15 février 2021

Recruter les professeurs au rabais

 

Recruter les professeurs au rabais : quelles promesses pour la jeunesse ?

Une tribune parue dans le JDD dénonce la réforme du Capes voulue par le ministre actuel.

Elle a été signée par 33 associations :

https://www.lejdd.fr/Societe/Education/tribune-une-trentaine-dassociations-denseignants-denonce-des-recrutements-au-rabais-4024797


« Le ministère de l'Education nationale vient de publier un arrêté réformant, pour la troisième fois en une dizaine d'années, le recrutement et la formation des professeurs de collèges et lycées. S'il est bien des constats communs à tous les formateurs dans nombre de matières, c'est l'actuelle faiblesse de beaucoup de candidats dans les connaissances académiques et la perte d'attractivité des métiers d'enseignement. Cette réforme y répond-elle ? Assurément pas. Les universités et les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation (Inspe), en charge de la formation des futurs enseignants et de la préparation des concours des CAPES et CAPET, sont sommés d'improviser des maquettes applicables dès la rentrée de septembre 2021. Cette précipitation reflète un constat lourd de conséquences : celui du refus ministériel de discuter sereinement d'une réforme majeure pour l'avenir de la jeunesse et du système éducatif, donc pour la société tout entière.

Deux nouveautés sont particulièrement inquiétantes, dans les épreuves des CAPES et CAPET et dans l'organisation des deux années de master MEEF qui préparent à ce concours. Une épreuve orale à fort coefficient consistera désormais en un entretien de motivation non disciplinaire, qui aboutira sans doute à la récitation mécanique et creuse d'une leçon de morale civique, réduisant d'autant la possibilité d'évaluer les connaissances que le futur professeur devra transmettre à ses élèves, et ce dans l'ensemble des disciplines qu'il devra enseigner. Par ailleurs, dans la nouvelle organisation du master, les étudiants devront, au cours de la deuxième année, cumuler la préparation du concours, la rédaction d'un mémoire de recherche, et un stage très lourd devant plusieurs classes, alors que jusqu'à présent ce stage s'effectuait une fois le concours obtenu, laissant à l'enseignant en formation le temps et la disponibilité pour apprendre véritablement le métier. Cela offrirait au ministère de gros bataillons de stagiaires scandaleusement sous-payés – peut-être est-ce là la vraie raison, purement comptable, de cette réforme – mais mettrait devant les élèves des enseignants dont le niveau disciplinaire n'aurait pas encore été évalué, et dont la charge de travail rendrait impossible l'investissement nécessaire dans la préparation des cours et l'apprentissage du difficile métier d'enseignant. Les premières victimes en seraient les élèves et les jeunes enseignants, sacrifiés sur l'autel de la rigueur budgétaire.

Ne nous y trompons pas : ces changements, qui peuvent apparaître techniques, mineront en profondeur la qualité de l'enseignement qui sera offert aux futures générations. Les professeurs n'exercent pas un métier comme les autres : ils forment les adultes et les citoyens de demain. Ils sont porteurs d'un savoir qu'ils transmettent à leurs élèves, souvent avec passion, et ce savoir doit plus que jamais être défendu comme une valeur centrale de l'enseignement, à l'heure où il est menacé de toutes parts par des « vérités alternatives » portées par des groupes et des individus prêts à les imposer par la violence et même le crime. Ce savoir ne s'oppose pas à l'apprentissage de la didactique, mais est au contraire le socle indispensable d'une pédagogie solide qui permet au professeur de transmettre les connaissances et de former à l'esprit critique les futurs citoyens. Affaiblir le premier au prétexte de renforcer le second, au nom d'une professionnalisation mal pensée, prétexte depuis si longtemps à tous les mauvais coups portés à la formation des enseignants, est une absurdité qui ne conduira qu'à affaiblir cet équilibre nécessaire.

Quels professeurs voulons-nous pour les générations de demain ? Des techniciens de l'enseignement, formés et évalués suivant un système de compétences transdisciplinaires qui tendent à se substituer aux contenus et méthodes de nos disciplines, immédiatement employables et à qui l'on demandera simplement de restituer un savoir officiel, dûment contrôlé ? Ou des professeurs maîtrisant pleinement leurs savoirs et capables à partir de là de construire une pédagogie adaptée à leurs élèves ? En amputant drastiquement la part de contrôle des connaissances dans les épreuves du CAPES et du CAPET, en réduisant la formation disciplinaire des futurs enseignants, en sacrifiant leur année de stage pour faire des économies budgétaires, le ministère a fait un choix lourd de conséquences, qui n'a pas fait l'objet d'un débat public contradictoire. L'enjeu est aussi celui de l'attractivité du métier d'enseignant pour les étudiants, du rôle de l'Université dans la formation des maîtres et celui de la revalorisation symbolique et matérielle des professeurs. Recruter au rabais, qu'est-ce promettre à la jeunesse ? »

vers 2010, Chatel et Blanquer ont supprimé la formation initiale en alternance (et l'HG en Term S).
François Hollande les avait en partie rétablies.


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28 décembre 2020

Silence, on « réforme »

 

Formation des enseignants : silence, on « réforme »

Par Christian Delacroix, François Dosse et Patrick Garcia, historiens — Libération 23.12.2020

http://clioweb.free.fr/debats/formation-delacroix-garcia-dosse.pdf

« La refonte de la formation des professeurs, dont le principe a été arrêté par la loi Blanquer en 2019,
est censée remplacer une formation trop théorique par plus de « professionnalisation ».
La part des humanités et du regard critique y est condamnée au profit d'une logique managériale ».


extraits :

« Cette « réforme » de la formation et du recrutement n’est qu’une nouvelle manifestation
de la volonté ministérielle de former des techniciens-enseignants « dans la ligne »,
encadrés par une hiérarchie de managers eux-mêmes aux ordres.
Le ministre participe ainsi au tournant autoritaire du pouvoir actuel ».

« Les étudiant·e·s n’ont donc rien à gagner à cette «réforme»
qui manipule de façon démagogique le thème de la «professionnalisation»
pour mieux déqualifier le métier et étendre la précarité dans le monde enseignant.
Elle n’est qu’un volet de la politique de régression sociale généralisée ».


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17 septembre 2020

Formation des professeurs

 

Formation des professeurs :
La loi Blanquer 2019 ne répond pas aux défis
auxquels l’institution scolaire est confrontée.

Pierre Merle, La Vie des idées 15.09.2020
https://laviedesidees.fr/La-reforme-de-la-formation-des-professeurs.html

 

parmi les articles précédents

La loi Blanquer, une révolution conservatrice ? (2019)
En finir avec les notes (2014)

https://laviedesidees.fr/_Merle-Pierre_.html

 

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23 novembre 2013

Primaire 2008 : un bilan

 

Bilan de la mise en œuvre des programmes issus de la réforme de l’école primaire de 2008
http://s1.lemde.fr//mmpub/edt/doc/20131122/3518500_dbf2_2013-066_rapport_programmes_primaire_2008_version_finale_aa.pdf

Français, maths, langues, EPS, culture humaniste ...
2 exemples
Histoire des arts : « La pauvreté des traces dans les cahiers illustre les difficultés rencontrées par les maîtres »
Instruction civique et morale : 
« La mission d’inspection générale relève trois difficultés quant à la mise en oeuvre des programmes en la matière : le manque de temps, le manque de formation et le manque d’outils pédagogiques ».

Le rapport de l'inspection pointe les failles de l'école primaire héritée de Jules Ferry, et met en cause la formation (ou l'absence de formation) des enseignants.
Quelle commande ministérielle a conduit à la rédaction de ce rapport diffusé voilà qq mois ?
Pourquoi avoir choisi un plan à tiroirs ? Parce que l'école primaire serait encore pensée comme un lycée en miniature ?
N'aurait-il pas été possible de rappeler le contexte dans lequel les programmes de 2008 ont remplacé ceux de 2002 ?

Dans une analyse du rapport, Maryline Baumard écrit :
« L'institution s'est longtemps cachée derrière la liberté pédagogique pour les laisser se débrouiller seuls. Mais l'heure est grave. Qu'un professionnel ne soit pas apte à mesurer que son travail n'est pas à la hauteur des attentes montre la faille intégrale d'un système. Que font les conseillers pédagogiques, censés aider les maîtres dans les classes ? Que font les inspecteurs, là aussi pour les aider à progresser ? Toute la hiérarchie intermédiaire est en cause. La France joue aux apprentis sorciers avec son école ! »
D’où viennent les mauvais résultats de l’école primaire en France ? Le Monde éducation 22.11.2013
http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2013/11/22/ecole-primaire-le-rapport-qui-accuse/

En finir avec l'idée qu'enseigner est un art et pas une science
« Les quelque 300 000 maîtres du premier degré pensent bien faire, notamment en matière d'enseignement de la lecture, alors que le travail mené par l'inspection générale mesure que leur pratique n'est pas suffisamment professionnelle ».
http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2013/11/22/en-finir-avec-l-idee-qu-enseigner-est-un-art-et-pas-une-science_3518714_1473688.html

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26 février 2013

Le CNED dans le collimateur

 

Enseignement à distance : l'incroyable fiasco du CNED Nouvel Obs, 13.02.2013

[ Reproduire 4 fois le même paragraphe suivant, est-ce un signe d'adapation du journalisme à internet ?]

« Le rapport de la Cour des comptes donne l’impression d’une véritable Bérézina : entre 2000 et 2010, le Cned a vu le nombre de ses inscrits dégringoler de 400.000 à 200.000, alors que, selon le constat du Cned lui-même "le marché de la formation à distance est en croissance générale." C’est, en fait, un marché en pleine explosion. Aux USA on appelle ça la révolution des Mooc : massive online open courses, l’arrivée massive de cours en ligne, dont certains gratuits. Certains sites comme Coursera sont suivis par 2,5 millions d’internautes. Pendant ce temps la Cour des compte constate que "la question du maintien de l’existence du Cned sous sa forme actuelle est posée ».
http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20130213


Le rapport de la Cour des comptes :
http://tinyurl.com/comptes-cned-2013

Le déclin de l’activité du CNED s’est poursuivi (I).
L’établissement n’est pasen mesure de maîtriser des éléments clés de sa gestion (II).
La mise à jourdu cadre juridique délimitant les missions de service public de l’enseignement à distance reste peu cohérente (III).
Enfin, la réorientation vers la «formation en ligne » risque de se heurter à la fragilité des moyens humains, techniques et pédagogiques du Centre (IV)

Parmi les priorités suggérées par la Cour : préciser le champ du service public, définir des objectifs, adapter les moyens en personnel du CNED aux missions ainsi définies et installer une comptabilité analytique

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16 décembre 2011

La notation des profs

 

1512-servilite

Photo Ludovic Maillard. Nord Eclair

- Les enseignants mobilisés contre le nouveau projet Chatel - Le Monde 15/12/2011
http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/2011/12/15/

- Les syndicats dénoncent la dénaturation du métier - Le Monde 15/12/2011
http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/2011/12/15/

- rappel : le statut des enseignants vu par l'UMP ( Le Monde 09/11/2011)

« Les projets actuels du ministère comportent la fin de la traditionnelle double notation des enseignants : administrative, sur 40, par le chef d'établissement, et pédagogique, sur 60, la plus importante pour la carrière, par un Inspecteur général ou un IPR (inspecteur pédagogique régional), formé dans la discipline des collègues qu'il inspecte.
A la place, les enseignants seraient évalués lors d'un entretien, tous les trois ans, avec leur supérieur hiérarchique direct [qui peut être un gestionnaire, et non un pédagogue] et cette évaluation déterminerait l'évolution des salaires [dont la progression sera ralentie selon le calcul du Café] ».

Les syndicats dénoncent un projet qui « dénature en profondeur les métiers » des enseignants : l'évaluation ne porterait plus principalement sur l'activité en classeIl s'agit d'un processus d'extension de méthodes de gestion du privé à l'administration souligne le sociologue Luc Rouban.
Le SNES exige une nouvelle fois le retrait du projet et menace d'appeler à une nouvelle mobilisation en janvier.

- La mise en oeuvre du socle commun
Le Haut Conseil de l'éducation remet un rapport mitigé - Le Monde 14/12/2011
http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/2011/12/14/hce-socle

Le document rappelle que la concrétisation du socle commun reste à faire.
A 2 conditions :
que la formation continue existe à nouveau pour les enseignants ;
que les cadres, recteurs et corps d'inspection, s’impliquent.

« L’avenir du HCE, dirigé par Bruno Racine, est menacé. Depuis novembre, les neuf sages (dont Pébereau et Compagnon) attendent leur renouvellement. Ou la nomination de leurs successeurs ».

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-  22/12 - Selon Rue 89, la fuite serait arrivée à une date opportune, le projet a été diffusé à un moment peu propice aux manifestations. Nolwenn Le Blevennec a dressé la liste des arguments des camps opposés.

Le blog du Mammouthologue (08/12) cite les éléments de langage confidentiels envoyés aux recteurs, pour répondre à leurs contradicteurs (sur le sort des Inspecteurs, le chef et la pédagogie, les méthodes du privé...)
 



sens-u

icono urbaine - Paris 11/2011


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