20 novembre 2015

Sophie Aram, Inter 16.11.2015

 

sophie-aram



Sophie Aram était sur une scène, vendredi à 21 h 25 lorsque le carnage a commencé à Paris.

L'écouter dans sa chronique du lundi 16 novembre, à l'antenne de France-Inter
http://www.dailymotion.com/video/x3dzuoz_le-billet-de-sophia-aram-vendredi-13_fun

http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-sophia-aram


« Après avoir demandé au public de rester dans la salle, le temps que la rue soit sécurisée, j'ai entamé le plus long rappel forcé de ma carrière. 20 minutes pendant lesquelles le texte revenait, décousu, par bribes, entre deux bouffées d'angoisse et les rires de la salle, les questions de spectateurs à la fois inquiets et volontairement calmes. Les rires encore. L'inquiétude toujours. Et finalement, en sortant, l'horreur.

Depuis  vendredi, je ne dois pas être la seule à avoir du mal à faire le tri entre l'indécent soulagement et l'inutile culpabilité d'être en vie, quans d'autres, à quelques mètres de là n'auront plus jamais le loisir de se réjouir, ni de culpabiliser. Et tout ça parce que de funestes crevures sont venues vomir leur frustration, leur ignorance crasse, leurs ceintures d’explosifs et leurs kalachnikovs en bandoulière, pour combattre un ennemi imaginaire dont le seul crime est d’être venu dîner ou boire un verre à la terrasse d’un café, d’être venu assister à un concert ou à un match de foot

Ce lundi matin, je vous avoue que je suis un peu fatiguée. Je ne sais pas si j'ai le courage d'attendre que les blogueurs attardés et les professionnels de la revendication communautaire, qui se demandaient depuis des mois s'ils étaient "Charlie" ou pas réactualisent leur fausse pudeur en s'interrogeant sur l'opportunité de se solidariser ou non avec des amateurs de rock.

Je ne sais pas si j'ai le courage d'attendre qu'un pseudo historien reconverti dans la statistique aléatoire et la dépression chronique nous refourgue une énième réactulisation de son concept foireux de la fracture sociale en y intégrant ces dangereux islamophobes qui ont le culot de bouffer des ... en terrasse.

Je ne sais pas si j'ai le courage d'attendre de savoir si le ballet des culs pincés qui nous explique depuis des mois qu’il ne fallait pas jouer avec le feu et le blasphème reprend du service en nous expliquant qu’il est indécent de boire de l’alcool en terrasse ou d’écouter de la musique. »

Je ne sais pas si j'ai le courage d'assister au défilé des néos-réacs venant reprocher à la "gauche bien pensante" de se draper dans sa tour d’ivoire en refusant l’amalgame. Parce que vous savez quoi, je suis bien pensante. J'en suis fière et je les emmerde. Parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, à l'heure où la tour d'ivoire a les pieds dans le sang, je suis certaine que bien penser, c'est mieux que le contraire.

Depuis vendredi soir, la question n’est plus de savoir si on est "Charlie" ou pas, si on est bien pensant ou pas, blasphémateur ou non, dessinateur ou non, athée ou croyant. Depuis vendredi soir, nous avons la confirmation, s'il fallait en avoir une,  qu’il suffit d’être libre et de vivre pour être la cible de ces crevures.

Alors en attendant que tous ces crétins reprennent du service, et avant de retrouver le courage de rire de toutes les inepties qui se déversent à flot continu dans les medias et sur les medias sociaux, depuis vendredi soir, je me dis qu’il ne reste plus qu’à continuer à vivre, à sortir au théâtre, à assister à des concerts, à des matchs de foot, à aller faire des selfies à la terrasse des cafés, un verre de vin ou un verre de mojito à la main en compagnie de tous ceux que le hasard, vendredi, a épargnés ».


Transcription avec l'aide des sites
http://www.20minutes.fr/culture/1731331-20151116-video-attentats-paris-sophia-aram-fustige-crevures-ignorance-crasse
http://jean-marc-paoli.eklablog.com/

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Posté par clioweb à 08:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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