18 avril 2017

Reka : Cartographier les émotions

 

« Cartographier les émotions »,
entretien de Bénédicte Tratnjek avec Philippe Rekacewiz
Carnets de géographes 09.2016

http://cdg.revues.org/687


« Je trouve problématique que les gens ne fassent pas [ne fassent plus ?] partie de la carte »

PR affirme plusieurs ambitions :
- réintroduire l’émotion, trop souvent absente de cartes
  de plus en plus techniques et de plus en plus déshumanisées.
- réhabiliter l’imprécision géographique, exploiter l’esquisse temporaire
  pour représenter un monde marqué par l’espace virtuel et l’hypermobilité
- rendre visible ce qui ne l'est pas dans la carto traditionnelle
  (cf. la part de la spéculation dans les flux pétroliers)


Ce très riche entretien décrit la démarche de Philippe Rekacewiz,
le cartographe comme « citoyen impliqué », « en colère» contre les injustices du monde actuel,
la recherche de solutions graphiques pertinentes inspirées par le travail des artistes,
la distance prise par la carto radicale / critique / expérimentale
à l'égard d'une carto traditionnelle qui prétend à la neutralité derrière une technique omniprésente
et qui subit parfois les excès de dogmatisme de la sémiologie (Bertin).
Lire ce qu’il dit de Reclus et des cartes de son temps...
Dans un paragraphe, PR évoque l'histoire d'une famille qui a parcouru toute l'Europe.


Carto expérimentale et carto traditionnelle
« La carte n’est pas qu’un objet scientifique créé à partir de chiffres ou d’informations qualitatives et de méthodes pour traiter ces données (méthodes, d’ailleurs, qui ont permis de trouver des voies pour rendre visible l’invisible, et il ne s’agit pas de tout de les disqualifier !). Mais, ces méthodologies, qui ont été utiles, nous ont aussi éloignées de la carte, nous ont déconnectés d’une certaine réalité sur le terrain, de la perception que l’on pouvait avoir ».

« Commencer directement par la recherche des données peut facilement inhiber la réflexion sur le sens de la carte
(puisqu’on est accaparé plus par le travail sur la pertinence des chiffres et des infos que sur le message qu’on voudrait diffuser) ».

« Il faut sans doute prendre les choses à l’envers et peut-être tout de suite commencer par jeter sur le papier ses idées,
pour être plus proche de l’intention cartographique, puis confirmer / infirmer par les données,
et enfin travailler sur les formes, le design, l’esthétique...»


Le travail de PR est très présent sur le web grâce à de nombreux supports :
articles en version numérique (Avant 2014, le blog Visions cartographiques
et le site du Monde diplomatique  (en accès payant depuis) ,
le site VisionsCarto (165 articles, 180 sujets traités par des cartes) ,
expositions (Lyon, Le Mans, Vienne, Paris, Metz...)
vidéos de conférences avec ou sans cartes (Rouen, Dijon, Grenoble, Lille, St Dié...)
émissions de radio (sans support graphique),
tweets et storify
Seenthis, etc...
un choix d'adresses web : http://clioweb.canalblog.com/archives/2017/04/15/35175318.html



Parmi les sujets abordés visuellement, qq exemples :

Cartographier la frontière : conférence 2013
http://geofac.over-blog.com/article-cartographier-la-frontiere-conference-de-116064125.html

L'Europe et ses frontières paradoxales 2006
http://blog.mondediplo.net/-Visions-cartographiques-?debut_posts=120#pagination_posts

Histoire du monde crayonnée en 5 tableaux
http://storify.com/fuzzyraptor/la-cartographie-entre-art-politique-et-manipulatio

Le monde vu de...
http://blog.mondediplo.net/2013-12-22-Cartes-en-colere
http://cdg.revues.org/687

Mourir aux portes de l'Europe,
2014 - http://visionscarto.net/mourir-aux-portes-de-l-europe
2016 - http://visionscarto.net/mourir-aux-portes-de-l-europe-2016

Cartes en colère
http://blog.mondediplo.net/2013-12-22-Cartes-en-colere

Au voisinage touristique de l’Europe, la guerre, les réfugiés et les migrants
Esquisse cartographique, mars 2009.
http://visionscarto.net/la-mediterranee-plus-loin
Flux touristiques et flux migratoires en Méditerranée : croisements improbables
http://cdg.revues.org/687

2007 `Waypoints like Sharon's Stone´ Vienna exhibition
http://visionscarto.net/rendez-vous-a-sharon-stone

La « grande roue africaine » : les échanges euro-africains 2007
http://visionscarto.net/rendez-vous-a-sharon-stone
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:%C2%AB_La_grande_roue_%C2%BB_-_l%27Afrique_et_le_monde.jpg

La richesse des Walton, Géo du plein, géo du vide Atlas LMD 2012
http://blog.mondediplo.net/2013-12-22-Cartes-en-colere
http://cdg.revues.org/687

Oslo, la privatisation commerciale de l'espace public dans les aéroports 2005-2013
http://www.monde-diplomatique.fr/2013/02/REKACEWICZ/48733


Cartographie et art :

« La cartographie est une discipline qui emprunte à l’art, et il faut simplement que les emprunts soient pertinents.

La cartographie entretient notamment une relation très intime avec le travail d’esquisse.
Non sans raisons : le monde est en mouvement et l’esquisse permet une approche modeste.
C’est une réhabilitation de l’imprécision, qui fâche les cartographes orthodoxes.
En réalité, on a beaucoup de mal à inventer de nouveaux modèles cartographiques.
Parce que nous sommes habitués à ces flux, ces flèches, ces ronds, qui structurent notre pensée.
Et les très rares artistes ou activistes qui ne font pas du tout référence
à cette sémiologie graphique nous décontenancent totalement.

Face à certaines œuvres cartographiques, il arrive que j’éprouve des émotions,
sans pour autant en comprendre le sens.
Aussi, j’ai préféré mixer les éléments de la cartographie orthodoxe
à ma propre cartographie radicale, quitte à faire évoluer le tout ».

Volcler J., Zortea J. (2014), Dessiner une carte avec trois orangers, Article 11, n°18
http://www.article11.info/?Dessiner-une-carte-avec-trois


Autres références au travail de Philippe Rekacewicz sur ce blog :
http://clioweb.canalblog.com/tag/reka

Carto radicale, critique, expérimentale...
http://clioweb.canalblog.com/tag/radicale


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05 octobre 2014

Le centenaire et ses limites

 

- Le centenaire à l'école - B. Girard, blog Rue 89
Dans sa déclinaison scolaire, empêtrée dans des injonctions administratives insistantes, cette opération mémorielle à grand spectacle n’a guère à voir avec l’histoire.
http://blogs.rue89.nouvelobs.com/journal.histoire/2014/10/05/1914-1918-lecole-ce-nest-plus-de-lhistoire-233593


Bernard Girard commente un entretien du Monde avec Laurent Wirth et une cérémonie en souvenir de la bataille de la Marne.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/09/16/amener-les-eleves-a-retrouver-la-grande-guerre_4488388_3224.html

Laurent Wirth met l'accent sur les thèses de Péronne : retrouver la guerre (perdue ?), jouer sur l'émotion pour « se mettre dans la peau d'un soldat » (l'expérience combattante). Dans cette logique, les soldats ont souffert et beaucoup sont morts. Ils ont été brutalisés, mais ils ont librement consenti.
Une autre histoire s'intéresserait plutôt aux rapports sociaux et politiques, à la réalité de la domination, aux responsabilités des militaires et des politiques, en un mot aux pourquois autant qu'au comment.

Alors, le centenaire, une volonté de légitimer le chauvinisme et « tous les déréglements qui ont conduit au carnage » ?  Jouer « la mise en scène morbide d'un passé manipulé », ou enseigner l'histoire ?



14-libertaire

Le Monde libertaire, la revue de la Fédération anarchiste publie un hors série :
- avec un dossier Morts par la France
- un portfolio de Jacques Tardi : Putain de guerre.
http://www.monde-libertaire.fr/

 

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31 mars 2014

FC : Les passions font-elles l’histoire ?

 

- Colères, envies, jalousies – les passions font-elles l’histoire ?
Forum France Culture : "L'Année vue par... l’histoire" 1/5 - 31.03.2014
Table ronde animée par Emmanuel Laurentin
Avec Arlette Farge, Fabrice Wilhelm, Thomas Bouchet et Alain Croix
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-forum-france-culture

Ecouter Alain Croix sur les révoltes bretonnes
et Fabrice Wilhelm sur les conséquences de la gestion managériale actuelle.

- Foules d'Histoire - Le Monde idées et culture, 29.03.2014
En Egypte ou en Ukraine, les révoltes ont mis en évidence une " société civile " capable de renverser des gouvernements. Cela en fait-il pour autant une force géopolitique pérenne ?
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/03/27/foules-d-histoire_4390954_3224.html

Dès lors que l’humanité sait sa disparition totale possible,
elle peut, selon Patrick Viveret, travailler au devenir de la famille humaine.

Aux yeux du philosophe, ce nouvel équilibre change la donne. " La science politique classique envisage l'organisation du “vivre ensemble” comme la gestion, sur des espaces limités, de rivalités économiques, idéologiques, sociales, religieuses entre groupes d'intérêt comme vis-à-vis de puissances extérieures. Mais, dès lors que l'humanité est contrainte de se penser à l'échelle de la planète, elle n'est plus menacée par des étrangers, mais par sa propre barbarie, son inhumanité. La sagesse platonicienne, christique ou bouddhique, celle qui combat la barbarie intérieure de chaque individu, passe alors du terrain de l'éthique individuelle à celui de la politique, pour former en quelque sorte une géopolitique de l'humanité. "

" La cause humaine, du bon usage de la fin d'un monde "
    de Patrick Viveret (Les liens qui libèrent, 2012).

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28 novembre 2012

1914-1944-2014, la polémique



- Une guerre peut en cacher une autre - Libération 09.11.2012

Une « Mission interministérielle des anniversaires des deux guerres mondiales » vient d'être créée avec
la volonté de « rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont lutté pour la défense de la France »
(article 2 du décret du 3 octobre 2012).
Face au rapprochement du centenaire de 1914 et des 70 ans de 1944, le sénateur radical Christian Namy dénonce la confusion mémorielle, des historiens parlent de régression mémorielle.

« Nous n’avons aucune intention de mélanger les anniversaires, explique-t-on au cabinet du ministre (Khader Arif).
Le centenaire sera de loin l’événement central, en nombre de cérémonies, de colloques, de touristes étrangers,
« ceci pour rassurer les élus pour qui c’est un enjeu économique ».
Mais nous ne voulons pas que sous prétexte que le centenaire est un événement exceptionnel,
on passe les 70 ans de 1944 par pertes et profits.
Car c’est un anniversaire exceptionnel, le dernier où il y aura de grands témoins survivants ».
http://www.liberation.fr/societe/2012/11/09/une-guerre-peut-en-cacher-une-autre_859469


- Polémique sur les célébrations - Le Républicain Lorrain 02.11.2012
http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2012/11/02/polemique-sur-les-celebrations

2014 : la commémoration qui ne passe pas…
http://www.agglo-sarreguemines.fr/2012/11/121110_RL_Visite-president-UL_Region.pdf


- Lors de l'AG de l'APHG, Serge Barcellini a traité des enjeux politiques, mémorielles et économiques
qui accompagnent cette polémique.

En 1964, de Gaulle commémore le débarquement en Provence et le cinquantenaire de 1914.
Il ignore l'anniversaire du 6 juin.
Après 1974, VGE a tenté de faire passer au second plan la commémoration du  8 mai 1945.
En 1984, 1914 et 1944 ont été commémorés au même niveau.
En 1994 et 2004, l'accent est mis sur 1944.

NS avait surdimensionné le centenaire, avec un GIP qui n'était rattaché à aucun ministère, donc directement à l'Elysée.
Le centenaire prévoyait de tout concentrer sur une seule année, à la manière de 1789 pour la Révolution.
5 opérations étaient envisagées : une semaine (très médiatique) à Sarajevo en juin, un 14 juillet avec un clone du défilé de 1919 (et les géants de Nantes), un 31 juillet (Jaurès),  un 2 août, un 11 novembre avec la panthéonisation de Maurice Genevois.
Le GIP de la Mission du centenaire (Légifrance)

La solution ne convenait pas à tous les belligérants, les Britanniques préférant commémorer 1916.
Les Américains voudraient une célébration planétaire pour le D-Day.

Pour le centenaire, la mémoire des lieux succède à celle des hommes.
Avec un enjeu touristique et financier évident
(cf son rapport sur  La Meuse face au défi du centenaire :
Une simple commémoration attirerait entre 50 et 300 000 personnes.
Une politique active de la mémoire en attirerait entre 1 et 4 millions ... :-)
http://www.verdun-meuse.fr/images/files/LA_MEUSE_FACE_AU_DEFI_DU_CENTENAIRE.pdf


A propos de 1944, il reprend l'argument du cabinet : en 2014, le 70e anniversaire sera une occasion exceptionnelle pour donner la parole aux acteurs et aux témoins (il resterait environ 10 000 résistants en vie sur les 270 000  encartés). L'émotion et la mémoire prendront le pas sur l'histoire.

[Le raisonnement n'est-il pas davantage fondé pour le soixantième anniversaire ?
(en 2004 : un résistant ou un soldat de 20 ans en 1944 avait alors 80 ans)
cf l'accueil des vétérans en Normandie en 2004
http://clioweb.free.fr/dossiers/vire/vire.htm#vire1944-2004 ]


La création d'une Mission interministérielle serait un moyen politique de reprendre la main sur l'ensemble,
et pour le ministre, d'exister ajoute Libération citant ses opposants.

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