - qu'il obtient, selon sa formule, " par morceaux ", il réussit dans la foulée l'agrégation (1948) et entreprend un doctorat sur le Beauvaisis à l'époque moderne, sous la direction d'Ernest Labrousse, spécialiste d'histoire économique et sociale.

Détaché au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 1951, il obtient une direction d'études à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE) en 1955, et, en 1958, l'année même où il soutient sa thèse, un poste de professeur d'histoire moderne à la faculté de Rennes.

Publié en 1960, Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730 (Sevpen) marque un temps fort de l'historiographie française, inscrivant de façon pionnière la démographie historique dans un cadre micro-régional. Le parti pris fit florès. Paradoxalement, la somme est éreintée par Fernand Braudel dans le compte rendu qu'il en fait pour la revue des Annales.

Mais l'argumentation qui fustige la micro-storia en germe pèse moins que les relations difficiles que Goubert entretenait avec le maître. Ce qui ne devait pas s'arranger tant la liberté de l'historien hors normes était entière. Nommé à la toute nouvelle faculté de Paris-Nanterre (1965), Goubert y appelle Robert Mandrou, génial disciple de Lucien Febvre dont Braudel entrave la carrière. Il sait aussi s'entourer de jeunes assistants dont il favorise le parcours (de la minutie scrupuleuse d'Anne Zink à l'envergure de François Billacois sur les mentalités judiciaires).

Cette générosité, qui se traduit par une capacité d'écoute, un sourire bonhomme, un jeu souvent spectaculaire d'indignations, feintes ou non, incite à l'audace. Et l'homme au verbe facile qui ne craint pas les formules abruptes, voire " définitives ", est aussi celui qui brossait de façon alerte et contrastée L'Avènement du Roi-Soleil (Julliard, coll. " Archives ", 1961), écornant l'image du jeune souverain avec une énergie iconoclaste. Bientôt il efface le roi dans un mémorable essai, Louis XIV et vingt millions de Français (Fayard, 1966) au profit des humbles et des anonymes dont l'éclat et la grandeur du règne occultaient l'image trop sombre. L'impact du propos fut considérable et les hagiographies du monarque en parurent aussitôt obsolètes. Comme pour étayer sereinement ce changement d'optique, Goubert livre un manuel capital, L'Ancien Régime (Armand Colin, " U ", 2 vol., La Société, 1969, et Les Pouvoirs, 1973), qu'avec la collaboration de Daniel Roche il reprit et augmenta sensiblement en 1984 (Les Français et l'Ancien Régime, 2 vol.).

Disciple de Labrousse
Professeur à la Sorbonne (1969-1978), ce disciple de Labrousse y conjugue le respect des idéaux scientifiques et sociaux du maître et la promotion d'une histoire des mentalités (Robert Mandrou, Philippe Ariès, Michel Vovelle, Jean-Louis Flandrin) encore peu orthodoxe.

Reconnu et largement accueilli à l'étranger, Pierre Goubert, tout fidèle qu'il soit à l'esprit des Annales, n'a pas craint de s'essayer à d'autres approches, d'un très accessible essai sur La Vie quotidienne dans les campagnes françaises au XVIIe siècle, dans la collection fameuse d'Hachette (1982) à une biographie de Mazarin (Fayard, 1990), personnage qu'il jugeait déjà " digne et édifiant " en 1961, en passant par une didactique Initiation à l'histoire de France (Fayard, 1984) couronnée par le grand prix Gobert de l'Académie française. En marge de recueils d'articles (Clio parmi les hommes, 1976 ; Le Siècle de Louis XIV, 1996), il a livré pour ses 80 ans un précieux témoignage d'égo-histoire, Un parcours d'historien. Souvenirs, 1915-1995 (Fayard, 1996), qui abordent moins l'oeuvre et ses enjeux que le parcours de l'homme, si atypique.


25 janvier 1915 Naissance à Saumur
1960 Thèse sur " Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730 "
1966 Publication de " Louis XIV et vingt millions de Français "
1990 Publication de " Mazarin "
2012 Mort à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine)

 

L'article de Wikipédia - http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Goubert

 

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Pierre Goubert - Louis XIV et vingt millions de Français


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