03 août 2015

Besançon 1943 : les Fusillés de la citadelle

 

Le 26 septembre 1943, 16 résistants sont fusillés à la citadelle de Besançon
après jugement par le Tribunal militaire allemand. Parmi ceux-ci :

- 4 membres du groupe FTP Marius Vallet (du nom du premier fusillé de la citadelle) : Jean Compagnon, Balthazar Robledo (fondateur du groupe), Saturnino Trabado et Paul Paqueriaud. Ce dernier faisait le lien avec les :

- 12 membres du groupe FTP Guy Mocquet (mal orthographié, du nom de Guy Môquet) : Raymond Aymonnin, Henri Fertet (Compagnon de la Libération), Philippe Gladoux, Jean-Paul Grappin, René Paillard, Léon Puget, Roger Puget, Marcel Reddet, Gaston Retrouvey, Georges Rothamer, René Roussey et Marcel Simon, le chef du groupe.

Une stèle leur rend hommage en forêt d'Aveney. Elle a été inaugurée le dimanche 18 mai 1947. (source C. Vast + internet)


Les exécutions :
http://mairie-chouzelot.fr/histoire_1914_18_39_45.html
7h36
René Paillard (né le 13 avril 1925), lettre à ses parents, à Léon son camarade, à l'abbé Vernerey, curé d’Avanne, à Louis Vauthier son oncle
Gaston Retrouvey (né le 20 novembre 1924),  à ses parents
Henri Fertet (né le 27 octobre 1926), à ses parents
Marcel Reddet (né le 17 mars 1926), à ses parents, à sa soeur, à ses oncles et tantes, à son beau-père, au curé de Pugey
7h56
Philippe Gladoux, (né le 10 janvier 1926), à sa mère et son frère, à ses oncle et tante
Jean Grappin (né le 8 mai 1922), à ses parents
Raymond Aymonin (né le 7 janvier 1923), à ses parents
Jean Compagnon (né le 24 décembre1922), à ses parents
8h10
Marcellin Puget (né le 6 février 1914), à ses parents
Roger Puget (né le 23 janvier 1921, à ses parents
René Roussey
Georges Rothamer (né le 16 mars 1919), à ses parents et à sa femme
8h25
Saturnino Trabado
Balthazar Robledo
Paul Paquériaud (le 12 mars 1908), à sa femme et ses enfants
Marcel Simon (né le 27 février 1920), lettre à ses parents, au curé de Pugey, à son frère et à sa sœur, à André Ligier, son cousin, à son parrain Armand Butter
http://museedelaresistanceenligne.org/media4235-DerniA
http://lesamitiesdelaresistance.fr/lien23/045-besancon.pdf


- Besançon : Leur grand-père, ce héros, L’Est républicain 16.02.2015
http://www.estrepublicain.fr/doubs/2015/02/16/leur-grand-pere-ce-heros

La famille d’un résistant espagnol fusillé à la Citadelle en 1943, Saturnino Trabado, a ignoré ses faits d’armes pendant plus de 70 ans. Ses petites-filles étaient reçues hier à Besançon


« De leur grand-père, elles ne savaient que peu de choses. Qu’il avait fui le franquisme et quitté sa Galice natale en 1939, en laissant derrière lui sa femme et son petit garçon de 3 ans. Qu’il était employé en France, à Larnod dans le Doubs, aux établissements de travaux publics Carmille. Et qu’il était mort, quelque part dans le chaos du conflit ».

« A l’automne dernier, en effectuant des recherches sur internet, Mercè et Nùria tombent sur le blog de Jean-Jacques Compagnon, neveu de Jean Compagnon, l’un des fusillés ».

Twitter : Merces et Nuria Trabado, accueillies à la @CitadelBesancon où leur grand-père Saturnino a été exécuté en 1943
http://twitter.com/cecilevast/status/566999536640753665


La répression de la Résistance en Franche-Comté, CNRD 2010
http://www.fondationresistance.org/documents/cnrd/Doc00146.pdf


vast-fusilles

Cécile Vast, « Je vais être fusillé ce matin... »
La citadelle de Besançon sous l’Occupation :
lieu et symbole de la répression de la Résistance en Franche-Comté (1941-1944)

L’ouvrage est consacré aux cent résistants fusillés à la citadelle de Besançon entre 1941 et 1944.
http://www.citadelle.com/images/FicheFusillesMRD_v3.pdf


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02 août 2015

Besançon 1943 : Henri Fertet, résistant

fertet

Twitter : Inscriptions nazies et xénophobes au collège Henri Fertet de Sancey-le-Grand
http://www.macommune.info/article/inscriptions-nazies-et-xenophobes-au-college-henri-fertet-de-sancey-le-grand-127548


Henri Fertet 1926-1943) est un des 16 résistants fusillés par les nazis à la citadelle de Besançon le 26 septembre 1943. Il participait au groupe de résistance « Guy Mocquet » dirigé par Marcel Simon à proximité de Besançon. (source C. Vast + internet)

La dernière lettre écrite par Henri Fertet à ses parents
http://clioweb.free.fr/dossiers/39-45/fertet.pdf

« Chers parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n'en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j'ai souffert dans ma cellule, ce que j'ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m'a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait.
Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd'hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l'amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J'espère qu'il ne faillira pas à cette mission sacrée.

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents et amis ; dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands parents, mes oncles tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet ; dites un petit mot à chacun. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu'il m'a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant, mes camarades de lycée. A ce propos, Hennemann me doit un paquet de cigarettes, Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez " Le Comte de Monte-Cristo " à Emourgeon, 3 chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu'elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d'épée gaulois.

Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voila l'essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de soucis. je garde mon courage et ma belle humeur jusqu'au bout, et je chanterai Sambre et Meuse parce que c'est toi, ma chère petite maman, qui me l'as apprise.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N'admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir.

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c'est parce que j'ai un petit crayon. Je n'ai pas peur de la mort ; j'ai la conscience tellement tranquille.

Papa, je t'en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c'est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au Ciel. « Qu'est-ce que cent ans ? "

Maman, rappelle-toi :

« Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs
qui, après leur mort, auront des successeurs. »

Adieu, la mort m'appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché.
Je vous embrasse tous. C'est dur quand même de mourir.

Mille baisers. Vive la France.
Un condamné à mort de 16 ans - H. Fertet

Excusez les fautes d'orthographe, pas le temps de relire »



Le 9 décembre 1943, au micro de la BBC, Maurice Schumann rend hommage aux fusillés.
La lettre a été reproduite dans des journaux clandestins nationaux. François Marcot a retrouvé une vingtaine de copies de la lettre.
Elle a été diffusée sous forme de tract  par le Front National, le mouvement de résistance proche des communistes
copie du tract dans le fichier : http://lesamitiesdelaresistance.fr/lien23/045-besancon.pdf


- Le destin d’Henri Fertet
source : http://lesamitiesdelaresistance.fr/lien23/045-besancon.pdf

« Fils d’instituteurs, Henri Fertet est né dans le Doubs, à Seloncourt, le 27 octobre 1926 ; ses parents y enseignent. Après des études primaires dans sa commune natale, il gagne le Lycée Victor Hugo de Besançon en 1937. Cet élève intelligent et appliqué se passionne pour l’Histoire et l’archéologie. Au cours des vacances d’été 1942, le jeune homme intègre un groupe de résistance dirigé par un agriculteur de 22 ans, Marcel Simon, secrétaire de la Jeunesse Agricole Chrétienne (JAC) locale, à Larnod (à quelques kilomètres de la citée bisontine).
En février 1943, le groupe désormais formé d’une trentaine de membres intègre l’organisation des Franc-Tireurs et Partisans (FTP) sous le nom de Groupe-Franc Guy Mocquet (en hommage rendu au plus jeune des fusillés de Châteaubriant, en octobre 1941) qui se structure rapidement dans l’objectif de la lutte clandestine.

Henri Fertet (enregistré sous le pseudonyme de Émile, matricule 702) participe comme chef d’équipe à trois opérations. C’est tout d’abord l’attaque du poste de garde du Fort de Montfaucon, le 16 avril 1943, dans l’intention de s’emparer d’un dépôt d’explosifs ; l’opération entraîne la mort d’une sentinelle allemande. Le 7 mai suivant, il intervient ensuite à proximité de Besançon dans la destruction d’un pylône haute tension.
Le 12 juin 1943 enfin, sur la route Besançon-Quingey, il prend part à l’attaque du commissaire des douanes allemand, Rothe, dans le but de lui subtiliser arme, uniforme et papiers. Henri Fertet tire sur le commissaire, le blesse mortellement. L’arrivée inopinée d’une moto l’empêche de se saisir des documents.

Activement recherché, le groupe subit rapidement de plein fouet une vague d’arrestations successives. Les nazis s’emparent de sa personne le 3 juillet suivant, à trois heures du matin, alors qu’il se trouve chez ses parents à l’école de Besançon-Velotte. Henri est enfermé à la prison bisontine de la Butte. Jugé par un tribunal de guerre allemand, le 18 septembre, il est le plus jeune des prévenus, ce qui ne l’empêche évidemment pas de se voir condamné à mort en même temps que quinze autres de ses vingt-trois co-inculpés ; sept autres seront déportés (seuls trois survivent à l’enfer). Le 26 septembre 1943, après 87 jours d’emprisonnement et de torture, Henri Fertet est fusillé à la Citadelle Vauban avec quinze camarades ».

Par décret du 7 juillet 1945, Henri Fertet est fait compagnon de la Libération à titre posthume
http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/342.html

L'article de Wikipedia fait allusion au suicide de sa mère et de son frère cadet en 1980.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Fertet

- Le musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon a recueilli l’ensemble des archives de la famille Fertet en septembre 2014, de la part de sa nièce. Trois établissements scolaires portent le nom de Fertet dans l’académie : l’école de Velotte à Besançon, dont le père d’Henri Fertet était l’instituteur, le collège de Sancey-le-Grand et le lycée professionnel de Gray en Haute-Saône.


- Les fusillés de la Citadelle, 26 septembre 1943 - 26 septembre 2013
http://missiontice.ac-besancon.fr/hg/spip/spip.php?article1293

Le site académique propose une étude (Lettres Histoire) de la lettre d’Henri Fertet
. Ce que dit la lettre :
Les conditions de détention
Le discours de « l’enfant adolescent »
De l’amour filial à l’amour de la Patrie
Comparer les champs lexicaux des paragraphes 2 et 4
Qualités morales mises en avant et valeurs défendues
L’évocation de la mort dans les 3 derniers paragraphes

. Ce que ne dit pas la lettre :
sur les actions menées par les résistants, sur la postérité de cette lettre


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