02 septembre 2012

Les tourments de la géo scolaire

 

Nacima Karthala-Baron (tw arnal)
Les tourments de la géographie scolaire face aux avancées des sciences du territoire
Sciences du territoire, ed Karthala 2012 - p 122-145
http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/72/18/05/PDF/envoiBARONnacima_Karthala.pdf


Les tourments ?
N'est-ce pas plutôt le plaidoyer pro-domo d'une conceptrice des programmes d'une géo chatelisée ?
(Supprimer l'HG en Term S, la décision initiale de Chatel, annoncée fin novembre 2009,
devient par euphémisme (?) « les précisions apportées par le Ministre sur l’HG début décembre »). :-)

Le sommaire :
1. Définir le champ d’un savoir : exercice programmatique et pragmatique
2. Territoire, Durabilité et Mondialisation, nouvelle trinité conceptuelle de la géographie scolaire ?
3. La Géographie, forteresse assiégée ?

extraits :
« La triade magique constituée par le territoire (comme cadre), la durabilité (comme enjeu collectif de l'action) et la mondialisation (comme force dominante du changement géographique) ... est véritablement introduite au lycée, dans une perspective de progressivité de la seconde à la terminale, selon une logique graduelle ».


Mais « le contexte dans lequel se renouvelle ce programme de géographie » ... « dessine un horizon d'inquiétude et d'appréhension pour la communauté enseignante [communauté ou professionnels et métier ?], horizon qui tend les relations entre les agents de l'enseignement et leur administration »

« L'utilisation de la notion de territoire, qui semblait apporter de la profondeur, de la réflexivité, de la diversité dans la démarche géographique, est lue comme la promesse d'un appauvrissement par les enseignants : « saturation des étude de cas, des données, des images et des chiffres, indigence des idées » se plaint un professeur. L'usage paradigmatique des concepts de mondialisation, de durabilité et de territoire, le sentiment de répétition et de redondance des entrées thématiques qui lui sont corrélées créent une sensation d'étouffement ».

« Au-delà des classiques conflits de normes et de légitimités, au-delà des combats entre réformistes et conservateurs, on peut émettre le souhait qu’à travers la fondation contemporaine des sciences du territoire, la géographie trouve elle aussi les forces d’une reconstitution de ses fondamentaux, à l’université comme dans tous les autres niveaux d’enseignement ».


Le CIST mentionné 2 fois,
c'est le Collège International des Sciences du Territoire,
un GIS avec plusieurs partenaires fondateurs : Paris 1, Paris Diderot, le CNRS, la Datar ..
http://www.gis-cist.fr/
Colloque Fonder les sciences du territoire (novembre 2011, Paris)
http://www.gis-cist.fr/index.php?cID=97

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26 mars 2012

Manuels de Geo 1ere

 

>> « La faiblesse consternante des manuels »  … [dont les auteurs] « trahissent non seulement l'esprit du programme …mais aussi, et c'est plus grave, la géographie elle-même ».

Un message précédent (Chance ou occasion manquée) a questionné ce jugement péremptoire,  contestable et contesté.
D’expérience, nous savons que les manuels pris dans leur ensemble sont une base documentaire importante et un support de travail très utile en classe.
De plus, sans ces manuels, beaucoup de didacticiens seraient au chômage. :-):-)
[ Ce qui suit est une réflexion d’ensemble qui évite de mettre en cause un éditeur précis].


Les manuels sont avant tout des objets commerciaux : ils doivent séduire les équipes de profs, mais ils sont parfois choisis par défaut, faute de consensus ; ils devraient être élaborés pour être à la portée des élèves d’aujourd’hui (beaucoup savent lire et ne se contentent pas de zapper sur l’écran d’un téléphone).

Dans ces manuels de 2011, l’ouverture vers le numérique est réelle : globes virtuels, sites web (Eurotunnel ou Wikipedia) … Mais les choix ne sont pas tjs les plus judicieux : le Géoportail est un passage obligé, même lorsque Google Earth fait mieux ; drawmeagraph sert pour l’Europe à 27, mais Géoclip qui est beaucoup plus efficace est ignoré.
Dans l’un d’eux, une double page cherche à attirer l’attention sur la géographie des réseaux sociaux (une bonne occasion d’ouvrir la boite noire, et de voir l’élaboration en flux tendus). La carte de Facebook analysée et décodée par Thierry Joliveau aurait pu servir d’accroche pour des lycéens internautes …

Une tendance lourde semble emporter ces manuels : les images sont envahissantes (photos, cartes, schémas…).
Certaines photos qui occupent une double page apportent beaucoup moins d’informations qu’un bon texte argumenté (cf ce forum) ; de nombreuses cartes sont redondantes (les espaces innovants dans l’Arc Atlantique).
Un redondance qui tient parfois aux choix faits par les concepteurs du programme.

Le visuel omniprésent restreint la place du texte (1 texte sur une page comportant 4 documents, seulement 3 pages d’auteur dans un chapitre. Faut-il alors s’étonner de lire certaines phrases simplistes : « ancien pays industrialisé, la France… ») ?
La formulation de la problématique est souvent à la limite de la caricature : on prend le libellé officiel, on le fait précéder d’un « Comment » et on ajoute un point d’interrogation. Est-ce vraiment la meilleure manière d’intéresser aux enjeux spatiaux ? Il ne faut pas oublier le flottement qui accompagne souvent la mise en place d’un nouveau programme ou de nouvelles épreuves.

Le choix des lieux d’études de cas est souvent actualisé et intéressant (Toulouse, Grenoble, Saclay). Certains manuels comportent des documents riches, d’autres se contentent d’une addition formaliste (1 texte, 1 carte, 1 schéma, une photo). Le détour obligé par des sources extérieures est un problème : trop souvent, sur ces lieux, il n’existe pas d’étude universitaire préalable, pas de carte rigoureuse adaptées à un public scolaire. Alors, ce sont les images de la promotion politique ou de la publicité commerciale qui sont convoquées. Ou des articles de presse tronqués qui anticipent un chantier annoncé mais parfois jamais mené à terme…

Les croquis et les schémas proposés s’adaptent parfois à l’épreuve de bac, surtout quand ils sont alors dessinés à la main (cf la pratique de Philippe Rekacewicz pour Le Monde diplomatique). Mais plusieurs croquis proposés dans ces manuels (avec des données chiffrées par région) sont impossibles à mémoriser et à reproduire le jour du bac.

En première comme en terminale, on demande aux élèves de croquer des réalités mal connues d’eux, à commencer par la maîtrise si longtemps vilipendée d’une nomenclature simple. Il est probable que l’on demande trop à ces manuels : ils doivent être à la fois un cours rédigé et une collection d’études de cas, une liste de documents étudiés et un cahier de révisions, un livre de photos (souvent en double page !), un atlas, un choix de compositions…. Nos voisins disposent même de manuels distincts selon le niveau, standard ou approfondi. Mais à force de vouloir tout couvrir … St Dié a envisagé leur remplacement par d'autres supports, mais les réussites sont encore rares.


PS - Une info en partie hors sujet :
il est possible de feuilleter le manuel HG de 3e du Livre scolaire :
http://lelivrescolaire.fr/20/1_Histoire_Geographie_Education_civique_3e.html

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14 mars 2012

Geo 1 : chance ou occasion manquée ?



Le nouveau programme de géographie de première : une chance pour la géographie ?
Patrick Blancodini, Aggiornamento, 03.02.2012
http://aggiornamento.hypotheses.org/748

« Car en réalité, ce programme est une chance »
écrit l'auteur d'un texte mis en ligne avant les vacances d'hiver sur le site Aggiornamento.
Une chance ou une occasion manquée ?

Une chance ?
Lisons les intertitres :
« Des contraintes matérielles indépassables en l’état actuel ».
« La faiblesse consternante des manuels »
« Compter sur l’intelligence des professeurs pour sauver la logique géographique »
« Ce que la géographie n’est pas… »

Les lecteurs des quotidiens savent que les titreurs donnent souvent l'impression de ne pas avoir lu le coeur d'un article. Une suggestion : surlignez et distinguez ce qui est éloge du programme et ce qui est critique vigoureuse.

L'inventaire des défauts du programme l'emporte largement :
« manque de temps », « course effrénée »,
« pas de dédoublement, ce qui rend tout travail sérieux impossible »,
« hiatus entre programmes et supports didactiques »,
« changement artificiel d’échelle »,
« faiblesse du questionnement épistémologique »,
« les débats n’apparaissent pas » …

La conclusion ? « Ainsi donc, les enseignants ne doivent pas perdre de vue que la géographie est une science sociale qui doit exercer un regard critique sur les acteurs du territoire … C’est ainsi que les enseignants pourront sauver la géographie enseignée au lycée ».


Arrêtons-nous sur quelques arguments :
. Le manque de temps ? Pas de dédoublement ?
Qui a décidé, par simple souci d'économie, de faire la chasse aux travaux de groupe, et de supprimer les modules dont disposaient les profs d'HG jusqu'en 2010 ? Avec quels soutiens complices ?

. « Un programme excellent » ? En quoi des programmes qui escamotent, pour la majorité des lycéens de S, l'étude de l'espace mondial peut-il être jugé excellent ?

. « Une approche renouvelée » ?
« La région, espace vécu », l'ouvrage de Frémont est paru en … 1976 !
En primaire, l'espace vécu, fréquenté, perçu et représenté par les élèves était déjà au cœur des activités d'éveil au milieu des années 1970.

« Le programme laisse en définitive beaucoup de liberté … »
Sur Aggiornamento, le site et le forum, les réactions des profs suggèrent que cette liberté est bien restreinte et contrainte, certains choix pédagogiques étant vilipendés par une partie de la hiérarchie. Beaucoup de liberté ? Même dans ce point de vue, l’auteur parle de malaise, de désarroi, de doute, de rejet pur et simple...

«  En somme, ce programme présente un avantage principal :
il permet … de réfléchir à ce qu'est la géographie …n'est pas
».
« la géographie n’est pas la science de l’aménagement du territoire »
« la géographie n’est pas le lieu des bonnes intentions »
« la géographie ne doit pas servir de vecteur aux idéologies »
« la géographie n’est pas la science de la communication officielle »

Si la démarche vers « une géographie plus solide scientifiquement et plus intéressante pour les élèves » se résume à la réduire à l'avers d'un texte officiel, voilà une bien curieuse rhétorique. Une première étape, avant de passer par dessus bord la géo scolaire, que certains qualifient parfois de « fardeau » ?
La géo « plus en phase avec la recherche » et « plus intéressante pour les élèves », vers 1975, c’était le règne de la géomorphologie. Aujourd’hui, ce pourrait être la Géohistoire, une démarche qui ne devrait pas effrayer des profs d’histoire.


Un dernier élément : l'auteur vilipende « La faiblesse consternante des manuels  … [dont les auteurs] trahissent non seulement l'esprit du programme …mais aussi, et c'est plus grave, la géographie elle-même ».
Les manuels et leurs auteurs ? Ils sont une cible commode (nous y reviendrons).
Qui les conçoit et les rédige ?
En fonction de quelle commande ?
En vue de quel public (les lycéens ? les professeurs ? les parents ? les étudiants ?)


Ce texte mériterait d’être complété en tenant compte de deux grands absents :
- Les lycéens, leur lecture du monde actuel, leur rapport à la culture scolaire.
- Les concepteurs des actuels programmes.
Ce programme chatel aurait pu échapper à l'urgence et aux flux tendus : entre mars 2010 et septembre 2011, le temps n'a manqué ni aux concepteurs, ni aux auteurs et ou aux professeurs. Les études ne manquaient pas sur la géographie scolaire, aussi bien sur sa place dans une formation intellectuelle que sur la didactique.
Ce programme n'est-il pas plutôt l'illustration d'une force d'inertie ? Depuis un siècle, la Géo de la France est étudiée en classe de première. Rompre avec la tradition était possible (le projet mort-né de 2000 l’avait tenté, sur un modèle essayé au collège, en 4e-3e). Le choix de laisser la mondialisation en Terminale est sans doute un calcul tactique, de façon à mieux vendre l'option annoncée en HG. L ’ennui, c’est que cette option risque de ne pas résister à la politique d’austérité. Par contre, les dégâts collatéraux de la casse de l'HG pour tous en Term S risquent eux d’être durables.

Un détour par la géographie scolaire au Royaume-Uni serait possible et souhaitable. Il aiderait sans doute à repérer de réelles opportunités que le consentement à une logique de brutalisation à court terme a fait manquer.
A suivre : les manuels 2011.


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24 août 2011

Sécuriser le bac ?

 

- Sécuriser le bac - Le Journal du dimanche - 20/08/2011
http://www.lejdd.fr/Societe/Education/Actualite/bac

Mesures citées par Chatel :
- un diagnostic local de sécurité dans chaque rectorat
- une charte de déontologie
- un système de veille sur Internet pour détecter les fuites et les rumeurs.

Le contrôle continu au bac ?
" La mission d’inspection me remettra en novembre un deuxième rapport concernant les évolutions que pourrait connaître l’examen du baccalauréat dans sa forme. De plus, je vais ouvrir, après la rentrée, une réflexion sur ce sujet avec les organisations syndicales et les parents d’élèves ".

La réforme de la terminale ?
Chatel cite les LV et l’épreuve d’histoire et de géographie en première pour les séries scientifiques

- dans les archives de Libération Education,
La nouvelle carte scolaire des inégalités
http://www.liberation.fr/societe/01012354523-la-nouvelle-carte-scolaire-des-inegalites

Géographie de l'École : publication de l'édition 2011 - Clioweb 14/06/2011
http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/06/14/21400575.html


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25 septembre 2009

Le Fardeau, 3 commentaires

Parmi les réponses au jugement sans appel sur La Géo scolaire, un fardeau
3 commentaires, diffusés sur la liste H-Français, reproduits ici avec l'accord des auteurs.
Et la réponse de Michel Lussault.

Le mépris  (Jean-François Joly)

La tonalité des propos de M.Lussault ne peut laisser indifférent surtout qu'avec mes élèves de HK. Je commence l'année en commentant l'article "Géographie" du dictionnaire de la géographie et de l'espaces des sociétés paru en 2003 écrit sous la direction de J.Lévy...et M.Lussault. Je pourrais aisément en dénoncer certains passages illisibles pour une grande partie de notre communauté mais c'est notre inculture scientifique qui serait ainsi mise en évidence !!

Si l'on fait une approche épistémologique de ce propos il rejoint le constat très sévère fait par Y.Lacoste sur la géographie scolaire au milieu des années 70, je cite : "Cette vieille discipline scolaire que nous avons tous subie au temps de l'école et du lycée? (on entend souvent dire : " la géo, ça ne sert à rien; d'ailleurs, il n'y a rien à comprendre, mais il faut de la mémoire.") "Quelle ennuyeuse et fatigante discussion, écrivait déjà Fontenelle, il faut bien être né géographe pour s'y engager". Il faut dire que dans l'ensemble, le discours des géographes se présente de la façon la plus bonasse..." in Histoire de la Philosophie sous la direction de F.Châtelet en 1973
Il renvoie de même au courant structuralo-marxiste dont est issu J.Lévy qui fonda "Espace-Temps" avec une volonté de rupture épistémologique, toutes les géographies précédentes étant qualifiées de pré-scientifiques.

Il semblerait donc que trente ans plus tard, la géographie scolaire n'ait pas évolué et qu'elle soit toujours à l'âge de Vidal de la Blache et de ses disciples "exceptionnalistes".
Auteur de manuels scolaires et ayant été formateur pendant des années dans l'académie de Rouen, je ne peux accepter cette condamnation sans nuances du travail des profs du secondaire par des universitaires. Beaucoup de collègues, géographes et historiens de formation ont fait de gros efforts d'actualisation de leurs pratiques, les plus jeunes de nos collègues ont été formés aux nouvelles géographies par nos collègues universitaires (évident, non?!!!!!!).

Comment expliquer alors ce jugement?
Ne connaissant pas Michel Lussault, je ne veux pas porter à mon tour de jugement péremptoire. Cependant mon expérience de fréquentation d'universitaires pour l'écriture de chapitres de manuels scolaires m'a déjà mis au contact de spécialistes qui pratiquent au nom de la science géographique un certain hermétisme et n'acceptent pas qu'on retouche leur prose pour la rendre lisible par des lycéens. Ils peinent à comprendre que le lycée n'a pas pour but de former de futurs étudiants d'histoire-géographie mais des citoyens.

Je n'ai guère le goût des règlements de compte donc je ne citerai pas de nom de ces collègues universitaires (les mêmes qui pensent qu'en prépa on ne fait pas la vraie géographie qui ne s'enseigne qu'en Fac!!!). Je préfère citer les noms de remarquables universitaires qui ne méprisent pas la géographie scolaire mais y participent par leur contribution à des manuels, par les conférences qu'ils viennent donner aux collègues, par les cafés géographiques...Ainsi sont avec des personnalités très diverses F.Durand-Dastès (un monument!), B.Bret, J-P Charvet, A.Dubresson, L.Carroué...

Pour conclure, ce que je regrette profondément, c'est que ce jugement sans appel n'ait pas été justifié auprès du public radiophonique mais il est si humain d'avoir besoin d'abaisser les autres pour se grandir....

Posté par jiheff, 22 septembre 2009 à 19:50

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Lettre de Claude Robinot à Michel Lussault

M. Lussault vient de démontrer qu'on peut être un brillant géographe et un piètre pédagogue. Il administre la preuve qu'à force de penser "l'homme-spacial" on peut négliger le terrain. Quel beau débat en perspective ! Je me permets donc de lui adresser humblement ces quelques lignes.

"Vos propos M. Lussault sont injustes et relèvent plus du poncif anti-prof que de la réflexion didactique. Puisque vous êtes un spécialiste, vous devriez vous rendre compte que vous  n'avez pas choisi la bonne échelle. Vous devriez quitter l'espace feutré et peu emboité de la conférence des présidents d'université pour vous aventurer sur d'autres territoires - rien de tel qu'une petite virée multiscalaire pour se rafraîchir les idées -

Vous constateriez rapidement que le territoire de la géographie scolaire n'est pas si mal administré et délimité que ça et qu'on y trouve parfois des acteurs assez  compétents pour l'aménager.
Les programmes se renouvellent régulièrement et cherchent à  réduire l'écart entre la géographie universitaire qui se fait et celle qui s'enseigne. A une autre  échelle, celle de la liste des clionautes, vous recenseriez les préoccupations et les pratiques des acteurs de la géographie scolaire. Citons les deux derniers exemples publiés.  Des collègues qui mutualisent leurs connaissances pour aborder la ville à  travers la peinture contemporaine. Il me semble que c'est bien  la  géographie culturelle que vous aimez ? Et non la liste des sous-préfectures  que vous croyez que nous enseignons encore ?  Une autre collègue aborde le  programme de première par  la notion de pays. Les acteurs de la géographie  qui s'enseigne utilisent pleinement la liberté pédagogique qui leur est  laissé par des programmes pour trouver les angles d'attaque les plus  adaptés à leurs élèves.  Des élèves dont une infime partie deviendront géographes. Les programmes sont certes imparfaits, ambitieux,  mais ils sont stimulants parce que basés sur des notions et des concepts qui  dynamisent la réflexion. Il arrive même que les élèves aiment la géo et se  piquent au jeu des "études de cas". Cette liste animée par les Clionautes  n'est que la butte témoin (reste de vieille géo)  de ce qui se fait en France (hop changement d' échelle).

Alors M. Lussault, ayez l'urbanité (nouvelle  géo) de vous expliquer et de nous rendre justice. Comment se fait-il que nos inspecteurs pédagogiques et nos inspecteurs  généraux, dont certains sont vos collègues, ne se soient pas aperçus que nous étions un "fardeau" ? Peut-être ont-ils, désespérés de notre ennuyeuse médiocrité, caché  ce fait, préférant de piètres géographes à pas de géographie du tout."

Claude Robinot (un prof qui a essayé toute sa carrière de faire aimer la géo à ses élèves et qui y est parfois parvenu).

 

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Les ânes et les bourricots  (Yves Tardieu)

"Cette citation contient surtout sa propre contradiction. Au fond que nous dit Lussault ? Que les géographes français ne savent pas que la géographie est une science sociale et politique, contrairement aux Allemands ou aux Américains. Mais dans cette deuxième partie de son propos, la critique ne s'adresse pas aux niais que nous sommes mais bien à ses pairs. L'exemple de Saskia Sassen qu'il donne renvoie bien à ça. Bref, après une entame sur la géographie scolaire, on parle après d'autre chose qui est la géographie tout court (en tout cas si la transcription écrite donne complètement le sens de l'oral)".

"J'en conclus que si nous sommes des ânes, nos maîtres (de l'université) sont des bourricots de haut niveau".

Lire la suite du message d'Yves Tardieu, prof et élu, sur la liste H-Français.

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30/09/2009 - Michel Lussault a répondu à Claude Robinot. Avec son accord, voici  la teneur de sa réponse.

Cher monsieur,

Quelques petits mots, à lire votre réaction (ainsi que quelques autres auxquelles je réponds ainsi également) à mes propos radiophoniques.

1.    Evoquer le fardeau scolaire n’est pas dire que les collègues sont tous incompétents, comme vous semblez le suggérer, mais simplement rappeler que la contrainte structurelle que fait peser sur la géographie le fait qu’elle soit enseignée à l’école dans le cadre que l’on sait, provoque un brouillage persistant au sujet de ce que la géographie peut et doit apporter au débat des idées. A un point tel que bien des spécialistes estiment encore aujourd’hui que notre discipline n’a pas vraiment le droit de cité au grand banquet des sciences sociales. Je ne suis pas le premier à le dire, ni ne serais le dernier et il n’est pas besoin d’être néo-marxiste pour cela. De nombreux collègues du secondaire aussi le pensent, sans forcement le dire, et je l’ai moi-même constaté lorsque j’ai enseigné en collège et en lycée. Je le constate encore aujourd’hui dans le cadre de mes cours de préparation au concours, car lesdits concours continuent de biaiser les choses en matière de conception et d’appréhension de la discipline par les étudiants et un certain nombre de collègues.

2.    Je suis surpris que les réponses qui me sont faites me visent personnellement, alors que mes propos étaient très génériques. Sachez-donc que je ne suis pas un « cerveau dans un bocal », ni un homme de bureau, contrairement à ce que vous écrivez. Je connais bien le domaine scolaire pour y intervenir toujours, très régulièrement, et dans l’ensemble, je maîtrise assez convenablement le métier du géographe et notamment la pratique de longue durée de terrain pour ne pas accepter d’être considéré comme un pur esprit abscons. Mes textes sont parfois difficiles, je suis le premier à le regretter ; mais où est-il dit que les sciences sociales devraient se lire comme la Semaine de Suzette? Et les difficultés de l’expression sont souvent liées aux difficultés des sujets abordés. Au demeurant, si vous parcourez mes publications, hors l’exercice très particulier du dictionnaire, vous constaterez que le matériau empirique y est omniprésent et que la montée en généralité théorique s’appuie sur ce matériau. C’est dire que je comprendrais mal qu’on me prête, de manière plus ou moins insidieuse, une volonté dogmatique de nier les faits spatiaux pour me replier dans le pur exercice de style fat et satisfait. Ceux qui écrivent cela ne connaissent tout simplement pas mon travail, que j’ai d’ailleurs de multiples occasions d’exposer, devant des publics très variés, en France et ailleurs, et encore dans quelques jours à Saint Dié.

3.    Enfin, je rappelle que depuis maintenant 20 ans je n’ai de cesse que de promouvoir une géographie offensive au sein du monde académique des sciences sociales, mais aussi au sein des milieux des politiques publiques et de l’urbanisme, d’où par exemple ma coprésidence récente du conseil scientifique de l’opération un Pari pour le grand Paris. J’aurais donc du mal à me considérer comme un fossoyeur de la géographie. Je pense plutôt avoir contribué à la faire connaître au-delà de ses cercles habituels, ne serait-ce qu’en publiant dans des maisons d’édition peu habituées à accueillir des géographes et en trouvant ainsi un lectorat plus large qu’il faut convaincre de la pertinence des questionnements géographiques sur le monde social. A mes yeux, cette promotion de la géographie passe aussi par une remise en cause du primat scolaire, qui imprègne l’ensemble du dispositif de formation et au premier chef l’université et qui donne une image globalement tronquée de notre discipline. C’est ce constat qui me fait être membre du comité de rédaction de la Revue Internationale d’Education et y participer aux réflexions sur les évolutions nécessaires des systèmes scolaires et des pratiques éducatives. C’est ce même constat qui m’a fait formuler ce jugement en fin d’émission, en réponse à la question de Sylvain Bourmeau, avec le caractère abrupt que ce genre d’exercice impose souvent et qui, à l’évidence, a choqué des auditeurs, ce qui n’était pas dans mon intention.

Bien cordialement
Michel Lussault
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Post Scriptum de Claude Robinot

Monsieur,

Je ne peux que me réjouir de votre réponse quand vous affirmez que nos collègues ne sont pas "tous incompétents" malheureusement beaucoup ne l’ont pas compris ainsi. Ils ont d’autant plus été blessés qu’une bonne partie d’entre eux sont d’accord avec vous pour déplorer "la contrainte structurelle" et le poids des concours.

Une partie de notre tâche consiste à faire passer dans la géographie scolaire quelques unes des idées qui s’élaborent dans la géographie savante. Je l’assume et je revendique pour ma part le qualificatif de vulgarisateur auquel je trouve une certaine noblesse fonctionnelle. L’enseignement de la géographie a beaucoup changé ces dernières années, les historiens de formation, dont je suis, se sont piqués au jeu et ont largement revisité leurs connaissances. Enfin, même dans le secondaire, la géographie joue son rôle de science sociale. Pour qui le veut, elle déborde largement son cadre horaire et programmatique pour s’inviter dans l’éducation civique, l’ECJS ou les projets de classe, à l’occasion de réflexion sur les aménagements territoriaux. Je me réjouis qu’à la fin du lycée on trouve toujours quelques anciens élèves pour choisir des études de géographie par intérêt pour cette science sans avoir forcément le projet de devenir professeur.

Claude Robinot

 

 

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